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Full text of "Agronomie, chimie agricole et physiologie. t. VII"

I 




■ 1 



l 







AGRONOMIE, 



CHIMIE AGRICOLE 



PHYSIOLOGIE, 







llvML. 



PARIS, 

IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

ÉCOLE POLYTECHNIQUE, 
LIER, 

188 i 





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BIBLIOTHEQUE, 
SAINTE I 
GENEVIEVE 






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L'Auteur et l'Éditeur de cet Ouvrage se réservent le droit de le traduire 
ou de le faire traduire en toutes langues. Ils poursuivront, en vertu des 
Lois, Décrets et Traités internationaux, toutes contrefaçons, soit du texte, 
soit des gravures, ou toutes traductions faites au mépris de leurs droits. 

Le dépôt légal de cet Ouvrage a été fait à Paris dans le courant de 1S78, 
et toutes les formalités prescrites par les Traités s'ont remplies dans les 
divers États avec lesquels la France a conclu des conventions littéraires. 



Tout exemplaire du présent Ouvrage qui ne porterait pas, comme ci-des- 
sous, la griffe de l'Éditeur, sera réputé contrefait. Les mesures nécessaires 
seront prises pour atteindre, conformément à la loi, les fabricants et les 
débitants de ces exemplaires. 




PARIS. — IMPRIMERIE DE GAUTHIER-V ILLARS, 
Quai des Augustins, 55. 



03 è 



AGRONOMIE, 







19 



CHIMIE AGRICOLE 



PHYSIOLOGIE, 



Par M. BOUSSINGAULT, 



Membre de l'Institut. 



DEUXIÈME ÉDITION, REVUE ET CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE. 



TOME SEPTIEME. 



i 




PARIS, 



GAUTHIER-VILLARS , IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE, 
SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER. 
Quai des Augustins, 55. 

1884 

(Tous droite réserTéB 





















! v«. 



AGRONOMIE, 

CHIMIE AGRICOLE 

ET 

PHYSIOLOGIE. 



DETERMINATION 



HAUTEUR DU MERCURE DANS LE BAROMÈTRE 

SOUS L'ÉQUATEUU; 

AMPLITUDE DES VARIATIONS DIURNES RAROMETR1QUES 
A DIVERSES STATIONS DANS LES CORDILLERES. 

(Extrait.) 



Les baromètres, construits par Fortin, avaient été com- 
parés au baromètre de l'Observatoire par Arago et Mathieu. 
Le 22 septembre 1822, ces instruments furent installés à 
bord du Patriote, brick de dix-huit canons, en partance 
d'Anvers pour l'Amérique méridionale. Après une relâche 
à l'île de Wight, un combat naval en vue de Tabago, qui 
amena la prise de la frégate la Maria- Francisca, le 
Patriote jeta l'ancre à la Guayra le 22 novembre. 

Immédiatement après le débarquement, les baromètres 
étant établis dans une maison située sur le port, on com- 
mença les observations, que M. Arago présenta à l'Aca- 
démie des Sciences, après les avoir discutées ; j'en repro- 
duis les éléments dans mon Mémoire ; il me suffira d'en 

Boussingault. — Agr., VII. I 



i 



1 -^ 



donner ici la conclusion : c'est que, si le baromètre de 
l'Observatoire de Paris eût été transporté à la Guayra et 
placé à i i m , 45 au-dessus du niveau de la mer, le mercure 
se serait maintenu à une hauteur de 760""", 4° (')• 

Les observations furent continuées le jour et la nuit dans 
le but d'étudier les variations horaires, si régulières entre 
les tropiques. 

On sait en effet que, dans les régions équinoxiales, le 
mercure, dans le baromètre, atteint le maximum de hau- 
teur entre 8 h et io h du matin -, qu'il descend ensuite 
jusque vers 4 h de l'après-midi ; qu'il est à la hauteur 
minima entre 3 h et 4 h pour remonter jusqu'à n h 
du soir, sans arriver toutefois à la hauteur à laquelle 
il était à g h du matin ; qu'il s'abaisse enfin jusqu'à 4 h 
du matin, sans tomber aussi bas qu'à 4 h du soir ; qu'il 
recommence alors son évolution. C'est là, du moins, ce 
qui a lieu généralement. 

La découverte d'un phénomène aussi constant, aussi 
régulier, semblait réservée à celui qui, le premier, porte- 
rait un baromètre dans la proximité de l'équateur. 11 n'en 
fut pas ainsi : elle échappa à Richer, envoyé à Cayenne 
par l'Académie en 1672. 

Voici ce qu'on lit dans la relation qu'il a donnée : 

K On estoit en peine de savoir si vers l'équateur la hau- 
teur du vif-argent dans les baromètres estoit la même 
qu'à Paris ou non 5 de quoy je me suis éclairé par les 
observations que j'ai faites enCaïenne pendant une année 
entière, où j'ai remarqué que sa plus grande hauteur n'a 
jamais surpassé 27 pouces 1 ligne dans un lieu qui n'estoit 
élevé au-dessus de la superficie de la mer que de 25 à 
3o pieds ( ! ). 



(') A l'Observatoire de Paris, la hauteur moyenne barométrique ra- 
menée au niveau de la mer et à o° serait, d'après Arago, 76o mm , 85 (Hum- 
BOLDT, Voyages, t. XI). 

(*) Observations astronomiques et physiques, faites en l'isle de Caïenne. 



Or Richer est probablement le premier qui ait installé 
un baromètre entre les tropiques ('). 

C'est en 1722 que les variations périodiques horaires 
furent aperçues dans la Guyane hollandaise, par un obser- 
vateur dont le nom est resté inconnu. Il en est fait mention 
dans une Lettre datée de Surinam, dont je crois devoir 
donner un extrait : 

« Le mercure monte ici tous les jours régulièrement 
depuis g b du matin jusqu'à environ n 1 ', après quoi il 
descend jusqu'à i b ou 3 h après midi et ensuite revient 
peu à peu à sa première hauteur; pendant tous ces chan- 
gements il ne varie environ que de j ligne à \ de ligne. % 

Les académiciens français chargés en i^35 de mesurer 
les trois premiers degrés du méridien n'avaient certaine- 
ment aucune connaissance des observations de Surinam. 
Ils constatèrent dans les Cordillères la régularité des 
variations barométriques, dont Bouguer et La Condamine 
attribuent la découverte à Godin. 

« Quant au baromètre, dit La Condamine dans l'intro- 
duction du Journal d'un voyage à l'êquateur fait par 
ordre du roi, sa hauteur moyenne à Quito est de 20 pouces 
1 ligne et ses plus grandes variations ne vont pas à 
1 ~ ligne ; elles se font assez régulièrement à des heures 
réglées. C'est ce que M. Godin a remarqué le premier et 
ce que j'ai vérifié depuis plus d'un an. Le baromètre, vers 
9 h du matin, est à sa plus grande hauteur, et vers 
3 h de l'après-midi 'à la moindre. » 

Un baromètre, en 174 1, ne causait pas le genre d'em- 
barras qu'il occasionne de nos jours : on remplissait le 
tube au moment de l'observation ; on exécutait, en réalité, 
l'expérience de Torricelli : il en résultait nécessairement 



(') Ce fut à Cayenne que Richer fit la découverte de l'inégalité de la 
pesanteur sous les différents parallèles; ses expériences ont été les prel 
miers fondements des théories de Huygens et Newton sur la figure de la 
Terre (La Condamine, Voyage sur les Amazones, p. 200). 



A 



( 4 ) 

des pertes de inélal. Aussi La Condamine raconte-t-il 
qu'il ne lui reste plus que fort peu de mercure, celui qu'il 
avait apporté et que M. Geoffroy avait pris le soin de 
purifier, ayant été perdu pendant six années d'observation 
sur les montagnes. On se formera une idée des difficultés 
que les académiciens français rencontraient à chaque pas 
dans leur expédition quand on saura que dans la ville de 
Quito, en ayant à sa disposition le laboratoire du Collège 
des Jésuites et le concours empressé du frère apothicaire, 
il fallut à La Condamine un mois d'un travail pénible 
pour obtenir du mercure en revivifiant du cinabre. 

En 1751, Thibaut de Chanvalon vérifia à la Martinique 
les faits constatés à l'équateur : 

« Peu de temps après mon arrivée, dit Thibaut, j'aperçus 

que le baromètre montait insensiblement pendant toulela 
matinée, qu'ensuite, après avoir été quelque temps sans 
mouvement, il commençait abaisser jusqu'au soleil cou- 
chant; alors, après avoir été stationnaire, il remontait 
aux approches de la nuit jusqu'à io h du soir. » 

C'est à Thibaut de Chanvalon, je crois, que l'on doit la 
notion de l'imperturbable régularité des variations, et 
aussi celle d'une certaine relation du phénomène avec le 
magnétisme. Il s'exprime ainsi : 

« Les révolutions les plus considérables de l'atmosphère 
n'altèrent point cette marche périodique du baromètre, 
qui coïncide avec celle des variations horaires de la décli- 
naison magnétique. Au milieu des pluies abondantes, des 
vents, des orages, le mercure monte ou descend, si c'est 
son heure de monter ou de descendre, comme si tout était 
tranquille dans l'air. » 

La publication des résultats obtenus par les académi- 
ciens français ne pouvait manquer d'attirer l'attention du 
monde savant sur le phénomène des variations baromé- 
triques. Dès 1761, l'illustre botaniste Celestino Mutis, 
dont Linnceus disait : Jure merilo botanicorum in Ame- 



( 5) 
rica princeps salutalur, commençait à Santa Fé de Bogota 
des observations météorologiques qu'il continua pendant 
quarante années, sans en être distrait par les immenses tra- 
vaux auxquels l'astreignit la flore de la Nouvelle-Grenade, 
œuvre de toute une existence, qu'il aurait eu la douleur 
de voir dispersée, s'il eût assez vécu pour assister aux 
discordes civiles qui ensanglantèrent l'Amérique espa- 
gnole. 

Ce n'est pas sans éprouver une vive émotion que je me 
trouvai dans l'observatoire de Bogota, construit parMutis, 
au milieu des débris de magnifiques instruments qu'une 
soldatesque égarée venait de détruire. Parmi ces ruines, 
on voyait une pendule de Graham, un quart de cercle de 
Bird, des télescopes à réflexion dont pétaient servis Bou- 
guer, La Condamine, Godin, et que Caldas avait rapportés 
de Quito comme de précieuses reliques. 

Celestino Mutis signala le premier avec netteté l'heure, 
de l'abaissement du mercure avant le lever du soleil, ou, 
si l'on veut, la variation nocturne. A Bogota, la nuit, la • 
hauteur maxima de la colonne mercurielle a lieu vers 
i j h du soir, la hauteur m irrima entre 3 h et 4 1 ' du malin. 
J'ai ramassé dans les papiers épais sur le parquet de la 
salle méridienne des documents intéressants, dont j'ai 
pu assurer la conservation en m'opposant à ce qu'on 
les employât à la confection des cartouches. C'était 
un volumineux Journal météorologique, des Lettres de 
Liunœus et d'Adanson, une Correspondance des religieuses 
du couvent de Santa Clara, dont Mutis, entré dans les 
ordres en 1772, était devenu le directeur spirituel. Ces 
Lettres témoignaient d'une grande exaltation mystique ; 
elles contenaient des confessions écrites, et pour cette raison 
je les brûlai. 

Enfin j'eus le bonheur de rencontrer une page détachée 
d'un Journal de Mutis, où se trouve consignée la décou- 
verte des variations nocturnes. On y voit qu'après deux 






(6) 
années d'indécision Mutis admit déûnilivement que 
l'abaissement du mercure dans le tube quelques heures 
avant le lever du soleil est bien réel. L'article est intitulé 
Nota importante sobre el barometro. J'en donne une 
traduction dans mon Mémoire. 

Le phénomène des variations périodiques diurnes était 
dès lors conslaté dans sa généralité, grâce à l'anonyme de 
Surinam, à Godin, à Mutis. Comme cela est arrivé plus 
d'une fois dans les sciences, un fait important avait été 
découvert avec des instruments imparfaits, mais placés 
entre les mains d'hommes doués d'une intelligence supé- 
rieure. 

A partir de 1784, les observations barométriques se 
multiplièrent. Lamanon et Mongez, compagnons de l'infor- 
tuné Lapérouse, suivirent d'heure en heure la marche du 
baromètre sur l'océan Atlantique. Trail, Farquhar, Pearce, 
Balfour publièrent en 1795 des observations recueillies à 
Calcutta. 

* En 1799, Humboldt commençait à Cumana les recher- 
ches qu'il continua pendant son séjour en Amérique. C'est 
de la publication de ces documents, si précieux pour l'his- 
toire de l'atmosphère, que date la forte impulsion donnée 
à l'étude du phénomène des variations périodiques. Ce 
sont, en effet, les observations de Humboldt qui ont provo- 
qué celles de Horsburgh sur les côtes de la Chine, du 
capitaine Kater dans les plaines élevées du Mysore, de 
Langsdorff et Horner pendant le voyage du capitaine 
Krusenstern, d'Eschwege au Brésil, du capitaine Freycinet 
sur l'océan Pacifique, de Simonoff dans l'hémisphère 
austral, du capitaine Sabine sur les côtes occidentales de 
l'Afrique, de Claude Gay au Chili, de Tessan pendant 
l'expédition de la frégate la Venus, du capitaine Duperrey, 
commandant la Coquille, dans son voyage autour du 
monde, campagne de trente et un mois et treize jours du- 
rant laquelle la corvette, après avoir parcouru 2a 000 lieues, 



( 7 ) 
est revenue à son point de départ sans avoir perdu un seul 
homme, sans malades, sans avaries. 

La variation horaire dans la pression ne serait pas, 
paraît-il, l'unique phénomène périodique accompli dans 
l'atmosphère ; déjà j'ai rappelé que Thibaut de Chanvalon 
avait annoncé qu'elle coïncidait avec les changements 
qu'éprouve la déclinaison de l'aiguille aimantée dans le 
cours de la journée, fait confirmé depuis par Hansteen, 
ainsi que les variations diurnes de l'intensité du magné- 
tisme. Récemment encore, en 1868, le P. Aguilar, de la 
Compagnie de Jésus, comparait à Quito la marche parallèle 
de la déclinaison et celle du baromètre, en faisant remar- 
quer toutefois cette différence que le baromètre a un 
minimum nocturne qu'on ne retrou%e pas pour l'aiguille 
aimantée, presque toujours immobile pendant la nuit; 
ajoutons que, l'amplitude des oscillations de la colonne de 
mercure étant généralement très faible, il y aurait encore 
là une certaine analogie entre les mouvements baromé- 
triques et les fluctuations magnétiques. 

Il ne reste plus de doute, aujourd'hui, sur les variations 
dans l'intensité de l'électricité de l'air. Dès i83o, Arago 
à Paris, Quetelet à Bruxelles déterminèrent quelles en 
étaient les heures du maximum et du minimum ; les recher- 
ches prolongées dues à M. Dirt, de l'Observatoire de Kew, 
les établiraient ainsi : 

Tension électrique. 

Maximum de jour à 10 du matin. 

Minimum de jour à 4 de l'après-midi. 

Maximum de nuit à 10 du soir. 

Minimum de nuit à 2 du matin. 

Quelques météorologistes inclinent à croire que l'état 
hygrométrique de l'air varie aussi dans le cours de la 
journée. Jusqu'à présent, cette opinion ne me parait pas 
suffisamment justifiée. En consultant les nombreuses 






( 8 ) 
observations consignées dans mon Mémoire, on voit bien 
que, par un temps serein, l'air est surtout chargé d'humi- 
dité vers le lever du soleil, et qu'il devient plus sec à 
mesure que la température augmente ; à la tombée de la 
nuit, l'hygromètre marque à peu près le même degré qu'au 
commencement de la journée. 

J'ai été étonné, comme l'avait été de Humboldt, de la 
forte proportion de vapeur que l'on trouve dans l'atmo- 
sphère des tropiques, même dans les stations les plus éle- 
vées. Par exemple, un hygromètre de Saussure, parfaite- 
ment réglé, transporté des rives delà mer du Sud à une 
altitude de 6ooo m , n'a presque pas varié dans ses indica- 
tions. Sur les neiges perpétuelles, l'instrument marqua 
86°, la température étant de -+- 6°. Cela est certainement 
dû à cette circonstance que, en s 'élevant dans les mon- 
tagnes par un temps calme, on reste dans une couche d'air 
reposant sur un sol plus ou moins humide; on constate 
alors l'état hygrométrique de cette zone inférieure et nulle- 
ment celui qu'on trouverait à quelques mètres au-dessus 
de l'observateur. 

Cependant l'atmosphère est évidemment moins chargée 
d'humidité dans les hautes régions qu'au niveau des mers 5 
aussi, sur les plateaux des Andes, quand elle est violem- 
ment agitée, l'hygromètrey signale quelquefois une grande 
sécheresse, à ce point que dans les plaines de Bogota je l'ai 
vu marquer, momentanément il est vrai, 26 . 

C'est seulement par des observations hygrométriques 
exécutées pendant des ascensions en ballon que l'on déci- 
dera si réellement la quantité de vapeur contenue dans l'air 
est sujette à des variations périodiques. 

J'ai rassemblé dans mon Mémoire les observations, la 
plupart inédites, exécutées, de concert avec M. deRivero, 
entre le 10 e degré de latitude nord et le 5 e degré de 
latitude australe, dans la chaîne du littoral de Venezuela, 
au milieu des plaines du Meta et de l'Oréuoque, dans 



Jes Cordillères orientale et centrale , dans les vallées 
de la Magdalena, du Cauca, et continuées, durant mon 
séjour à l'équateur, depuis l'océan Pacifique jusqu'à une 
hauteur de 4 0O ° ra à 5ooo m . J'ai eu soin de mettre en 
regard, comme termes de comparaison, les résultats dus à 
d'autres voyageurs. 

Observations faites à la Guayra, à i i m ,45 au-dessus 
du niveau de la mer. 

Longitude O., 6g°3o'; latitude N., io°35'; température moyenne, 27°, 6. 

Hauteurs barométriques maxima et minima de jour. 

Baromètre ramené à o°. 
\ 

Heure Hauteur Heure Hauteur Variations 

Dates du du du du baromé- 

1822. maximum. maximum, minimum, minimum. triques. 

ti uiui ti mm mm 

Nov. 23 10 mat.. 761 ,01 4 so ' r - 758,47 2,54 

24 m 761,24 4 758,81 2,43 

25 g 761,20 3 7^8,39 2,81 

26 9 760,29 4 7^7,40 2,89 

27 10 760,12 4 757 , 75 2,37 

28 9 761,41 4 758,57 2,84 

2 9 9 761,14 4 7 58 >49 2 >65 

30 10 761,00 4 755,58 2,42 

Dec. i 10 760,66 4 7^8,14 2,5a 

6 10 7^9,52 4 b 3o'" 757,48 2,04 

7 10 761,03 4 758,49 2 ,54 

Moy. 9 b 38 m 760,78 3 h 57 m 758,23 2,54 



Observations faites à Santa Marta par B. Lœwy, 
en janvier 1848. 

Longitude O., 76°35'; latitude N., n°i5'; température moyenne, 27 ,!). 

Le baromètre à siphon de Bunten avait été comparé 
à celui de l'Observatoire de Paris. 



( IO ) 

A Santa Marta, l'instrument était placé sur la plage, à 
une hauteur qu'on n'a pas indiquée. 

Santa Marta, port sur l'Atlantique, situé au sud-ouest 
de la Sierra Nevada de Merida. 



Thermomètre Baromètre Variation 



Dates. 

Janvier 20 



21 



Heures. 



libre. 



a o°. 



diurne. 



23 



9 h matin . . . 26,5 

Midi 28,5 

3 soir 3i ,0 

9 soir 26,5 

27,0 
29,0 

32,0 

27,5 
29,0 



9 matin . 

Midi 

3 soir . . 

9 soir . . 

10 matin. 



760,58 
759, 58 
758,22 
759,98 
760,67 

7 5 9'47 
758,00 

759,80 

75g,52 

Moyenne. 



2,36 



2,67 



Observations de 9 h du matin 760,635 

» 3 h du soir 758, 1 10 

» midi 759 , 525 

Moyenne 759,4^3 

Variation diurne 2,525 

Observations faites à Carlagena, en i83i, 

par M. Joaquin Acosta. 

Latitude N., io°a5'; longitude O., 77°5o'; température moyenne, 27°,g. 

Du 2 janvier au 1" février, les variations diurnes dé- 
duites des observations de y^ du matin et de 3 h de l'après- 
midi ont été : 

mm 

Moyenne 2,32 

Plus grande variation 4>8o 

Plus petite o , 80 

Je rapporterai maintenant quelques observations faites 
sur les côtes de la mer du Sud. 



Observations faites en i8a3, par le capitaine Duperrey, 

à Pa) la. 

Latitude S., 5-6'; longitude 0., 83°2G'; température moyenne, 2-]-,2. 

Observations relevées pendant une relâche de la cor- 
vette la Coquille. 

Dans une Note que le capitaine Duperrey m'a commu- 
niquée, il est dit que, pendant le séjour de la Coquille à 
Payta, les brumes ont été beaucoup moins fréquentes que 
dans la partie méridionale du Pérou, mais que le ciel a 
été généralement nuageux durant la nuit sans être par- 
faitement dégagé dans la journée. C'est à Payta que com- 
mence la zone de la côte où les pluïes sont extrêmement 
rares. Les vents de sud-ouest et d'ouest dominaient 
dans la baie. Payta est à l'extrémité nord du désert de 
Piura. 



Dates 

1823. 



Baromètre 
Heures. à o°. Variations. 



Température 
à l'ombre. 



Mars i3 g.3o mal. 758,98 

3. 3o soir. "]56-, 10 

i4 9-3o mat. 75g, 14 

6 soir. 756, 10 

i5 9 mat. 759,69 

5 soir. 755,91 

16 g.3o mat. 758,92 

3.45 soir. 757 ,o4 



mm 

2 >97 



3,o4 
3,78 



( minima 24,6 

I maxima 3o,o 

Iminima 25,o 

maxima 3o,5 

iminima 25,2 

maxima 3o,6 

Iminima 25,2 

maxima 3i ,6 






Moyenne 2 ,92 



JL 



( 12 ) 

Observations faites à Payta en 1 838 par M. de Tessan 
pendant le voyage de la frégate la Vénus. 

Le baromètre est à y m au-dessus du niveau delà mer. 

Dates. Variations 

1838. Heures. Baromètre, diurnes. 

h tnui mm 

Juin 9 g matin . . . 75g, oo 
4 soir 755, 70 

10 8 matin ... 761 , 16 
4 soir 707 ,2b 

1 1 g matin . . . 761 , i4 n 

3 soir 768,52 

12 g matin... 760,73 _ 

4 soir 757,80 - 

i3 q matin... >76o,24 

3 soir 757,34 

4 9 matin... 759,92 

5 soir 757,45 '^ 7 

i5 10 matin... 761,34 „ , 

4 soir 7 5 7'94 

16 10 matin. . . 761 ,45 

4 soir 7 58,34 '*' 

Moyenne 3, 08 

La plus grande variation 3, 90 

La plus petite 3 >47 

En i832, j'avais observé, à Payta, au premier étage 
d'une maison placée au bord de la mer. 



( i3 ) 



Payta, en janvier et février iS32. 



Dates. 
1832. 



Février 











Température 






Baromètre 


Variations 


de l'air 




Heures. 


à o°. 


diurnes. 


à l'ombre. 






mm 


111 m 





28 


8 1 ' matin . . . 


758,42 




26,2 




g h i5 m matin 


7 58,34 




26,4 




Midi 


756,25 




27 , 2 




2 1 ' soir .... 


755,48 




28,6 






754,70 


3,72 


28,2 


3 9 


8 h 3o' n matin 


7 58, 26 




26,6 




g u matin . . . 


758,21 




26,6 




io' 1 matin. . . 


7 58,. 7 




27,0 




3 1 ' soir .... 


754,89 




3o,5 




4 U soir. . . . 


7 5 4 >ra 


3,47 


3o,5 


3o 


8 h 3o m matin 


7 5 7.94 




27,0 




q b matin . . . . 


7 5 7.74 




27,0 




4 h soir . . . . 


7 5 4>49 


3,45 


3o,o 


3i 


7 h matin . . 


7 5 7.99 




26,4 




8 U matin. . . 


758,21 




3o,o 




g h matin . . . 


7 5 7 , 9 5 




27,8 




4 h soir 


754,52 


3,69 


27,8 


1 


g h i5 m matin 


• 7 5 7>7° 




27,2 






754,3o 


3,4o 


27,2 


2 


q h matin . . . 


757,55 




27,2 






754,72 


2,83 


2 7»7 


3 


8 h 3o m matin 


7 58,.4 




27,0 




io h 3o m matin 


757,26 




26,8 






754,70 


3,44 


3o,o 


4 


g h matin. . . 


757,81 




28,1 






754,o3 


3,78 


3o,4 



Variation moyenne 3,45 



Moyennes 



des maxima 757 ,9g 

des minima 754 , 53 

Différence 3,46 






( '4 ) 

Tumaco. 

Longitude 0., 8o°4o'; Latitude N., i°3o'; température moyenne, 26°,5. 
Port peu important sur l'océan Pacifique. 

Le 21 février i832, j'ai ouvert sur la plage lebaromètre 
dont j'avais fait usage à Payta. 

Baromètre Température 
Heures. à o°. de l'air. 

li mm o 

9 matin... 759,68 26,1 

Midi 758,73 27,8 

4 soir 757 ,97 27,8 



Variation diurne. . 1,71 



Baenixventiira , sur l'océan Pacifique. 
Longitude O., 79° 3o'; latitude N., 3°4o\ 

Ce port est à l'embouchure du rio Dagua, à 4o milles 
en ligne directe à l'ouest du faîte de la Cordillère occi- 
dentale. 

Le 26 février i832, j'observai le baromètre dans une 
maison située près de la mer. 



Heures. 



Baromètre 
à o". 



b mm 

g matin . . . 758,41 
4 soir 755,77 



Variation diurne. . 



2,64 



Température 

de l'air 

à l'ombre. 

25°, 6 
28,6 



( i5 ) 



Observations dans la chaîne du littoral de Venezuela 
et dans les vallées d ' Aragua. 



Caracas, a la base de la Silla. 

Latitude N., io°38'; longitude 0., Gg° i5'; altitude, 936-; 
température moyenne, 20% t\. 

Observations du g au 27 décembre 1822. 
Au nord et à 5 ou 6 milles de la côte ; au sud, les plaines de Calabozo. 



Dates. 
1822. 



Dec. 



12 



i3 



i4 



Heures. 

h m 



2 

4 
1 1 

9 
10 

4 
11 



soir. 
id.. 

id.. 
mat. 

id.. 
soir. 

id. . 



10. 3o mat 
1 
2 
3 



soir. . 
id. . . 
id. . . 
id . . . 
id. .. 
11 id. . 

g mat. 
10. 3o id. . 
5 soir. 



4 
5 



1 1 

9 
3 

4 
1 1 
10 

5 



id.. 
mat. 
soir. 

id. . 

id.. 
mat. 
soir. 



Baromètre Température 



684, ao 
683> 77 
685, 18 
686, 3i 
686,35 
683, 4 7 
684,72 
686,00 
684,2S 
683,62 
683,52 
683,34 
683, 7 5 
684,4 9 
686 , t 
686, o5 
683, 08 
685,20 
686 , 3 1 
683, 5o 
683, 18 
684,77 
685,62 
683, 04 



de l'air. 



24,0 

, 9 ,5 

!9> 5 
22,0 
2.5,0 

rg.o 

22,5 
2.5,0 

2T,0 

24,4 
24,5 
23,0 

I9» 5 
19,8 
21 ,6 

24,5 

18,0 

20,0 

24,0 

23,3 
20,5 

21 ,0 

22,0 



.6 ) 



Da tes . 




Baromètre 


Tempérât 


1822. 


Heures. 


à o°. 


de l'air 




It m 


mm 





Dec. i4 


i i soir . 


. 684,l6 


22,0 


i5 


9-3o mat. 


. 684, 7 8 


22, 




4 soir . 


. 682,24 


25,4 




ii id . . 


. 683,8g 


20,5 



Observations faites sur un point fil us élevé de la ville. 



Dates. 






Baromètre 


Température 


1822. 




Heures. 


à o°. 


de l'air. 




ii 


m 


ni in 





r'c. 23 


4 


soir. . 


682,95 


20 , 7 




5 


id. . . 


. 683, i3 


20,3 




9 


id. . . 


. 684,58 


'9> 5 




10 


id. . . 


. 684,6. 


i 9 ,3 




n 


id. . . 


. 684 , 38 


19,3 


24 


8 


mat . 


. 685,24 


18,7 




9 


id. . . 


. 685,56 


.9,8 




9- 


3o id. . . 


. 685,54 


20,8 




10 


id... 


. 685, 4s 


20,8 




4 


soir. . 


. 682,33 


21,9 


• 


5 


id.. 


682,63 


21 ,0 


26 


8 


mat. . 


686,37 


1 g , ""■ 




9 


id. .. 


686,58 


20,0 




10 


id. .. 


686, 6 7 


20,9 




1 1 


id. .. 


( Ï86 , 69 


20,5 




Mid 


i ...... . 


685,7*5 


2 1 , 5 




! 


soir. . 


685, 3 9 


21,2 




2 


id 


684,92 


22,5 




3 


id. . . . 


684,22 


22,5 




4 


id 


684,22 


22,7 




5 


id... . 


684,63 


21,3 


2 7 


9 


mat. . . 


686,91 


20, 1 




10 


id.... 


686,91 


2 1,0 




T I 


id 


686,86 


21,5 






( "7 ) 



Hauteurs barométriques maxima et 



Dates 

1822. 



Dec. 



9 

10 

ii 

12 

i3 

«4 

i5 

23 

24 

26 



Heures 

des 

maxima. 



10 matin. 
io.3o ,n . . 
io.3o' n . . . 

9 

10 . . 
9.3o m . . . 

9 

io.3o ln . . . 
9.3o m . . . 



Hauteurs 
maxima. 



686,35 

686,00 
686, o5 
686, 3i 
685,62 
684,78 

685,56 
686,69 
686,91 



Heures 

des 
minima. 
h 



4 
4 
4 
5 

4 
5 

4 
4 
4 



soir 
id. 
id. 
d. 
d. 
d. 
d. 
d. 

m. 



3.3o m id. 



Hauteurs 

minima. 

mm 

683, 77 
683,4 7 
683,34 
683, 08 
683, 18 
683, 04 
682,24 
682,95 
682,33 
684,22 



Variation moyenne 

La plus grande variation. 
La plus petite 



Variations 
baromé- 
triques. 



2,81 

3,23 
2 >47 



2,88 
2,66 

2 >97 
3,i3 

2,58 
2,54 

a 

3, a3 

*,4? 



Observations faites par Humboldt, 
en novembre et décembre 1 



à Caracas, 
799- 



Baromètre Tempé- 
Dates. à o° rature 

1799. a o> matin, de l'air. 

Nov. 3o 684,18 i8°, 7 

Dec. 1 683, 60 20,0 

2 685,57 20,0 

3 684,58 18,7 

4 684,58 18,7 

5 684,40 20,0 

6 684, 3o 20,0 

7 684,44 20,0 

20 683,28 18,7 

21 683, o3 18,7 

Boussisgault. — Agr., VII. 



Baromètre 

à o° 
à /| h soir. 

mm 

68i./i5 
68 1 , 00 
681 ,40 
681, 3 1 
681,01 
682,75 
681, i5 
681, 3o 
680,69 
680,16 



Tempé- 
rature 

de l'air. 



21,3 

22,5 
21,3 
22,5 
2 2,5 
21 ,3 
21,3 

20,0 
20,0 

21 ,2 



Variations 
baromé- 
triques. 

mm 

3,o3 

2,60 

4>'7 
3,27 

3,57 
1 ,65 
3,i5 

3, .4 

2,5 9 

2,87 



J 



JJ 



( '8) 

Baromètre Tempe- Baromètre Tempe- Variations 



Dates. à o° rature 

1799. à £ h matin, de l'air. 



à4 h soir. 



rature 
de l'air. 



baromé- 
triques, 
mm 

3,54 

■2,0)8 

2 -97 



Dec. 22 683,34 20, o 680,00 22,5 

23 682,54 2 °)0 680,46 22,5 

24 684, i3 18,7 681,16 21,2 

Variation diurne moyenne 2 >97 

La plus grande 4» '7 

La plus petite 1 ,65 



La Vittoria. 

Latitude N., io°,i4' ; longitude O., 69°,5o'; altitude, 56i™. 

Au nord, la mer à 20 milles ; au sud, les plaines du Meta, à 
i4 milles à l'est du lac de Tacarigua. Température moyenne : 25°. 



Dates . 
1823. 

Janvier 23 



Heures 

de 

la journée. 

g 1 ' malin. 
10 » 

Midi 

i b soir. . 

2 1 ' » .. 

3 1 ' ..*... 

4 1 ' » . . 

5 h » .. 
n 1 ' • .. 
Minuit.. . . 



Hauteurs 

barométriques 

réduites 

à 0°. 

mm 

715, 41 

7i5, 5i 
715,24 
714,64 

7 l3 >99 
7 I2 >9 2 
7 \ 2 . 38 
712,11 

712,29 
714, 3i 
7 ! 4»4i 



Tem- 
pérature 
de l'air. 


24,0 

2.4,4 
26,5 
27,5 
,27,5 
28,5 
28,5 
28,0 
26,5 
23,0 
23,0 



Variation diurne 

Variation de 4 h du soir à minuit. 



3' mn ,3o 
2 m,n , 3o 



Maracay. 
Latitude N., io°i7'; longitude O., 7o°5'; altitude, 439™. 

Température moyenne, 25°, 5; sur les bords du lac Tacarigua, 
à 1 5 milles au sud de la mer des Antilles. 



( '9) 



Résumé des observations. 

Température 
Miniina. Variation. de l'air. 

mm mm o o 

721,47 3,6o 28,0a 2g,6 

721,35 4*87 24, 5à 29,2 

721,74 3,89 20, oà 29,5 

721,79 4' 2 6 25, 6à 27,9 

722,61 4>32 27,0a 3i,o 

4»i9 

San Luis de Cura. 
Latitude N., io°5'; longitude 0., 70°; altitude, 262™. 

Température moyenne : 27°,4; à 5 mill^ au sud du lac de 
Tacarigua. 



Dates. 

1823. 


Heures 
des 

maxima. 


Maxima. 


Heures 
des 

miniina 


Janvier 25 

Février 3 

5 

6 

9 


io h matin 
9 » 
9 • 
9 » 
9 " 


mm 
725,07 

726,22 

725,63 
726,o5 
726,93 


5 h soir 

4 » 

4 » 

5 » 

4 >- 


Moyenne 


9 h i5 m 




4 h 24 ,n 



Dates.- 

1823. 



Baromètre Température 

Heures. à 0°. de l'air. 



m ni o 

Février 17 9 11 matin 737, 3o 24,4 

4 h soi «" 734»oo 27,5 

Variation diurne 3,3o 

Nueva Valcncia. 
Latitude N., io'io'; longitude O., 70°,34'; altitude, (J88». 

Température moyenne: 25°, 8. A 8 milles à l'ouest du lac de 
Tacarigua. 

Tem- 
pérature 
de l'air, 



20,0 
26,7 
27,8 

3o,6 

27,2 

26,7 



Dates 




Heures 


Baromètre 


Variatior 


1823. 




d'observation. 


à 0°. 


diurne. 


Mars 


3 


9 L matin . . . 
4 soir 


mm 
721 ,52 

7'7'97 ) 


mm 

3,55 




4 


9 matin. . . 


722,25 










» 


4,3! 






4 » .,.. 


7'7,94 






5 


10 matin. . . 


721,96 


3 -99 








7»7>97 



Moyenne. 



3, 9 5 






( 20 ) 



San Carlos. 
Latitude N., 9°, 4o'; longitude O., 70°; altitude, 169™. 

Température moyenne : 27°, 4- A i° au sud de la mer des An- 
tilles, dans les llanos. 

Tem- 
Dates. Heures Baromètre Variation pérature 

1823. d'observation. à o°. diurne. de l'air. 



Mars 1 3 



•4 



g h matin 

4 soir. . 

5 - .. 



10 matin 
3 soir. . 

4 » .. 



748,38 
744,09 
744, o5 
,48,84 

» 

:44,44 



Moyenne. 



4,33 

4,4o 
4,36 



28,9 
32 ,2 

28,9 
3 1 , 1 



Tocuyo. 
Latitude N., 9° ij'; longitude O., 7i°56'; altitude, Gag 1 ». 

Température moyenne : 24°, 4- Au pied Est de la Cordillère 
orientale des Andes, 80 milles à l'est du lac de Maracaybo. 

Résumé des observations. 



Heures Baromètre Heures Baromètre Varia- 



Dates. 

1823. 



d'observa- 
tion. 



d'obser- 



tions 



maxima. vation. minima. diurnes. 



Mars 21 io h i5 ,n m. 708,31 4 h s - 
» 22 10. 3o . 709,70 4-3o" 



» 23 9 

» 24 10 

» 25 9 

Moyenne. g''42 m . 



710,74 4 
711,43 4 
710,34 4 



4 b 6' 



704,97 3,34 

706,76 2,94 

708,09 2,65 

706,95 4,48 

706,59 3,75 



3,43 



( 21 ) 

Me rida. 

Latitude N., 8°i5'; longitude O., 73-20'; altitude, iGi<) m . 
Température moyenne, 22°. 

Sur le versant occidental de la Cordillère orientale, à 55 milles 
an sud du lac de Maracaybo, au pied de la Sierra-Nevada. 



)ates. 


Heures 


Baromètre 


Variations 


Température 


1823. 


d'observation. 


à o°. 


diurnes. 


de l'air. 






mm 


mm 





ril 1 2 


1 1 1 ' matin . . 


634,. 4 


) 


\ '9>4 




4 soir.. . . 


632, 1 7 


\ ' '97 


) 20,6 


i5 


10 matin . . 
4 soir. . . . 


633,4g 
63 1,80 


j '.6 9 


l 22,4 
) 2 1,0 




i,83 





Pamplona . 

Latitude N., 7°i8' ; longitude 0., 75°4'; altitude, a3n m . 
Température moyenne, 16°, 5. 

Cordillère orientale, versant ouest, dans une étroite vallée en- 
tourée de montagnes élevées de 35oo'" à 45oo'" , à 120 milles 
au sud du lac de Maracaybo. 





Heures 




Varia- 


Tem- 




Dates. 


d'observa- 


Iiarométre 


tions 


pérature 




1823. 


tion. 


à 0°. diurnes. 


de l'air. 


Observations 






mm 


mm 







[ai 10 


8 h mat.. 


584, 20 \ 




«7.4 






10 


584,55 j 




16,7 


Brouillard. 




11 » 


584, 4° 




'7-4 






Midi.. . 
i 1 ' soir. . 


584, 20 
583, 3 7 [ 


2,70 


17,8 

18,3 






2 » . . 


582,65 




'9-4 






3 


58i, 9 6' 




20,0 






4 • •• 


58i,85 ; 




20,3 




1 1 


9'' mat. . 


583,55 




16, 1 


Fort brouilla 




10 » 


583, 5 7 




16,7 






11 » 


583,55 




18,0 






Midi 

l b soir. . 


583,oo ! 
58 2 ,6i / 


1,55 


i8,3 
ig,i 






2 » . . 


582, 20 l 




'9.4 






3 » .. 


582,02 1 




18,3 






4 » • ■ 582, 10 j 




'6,9 






2, l3 





( »») 

A Pamplona, pendant les observations, brouillard dans la ma- 
tinée, ciel couvert la nuit. 



Santa Fé de Bogota. 
Latitude N., 4°36'; longitude 0., 76-34'; altitude, 2641™. 

Sur une esplanade de la Cordillère orientale, au pied 
d'une chaîne de montagnes dont les points les plus élevés 
ne dépassent pas 45oo m , cette haute vallée, dans laquelle 
coule, à l'ouest, le Rio Bogota, tributaire du Rio Grande 
de la Magdalena, a une largeur de 12 à 18 milles. Bo- 
gota (Santa Fé) est à environ 3° des côtes de l'Océan Pa- 
cifique. La largeur de la Cordillère qui, à l'orient, domine 
la ville, est d'à peu près 20 milles ; la chaîne s'abaisse jus- 
qu'au niveau des llanos de San Martin, et les eaux qu'elle 
déverse arrosent les plaines du Meta et du Guaviare, tri- 
butaires de l'Orénoque. 

Le baromètre était installé au premier étage d'une mai- 
son dite la Casa de la Expédition botanica, autrefois 
occupée par Celestino Mutis. 

Les colonnes de mercure ont été réduites à o°. 

Les observations, commencées en août 1823, ont été 
continuées jusqu'en décembre 1824. Il y a eu une inter- 
ruption en septembre 1824. 

La moyenne de la variation diurne, déduite des 348 jours 
d'observations, faites entre le i er août 1823 et le 22 décembre 

1824, est 2 m,n , 28 

La plus grande variation S""", 58 (3 janvier 1824.) 

La plus petite variation o ,mn , 14 (18 juillet 1824.) 

Les hauteurs moyennes du baromètre, ramenées à o°, 
ont été : 



(*3 ) 

Observations, 
mm 

En août 1823 56i,3o 26 

septembre 56i,io 26 

octobre 56o,88 24 

novembre 56o,5g 28 

décembre 56o ,28 3 1 

janvier 1824 56o,65 29 

février 560,70 23 

mars 56o,86 16 

avril 56 1 ,28 18 

mai 56o,88 24 

juin 56i ,57 20 

juillet 56i ,52 16 

août 56 1 ,20 23 

octobre 56 1 , 4g 8 

novembre 56o,58 19 

décembre 560,90 17 

Moyenne 560,98 

Observations barométriques à Bogota, par D. Francisco 
José de Caldas. 

En 1808, Caldas fît à Bogota, pendant six mois, une 
suite d'observations météorologiques insérées dans le Se- 
manario de la Nueva Granada. Les hauteurs maxima et 
les hauteurs minima de la colonne de mercure ont été ob- 
servées à g h du matin et à 4' 1 du soir. 

Caldas avait rempli son baromètre avec du mercure pu- 
rifié qu'il avait fait bouillir dans le tube. L'instrument 
que j'ai vu n'était pas à niveau constant, mais le diamètre 
de la cuvette était si considérable par rapport à celui de la 
section intérieure du tube que, pour d'aussi faibles varia- 
tions que celles constatées à Bogota, la correction exigée par 
suite du déplacement de niveau devait être insignifiante. 

Je n'ai pas cru devoir réduire à o° les hauteurs baro- 
métriques. Il s'agissait de trouver l'amplitude de la va- 
riation diurne; or, dans les six mois d'observations, le 
thermomètre placé à l'intérieur n'a pas varié de 2 . D'aussi 



( 24 ) 

faibles changements de température ne sauraient affecter 
l'expression de la valeur de la variation diurne. 

180 observations, de janvier à juin 1808, donnent pour 

moyenne de la variation barométrique diurne 2 mm 2 3 

La plus grande, le 27 janvier 3mm „g 

La plus petite, le 23 avril , . i mm 3i 

Températures moyennes des mois à Bogota. 



Août 1823. . . . 

Septembre 

Octobre 

Novembre 

Décembre , 

Janvier 1824 . . 

Février 

Mars 

Avril ... 

Mai 

Juin 

Juillet 

Août 

Septembre 

Octobre 

Novembre 



Moyenne . 



4,8i 

4,46 
4,4* 
3,84 

3,85 
4,42 
4,69 
4,53 
4,65 

4,94 

4,79 
3,91 

3,72 

4,65 

4,5 7 
5,53 



4.5 



Quantités de pluie tombée à Bogota. 
Années - P'uie. Observateurs. 

1807 100) 3 



'837 106,0 



i838. 

i83 9 

1840 

1841 

1842 

Moyenne de sept années. . 



i3o,o 

9i,4 
"4,3 
121,9 
101 ,0 

108,7 



Caldas. 
Illingwortli. 



( ».5 ) 
On résumera ici les observations météorologiques enre- 
gistrées à Bogota d'août i8a3 à décembre i8î4- 

Jours de 
Jours où le ciel a été 



Jours 
d'obser- 
vation. 

Août i8a3. ... 26 

Septembre 26 

Octobre 24 

Novembre 98 

Décembre 3i 

Janvier 1824. • • 29 

Février . . 23 

Mars 16 

Avril 18 

Mai 24 

Juin 20 

Juillet 16 

Août. . . 23 

Septembre 

Octobre 8 

Novembre ig 

Décembre 17 



découvert. 

i5 
2 

1 

«4 

4 



nuageux. 
10 
22 

'9 

9 

18 

i5 

12 
5 

X 7 
12 

9 

4 

18 



9 
6 
6 

9 
9 
6 

4 

Pas d'observations. 

5 1 2 

1062 
5 4 6 



pluie 

et 

brouillard. 

I 
I 

4 
5 
5 

4 
2 

4 
5 
3 
2 

6 
1 



grêle 
et ton- 
nerre. 



Dans les 348 jours compris entre août 1823 et décembre 
18245 il y a eu : 

Jours où le ciel a été pur 1 14 

» nuageux. . . 171 

» de pluie 53 

« de grêle 10 

En 1824, la grêle tombée le 6 novembre à 2 h de l'après- 
midi fut remarquable par son abondance et la grosseur 
des grains, à peu près sphériques, dont le diamètre attei- 
gnait o m ,oio à o m ,oi5. Durant quelques instants l'obs- 
curité était complète. Un peu avant la chute on avait en- 
tendu un bruit comparable à celui que ferait une charge 



( *6 ) 

de cavalerie. Les éclairs se succédaient sans interruption. 
La grêle fut suivie d'une pluie torrentielle. 



Dbate. 

Latitude N., 5°4' ; longitude O., 76°3o; altitude, 2562™; 
température moyenne, i5°, 5. 



Dates. 

1824. 



Sur l'esplanade de Bogota. 

Heures Température Baromètre 
d'observation. de l'air. à o°. 



Août 8 9 h matin 



i5,3 566,4g 



4 soir 17,8 564,37 



Variation 

diurne. 

mm 

2, Il 



Chiquinquira. 

Latitude N.,5°32'; longitudeO., 76-30; altitude, 2597»; 
température moyenne, 17°, 2. 

A l'extrémité nord de l'esplanade de Bogota. 

Dates. Heures Température Baromètre Variation 

1824. d'observation. de l'air. à 0°. diurne. 

o 111 111 mm 

Août 18 g'-matin... 16, 5 565, «4 ) 

4 soir 17,8 563,4 7 ) 1,&1 



Vêlez [province du Socorro). 
Latitude N., 6°5'; longitudeO., 76° 20'; altitude, 2198°; 



température moyenne, 20°. 

Dates. Heures Température Baromètre 

1824. d'observation. de l'air. à o". 



Août 21 g* 1 matin. 
4 soir. . . 



20,5 593,02 
21,0 590 , 88 



Variation 
diurne. 

mm 

2,l4 



( * 7 ) 

Obseivations faites dans la vallée du rio Grande 
de la Magdalena. 

Honda. 

Latitude N., 5° 12'; longitude 0., 77"i3'; altitude, •270"; 
température moyenne, 27°, 9. 



Dates. 
1823. 

juin. 20 



Heures. 

g' 1 matin 
4 soir. . 
10 matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir . . 



Température Baromètre 
extérieure. à o°. 



28,9. 

3i,8 
28,2 
3i,5 

29,2 

32,0 



740,95 
736,34 

740,26 
736,04 

*4°>'9 
736,25 



Variations 
diurnes. 



4,22 

4,6. 
3 >94 



Moyenne 4)"*^ 



Observations faites par M. Lœwy en 1848 à Honda. 
Baromètre comparé à celui de l'Observatoire de Paris. 



Dates. 




Température 


Baromètre 


Variation 


1848. 


Heures. 


extérieure. 


à o°. 


diurne. 









mm 


mm 


Mais 28 


8 h 45 m mat 


• 27 > 3 


74 l >'9 






9 » • 


2';,3 


741,11 








3o,5 


7 38,8o 






3 soir. . . 


3i ,0 


736, 16 


5,o3 




9 " ••■ 


27,8 


738,8i 




2 9 


3 matin . 


26,0 


738,80 






9 ■ • 


27 ,0 


740,96 






Midi 


3o,3 


738,87 






3 soir. . . 


. 3i,5 


7 36,48 


4,48 




9 » 


27,0 
Moyenne. 


738,45 






i.nS 



( ^8 ) 



Tocayma. 
Latitude N., 4°32'; longitude O., •77°; altitude, 455™. 
Sur le versant ouest de la Cordillère orientale. 



Dates. Heures. Température Baromètre 

1827. d'observation. de l'air. à o°. 

__ . , o mm 

Mai 10 9 h matin... 26, 5 724,38 

Midi ,8,3 722,92 

4 soir 29,5 720,67 



Variation 
diurne. 



3,71 



Ibagué. 

Latitude N., 4" 28'; longitude O., 77° 4o'; altitude, i3Q3 m ; 
température moyenne, 2i°,8. 

Au pied Est de la Cordillère centrale. 



Résumé des observations. Variations diurnes à Ibagué. 











Variations 


Innées. 




Dates. 


diurnes. 


1826. 


Décembre 


28.. . 


mm 
. 3,45 


1827. 


Janvier 


2. . . 


2,64 


» 


u 




3... 


3,5i 


u 


a 




6... 


3,63 





» 




7... 


3, 9 5 


» 







14... 


3,24 


» 


» 




i5... 


2,81 


» 


•• 




16... 


2,3l 


u 







17.... 


2,90 


" 


» 




18... 


2,70 


n 


» 




19... 


2,88 


u 


1) 




21 . . . 


3,45 



Moyenne. 



3, 11 



( 2 9 



Provinces d' Antioquia et du Cauca. 

Antioquia. 

Latitude N., 6°3o'; longitude 0., 'fif'ïsW '; altitude, 629™; 
température moyenne, 26°. 

Sur la rive gauche du Cauca. 

Dates. Heures Température Baromètre Variation 

1825. d'observation. de l'air. à 0°. diurne. 

o mm mm 

Novembre 19 8 h matin... 24,3 710,40 

10 » ... 26 , o 710,15, 

Midi 3o m 26,6 ^07,10 ' 

4 soir 27,5 706,00 

9 " 2 4>9 7°9' 20 

10 > 24,3 709,90 



Rio Negro, province d ' AntioqiAa. 

Latitude N., 6° 8'; longitude O., 78 ; altitude, 2i26 m ; 
température moyenne, 17 . 

Sur un plateau, à l'est de Medellin. 

Tempé- 
Dates. Heures rature Baromètre 

1825. d'observation. de l'air. à o°. 

moi 

Oct. 24 9 b matin 16, 5 596,90 

10 » 17,0 5g5,8o 

11 » 17,5 596, 10 

Midi 17,4 695,61 

1 soir i8,5 5g3,62 

2 « 17,4 593,21 

3 >■ 17,0 5g3, 10 

4 » 1 7 , o 5g3 , 1 o 









■ 



Variations 
diurnes . . 



( 3o ) 

mm 

Octobre 24 3 , 80 

?5..... 3,4, 

26 3,89 

2 7 • 4_/J2 

Moyenne 3,97 



Sonson. 

Latitude N., o'^i'; longitude O., 77°44' ; altitude, a535 m ; 
température moyenne, 14°. 

Sur le faîte de la Cordillère centrale. 



)ates. 
1828. 


Heures 
d'observation. 


Température 
de l'air. 


Baromètre 
à o°. 




Variations 
diurnes. 


)V. 2 


g h matin. . . 
Midi 




•4,8 

14,5 


mm 

568,64 
568,32 


j 


mm 

1,66 




4 h soir 


)6,o 


566 , 98 


) 




3 


9 matin . . . 


. i3,5 


568, 3o 


) 






Midi 

4 h soir 


>4,7 
• i4,3 


568, o5 
566,63 


! 

I 


1,67 


4 


9 matin . . . 
4 soir 


. i3,5 
i5,5 


568, o5 
566,42 


j 


i,63 


5 

6 


10 matin. . . 
9 matin. . . 
4 soir 


i5,5 

'4,5 

16,5 


567,47 
566,6 7 
565, 78 


j 


0,89 


7 


9 matin. . . . 


16,5 


566,58 






8 


g matin . . . 

Midi 

4 soir .... 

Moyenn 


• '3,7 
i5,5 
i6,5 


567,99 
567,43 
567,23 


! 

1 


0,76 




1.32 



(3i 



Hacienda del Rodeo, près Marmato. 

Altitude, i^oç)" 1 ; température moyenne, ig°, 5. 



Dates. 

1828. 



Fév. 28 



Mars 



2 9 
6 



8 
9 

3o 
3i 



Avril 



3 
8 

10 

1 1 

12 
i3 



Heures 
d'observation 

g h matin 
4 soir. . 
9 matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir. . 
11 » . . 
g soir. 

4 . .. 

g matin 
4 soir. . 
11 » ... 
g matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir. . 
10 matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir . . 
g matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir . . 
g matin 
4 soir. . 
g matin 
4 soir. . 



Température Baromètre 
de l'air. 



a o° 

mu; 



17,0 
25,0 
.7,8 

23, g 
i8,3 
22,8 

'8,9 
23,3 

20 ,6 

16,7 

I 7 ,2 
17,2 
20,0 

'8,9 
21,1 

21,7 

20,6 

23,3 
21 , 1 
24,4 
21,1 
2 3,3 
21 , 1 
23,3 
20,6 
22,8 

J 9'4 

20,0 
20,0 
20,0 
i8,3 
21,1 
17,2 

'9-4 



627,74 

624,61 
627 ,gg 
625,07 
628 ,g4 
626,1g 
628,08 
624,93 
627,06 

628. 10 
6ar5,65 
628,35 
625,78 
627,08 
626,06 
623,20 
625,36 
623,o3 
625,46 
622,57 
626,06 
623,58 
626,66 ) 
623,58 \ 
627,66 
625,34 
62g, 22 
626,57 
62g, 12 
626 , 1 2 
63o,24 

627 . 1 1 

62g, 4° 
626,17 



Moyenne. 



Variations 
diurnes. 



3,i3 
2,92 

2,75 

3,i5 
.,45 

2,57 

2,86 
2,33 
2,8g 

2,48 

3,08 

2,3a 
2,65 
3,oo 
3,i3 
3,23 
2,75 



(3p- ) 



Mines d'or de Marmato. — Casa dei Director. 

Latitude N., 5° 22'; longitude 0., 78 n'; altitude, 1 567™ 1 ; 
température moyenne, 2o°,4- 

Rive gauche du Cauca, près Supia, 8oo m au-dessus du rio. 

Dates Heures Température Baromètre Variations 

1829. d'observation. de l'air. à o". diurnes. 

o mm mm 

Janv. 11 Midi 22,2 646,89 

4 h soir 22,8 645,3o 

10 >> ....... 21,0 647,85 

12 9 matin 20,6 648,45 j 

Midi 21,7 646,60 ,> 3,76 

4 h soir 23,3 644.69 ) 

i3 9 matin 20,6 648,35 \ 

Midi 22,2 646,69/ 3,44 

4 h soir 22,8 644 «9 1 ' 

i5 9 matin 21,7 648,10 \ 

Midi 22,8 646,34 3,io 

4 h soir 21,8 645,oo) 

17 9 matin 20,0 648 , g5 \ 

Midi 21,7 646,i4 [ 4>' 2 5 

4 h soir 21,7 644»7°) 

18 g matin 20,0 647,80 i 

Midi ... 21,7 646,3o | 3,20 

4 h soir 21,7 644,60' 

20 q matin 20,6 648,85 ) _ cu 

r ■ art 3 '6° 

4 soir 22,2 045,17 ) 

21 9 matin 20,6 648 ,o5 \ 

Midi 22,2 646,74? 3,79 

4 h soir 23,3 644>26 ) 

22 g matin 21,1 647,70) 3 /£ 

4 soir 22,8 644, 2 4 i 

23 9 matin 21,7 647,85 ) „ - 

4 soir 23,9 644,26) 

Variation diurne moyenne 3,5g 



( 33 ) 

Rio Sucio de Engurumâ. 
Altitude, i8i8 m ; température moyenne, i<) ,3. 

A quelques milles à l'ouest de Marmato, dans la Cordillère 
occidentale. 



Dates. 
1825. 

Août 16 



Heures 
d'observation. 



Température. Baromètre Variations 



de' l'air. 



a o° 
mm 



18 



9 h 3o m matin.. 20 ,o 

Midi 22 ,0 

4 h soir ^4,0 

11 » 1 7 , o 

4 matin '4>9 

9 » 25,o 

4 soir 25,5 

11 » 18,0 

9 matin 20,0 

Midi 2 7>° 

4 h soir 25,0 

9 matin 2.3,5 



20 



4 soir 
9 malin. 
4 soir. . 
9 matin. 
4 soir. . 



25,5 
23,5 
25,5 
24,8 
21 ,5 



6.9 
617 
616 
619 
617 
619 
616 
618 

T320 
6l8 
617 
619 
617 
619 
6l6 
619 
6,7 



65 

95 
60 

18 

97 
1 1 

72 

o3 

o5 

95 
5o 
81 
00 

45 
72 
64 
35 



diurnes, 
mm 



3,o5 

2,39 

2,55 

2,81 
2,73 
2,20 



Variation diurne moyenne. 



2,64 



Cartngo. 

Latitude N., 4°4 5 '; longitude O., 78° 26'; altitude, 978" 
température moyenne, 2;J°,5. 



Près du Cauca, rive droite. 



Dates. 

1827. 

Juin 5 



Heures 
d'observation. 



Température Baromètre Variations 



de l'air. 



6 

7 

BoiSSISGALLT. — 



g b malin 2 4 » 7 

Midi.. 2 4>7 

4' 1 soir 25,2 

9 malin 23 ,3 

4 soir 27 ,0 

9 matin 23 ,6 

4 soir 26,0 

Agr., Vil. 



a o°. 
mm 
683,8 7 

682,57 
680,27 
683, 9 8 
680 , I 2 

683, 9 4 
679,54 



diurnes, 
mm 

3,6o 

3,86 



4 r. 



!<-> 



( 34 ) 



Dates. 

1827. 

Juin 8 
16 



1832. 
Mars 3o ( 



Heures 
d'observation. 



Midi . . . 
g h matin 
Midi . . . 



q matin . 
4 soir. . 



io 
1 1 

Midi 
i b 

2 

3 

4 

5 
6 

7 
8 

9 

10 

1 1 



soir 



7 
8 

9 

10 

1 1 
Midi 



matin . 



i "soir 

2 r 



3 

4 
5 

7 

9 
io 



Température 
de l'air, 
o 

. 25,5 

. 24,8 

• a5,7 
. 28,1 
. 24,0 

• 27> 3 



Baromètre Variations 
à 0°. diurnes. 



q matin 22 ,0 

21,5 

22,3 

22,5 

. . 23,0 

.. 23,5 
.. 24,0 
.. 24,0 

22,5 

22,0 
22,0 
22,0 

22,0 
22,5 
22,5 
21 ,5 
21 ,3 
.. 21,5 
21,3 
21,5 

22,0 

21 ,5 

22 ,0 
22 ,0 
22,1 
22,2 
21,3 
21,3 

. . 21,3 



Moyenne. 



681 
683 
681 

6 79 
683 

6 77 

685 
685 
684 
683 
681 
681 
680 

6 79 
680 

681 

681 

682 

683 

683 

683 

683 

684 

684 

684 

684 

684 

684 

683 

682 

682 

682 

682 

682 

682 



7 8 
1 1 1 

3i ) 
60 

68 | 



22 
83 

7 5 

76 
o5 
35 

95 

20 
86 

96 
81 
3t 
70 
80 

97 

'4 
37 
34 

67 



4' 

56 
3o 
04 
34 

64 

59 



3,8o 



5,90 



5.27 



■x , 33 



4.17 



(') Les observations sont faites dans une autre maison. 



( 35 



Popayan. 

Latitude N., 22°6'; longitude O., 79°; altitude, 1809"; 
température moyenne, i8°,9. 

Près du point où la Cordillère des Andes se ramifie. La ville 
de Popayan est à 20 milles au nord-ouest du volcan de Puracé. 



Tempéra- 
Dates. Heures turc du 
1831. d'observation. Baromètre, baromètre. 

mm 

Avril \!\ io b matin.. 624,65 18,6 

Midi 623,55 18,9 

4 h soir 621 ,00 19,2 

Variation diurne 



Baromètre 

à o". 

mm 

622, 76 

621 ,60 

6l9,o5 

3,71 



Anserma Nnevo. 

Latitude N., 4 >4 8 ; longitude 0., 78», 3o' 5 altitude, io5o b, j 
température, 26°,^. 

Vallée à cpaelques milles de Cartago. 

Tempé- 

Datcs. Heures rature Baromètre Variations 

1829. d'observation. de l'air. ào°. diurnes. 

o mm mm 

Février 4 9 h m:lt ' n 2.5, o 676,30 ] 

Midi 26,1 674,64 3,79 

5 4 h s °i r ?-7» 2 672,51 ) 

6 9 matin 25, o 676,25] 

Midi 27,2 675,36, 2,22 

4 1 ' soir 27,2 674,03 ) 

Variation diurne moyenne... 3, 00 



(36) 

Plaines du rio Meta et de l'Orénoque. 

San Martin. 

Latitude IN., 3°.' ( .V; longitude O., 75°3.V; altitude, '|3a œ ; 
température moyenne, 27°,5. 

A l'est-sud-est de Bogota, au pied de la Cordillère orientale. 



Dates. 
1821. 

Janvier 25 



26 



Heures 
d'observation. 



Tempé- 
rature 
de l'air. 



9'' matin 2 9-° 

10 » 29 , 2 

4 soir 32,o 

8 matin 9.5,6 

9 » 20, , o 

10 » 3o,6 

'" » 2 9>4 

Midi 2 9*7 

i L soir 3o,6 

2 » 28,3 

3 » 3o,6 

4 2 9>7 

5 » 28,6 

6 . 2.8,3 

7 » 26,5 

8 a5 , 2 

9 >> 25,o 

10 • 25,o 

11 » 22,2 

27 8 matin i!\ ,2 

9 " 25 >° 

10 » 25 ,8 

11 

Midi 



2 

3 

4 



26,4 
28,0 
28,0 
28,6 
27,5 

23,7 



Baromètre Variations 

à o°. diurnes. 

mm mm 



7 ?5 >94 
725,66 
721 ,65 
725,20 
725,08 
"25, 17 
72.5, 16 
724,56 
724,33 
723,17 
722,25 
722,27 
722,20 
722,32 

7 22 >97 
723,93 
724,40 
7 2 4»6g 
725,14 
725,67 
725,73 
725,68 
725,77 
725, 5t 

7 2 4>97 
723,37 

7 22 »97 
723,26 



4. 2 9 



) 3,< 



,T& 



Variation diurne moyenne. 



3,25 



(h) 



Marayal. 

Altitude, 236 m . 

Sur le rio Meta, à l'est-snd-est de Bogota. 

Tempé- 

Dates - Heures rature Baromètre Variation 

1824. d'observation, de l'air. à o°. diurne. 

o mm mm 

Janvier 12 9 h matin 3i,i 743,64 J 

4 soir 34,4 7 38, 9 5 J 4 ' 69 



Dates. 

1824. 

Mars 8 



Cariben, sur V Orénoque. 



Heur 



Tempé- 
rature 
de l'air. 



Baromètre Variation 
à o°. diurne. 



9 1 ' matin 3o,5 756,57 

3 3o m soir 34,7 752,69 



3,1 



Pasto. 

Latitude N., i°i.V; longitude 0., 79°; altitude, aGio"; 
température moyenne, i\°. 

A 10 milles à l'est du volcan. 

ates - Température Baromètre 

1831. Heures. de l'air. à o°. 

o mm 

Juin 9 Midi ,3,4 565,58 

10 9 1 ' matin ,3,3 565,84 

Midi ,3,3 565, 7 4 

11 9 h matin I2)? . 565,8g 

4 soir ,4,0 564,22 

Variation diurne. ... , ,61 



( 38) 



Novita, au Choco. 

Latitude S., 4°36'; longitude 0., 78040; altitude, i8o ra ; 
température moyenne, 26°, 5. 

A la base ouest de la Cordillère occidentale, sur la rive droite 
du rio San Juan, allant à l'océan Pacifique. 

Dates. Température Baromètre Variations 

1820. Heures. de l'air. à 0°. diurnes. 

mm mm 

Février 21 g h matin 26,1 746,54) 

Midi 27,2 744> 3 ' | 3 >°° 

4 h soir 26,1 743,54 1 

22 9 matin 26,1 747,24) 3 3g 

4 soir 27,2 743,86 j 

Variation diurne, moyenne... 3,19 



Plateau de l'Equateur. 

Lesmontagnes à foyers volcaniques de l'Equateur courent 
du sud au nord suivant deux lignes parallèles séparées par 
une étroite vallée. La bifurcation de la chaîne des Andes 
en deux rameaux commence vers le 3 e degré de latitude 
australe et se prolonge jusqu'à la province de Pasto. 
Cette longue vallée est interrompue par des monticules 
ou noeuds formant plusieurs plaleaux ayant à peu près 
la même altitude et sur lesquels sont placés Quito, 
Latacunga, Hambato, Riobamba, Alausi, Cuenca. Sur la 
chaîne occidentale se trouvent le nevado de Cotocachi, 
le volcan de Pichincha, les nevatlos d'Iliniza, du 
Carahuirazo, du Chimborazo; sur la chaîne opposée, les 
nevados de Cayambe, d'Antisana, et deux volcans en pleine 
activité, le Cotopaxi, leSangay. 



(3 9 ) 

Quito, à la base du Pichincha. 

Latitude S., o°i/|'; longitude O., 8i°5' ; altitude, 2gio m . 

Observations de M. Carlos Âguirre, de décembre i845 
à novembre 1846. 

Le baromètre, construit par Bunten, avait été comparé à 
celui de l'Observatoire de Paris. L'instrument indiquait 
des hauteurs trop faibles de o mm ,23. La correction n'a pas 
été appliquée. 

On a réduit à o°. 

278 observations sont consignées dans mon Mémoire. 
On a présenté ici les moyennes mensuelles des maxima el 
des mi ni ma. 

„ . . . „ Nombre Hauteur 

Baromètre a o° 
^- — - ,1 1 — _ d'observa- baro- 

1845. maxima. minima. lions. métrique, 

mm mm mm 

Décembre.... 54 7 , 7 8 545, 4 7 7 546,62 
1840. 

Janvier 54 7 ,3 7 545, 3 7 24 546, 3 7 

Février 5 47»79 545,47 22 546,63 

ftiars Hi,n- 545,37 16 546, 5 7 

Avril 5 47-79 545,72 24 546,75 

Mai 548,4o 546,45 3o 547,42 

Juin 548,9.9 546,4i 2 5 547,35 

Juil| et 548,77 546,62 29 547,70 

Août 548,i3 546,20 27 547,16 

Septembre.... 547,69 545,8a 28 546, 7 5 

Octobre 548,o8 545,5i 28 546,8o 

Novembre.... 54 7 ,55 545,3a 18 546,44 

Moyenne... 54 7 , 9 5 545, 81 

Maxima ». . 547. mm ,q5 

Minima 545 mm ,8i 

Hauteur barométrique déduite des maxima et minima à 

546 mra ,88. 



H f i T " 1 * 



(4o) 

Les 278 observations donneraient pour moyenne de la 
variation diurne a mm ,i4. 

La plus forte variation. . . . 3 mm ,46 i3 mars 1846. 
La plus faible o mm ,96 2 juin. 

J'ai trouvé pour la température moyenne annuelle de 
Quito i5°,2; le P. Aguilar, delà Compagnie de Jésus, 
donne, pour les années i864-i865, i4°>9- 

Durant la saison sèche ou plutôt la moins pluvieuse, du 
commencement de juin à la fin de septembre, les vents N.-E. 
dominent; pendant la saison des pluies, ce sont les vents 

s.-o. 

Il pleut souvent à Quito. Suivant le P. Aguilar, on 
aurait eu pour la pluie tombée : 

1861. 

mm 

Juin 49 

Juillet 100 

Août 137 

Septembre 92 

Octobre 214 

Novembre 1 15 

Décembre 256 

1865. 

Janvier 62 

Février i35 

Mars 253 

Avril 4^ 2 

Mai 170 

En une année 2095 = 2 m ,og5 

Ce serait le double de la quantité d'eau qui tombe sur 
le plateau de Bogota. 

Les observations udométriques de M. Carlos Aguirre, 
faites pendant sept mois, s'accordent avec celles du P. 
Aguilar. 



(4i ) 

De décembre i845 à juin 1846, on a mesuré n66 mm 
d'eau : 

1845. 

mm \ 

Décembre 164 

1846. 

Janvier 192 

février i47 '} n66 mm d'eau. 

Mars 1 49 

Avril ^36 

Mai ig5 

Juin 83 

On aurait pour Tannée entière i m d'eau. 

Quanta l'état hygrométrique de l'atmosphère à Quito, il 
est à peu près celui de Bogota. 

Voici les nombres de jours de pluie, de brouillard et de 
tonnerre enregistrés pendant une année par M. Aguirre : 

Pluie. Brouillard. Tonnerre, 

1845. Jours j ours Jours 

Décembre 18 4 2 

1846. 

Janvier 3 1 2 

Février 4 l 2 

Mars 12 1 3 

Avril 14 2 4 

Mai 11 5 ° 

Juin 7 a ' 

Juillet 3 2 o 

Août 5 o 1 

Septembre 7 1 * 

Octobre 1 1 6 5 

Novembre 11 9 4 

Totaux 106 34 27 

Lorsqu'on entend le tonnerre, l'orage n'éclate pas 
toujours sur Quito, mais dans les environs. 11 tombe dans 

~,U1 

I ' 




( 42 ) 

une année six à huit fois delà grêle, mais il grêle plus fré- 
quemment dans la montagne que dans la ville. 

II peut être curieux de comparer les météores aqueux 
signalés par M. Aguirre à ceux observés par le P. Aguilar. 

Voici ceux donnés par ce dernier : 

,„,., pl "ie- Tonnerre. Grêle. 

IBM. 
. Jours Jours Jours 

Jlun 3 o o 

Juillet 2 3 

Août 1633 

Septembre 6 5 

Octobre i5 19 , 

Novembre g 3 

Décembre 18 2 , 

1865. 

Janvier 7 1 o 

Février, 9 , 

Hlars jrj j 

Avnl 24 » 2 

Mai 18 o o 

Totaux 144 45 II 

Si l'on considère comme pluie les 34 jours de fort 
brouillard enregistrés par M. Aguirre, on aurait i4opour 
le nombre des jours pluvieux, presque exactement celui 
indiqué par le P. Aguilar. 

Latacunga. 

Latitude australe, o°5 9 '; longitude O., So°5o'j altitude, 2860». 

Au sud de Quito, en vue du volcan Cotopaxi, sur un 
plateau peu étendu, M. Cassola, un de mes élèves, a fait, 
avec un baromètre comparé à celui de Paris, 365o obser- 
vations durant l'année 1857. On observait chaque jour 
de 8 h du matin à 5 h du soir. Le détail de ce travail est 
consigné dans mon Mémoire. Je me bornerai ici à en 
présenter un extrait. 



( 43 ) 

Baromètre à o°. . . 

^___^__ Variation 

I857_ ç) h malin. 4 h soir - diurne, 

moi mm mm 

Janvier ■••- 55 1 ,48 548,71 2,77 

Février 55i,?4 547,36 3,88 

Mars 55i,35 548,38 2,97 

Avril 55i, 7 6 549,21 2,55 

Mai 55î,io 54q,io 3. 00 

Juin 55i,5o 54 9 ,2.o 2,3o 

Juillet 55t,5i. Ôl 9 ,23 2,28 

Août 552, 5 7 549,81 2,76 

Septembre 55a, o5 5^,, 18 2,87 

Octobre 55i,86 54 9 ,23 2,63 

Novembre 55i,5o 548,85 2,65 

Décembre 55^13 548,41 ^69 

Moyenne 55i,6 2 618,64 2,77 

mm 

Moyenne des maxima 55 1 ,62 

Moyenne des minima 5 18,64 

Hauteur moyenne du mercure. . 55o, i3 

Température moyenne de Latacimga donnée par un 
thermomètre placé dans le sol, au rez-de-chaussée, la 
boule de l'instrument étant à o m ,33 de profondeur. 

On observait à Q h du malin. 

Moyenne 
des 
températures. 

o 

Janvier 1 3 , 2 

Février l3 > 3 

Mars l3 >' 

Avril l3 '° 

Mai l3 '9 

Juin l3 ' 3 

Juillet ■■•■ l3 » a 

Août 10 ,o 

Septembre 10, J 

Octobre l3 >6 

Novembre ' 3 >4 

Décembre ' 3 »4 

Moyenne i3,3 






1 



■■■■■■■■■■■ 



JTà 



(44) 

Pluie recueillie à Lacatunga en 1857. 

J ™ 5 9 7è 

Février 

Mars i 2 5,'5 

Avnl 63,8 

Mai 3 7 , 2 

Ju,n 10,8 

Ju,llel 37,2 

Août 5,5 

Septembre 48 5 

0ctoLre IOl',2 

Novembre 21 2 

Décembre. gg l 

En une année 686,0 



Métairie d'Antisana. 

Latitude S., o°32' ; longitude O., 80° 38'. 

A 35 milles au sud-est de Quito, à la base du sommet nei- 
geux du volcan. 

Altitude de la Métairie 4072™ 

Altitude du volcan d'Antisana 58 7 8 m 

Dut Tempe- 
"" **■ Baromètre rature 

lsJl. Heures. ~ n „ j„ ,. . D 

a o . de I air. Remarques. 

Août 4 4 h *>ir 47a ^ 5 ; o Neige 

5 ■ 472,57 3,6 

7 " 473,97 2,8 Ciel découv. 

11 ' 472,83 2) o 

5 4 n>atin 472,87 r ,7 

8 ' 473,0. 2,8 

8 -3o m malin 4 7 3, 3 ? 2, 3 

9 mali " 473,27 3,4 

4 soir 47 2 ,33 3,3 Ciel couvert. 



(45) 



Varialion diurne 

Variation de 4 1 ' so ' r à ' lb soir. . 
Varialion de il soir à 4 matin 



1,04 

0,20 

o,4o 



Durant une ascension au sommet du volcan, je fus 
atteint subitement d'une ophtalmie des plus graves, 
causée parla réverbération des neiges. Forcé de retourner 
à Quito, je dus renoncer à continuer les observations que 
j'avais commencées à la Métairie, une des stations habi- 
tées les plus élevées du globe. Des études météorologiques 
sur un point placé à une telle altitude, sous l'équateur 
même, olïraientun grandinlérêt. Heureusement que, quel- 
ques années plus tard, j'engageai un jeune Américain, 
M. Carlos Aguirre, élève distingué de l'Ecole Centrale, à 
établir un observatoire à l'Antisana. 

C'est certainement la première série d'observations 
exécutée à une altitude peu différente de celle du sommet 
du mont Blanc. 

J'ai extrait des registres de M. Aguirre et réduit à o°les 
hauteurs maxima et minima pour en déduire la variation 
barométrique. 

Le baromètre établi en 1846 dans la Métairie avait été 
construit par Bunten et comparé au baromètre de l'Obser- 
vatoire de Paris. 

RÉSUMÉ. 

La variation diurne moyenne déduite de 374j 0lirs d'obser- 
vation est de o IT " n ,52 

La plus grande variation de i ml,1 ,65 le 27 avril 1846- 

La plus petite varialion de o m '",io le 23 octobre i84(J. 



La hauteur moyenne du baromètre, déduite des maxima et 
des minima observés chaque jour a été à l'Antisana: 



(46 ) 

1845. Jours d'observation, 
mm 

Décembre 47 1 , 37 21 

1846. 

Janvier 47 I >35 3l 

Février 47'i5i 28 

Mars 47 1 178 3i 

Avril 47 1 >7 J 3o 

Mai 47 2 i3i 3i 

Juin ^72, 5o 3o 

Juillet 47 2 >4 2 3r 

Août 47 2 > ' l 3i 

Septembre 47'>6o 3o 

Octobre 47 ' 560 3i 

Novembre 47 ' j 38 3o 

Décembre 47 1 >3i 19 

Moyenne 47'>77 

Correction o,5o 

Hauteur moyenne corrigée 47'i 2 7 

TEMPÉRATURE MOYENNE 

déduite déduite 

des de la somme des observations 

maxima et des minima faites d'heure en heure 

de la journée. entre 6 h du matin et 6 h du soir. 

1845. 

o 

Décembre.... 6,81 7i°4 
1846. 

Janvier 6,5o 6,67 

Février 5,5g 5, 80 

Mars 5,88 5,99 

Avril 6,3o 6,34 

Mai 5,75 6,00 

Juin 4 '98 5,12 

Juillet 3,45 3,56 

Août 3,37 3,4 2 

Septembre.... 4>'4 4> 12 

Octobre 5,3i 5,33 

Novembre.... 5,75 5,8i 

Décembre.... 5,4i 5,37 

Moyenne... 5, 18 Moyenne 5,44 



( 47) 
Un thermomètre maintenu, pendant la nuit du 5 
au 6 août i83i, à o m ,4, au fond d'un trou de mine prati- 
qué dans le sol de la maison d'Antisana, marquait à 
8 h du matin -f- 5°, o, la température extérieure étant de 



Refroidissement par rayonnement nocturne, observe 
à VAntisana. 

Le thermomètre à minima a indiqué : 

INDICATION 
jg^j Moyenne. Maximn. Minima. 



Décembre -+- i,8 H- 3,8 — o,5 

1846. 

Janvier -f-2,4 -H 4>5 — ?.,5 

Février +1,2 +3,5 — 4,5 

Mars 4-2,2 +3,5 -+- o,5 

Avril -+- 'i,7 +4)0 — 0,9 

Mai +0,4 + 3,6 — 3,3 

Juin — 0,4 + 3,8 — 6,2 

Juillet — 1,4 ■+- 1,9 — 6,4 

Août — 1,6 -4-o,3 — 6,6 

Septembre — 2,0 4- i,3 — 5,6 

Octobre —i,3 4- x ,5 — 5 , 9 

Novembre — o,5 -4- 2,4 .— 4,0 

Décembre — 0,4 -+-2,2 — 2,5 

L'abaissement de la température par l'effet du rayonne- 
ment nocturne explique pourquoi, fréquemment au lever 
du Soleil, l'herbe de la Métairie est couverte de givre, 
bien qu'un thermomètre suspendu dans l'air soit à plu- 
sieurs degrés au-dessus de o°. 



~*ï 






f 



( 48) 



Pluie recueillie en dix mois h l'Antisana. 

1813. 

mm 

Décembre 75 

1846. 

Janvier i4 2 

Février ioi 

Mars 1 33 

Avril 2i3 

Mai 219 

Juin 272 

Juillet 278 

Août 38-2 

Septembre 55 

18-0 



Pour l'année on aurait eu probablement i m , 24, à peu 
près la quantité tombée à Quito. A la métairie d'Antisana, 
le ciel est généralement nuageux -, on jugera du climat par 
ce relevé. 

En 375 jours on a enregistré : 

Jours où il y a eu des brouillards 1 3o 

» de la pluie 122 

» de la neige 36 

> de la grêle 12 

» du tonnerre 17 

Jours où le ciel a été découvert 34 

Ce qui frappe au premier abord, a dit de Humboldt, 
dans le phénomène des variations barométriques entre les 
tropiques, « c'est la non-interruption du mouvement 



7 



ascendant ou descendant du mercure. 11 faut toutefois 
déterminer le moment où la colonne atteint son minimum 
et ne change pas sensiblement, et le moment où elle com- 
mence de nouveau à monter. II arrive, comme pour toutes 
les grandeurs susceptibles d'un maximum et d'un mini- 
mum, que l'accroissement et la diminution des marées de 
l'atmosphère et de l'océan, près des limites extrêmes, 
sont proportionnels au carré des temps écoulés depuis les 
époques des maxima et desminima. Le baromètre reste par 
conséquent stationnaire, en apparence, avant que son 
mouvementdevienne rétrograde. Cet état stationnaire dure 
plus ou moins longtemps, comme l'étal du flux dans la 
mer étale. » I 

Je cite ce passage de l'illustre voyageur pour rappeler la 
tendance, bien naturelle d'ailleurs, qu'on avait de consi- 
dérer les mouvements périodiques du mercure comme 
l'indice d'une marée accomplie dans l'atmosphère. Ainsi, 
en 1784, Coite attribua les variations barométriques 
constatées à Mexico par le P. Alzate à une cause ayant 
quelques rapports avec les marées déterminées par la 
Lune. 

Celeslino Mulis assurait à de Humboldt que « le 
baromètre monte et descend le plus dans les quadratures, 
tandis qu'à l'époque des oppositions et des conjonctions les 
différences entre les hauteurs de ii b du soir et 4 b malin 
deviennent singulièrement petites ». 

J'ai entrepris, à Bogota, une série d'observations qui 
n'a pas confirmé l'assertion de Mutis. Dans les syzygies 
comme dans les quadratures, et aux heures du passage de 
la Lune par le méridien, je n'ai pu reconnaître l'influence 
lunaire sur les hauteurs barométriques, bien que j'aie fait 
usaged'un instrument accusant des variations de -' de milli- 
mètre. Ce que j'ai reconnu à Bogota, c'est que les hauteurs 
moyennes mensuelles sont les plus grandes en juin et 

Bol'SSINCAL'LT. ÂgT., VII. L 



I 






( 5o) 

juillet, les plus petites en décembre et janvier, lorsque la 
Terre est le plus rapprochée du Soleil. 



Bogota . 
Hauteur barométrique moyenne : 



Juin . . 
Juillet. 



56 i ,57 
56i ,52 



Janvier. . . 56o,65 
Décembre. 56o,22 



Moyenne. 56i,55 Moyenne. 56o,46 

Les observations faites dans d'autres localités ont été 



Quito. 



Juin 547,35 

Juillet. . . . 547 ,70 



Janvier. . . 546,37 
Décembre. 546,62 



Moyenne. 5^7,53 



Moyenne. 546, 5o 



Latacunga. 





55o,35 


Janvier. . . 


55o , 1 


Juillet. . . . 


55o,37 


Décembre. 
Moyenne. 


549.79 


Moyenne. 


55o,36 


5 49»94 




Antisana 


. 




Juin 


mm 
472,5o 


Janvier. . . 


mm 

47', 35 


Juillet. . . . 


472,42 


Décembre . 


47i,36 



Moyenne. 47 2 >46 



Mayenne. 47'>3o 



(5i ) 

Caracas. 

En prenant la moyenne des quatre années d'observa- 
tions faites par M. Aveledo, on trouve aussi que la hau- 
teur du mercure est plus faible au solstice d'hiver qu'au 
solstice d'été. 

Hauteur barométrique moyenne: 



Juin 684,67 

Juillet 684,36 

Moyenne. 684,52 



Janvier. . . 
Décembre. 



683,85 

684, o5 



Moyenne. 683, qf 



Mais, en prenant isolément les années 1868 et 1869, on 
ne trouve plus de différence dans le même sens. 



1868. 





684, 3o 


Janvier. . . 


684,34 


Juillet. . . . 


684, ,7 


Décembre . 


684,37 


Moyenne. 


684,24 


Moyenne. 


684,35 


1869. 










mm 




mm 




683, o,3 


Janvier. . . 


684,46 


Juillet. . . . 


685,24 


Décembre . 


684,93 



Moyenne. 684 , Ô9 



Moyenne. 684,69 



L'observateur hollandais, dont le nom est resté inconnu, 
terminait sa lettre datée de Surinam, dans laquelle il 
annonçait la découverte des variations horaires baromé- 
triques, par cette phrase : « On désire que les philosophes 
d'Europe fassent leurs conjectures là-dessus. » Soixante- 
dix-sept ans plus tard, près de ces mêmes côtes de 
Surinam, sur les bords de l'Orénoque, de Humboldt disait, 
non sans une certaine tristesse : « Quant aux conjectures 
des philosophes d'Europe, que le correspondant du journal 



' I 



I 



( 5») 
littéraire de la Haye désirait connaître, on ne peut pas en 
offrir de bien satisfaisantes. » 

Aujourd'hui, on pourrait encore reproduire la réflexion 
de de Humboldt si les philosophes d'Europe n'avaient con- 
staté dans l'atmosphère des phénomènes périodiques ana- 
logues à celui accusé par le baromètre et dus peut-être 
à une môme cause : les variations horaires de la déclinai- 
son de l'aiguille aimantée, de l'intensité du magnétisme,, 
de la tension électrique dans l'air. 



Résumé des observations barométriques faites dans le voisinage de l'Equateur, entre le i r e degré de latitude N. 
et le 5 e degré de latitude S., depuis le niveau de la mer jusqu'à l'altitude de 43oo m . 



AU NIVEAU DE LA MER. 



La Guayra 

Cartagena 

Santa-Marla 

Payta 

Payta 

Payta 

Tumaco 

San Buenaventura 



a 7>t> 
2 7>9 
■î;-9 



26.5 



HAUTEURS 
du morcure 

dans le 
baromètre 

à la 

température 

de o\ 



mm 
7 6 °>î 

7 5 9> 2 
759.5 

•758,5 
756,6(?) 

7 5 9'7 
7 5 9 ,6 

758,4 



VARIATIONS DIURNES 



amplitudo 
moyenne, 



ni m 

3,54 

2,32 

a, 52 

2,92 

3,45 

3,08 

2,64 



la plus 
grande. 



mm 
2,89 

4,80 

2,G 7 

3,78 

3 )7 S 
3,90 



la plus 
petite. 



mm 
», °4 

0,80 
2 3i 
1,88 
2,83 
^47 



OBSERVATEURS. 



MM. 
Boussingault et Rivero, 
J. Acosta. 
B. Lœwy. 
Duperrey. 
Boussingault. 
De Tessan. 
Boussingault. 



REMARQUES. 



Sur l'Atlantique. 



Sur l'océan Pacifique. 






A 



Résumé des observations barométriques. 



AU-DESSUS DU NIVEAU DE LA MER. 



Caracas 

Caracas 

La Vittoria 

Maracay 

San Luis de Cura.. . 

Nucva Valencia 

San Ci.rlos 

Tocuyo 

Merida 

Pamplona 

Santa Fé de Bogota. 



Ubaté 



9 36 

ff 

56i 

262 
488 
169 

6ag 

1 fi 19 
a.3i 1 



20,4 

17.0 
25,5 
a5,5 
27,4 

25,8 

2fi,0 
2 2,0 
l6,5 

.4,5 

1/ 

1 5 , 5 



HAUTEURS 

du mercure 

dans le 
baromètre 

à la 

température 

do o°. 



684,(i 
// 
710,8 

7 33 >9 
735,6 

7*9-9 
745;9 
708,4 
632,9 
583,o 
560,98 

u 
565/, 



VARIATIONS DIURNES 



amplitude 


la plus 


la plus 


moyenne. 


grande. 


petile. 


mm 
2,8l 


mm 

3,2.3 


mm 
2,47 


2 .97 


4.17 


1,65 


3,3o 


// 


a 


4,i9 


4.87 


3,fio 


. 3,3o 


// 


h 


3.9.5 


4,3i 


3,55 


4,36 


4,40 


4,33 


3,43 


4.48 


2,65 


,,83 


>>97 


j , 69 


3 , 1 3 


2,70 


1 , 55 


2,9.8 


3,58 


0, 14 


2,33 


3,95 


.,3i 


2,1» 


ff » 


tf 



3',8 
180 



OBSERVATEURS. 



MM. 

l'oussingaultet Rivero, 
Htimboldt. 
Boussingault et Rivero. 

» » 

Boussingault. 
Boussingault et Rivero, 
Boussingault. 



Boussingault et Rivero 
José de Caldas. 
Boussingault. 



REMARQUES. 



UT 



Venezuela, 

Venezuela. 

Près du lac Tacarigua. 
» 

Venezuela. 

Vallée de Cauca. 
Cordillère orientale. 

Plateau de Bogota. 



Chiquinquira. 

Vêlez 

Hondii 



Tocayraa 

Ibagué 

Antioquia 

Rio Negro 

Sonson 

Rodeo prèsMarmatn 

Marmato 

Rio Sucio 

Cartago 

Popayan 



Anserma INuevo . , 

San Martin 

Marayal 

Cariben 

Pasto 

Novita 

Quito 



LataeuiigD 

Métairie d'Anlisan; 



;!l 97 
2198 

270 
// 

455 
i3a3 

62g 
2126 
2535 
1709 
i56 7 
1 S r S 

97 8 
1809 
1000 

43a 

236 

3610 

180 

agio 



a86o 

40 7 2 



20,3 

3 7>9 



_i ,0 

26,0 



14,0 
ig,5 

20, ', 

'9. ;! 

»4.S 
18,9 

26/, 
27, 5 

32 >7 

32,6 

■ 4 1° 

:•) , 5 

1 5 , 2 



3,3 
4,4 



564,3 

5 9'»9 
7 38,3 
7.^,9 
793,6 
654,5 
708,2 
5ç)5 , 3 
56 7 ,3 
626,1 
646,5 
6i8,3 
681 ,9 
633,1 
674,8 
7240, 
74i,3 



565,4 
745,i 
546,0 

55 0, i3 

' l7 2,8 



1,67 

2, 14 
4,26 

4,75 
3,7. 

3,io 

4,4o 

3.97 

1,32 
2, 7 5 

3,59 

3,64 

4,i7 
3,71 

3,oo 
3,25 
4,6g 

3.88 

. ,67 
3.. 9 
1 , 5G 
3,10 
2,77 

■ ,04 



4,61 

5,o3 

// 

3,95 



1 ,67 
3,23 

3,o5 
5,9 a 

3 . 79 



3,38 
3,83 
3,46 
3,88 



rt 


1 


3,9'. 


3 


4/(8 


2 


// 


1 


2 , 3 1 


12 


// 


1 


M7 


8 


0,76 


5 


1 , Î5 
?> , ] 


16 
9 


- j ''■' 


7 


n 


1 


2 ,22 


2 


a, 76 


3 


// 


1 


// 


■ 


/■/ 


1 


0,45 


ii. 


0,96 


279 


3,38 


365 


0,10 


3 7'i 



Lœwy. 

Boussingault. 



Boussingault et Rivero. 
Boussingault. 
Rivero et Roiilin. 

ffiussingault. 



Aguirre. 

Cassola. 
Boussingault, 

Aguirre. 



Soeorro. 

Vallée de la Magdalena. 



Rio Cauca. 

Vallée de Cauca. 

Province d' Antioquia. 

Près Supia. 

Casa del Director. 

Vallée du Cauca. 



I.lanos E. de Bogota. 
Rio Meta. 
Orénoque. 

Choco, rio San Juan. 



Au sud de Quito. 
A la base du volcan. 






( 56 ) 

L'ensemble de ces observations montre combien, dans 
la région équinoxiale, les oscillations de la colonne baro- 
métrique sont peu étendues et les variations diurnes régu- 
lières. L'état de l'atmosphère ne semble pas exercer d'in- 
fluence sensible sur la pression. Il en est tout autrement 
en dehors des tropiques et, pour mettre en évidence les 
variations périodiques dont l'amplitude décroît à mesure 
qu'on s'éloigne de la ligne équinoxiale, il faut un laps de 
temps assez prolongé. Ainsi, d'après Kaemtz, en adoptant 
pour la variation diurne à l'équateur 2 mm , 7, on aurait: 

mm 

Pour une latitude nord de 4 1 1 »o 

Pour la latitude nord de 5o 0,8 

Pour la latitude nord de 60 o,3 

Cette diminution d'amplitude, on la constate aussi sous 
l'équateur; mais c'est en s' élevant au-dessus du niveau des 
mers. En d'autres termes, l'amplitude décroît avec la hau- 
teur de la station. 

Par exemple, en portant le baromètre dans la Cordil- 
lère, on voit que la variation est la suivante : 

mm 

Entre l'altitude de o m et iooo m 3,4 

Eutre l'altitude de iooo m et aooo m 2,9 

Entre l'altitude de 2ooo m et 3ooo ln 2,2 

A l'altitude de 4poo ln 1 ,o5 

Au reste, on « pu voir, dans le Tableau résumant les 
observations faites dans les Andes, combien les influences 
locales contribuent à en modifier l'étendue; ainsi, sur les 
côtes, elle est en moyenne d'environ 2 mm ,6, tandis qu'elle 
atteint 4 m "S l ' dans l'intérieurdes terres, à des altitudes ne 
dépassant pas 44° m - La diminution ne commence à s'ac- 
centuer qu'entre iooo m et 2000™, etelle est de plus en plus 
manifeste à mesure qu'on s'élève. Il y a cette analogie avec 
ce que l'on reconnaît dans les localités éloignées de l'équa- 



( 5 7 ) 
teur que, dans les deux cas, la diminution dans l'ampli- 
tude de la variation périodique du baromètre répond à une 
diminution dans la température de l'atmosphère et surtout 
dans ses variations extrêmes. Ainsi, dans les régions équa- 
toriales, la température, à peu près constante, est : 

o 

Au niveau des mers ?8 

A iooo m ^4 

A i5oo ,n 2° 

A ?.ooo ,n > 8 

A 25oo m ,5 

A 3ooo m > 3 

A 4ooo ,n 5 à 6 

Il en est tout autrement dans les latitudes élevées. En pre- 
nant au hasard quelques-unesdes données rassemblées dans 
le grand travail de Humboldt surks lignes isothermes, on 
trouve pour l'hémisphère boréal : 

Température 

Latitude. de l'hiver, de l'été. 

o 
4l -4 +2 1 

5o —3 +'9 

6o —6 +'5 

En Europe, la pression barométrique est surtout in- 
fluencée par l'intensité et la direction des vents. Géné- 
ralement la colonne de mercure monte quand le vent 
souffle entre l'est et le nord; elle descend par un vent ve- 
nant d'un point compris entre le sud et l'ouest. Il y a sans 
doute d'assez fréquentes anomalies, mais le plus ordinai- 
rement le baromètre est à son maximum quand le vent du 
nord souffle de l'intérieur des continents età son minimum 
lorsqu'il vient du sud après avoir traversé les mers. Aussi la 
pression atmosphérique est-elle forte avec les vents froids, 
faible avec les vents tièdes, et, comme le fait remarquer 
Kaemlz, lorsque l'air est refroidi par les vents du nord, il 






( 58 ) 
se contracte, les limitesde l'atmosphère s'abaissent et l'air 
chaud afflue de tous les côtés : de là l'ascension du baro- 
mètre. Au contraire, l'air est-il réchauffé par les vents du 
sud, il s'élève et s'épanche dans toutes les directions. 

Entre les tropiques, c'est à l'uniformité de la tempéra- 
ture qu'il convient d'attribuer la marche si régulière du 
baromètre, et, audelàde l'équateur, c'estdansles fréquents 
changements de température et les grandes perturbations 
atmosphériques qui en sont la conséquence qu'il faut voir 
la cause de la marche irrégulière de cet instrument. 

On a reconnu qu'à de très grandes altitudes, sur les pla- 
teaux de Bogota, de Quito, la colonne barométrique varie 
très peu, ainsi que la température. Il en est de môme au 
niveau de l'Océan. Voici, par exemple, les hauteurs du mer- 
cure recueillies à Pernambuco, sur la côte du Pacifique, 
par 8°3' de latitude sud, oùl'on a fait, de 1842 ài844, douze 
mois d'observations ( l ) : 

Moyennne. 

Baromètre Température 
Dates. à 0°. de l'air. 

1842. Août 763™' 2 5°,8 

Septembre 762,5 25,3 

Octobre 761,1 26,2 

Novembre 760,1 26,6 

Décembre 760,0 26,5 

1842. Janvier 760,2 25, 1 

1844. Juin 761,4 2 6,3 

Juillet 762,7 2 5,8 

Août 762,7 26,0 

Septembre 762, 1 26,1 

Octobre 761,9 26,9 

Novembre 7%>7 27,7 



(') Le baromètre était placé dans le fort Picaon. L'instrument n'avait 
pas été comparé au baromètre d'un observatoire d'Europe. Il est vraisem- 
blable qu'il donne des hauteurs trop fortes. 



( 5 9 ) 
On voit que la hauteur barométriquemensuelle a aussi peu 
varié que la moyenne thermométrique : c'est précisément 
ce qui a lieu dans les régions tempérées et froides des Cor- 
dillères. Il en est tout autrement hors des régions tropi- 
cales. Là, dans le cours d'une année, les oscillations du 
baromètre sont très étendues, ainsi que les différences de 
température. Ainsi, à Paris, dans l'espacede soixante ans, 
de 1806' à 1870, 011a eu pour la température moyenne des 
mois: 

Dates. Température. 


Janvier 2,4 

Février 4>5 

Mars f- 6,4 

Avril '0,1 

Mai '4 ' 3 

Juin 17 - 2 

Juillet 18,9 

Août i8,5 

Septembre i5 ,7 

Octobre 1 1 ,3 

Novembre 6,5 

Décembre 3,7 

Depuis le commencement du siècle jusqu'en 1871 : 

Jja température la plus élevée a été enregistrée u 

le 3i juillet i8o3, soit -+-36,7, 

La température la plus basse le 9 décembre 

1 871, soit — ai,3 

Dans la proximité de l'équateur, soit au niveau de la 
mer, soit à de grandes altitudes, la moyenne des mois dif- 
fère à peine de i° a 3°. 

C'est sans doute à cette uniformité qu'on doit attribuer 
la faiblesse des changements dans la pression de l'air des 
régions équinoxiales; l'atmosphère n'y éprouve que rare- 
ment de fortes perturbations ; aussi les phénomènes météo- 






(6o) 

rologiques y sont-ils d'une étonnante régularité; les orages, 
les chutes de grêle, dans une localité, se manifestent à l'ap- 
proche du Soleil vers le zénith; à une saison pluvieuse 
succède une saison sèche. Sur le sommet des Andes, des 
neiges sporadiques descendent momentanément au-dessous 
delà limite inférieure des neiges éternelles. Des vents 
impétueux, les paramos, soufflent périodiquement sur les 
plateaux élevés. Les quantités annuelles de pluie sont 
presque toujours les mêmes; la configuration du sol influe 
surtout sur leur abondance ou sur leur rareté. Ainsi, dans 
les forêts du Choco, sillonnées de nombreux cours d'eau, il 
pleut pour ainsi dire sans interruption. C'est que les vents 
de l'océan Pacifique, barrés par la chaîne occidentale des 
Andes, abandonnent la vapeur qu'ils conlienuenten se re- 
froidissant avant d'en atteindre le sommet. Sur le littoral 
du Pacificpje, la pluie est pour ainsi dire inconnue; sa ra- 
reté est attribuée à la permanence des vents sud-sud-est. 
Sur cette côtepéruvienne, on n'entend pas lebruit du ton- 
nerre. Lorsque le vent des régions australes est remplacé 
par un vent du nord, de juillet à novembre, le ciel est 
voilé par un épais brouillard qui se résout en bruine, 
mouillant la terre à la manière de la rosée. 

Ces phénomènes dépendent donc de la configuration 
lopographique de la contrée ou de la position que le Soleil 
occupe dans l'écliptique; ils s'accomplissent sans amener 
de perturbations capables de masquer les variations du 
baromètre. Aussi cet instrument cesse-t-il, entre les tro- 
piques, d'être un indicateur des changements de temps, 
car, ainsi que l'a dit Thibaut de Chanvalon : « Les révolu- 
tions les plus considérables de l'atmosphère n'en allèrent 
pas la marche; pendant les pluies abondantes, les vents, 
les orages, le mercure monte ou descend, si c'est son heure 
de monter ou de descendre, comme si tout était tranquille 
dans l'air. » 

Ce que ces résultats ont de frappant, c'est la constance 



(6i ) 

de la température et de la pression, que ne troublent pas 
les variations les plus extrêmes qui surviennent dans les 
latitudes élevées. A ce point de vue, il est curieux de com- 
parer les températures observées entre les tropiques aux 
températures minima et maxima en Europe dans les 
mêmes années. 



Dates. 



Température. 



La Guayra. 1822. Décembre 27,6 

Cartagena. 1831. Janvier 2 7>9 

Santa-Marta. 1848. Mars a8,5 

Payta. 1823. Mars 28,0 

Payta. 1832. Janvier ..^ 27,3 

Caracas. 1799. Décembre 21 ,5 

Caracas. 1822. Décembre 20,7 

Observatoire de Paris. 



Dates. 

1822. Décembre. 

1831. Janvier.. . 
1848. Mars 

1823. Mars 

1832. Janvier. . . 
1799. Décembre. 
1822. Décembre. 



Température. 

• ~i4°,6 

• - 6,7 

• - -9- 7 

• - 4,8 
. - 8,5 
. -i3,i 
. - 8,8 



Dates. 

Août . 
Juillet 
Juillet 
Août . 
Août . 
Août . 
Août . 



Température. 

4-33°,8 
+29,5 
-f-35,o 
4-3i,3 

4-35,o 
H-3o,o 
+ 3i,3 






Bogota. 
Quito. 



Dates. 

1823-1824. 
1846 



Latacunga. 1857 . 
Antisana. 1846, 



Moyennes 
mensuelles. 

• i4°,5 

i5,o 

. i3,3 

5,2 



Paris. 
Température 



— 10,0 

— •4,7 

— 6,6 

— '4,7 



4-33,2 
4-36, o 
4-36,2 
4-36,o 






Si l'on compare les températures moyennes des mois à 









(62 ) 

celles de Paris, pour les stations de Bogota et d'Anlisana, 



on a 



Janvier. . . 
Février. . . 

Mars 

Avril 

Mai 

Juin 

Juillet. . . . 

Août 

Septembre. 
Octobre . . 
Novembre. 
Décembre . 



Bogota. 

1823-1824. 
o 

14,2 
>4,7 

14,5 

• '4,7 

; ,4,9 
.4,8 

14,2 
>4,3 

14,5 

.4,7 

'3,9 



Paris. 
1823-1824. 

o 

3,1 
4,6 

5,4 

9» 1 

i3,8 

i5,6 

•7>< 
,8, 7 

15,7 

io,7 

7,6 

6,3 



Antisana. Paris. 

1846. 1846. 



Janvier 6,5 2,4 

Février 5,6 3,, 

Mars 5,9 5,7 

Avril 6,3 10,0 

Mai 5,7 i3,8 

Juin 5,0 2, ,0 

Juillet 3,5 20,8 

Août 3,4 20,5 

Septembre 4 > < '7,7 

Octobre 5,3 11,7 

Novembre 5,7 6,0 

Décembre 5,4 o , 3 

Les températures moyennes mensuelles de Bogota et 

d'Anlisana n'ont pas été influencées par les températures 

moyennes mensuelles de l'observatoire. Cependant, à 



(63 ) 

Paris, dans le cours de l'année, le thermomètre y a 
éprouvé des variations considérables ; 



1823. 26 août 

1824. i4juill« 
1816. 5 juillet. 



Température 




Température 


la plus haute. 




la plus basse. 


+ 3i°3 


i4 janvier. . . 


• -4°6 


:t. . . . +35,2 


i4 janvier. . . 


. - 4.8 


t.... +35,9 


19 décembre. 


• —'4-7 



1 ; 



(64 ) 



SUR 



LA COMPOSITION DU LAIT 



DE L'ARBRE DE LA VACHE. 



Je me propose de revenir sur un travail que j'ai fait 
autrefois.il s'agit d'un suc végétal que l'on considère, dans 
l'Amérique méridionale, comme un aliment salutaire, et 
qu'Alexandre deHumboldt me recommanda de soumettre à 
un examen chimique. L'illustre voyageur ajoutait que, 
parmi le grand nombre de phénomènes curieux qu'il avait 
observés, il en était peu qui frappèrent aussi vivement 
son imagination que celui d'un arbre donnant en abon- 
dance un lait rappelant par ses propriétés celui des ani- 
maux. 

L'arbre de la vache (palo de lèche) a le port du Caï- 
milier; il atteint une hauteur de i5 à 20 mètres. Ses 
feuilles sont oblongues, alternes, terminées par des pointes 
coriaces. Lorsqu'on fait une incision sur le tronc, il en 
sort un liquide blanc visqueux, d'une saveur agréable. 

C'est sur le versant de la chaine côtière du Venezuela, 
au-dessus de Ocumare, que M. de Rivero et moi nous 
vîmes l'arbre à lait, le Brosimum galactodendron, d'après 
le savant botaniste M. S. Linden. 

Nous nous étions établis dans la petite ville de Ma- 
racay, près du lac d'eau douce de Tacarigua, pour en fixer 
la position, et particulièrement pour contrôler, par des 
observations de satellites de Jupiter et des distances lu- 



\) 



(65 ) 

naires, la longilude chronométrique obtenue en transpar- 
tant le temps de la Guayra dans la vallée d'Aragua. 

Chaque jour, des Indiens nous apportaient du lait vé- 
gétal; nous pûmes essayer d'en déterminer la composi- 
tion, et aussi les propriétés nutritives - , car, pendant plus 
d'un mois, nous en avons pris en le mêlant à du café 
ou à du chocolat. 

J'eus une seconde fois l'occasion de rencontrer le palo 
de lèche dans une circonstance singulière. 

La guerre de l'Indépendance touchait à sa fin. La for- 
teresse de Puerto Cabello était le seul point encore au 
pouvoir des Espagnols sur les côtes de la mer des Antilles*, 
l'armée américaine en faisait le blocus.\Ayant à visiter 
les postes répartis sur le versant méridional de la Cordil- 
lère littorale, je partis des eaux thermales de las Trin- 
cheras. Parvenu au torrent de Naguanagua, je rencontrai 
quelques soldats portant des bidons. Je supposais que ces 
hommes allaient chercher de l'eau, mais les ayant vus pas- 
ser le INaguanagua sans s'y arrêter, je leur demandai où 
ils allaient. Und'eux répondit qu'ils allaient traire l'arbre. 
D'abord je ne compris pas, néanmoins je les suivis. 

Après nous être élevés de 5oo à 600 mètres, nous nous 
trouvions au milieu d'une forêt où abondaient de magni- 
fiques Brosinium galactodendron, dont les racines ram- 
pantes couvraient la surface du sol. La température de 
l'air était de ao à 01 degrés. Aussitôt arrivés, les soldats 
pratiquèrent, à coups de sabre, de nombreuses incisions 
pour faire jaillir du lait; en moins de deux heures, les 
bidons étant remplis, on reprit le chemin du campe- 
ment. 

La station où nous étions n'est pas éloignée de la 
ferme (hacienda) de Barbula, où de Humboldt vit les 
nègres de la plantation recueillir du lait végétal pour y 
tremper leur galette de cassave ou de maïs. Le majordome 
affirmait que les esclaves engraissaient par ce régime. Dans 

BOCSSIKGAULT. — Agr,, VII. - 5 



'( 









(66) 

la matinée, les Indiens du voisinage recevaient aussi du 
lail dans des calebasses; les uns le buvaient sur place, les 
autres le portaient à leurs enfants; on croyait voir, dit 
Hutnboldt, un pâtre distribuant à la famille le lait de son 
troupeau. 

Le B. galactodendron est fort répandu dans les ré- 
gions intertropicales. Dans sa description des Indes occi- 
dentales, Lcet l'avait déjà signalé dans la province de Cu- 
mana. M. Linden l'a vu dans les montagnes dominant 
Maracaïbo; A. Goudot dans la Sierra de Ocafia, là où il 
découvrit la belle variété de cacao montaraz ; on le ren- 
contre aussi à l'est de Quito, dans les forêts traversées par 
le Napo et l'Ucayali, rivières tributaires des Amazones. 
Les missionnaires le nomment Sandis. 

En comparant ces stations des régions chaudes à celle de 
la zone tempérée de la chaîne côlière de Venezuela, on 
voit que le B. galaclodendron peut exister près de l'Equa- 
teur à des altitudes comprises entre 200 et 1000 mètres, 
c'est-à-dire à des températures moyennes de 20 à 27 de- 
grés. 

Le lait qu'on en tire par incision est beaucoup plus 
consistant que le lait de vache, sa réaction faiblement 
acide; exposé à l'air, il s'aigrit en laissant déposer un 
volumineux coagulum, u.ne sorte de fromage. Je n'ai pas 
à revenir sur les expériences bien incomplètes faites autre- 
fois à Maracay; il suffira de rappeler ce que nous avons 
constaté alors dans le lait de l'arbre de la vache : 

i° Une substance grasse semblable à la cire d'abeilles, 
fusible à 5o degrés, se dissolvant en partie dans les li- 
queurs alcalines, où elle parait former un savon ; très-so- 
luble dans l'éther, peu soluble dans l'alcool bouillant. Celte 
matière, formée probablement de plusieurs principes, ac- 
quiert, après avoir été fondue et refroidie, l'apparence 
de la cire vierge; j'ajouterai que nous en avons fait des 
bougies. 



(6; ) 

2° Une substance azotée analogue au caséum, à struc- 
ture fibreuse, rappelant la fibrine végétale que Vau- 
quelin venait de reconnaître dans le suc du Carica pa- 
paja. 

3° Des matières sucrées qu'il ne nous fut pas possible 
de caractériser. 

4° Des sels de potasse, de cbaux, de magnésie, des 
phosphates. 

Quant à la quantité de matières fixes, nous l'avons 
estimée, à Maracay, à J^i pour ioo du lait venant de la 
forêt de Periquito. 

Pendant longtemps j'ai regretté de n'avoir pu déter- 
miner la nature des matières sucrées nue nous n'avions 
fait qu'apercevoir. C'était une lacune que A. Goudot 
permit de combler en m'envoyant un extrait du lait 
végétal qu'il avait obtenu par une évaporation an bain- 
marie. Je dois aussi ajouter que j'ai eu le bonheur de 
rencontrer, dans les objets intéressants présentés à l'Ex- 
position internationale par le gouvernement de Vene- 
zuela, plusieurs flacons de lait de l'arbre de la vache, que 
M. Vicente Marcano s'empressa de mettre à ma disposi- 
tion. J'ai pu ainsi continuer des recherches commencées 
à une époque déjà bien éloignée et dont voici les résul- 
tats. 

Dans ioo parties d'extrait du suc laiteux obtenu dans 
des conditions où il n'y avait pas eu de fermentation, on 
a dosé : 

Cire, matières grasses 84, 10 

Sucre interverti, réducteur 2 oo 

Sucre interversible i,&o 

Gomme facilement saccharifiable 3 , 1 5 

Caséum, albumine A oo 

Cendres alcalines, phosphates i , !0 

Substances non azotées indéterminées. 4, 2 5 

100,00 






(68) 

Rapportant à ioo de suc laiteux contenant 42 de ma- 
tières fixes, on a : 

Cire et matière résineuse 35, a 

Substances sucrées et analogues 2,8 

Caséum, albumine 1 n ] 

Terres,, alcalis, phosphates o,5>4>° 

Substances indéterminées 1 ,8 I 

Eau 58,o 

100,0 

Le lait végétal se rapproche certainement, par sa con- 
stitution générale, du lait de vache, en ce sens qu'il ren- 
ferme un corps gras, des matières sucrées, du caséum et 
de l'albumine, des phosphates. 

Mais les proportions de ces substances sont bien dif- 
férentes; la somme des matières fixes est trois fois plus 
forte que celles entrant dans la composition du lait; aussi 
est-ce à la crème qu'il convient de comparer le lait vé- 
gétal. Par exemple, dans une crème douce analysée par 
M. Jeannier, il y avait pour 100 : 

Beurre 34 , 3 

Sucre de lait 4 1 o 

Caséum et phosphates 3,5 

Eau 58,2 

roo,o 

Le beurre s'y rencontre à peu près dans la même pro- 
portion que la matière cireuse dans le lait du B. galacto- 
dendron. Les matières fixes sont les mêmes à fort peu près. 

Cette analogie de constitution explique les propriétés 
nutritives, bien constatées d'ailleurs, du lait ou plutôt de 
la crème végétale. 



(6 9 



LES SOURCES THERMALES 



CHAINE DU LITTORAL DU VENEZUELA 



(AMÉRIQUE MÉRIDIONALE). 






La chaîne littorale s'étend, à l'ouest, depuis le cerro de 
Avila jusqu'à Nueva Valencia, où elle se confond avec une 
ramification de la Cordillère orientale des Andes. Paral- 
lèlement, une ligne de montagnes peu élevées limite au sud 
les plaines de l'Apure et de l'Orénoque. C'est à partir du 
groupe de collines de Higueroleque commencent les vallées 
dAragua, dont les eaux, n'ayant pas d'issue vers la mer, 
forment le grand lac de Tacarigua. 

Le massif du littoral est constitué par le granit et le 
gneiss; on y connaît plusieurs sources thermales, dont les 
plus importantes par leur abondance et leur température 
sont celles d'Onoto, de Manara, près de )a ville de Mara- 
cay, et de las Trincheras, située à peu de distance de 
Valencia. 

1. Sowces d'Onoto (altitude 6g6 m ). — L'eau sort du 
gneiss de trois bassins placés au même niveau et donne nais- 
sance au ruisseau de Aguas Calientes. J'ai trouvé la tem- 
pérature de 44°, 5, un thermomètre à l'ombre marquant 3o°. 

L eau n'avait pas d'odeur; les réactifs n'y occasionnèrent 
aucun précipité; i ut , évaporé à siccité, laissa un faible ré- 
sidu siliceux ayant une réaction alcaline. 

Du fond des bassins s'élevaient, par intermittences, des 
bulles de gaz azote. Le terrain environnant les sources est 



\ 



( 70) 
eouvert de blocs de roches évidemment détachés du sommet 
de la Cordillère, Un de ces blocs granitiques, de forme 
hémisphérique, avait g m de circonférence; des fragments 
de gneiss, riches en grenat, sont épars dans la savane; au 
sitio del cerro de la Prenada, cette roche, en place, ren- 
ferme des amas d'un calcaire blanc saceharoïde. 

II. Sources de Mariara (altitude 553 m ). — Ces sources 
sont à quelques milles au nord-est de Maracay, près du ha- 
meau de Mariara, dans une sorte d'amphiihéàtre en granit 
renfermant de longs cristaux de feldspath, mêlés à des la- 
melles de mica argentin ; la roche est liée au gneiss et à un 

micaschisteabondantengrenats.Les pics dentelés, de formes 
bizarres, qui terminent le granit donnent un aspect singu- 
lier, on pourrait dire lugubre, à la localité nommée le 
Coin du Diable (Rincon del Diablo). 

C'est dans cette enceinte que de plusieurs cavités surgit 
de l'eau à une température de 36° à 6o°; son régime est 
assez fort pour donner naissance à la rivière de Aguas tibias. 
L'eau la plus chaude sort à la partie inférieure; le thermo- 
mètre s'y maintient à 64°; quand on vient de la recueil- 
lir, elle possède une odeur d'acide sulfhydrique, qui se 
dissipe par le refroidissement au contact de l'air. Les 
réactifs y indiquent des traces de sulfates et de carbonates; 
évaporée, elle laisse un résidu siliceux ramenant au bleu le 
tournesol rougi par un acide. Du fond des posos d'où les 
sources apparaissent on voit sortir, toutes les deux ou trois 
minutes, une série de bulles de gaz azote. 

L'eau de Mariara diffère donc de celle d'Onoto par 
iwie température notablement plus élevée, par la pré- 
sence de l'acide sulfhydrique et, je dois ajouter, par ce 
fait curieux qu'il s'y développe, malgré une chaleur de 
5o° à 6o°, deux plantes aquatiques, signalées par de 
Humboldt, l'une membraneuse, l'autre à fibres parallèles. 
La première rappelle XXJlva labyrinthiformaàe Vandelli, 
qu'on rencontre dans des sources chaudes de l'Europe. 



( n ) 

III. Sources de las Trincheras, près Nueva Valencia. — 
Le lac deTacarigua,dans la belle et fertile vallée d'Aragua, 
a 10 lieues de longueur sur une largeur moyenne de 
i lieues; sa profondeur varie de i 8 m à 24™. En février,'sa 
température, prise à la surface, était de 24°. On peut adopter 
peur l'altitude 539 m ; c'est celle que j'ai trouvée à Maracay, 
bâtie sur la plage septentrionale. On y voit de nombreux 
îlots de gneiss, dont quelques-uns sont habités et couverts 
d'une vigoureuse végétation. 

La ville de Nueva Valencia, peu éloignée des thermes de 
las Trincheras, est à 5 km à l'ouest du lac; elle fut fondée 
en 1 536. Avant d'atteindre l'état prospère que lui procure 
la culture du cotonnier et de l'indigotier, Valencia eut à 
subir de rudes épreuves, dont quelques-unes appartiennent 
aux épisodes les plus dramatiques et les plus terribles de la 
conquête. Qu'il me soit permis de les rappeler ici, d'après 
Oviedo ('). 

Un caballerobiscayen, Lopes de Aguirre, issu de parents 
pauvres, mais nobles, passa en Amérique pour, suivant son 
expression, y « travailler la lance à la main ». Après avoir 
faitla guerre dans le Pérou, il descendit le Marngnon, par- 
vint à l'ile de Margarita, et de là, par le port de Barbaruta, 
pénétra dans la vallée d'Aragua. A son approche, tous les 
habitants de Valencia s'empressèrent de se retirer dans les 
îles du lac Tacarigua, emmenant avec eux toutes les em- 
barcations du rivage. 

En entrant à Valencia, le tyran Lopes proclama l'indé- 
pendance du pays et la déchéance de Philippe IL C'est de 
cette ville qu'il adressa cette fameuse lettre au roi d'Espagne 
qui, dit de Humboldt, peint avec une effrayante vérité les 
mœurs de la soldatesque au xvi e siècle. Lopes se vante tour 
à tour de ses crimes et de sa piété {-)• 



I 1 






(') Oviedo, Historia de la provincia del Venezuela. 

{') Humboldt, Relation historique du voyage aux régions équinoxiales, 
t. V, p. 23',. 



! 



(7*) 

Voici quelques passages de celte lettre, imprimée pour 
la première fois en 1723 : 

.... Nous ne nous regardons plus comme Espagnols : nous te 
faisons une guerre cruelle, parce que nous ne voulons pas en- 
durer l'oppression de tes ministres. Je suis boiteux du pied gauche 
par deux coups d'arquebuse que je reçus dans la vallée de Co- 
quimbo, combattant sous les ordres de ton maréchal, Alonzo de 
Alvarado, contre François Hernandez de Giron, rebelle alors 
comme je le suis à présent et le serai pour toujours, car depuis 
que ton vice-roi, le marquis de Cafiete, fit pendre nos plus vail- 
lants guerriers, je ne fais pas plus de cas de tes pardons que des 
l.vres de Martin Luther.... J'ai la certitude que peu de rois vont 
au ciel ; aussi, nous autres, nousnous regardons comme très heu- 
reux de nous trouver ici, aux Indes, conservant dans toute leur 
pureté les mandements de Dieu.... 

.... En sortant de la rivière des Amazones, nous débarquâmes 
dansune île qu'on nomme la Margarita. C'est là que nous reçûmes 
d'Espagne la nouvelle.de la grande faction des luthériens. *Cette 
nouvelle nous fit grand'peur. Nous trouvâmes parmi nous un de 
cette faction ; son nom était Monte Verde. Je le fis mettre en pièces 
comme de droit; car crois-moi, seigneur, que partout où je suis 

on vit suivant la loi 

En i55 9 , le marquis de Cafiete envoya à l'Amazone Pedro de 
TIrsua, Navarrois; nous naviguâmes sur les plus grandes rivières 
du Pérou.... Nous avions déjà fait 3oo lieues lorsque nous 
tuâmes ce mauvais et ambitieux capitaine. Nous choisîmes pour 
roi uncavallerode Séville, Fernand de Gusman, et nous lui ju- 
râmes fidélité. On me nomma son maître de camp, et, parce que 
je résistais à ses volontés, on voulut me tuer; mais, moi, je tuai le 
nouveau roi, son capitaine des gardes, son lieutenant général, son 
chapelain, une femme, un chevalier de l'île de Rhodes, deux en- 
seignes et cinq ou six domestiques du prétendu roi.... Je nommai 
des capitaines et des sergents; ils voulurent me tuer, mais je les 
fas pendre tous. C'est au milieu de ces aventures que nous navi- 
guâmes onze mois jusqu'à l'embouchure de la rivière. Nous fîmes 
plus de i5oo lieues. Dieu sait comment nous sommes sortis 
de cette grande masse d'eau ! 



( 73 ) 

Lopes de Aguirre, abandonné des siens, fui tué à Bar- 
quisimeto. Au moment de succomber, il plongea le poi- 
gnard dans le sein de sa fille unique, pour qu'elle n'eût pas 
à rougir du nom de la fille d'un traître. 

Dans la croyancedes indigènes, l'âme du tyran erre dans 
les savanes comme une flamme fuyant l'approche des 
hommes ('). Ce sont des feux rougeâ très, mobiles, des éclairs 
sans tonnerre que j'ai pu observer durant des nuits sereines 
sur les pentes de la Sierra Wevada de Merida, dans la di- 
rection du golfe ou sac de Maracaïbo. 

En 1578, Valencia courut un nouveau danger : ce fut l'in- 
cursion des Caribes de FOrénoque. Cette borde anthropo- 
phage traversa les plaines en remontant les rives du rio 
Guarico, et parvint jusqu'au lac de Tacarigua ; heureuse- 
ment elle fut repoussée par la valeur du capitaine Garis 
Gonzalès. Les descendants de ces mêmes Caribes vivent ac- 
tuellement dans les missions comme de paisibles cultiva- 
teu rs . 

Enfin, un siècle plus tard, en 1678, des flibustiers fran- 
çais saccagèrent Nueva Valencia, après avoir pénétré dans 
la vallée d'Aragua par l'ouverture (abra) que présente la 
chaîne granitique du littoral. C'est le chemin de Puerto 
Cabello. On monted'abord une pente douce jusqu'à proxi- 
mité de la ferme de Barbula, où est l'arête de partage ; c'est 
dans un ravin que se trouvent les sources de las Trinche- 
ras, aussi remarquables par leur température élevée que par 
leur abondance. Le nom de las Trincheras vient des for- 
tifications que construisirent les flibustiers. La position 
était bien choisie. En cas d'une défaite essuyée dans la 
vallée d'Aragua, la retraite vers la mer était assurée. Un 
examen attentif montre que les travaux avaient été exécutés 
avec intelligence. Nul doute que, comme moyen de défense, 
les aventuriers pouvaient lancer sur les assaillants (les 
masses d'eau bouillante. 



(') Humboldt, Relation historique, t. V, p. 235. 






(74 ) 

Les sources forment un ruisseau de 5 m à 6 m de largeur 
sur une profondeur deo m , 5o ; c'est le rio de Aguas Calientes. 
L'eau chaude jaillit à une cinquantaine de mètres au-dessus 
du ravin, de deux cavités ouvertesdans le granit et du fond 
desquelles, de temps en temps, sortent des bulles d'azote. 
Dans l'un des bassins j'ai trouvé pour la température 
92°,a, dans l'autre g6°, g. 

Après les sources d'Urijino, au Japon, qu'on assure dé- 
biter de l'eau pure à 100°, celles de las Trincheras seraient 
les plus chaudes du monde. 

L'eau est douée d'une odeur très prononcée d'acide sulf- 
hydnque, qu'elle conserve quand elle est refroidie en 
vase clos, mais qu'elle perd en se refroidissant à l'air libre; 
ainsi refroidie, elle est sans saveur; les réactifs y accusent 
de faibles proportions de chlorures et de sulfates; en l'éva- 
porant, on en retire un résidu de silice à réaction alca- 
line. 

Avec les moyens dont je disposais, je dus me borner à 
ces quelques essais, en regrettant de ne pouvoir faire l'ana- 
lyse complète d'une source aussi remarquable, apportant de 
l'intérieur de la Terre, comme toutes les sources thermales, 
des substances utiles aux organismes qui vivent à la sur- 
face du globe; aussi ce fut avrc une bien vive satisfaction 
qu'en 1878, lors de l'Exposition internationale, je décou- 
vris, parmi les intéressants produits venus de Venezuela, 
un flacon contenant une dizaine de litres d'eau de las Trin- 
cheras, que le commissaire de la république américaine, 
qui est un chimiste distingué, M. Marcano, s'empressa de 
mettre à ma disposition. 

L'eau était bien conservée, à en juger par le gaz sulfliy- 
drique qu'elle tenait en dissolution ; elle était limpide, re- 
posant sur un faible sédiment floconneux, d'une teinte jau- 
nâtre ( M. 



(') Il y aurait à examiner ce sédiment, dans lequel on rencontrerait 
probablement des substances que ne contenait pas l'eau limpide. 






( 75 ) 
Voici le résultat de l'analyse exécutée dans mon labora- 
toire du Conservatoire des Arts et Métiers, et rapporté à 
i Ht de liquide : 

gr 

Chlore o,o58 

Acide sulfurique o,o34 

Acide borique o ,000 

Soude 0,066 

Potasse o,oi4 

Chaux 0,01 3 

Magnésie 0,006 



Lithine traces. 

Silice 0,127 

Oxyde de 1er 0,012 

Acides sulfhydrique, 

carbonique indéterm. 

Oxyde de cuivre .. . 0,000 

Arsenic 0,000 



La silice soluble est relativement en assez forte propor- 
tion. Cette proportion dépasse celle que l'on trouve dans 
les eaux de Plombières, de Carlsbad et d'Aix-la-Chapelle. 
C'est, sous le rapport de la teneur en acide silicique, avec 
l'eau des geysers d'Islande que la source de las Trincheras 
offre le plus d'analogie; comme ces eaux, elle dépose des 
concrétions siliceuses, aux points d'émission. 

L'absence du cuivre a été admise, après avoir employé 
pour le découvrir les procédés les plus délicats de l'électro- 
lyse, et c'est à M. L'Hôte, dont l'habileté comme analyste 
est bien connue de l'Académie, qu'avait été confiée la re- 
cherche de l'arsenic. 

J'ai été surpris qu'une source thermale aussi abondante, 
placée à proximité d'une assez nombreuse population, ne 
fût pas fréquentée par des malades : est-ce parce que, à 
l'époque où je m'y trouvais, il n'y avait pas dans la con- 
trée de médecins qui pussent en recommander l'usage? 

Lorsque je me rendis de Nueva Valencia à las Trincbe- 
ras, Puerto Cabello était encore au pouvoir des Espagnols; 
le général Paez en faisait le blocus; l'ennemi, à court de 
vivres, exécutait de fréquentes sorties pour s'en pro- 
curer; dans cet état de guerre, je jugeai prudent de ne pas 
emporter mon baromètre, instrument précieux construit 
par Fortin, qu'Arago avait comparé au baromètre de 









(;6) 

l'Observatoire, et qui aurait pu être endommagé dans un 
engagement. 

Je déterminai l'altitude par l'ébullition de l'eau; je 
trouvai queles sources devaient être élevées de 3oo m à 35o m 
au-dessus de la mer. 

Je mets en regard l'élévation des sources et leur tem- 
pérature : 

Altitude. Température. 

0no, ° 6 9 6 m 44 ; 5 

Mar,ara 553 64>0 

Tnncheras 3oo à 35o 9 6,q 

Ces sources sortent de la même roche, d'un même mas- 
sif de montagnes et dans un périmètre limité; ce qu'elles 
présentent de curieux, c'est que, en partant du haut vers le 
bas, l'accroissement de leur température serait proportion- 
nel à la différence en altitude: i° d'augmentation de cha- 
leur pour une différence de niveau de 6 m à 7 Œ . 






H 



(77) 



SUR LES MATIERES SUCREES 



CONTENUES DANS 



LE FRUIT DU CAFÉIER. 



La baie ou cerise du caféier a la grosseur d'une merise; 
à l'état de maturité elle est rouge; sa pulpe, jaunâtre, 
possède une saveur légèrement sucrée. Chaque fruit ren- 
ferme deux coques ellipsoïdes, presque rondes, planes d'un 
côté, accolées par leurs faces aplaties et enveloppées de deux 
minces tuniques. L'épaisseur de la pulpe comprise entre 
l'épiderme et la graine est très faible; on en jugera par les 
dimensionsprises sur une cerise de forme à peu près ovoïde : 
grand axe, o m , oi5 à o m , 016 ; petit axe, o m ,oi2. L'épaisseur 
de la couche charnue a varié de o in , 002 à o m ,oo3. 

Dans les plantations du Venezuela, lorsque je les visitai, 
on dégageait les graines de café du fruit en désagrégeant 
la pulpe. A cet effet, les fruits étaient étendus sur une aire 
légèrement inclinée. La fermentation avait lieu presque 
immédiatement en répandant une odeur vineuse. Le suc 
fermenté s'écoulait ou se desséchait. Après quelques jours 
d'insolation, les fruits secs étaient soumis à deux tritu- 
rations : la première pour obtenir le grain, la seconde à 
l'effet d'en briser l'enveloppe coriace pour le décortiquer. 

Dans mes notes, je lis que i Mit de cerises rend de 35 kg à 
4o ks de café marchand. 

Durant mon séjour dans les vallées d'Aragua, à Maracay, 
j'avais reconnu dans le fruit du caféier plusieurs sucres, 



il 



(78 ) 
dont il restait à spécifier la nature; mais les moyens dont 
je disposais et aussi l'état de nos connaissances ne me per- 
mirent pas alors de continuer des recherches qui seraient 
restées inachevées, si, à ma prière, l'empereur du Brésil, 
auquel on ne s'adresse jamais en vain lorsqu'il s'agit de 
l'intérêt des sciences, ne m'eût fait parvenir, par l'inter- 
médiaire de notre éminent et regretté confrère le général 
Morin, des cerises de caféier mises dans l'alcool immédia- 
tement après la cueillette. Ces fruits parvinrent au Conser- 
vatoire des Arts et Métiers en septembre 1879. 
De l'une des dames-jeannes on retira: 

A. Alcool dans lequel les fruits avaient séjourné. 6^,^00 

B. Fruits imbibés d'alcool q k s,'o3o 

A. L'alcool A, d'une teinte ambrée, d'une saveur légè- 
rement sucrée, laissant un arrière-goût amer, ayant une 
réaction acide, a été distillé dans le vide jusqu'à réduction 
au volume de i"\ C'est dans ce résidu de la distillation 
qu'on a dosé les matières sucrées que l'alcool avait dissoutes, 
après un Irai lemen t préalable par le sous-acétate de plomb. 
Le liquide, débarrassé du plomb introduit en excès, fut 
amené à consistance sirupeuse; le sirop, placé dans le vide 
sec, se prit, en vingt-quatre heures, en une masse cristal- 
line. Les cristaux obtenus par expression, puis purifiés par 
enslalhsation dans l'alcool, présentaient un assemblage 
d'a.guilles déliées, incolores, d'une saveur fraîche et peu 
sucrée. Ces cristaux, ne possédant pas de pouvoir rotaloire, 
entraient en fusion à la température de 166°. Ce sont là 
les caractères de la mannite qui existerait dans les cerises 
du caféier mêlée à du sucre interverti et à du saccharose, 
dont on a déterminé les quantités. 

B. Les cerises imbibées d'alcool, pesant c/s,o3o mises à 
etuve, ont été réduites au poids de 3 k «, 800 ; on y a dosé 
les sucres et la mannite. 



( 79 ) 
Voici les résultais des dosages: 



Mannite 

Sucre interverti. 
Sucre de canne. 



g'' 
72,0 

233,3 
65,9 



l'ises sèches. 


Total. 


er 


er 


20,0 


92,0 


i3i,i 


364,4 


32,7 


98,6 



En restituant aux cerises sorties de l'étuve, pesant 38oo e ', 
les matières sucréesque l'alcool A avait enlevées, "i'jv^^i, 
on a, pour le poids des cerises sèches, environ 4t7 lBr , 2 - 

Pour 100 de cerises séchées à l'étuve, dans l'étal où elles 
sont parvenues à Paris, on aurait : 

Mannite 2,21 

Sucre interverti 8,73 

Sucre de canne 2 , 37 

Substances indéterminées 86,69 



Dans les matières indéterminées se trouvaient la pulpe 
privée de substances solubles et les graines avec leurs tu- 
niques cartilagineuses (endocarpe). On a constaté en outre, 
dans les solutions alcooliques, de l'acide malique et de la 
caféine. 

Les cerises desséchées à l'étuve ontdonnépour 

100 : graines nettes 47 >9^ 

Des cerises retirées d'une autre darae-jeanne. . 4; , 81 

Une dessiccation que je fis sur des cerises fraîches, 
cueillies sur un caféier du Venezuela, a produit pour 100 : 



Graines non décortiquées. 33,4 

Pulpe sèche 5,6 

Eau par différence 61 ,0 



Pulpe humide, 66,6. 



f 



I 



De Humboldt, considérant la promptitude avec laquelle 






( 8o ) 
la cerise du caféier fermente et la masse énorme de sub- 
stances organiques fournies par des plantations décent mille 
arbustes, était étonné qu'on n'eût jamais pensé à en retirer 
de l'alcool ( 4 ). Je ne saurais partager l'étonnement du 
célèbre voyageur, et je doute que la distillation des baies 
du caféier soit lucrative; je la crois même difficilement 
praticable. D'abord cette cerise, l'analyse l'indique, est 
relativement pauvre en pulpe sucrée, si on la compare à la 
cerise ordinaire, à la merise et autres fruits à noyau avec 
lesquels, en Europe, on prépare des liquides alcooliques. 
Ainsi, tandis que la cerise du caféier ne renferme pas au 
delà de 66 pour ioo de pulpe: 

La cerise ordinaire en contient qo 

La prune à quetchenwasser n5 

J'ajouterai que, pour faire fermenter le fruit du caféier, 
il faudrait recourir aux procédés suivis dans la prépa- 
ration du kirscbenwasser, du quetcbenwasser : opérer en 
vases clos et soumettre à la distillation dans un espace de 
temps fort limité la totalité de la masse fermentée, graines 
comprises. Or, il est douteux qu'après une coction dans 
l'alambic les graines de café ne perdent pas de leur qualité. 
Il convient, d'ailleurs, de remarquer qu'en présence de la 
culture de la canne, ce grand producteur de sucre et par 
conséquent d'alcool, il n'y a réellement aucune raison pour 
distiller le fruit du caféier, ne donnant, ainsi que je m'en 
suis assuré, qu'une eau-de-vie sans ces parfums qui font 
coter si haut au-dessus du prix de l'alcool ordinaire les 
alcools de merises, de mirabelles, de quetchen. Au reste, 
il n'est pas exact d'affirmer qu'on n'ait pas tenté d'obtenir 
un liquide alcoolique du fruit du caféier. On lit, en effet, 
dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, que 
« les habitants de l'Arabie prennent la peau qui enveloppe 



(') De Humiioldt, Forages aux 



■ ei/ui/to.viales, t. V, p. 86. 



( 8i ) 
la graine et la préparent comme le raisin ; ils en font une 
boisson pour se rafraîchir pendant l'été. Cette liqueur vi- 
neuse semble posséder toutes les propriétés excitantes que 
l'on apprécie dans le café ( ' ). » 

Dans celle préparation, on fait fermenter la pulpe après 
en avoir exirail la graine, qui ne saurait, par conséquent, 
subir aucune altération; quant au vin de café, il est na- 
turel qu'il ait, à un certain degré, la faculté excitante de 
l'infusion, puisque la cerise cède, comme on l'a vu, de la 
caféine à l'alcool, et que des principes fixes de la pulpe 
restent dans le liquide après la fermentation, qui ne détruit 
que les matières sucrées. 



(') Mémoires de l'Académie des Inscriptions (Histoire), t. XXII, p. 38. 



KOIÎSSISUAULT. — 4gr., VII. 









( 8a ) 



LA FERMENTATION ALCOOLIQUE RAPIDE; 

Par M. Joseph BOUSSINGAULT. 



Parm, les v.ns provenant de l'Exposition internationale 
rem, s au laboratoire de l'Institut agronomique par une 
dec.sion du M.mstre de l'Agriculture et du Commerce, il 
en est dans lesquels Je dosage d'un élément important la 
glycérine, a présenté de sérieuses difficultés, à cause d'une 
teneur exceptionnelle en matières sucrées. Ces vins éva 
pores dans le vide, laissent un résidu abondant, visqueux 
résistant aux dissolvants employés pour en dégager là 
glycérine, ou supposant à son expulsion lorsque l'extrait 
qu, la contient est mis à Fétuve. Il est donc nécessaire d'éli- 
miner les matières sucrées. Pour cette élimination le 
moyen serait tout indiqué : la fermentation, si son extrême 
lenteur, dans les conditions ordinaires, n'était un obstacle 
en présence du nombre considérable d'échantillons de vins 
sucres qu'on devait analyser. On en jugera par ce qui est 
arnvé avec le rancio des Pyrénées-Orientales, renfermant 
pour ioo : 

Sucre réducteur i8« r o 

Alcool en volume 20 ic 

Dans ioo« de ce vin, additionnés de partie égale d'eau on 
introduisit 66- de levure fraîche. La fermentation ne ta'rda 
pas a se manifester; d'abord assez active, elle se calma 
bientôt. Le quatrième jour le liquide était éclairci ; il ne 
s en dégageait plus de gaz. acide carbonique. Cependant il 



( 83 ) 
y restait encore du sucre, et il fallut faire intervenir, à deux 
reprises, 3 sr de levure délayée dans de l'eau pour le faire 
disparaître, ce qui n'eut lieu que le neuvième jour, la tem- 
pérature s'étant maintenue entre 20°et ii° . 

Il était permis d'attribuer celte inertie à la forte propor- 
tion d'alcool déjà contenue dans le rancio, à laquelle ve- 
nait s'ajouter l'alcool formé. En effet, M. Clievreul a net- 
tement indiqué qu'une des causes de la lenteur progressive 
d'une fermentation est due au développement de l'alcool, 
paralysant les propriétés de la levure; aussi, en expulsant 
l'alcool, en l'empêchant de s'accumuler, la destruction du 
sucre est-elle bien plus prompte. La fermentation peut 
alors être pratiquée avec succès pour détruire les matières 
sucrées. 

En vue d'accélérer la disparition du sucre par une fer- 
mentation intensive, on a fait une série d'expériences en 
prenant comme point de départ un travail de M. Du- 
mas (M. On savait déjà qu'une fermentation est d'autant 
plus active qu'elle est provoquée par une plus forte pro- 
portion de levure. M. Dumas a montré en outre qu'au delà 
d'une certaine limite le ferment n'exerce plus d'action. 
Par exemple, les conditions étant identiques, la levure 
agit sur le glucose avec la même énergie à la dose de 2o sr 
de levure pour i Br de glucose qu'à la dose de ioo pour i. 
De plus, M. Dumas a reconnu (la levure étant toujours en 
excès) que la durée d'une fermentation est proportionnelle 
à la quantité de sucre. Le glucose, comme la lévulose, fer- 
mentant aussitôt qu'il y a contact avec la levure, tandis 
que le sucrede canne devant préalablement être interverti 
pour posséder l'aptitude fermentescible" il arrive que ce 
corps fermente moins promptement. Aussi a-t il été con- 
staté que, quelle que soit la proportion de ferment, il faut 
presque autant de temps pour intervertir le sucre que pour 






(') Dtmas, Ann. de Chim.et de Phys,, 5° série, t. III. 



( 84) 

le convertir, après l'interversion, en alcool et acide car- 
bonique. 

M. Dumas provoquait des fermentations actives en fai- 
sant intervenir, à 22 ou 25°, de très fortes quantités de 
levure. On a pensé qu'en augmentant la température on 
obtiendrait la même activité, tout en employant beaucoup 
moins de ferment, surtout en expulsant par une forte as- 
piration l'alcool et l'acide carbonique formés: c'est ce que 
l'expérience a confirmé. 

Dans cet ordre d'idées, on entreprit des recherches 
ayant pour objet d'éliminer l'alcool et l'acide carbonique 
pendant la fermentation. On opéra sur le rancio, renfer- 
mant pour 100 : 

Sucre réducteur 1 8 sr ,Q 

Alcool en volume 20" 

I. Dans un ballon on introduisit : 

Vin IO o cc 

Eau ioqco 

Levure fraîche i5 8r 

Le vase fut établi dans un bain-marie, chauffé à 4o° et 
mis en rapport avec une machine pneumatique (^.Lorsque 
la fermentation devint manifeste, on fit fonctionner le 
piston, non pas pour obtenir un vide complet, mais pour 
raréfier l'air, en diminuant la pression jusqu'à ce que le 
liquide fermentant entrât en ébullition. La vapeur alcoo- 
lique émise pendant la distillation était condensée dans un 
récipient plongeant dans de la glace. Six heures après, il 
n'y avait plus de matière sucrée. Les i8 sr ,9 de sucre con- 
tenus dans le vin avaient disparu. On a vu qu'en faisant 



(') On a employé pour ces expériences la machine pneumatique de 
M. Carré, à bain d'acide sulfurique. 



(85 ) 

fermenter ce même vin dans les conditions ordinaires celte 
disparition n'eut lieu qu'après plusieurs jours. 

II. On fit une seconde expérience dans les mêmes con- 
ditions sur un raneio d'une autre provenance, contenant 
pour ioo cc : 

Sucre réducteur i 7 sr ,o 

Alcool en volume ?.2 CC 

Dans un ballon on mit : 

Vin 5o cc 

Eau 1 5o cc 

Levure fraîche 6 er 

Par une application graduelle du vide, la température 
étant portée et maintenue à 35°, le liquidé entra en ébul- 
lition; après une heure et demie de fermentation. 

Dans la liqueur restée dans l'appareil on dosa : 

Sucre réducteur o, i 

Avant la fermentalion il y avait 8,5 

Sucre disparu 8,4 

III. Vin sucré de lacollection Joinville, contenant pour 
ioo cc : 

Sucre réducteur g sr , 28 

Alcool en volume 2 i cc 

Opéré, à la température de 3j°, sur : 

Vin 5o cc 

Eau i5o tc 

Levure fraîche ao (I 

Après deux heures de fermentation rapide, les 4 Br , 64 de 



( 86 ) 

sucre avaient disparu sous l'influence de l'ébullition 
déterminée par une diminution de pression. 

Celte rapidité dans la destruction de la matière sucrée 
estévidemmeni due en graiidepartie à l'expulsionde l'alcool 
et de l'acide carbonique, eilécluée pendant toute la durée 
de la fermentation; on ne saurait l'attribuer uniquement 
à la température, à la forte dose de levure. C'est ce qui 
ressort de plusieurs expériences conjuguées, consistant à 
faire agir simultanément les mêmes doses de levure sur 
des quantités égales de vins sucrés, l'une dans un ballon A 
où l'on pouvait faire le vide, l'autre dans un ballon B 
fermé par un tube effilé, dans lequel la fermentation avait 
lieu à la pression ordinaire; les deux vases, établis dans un 
bain-marie commun, possédaient, parconséquent, une tem- 
pérature identique. 

Par cette disposition on avait dans A un liquide bouil- 
lant à une température peu élevée; la vapeur qui en 
émanait, contenant l'alcool initial et celui venant de la 
décomposition du sucre, était expulsée et condensée dans 
un réfrigérant. 

DansB, au contraire, où la fermentation s'accomplissait 
sous la pression ordinaire, l'alcool augmentait progressi- 
vement, par cette raison que l'alcool formé s'ajoutait à 
l'alcool préexistant. Ainsi, dans A, où l'air était fortement 
raréfié, la levure dans le liquide n'était plus en contact 
qu'avec peu ou point d'alcool, tandis qu'en B elle fonc- 
tionnait au sein d'un liquide contenant des quantités 

croissantes d'alcools, devenant quelquefois assez fortes pour 
entraver, même pour en empêcher l'action. 

La durée des fermentations accomplies dans les mêmes 
conditions a varié notablement, ce qui tenait à la différence 
d'activité, de vitalité des levures qu'on faisait intervenir. 
Toutefois, comme dans chaque expérience on employait 
constamment de la levure de même origine, les résultats 
ont toujours été comparables. 



( 87 ) 
Voici le délail de quelques observations: 

I. RanciodesPyrénées-Orientales, conlenanlpour ioo cc . 

Sucre réducteur i8 sr ,u 

Alcool en volume o.o cc 

Mis dans deux ballons A et 13: 

Vin ioo cc 

Eau ,oo cc 

Levure fraîche i5 er 

Température du bain-marie, ^o°. 

Après une heure et demie de fermentation on a dosé 
dans le liquide du ballon A (air raréfié) : 

gr 

Sucre réducteur 6,q3 

Avant la fermentalion, il y avait. . i8,qo 

Sucre disparu. ' r i97 

Dans le liquide du ballon B (pression ordinaire) : 

Sucre réducteur 18,00 

Avant la fermentation, il y avait . . 18,90 

Sucre disparu °)QO 

Sous l'influence de la diminution de pression dans le 
ballon A, la fermentation a été, pour des temps égaux et 
à la même température, environ douze fois plus active que 
dans le ballon B, bien que le liquide de ce ballon ne 
renfermât pas au delà de ~ à ■— d'alcool en volume. 

II. Rancio employé précédemment, contenant pour 100": 

Sucre réducteur 1 8 gr , q 

Alcool 20 cc 



I 



■' I < 



V 



( 88) 
Introduit dans les ballons A et B : 

vin ioo« 

Eau • ioo« 

Levure fraîche ,5gr 

Température du bain-marie, 4o°. 

Après cinq heures d'une fermentation tumultueuse ( «), 
on a dosé dans le liquide du ballon A (air raréfié): 

Sucre réducteur 8^16 

Avant, il y avait , 8)90 

Sucre disparu 10>7 ^ 

Dans le liquide du ballon B (pression ordinaire): 

Sucre réducteur 13 i 

Avant, il y avait ,8,90 

Sucre disparu 5 86 

Le sucre disparu représente : alcool en volume, environ 
4", ce qui porte l'alcool à 24" répartis dans les 200" de 
liquide au moment où l'on a terminé l'expérience, soit 
12 pour 100. 

Cette teneur en alcool, si elle n'a pas arrêté la fermen- 
tation, a suffi pour la ralentir considérablement, l'activité 
de la levure ayant été moitié moindre dans le liquide B 
que dans le liquide A, dont on éliminait l'alcool et le gaz 
acide carbonique par une ébullition à basse pression. 

III. Mélange d'eau et d'alcool marquant iy° à l'alcool- 
grade (température, i5°) et renfermant pour 100 : 

Glucose x 8sr 



(') On empêchait la mousse de se former dans le ballon où l'on faisait 
le vide, en y versant quelques gouttes d'huile. 



( 8 9 ) 
Mis dans deux ballons A et B 3oo cc de la dissolution avec 
20 sr de levure fraîche; température du bain-marie, 38°. 
Dans les 3oo cc de la dissolution il entrait : 

Glucose 54 sr 

Alcool en volume 5i cc 

La fermentation fut à peine perceptible; on apercevait 
un faible dégagement de gaz. 

Trois heures après, on dosa dans le liquide du ballon A 
(air raréfié) : 

Glucose 52 

Avant il y avait 54 

Glucose manquant ?- 

Dans le liquide du ballon B (pression ordinaire) : 

Glucose 5?. sr 

Ainsi, en trois heures, dans les deux cas, il n'y avait pas 
eu de fermentation sensible dans un liquide renfermant, 
en volume, 17 pour 100 d'alcool. 

IV. Mélange d'eau et d'alcool marquant io°à l'alcool- 
grade( température, i5°) et renfermant pour 100: 

Glucose pur 1 8 sr 

Dans deux ballons A et B introduit 4oo cc de mélange avec 
4o sr de levure fraîche. 
Les 4oo cc renfermaient : 

Glucose 72 sr 

Alcool en volume 4° cc 

Température du bain-marie, 38°. 
Après cinq heures de fermentation, dosé dans le liquide 
de A (air raréfié) : 

SI" 

Glucose 27, i5 

Avant il y avait 72,00 

Glucose manquant 44 >85 









( 9o ) 
Dans le liquide de B (pression ordinaire) : 

Glucose 47 Tu 

Avant il y avait 7?i00 

Glucose manquant ^^ = alcoo) en Vf) , j6cc 

A la pression ordinaire, la fermentations été beaucoup plus 
lente que sous l'influence d'une diminution de pression 
amenée au point de faire bouillir le liquide fermentant à 
la température de 38°, quoiqu'on eût pour la même quan- 
tité de glucose un poids de levure double de celui qu'on 
avait fait intervenir dans l'expérience III. 

Ce résultat provient sans aucun doute de l'alcool contenu 
dans les 400» de liquide du ballon B, dans lequel il y avait : 

Alcool initial en volume / CC 

Alcool formé ,5 

Alcool total 5g" 

Pour 100™ du liquide fermenté, i4««, proportion d'al- 
cool suffisante pour ralentir l'action de la levure 
V. Mélange contenant pour ioo cc : 

Glucose qgr 

Alcool en volume 3™ 8-5 

Introduit dans les ballons A et B 3ao« de liquide avec 
levure fraîche, 20^. 

Les 32o cc de liquide renfermaient : 

Glucose 2 8sr >8 

Alco °l I2«,4 

Température du bain, 38°. 

Après une heure et demie de fermentation, dosé dans 
Je liquide du ballon A (air raréfié) : 

Glucose 6*08 

Avant il y avait 2 8,8o 

Glucose disparu 22 72 



(9' ) 
Dans le liquide du ballon B (pression ordinaire) : 

Glucose n,83 

Avant il y avait 28,80 

Glucose disparu 16,97 = alcool en vol. io cc ,92 

ce 

Alcool en volume i°?9 2 

Alcool initial dans les 3ao lt du 

liquide ayant fermenté en B. 12,4 

Alcool total 23,32 

Dans ioo c,: de liquide fermenté, 

Alcool 7""' 2 

Cette faible quantité d'alcool aurait sulfi pour atténuer 
l'activité de la levure, puisque dans le ballon A, où l'alcool 
avait été expulsé par l'ébulliiion, la fermentation fut envi- 
ron deux fois plus rapide. 

L'accumulation de l'alcool aurait donc pour effet de di- 
minuer et même d'empêcher l'action de la luvùre. Aussi, 
lorsque l'alcool acquis est en proportion minime, comme 
il arrive en agissant sur des solutions renfermant peu de 
sucre, il n'y a plus de différence bien marquée entre la du- 
rée d'une fermentation accomplie à la pression ordinaire 
et celle faite dans de l'air raréfié. Il semblerait, néanmoins, 
que même dans ce cas l'alcool, quoique développé en quan- 
tités minimes, affaiblit visiblement l'énergie de la levure ; 
c'est ce qu'établiraient les résultats des fermentations effec- 
tuées sur des solutions pauvres en matières sucrées. Ou 
présente ici le détail de sept fermentations exécutées dans 
les mêmes conditions. 

I. Mis dans deux ballons A et B : 

Sucre 2o sr = sucre réduct. 2i sr ,o8 

Levure fraîche 5 sr 

Eau ''OO cc 

Température du bain-marie, 37". 






( 9*) 
Après trois heures de fermentation, dosé dans le liquide 
un ballon A (air raréfié) : 

Sucre réducteur 12*05 

Avant il y avait 2I ' o8 

Sucre disparu g ,3 

Dans le liquide du ballon B (pression ordinaire) : 

Sucre réducteur jqs^ g 

Avant il y avait 21^,08 

Sucre disparu a . %0 = alcoo , en yo] ^ 

Pour ioo cc duliquideayant 
fermentéalc. en volume. o cc ,65 

II. Dans deux ballons A et B : 

Sucre 4o er = sucre réduct. fa**, , 

Levure fraîche 2 5sr 

Eau 345" 

Température du bain-marie, 35°. 

Après deux heures de fermentation, dosé dans le li- 
quide de A (air raréfié) : 

Sucre réducteur 24^ r, 70 

Avant il y avait 42, 10 

Sucredisparu ^ ^ 

Dans le liquide de B (pression ordinaire) : 

Sucre réducteur 36 16 

Avant il y avait 42,10 

Sucredisparu 5,64 = alcool en vol. 3«, 86 

Pour 1 00" de liquide ayant 

fermenté, alcool en vol. i m ,i 



(93 ) 

III. Dans deux ballons A et B : 

• Sucre i5 = sucre réduct. 1 5 , 78 

Eau 35o 

Levure 3o 

Température du bain marie, 33°. 

Après une heure de fermentation, dosé dans le liquide 

de A (air raréfié) : 

sr 
Sucre réducteur 0589 

Avant il v avait 15,78 

Sucre disparu i4 189 

Dans le liquide de B (pression ordinaire) : 

gr 

Sucre réducteur 2 ,?7 

Avant il y avait 1 5 , 78 

Sucre disparu 1 3 , 58 = alcool en vol . 8 rc , 7 

Pour ioo cc duliquideayant 

fermenté, alcool en vol. 2 ' c i9 

IV. Dans deux ballons A et B : 

k'r 

Sucre i5 = sucreréduct. i5, 78 

Levure fraîche 45, o 

Eau 3oo,o 

Température du bain-marie, 4«"- 

Après une heure cl demie de fermentation, dosé dans le 
liquide de A '^air raréfié) : 

Sucre réducteur o 

Avant il y avait '5,7° 

Sucre disparu '5,78 









(94) 

Dans le liquide de B (pression ordinaire) : 

Sucre réducteur ( n f 

Avant il y avait 1 5 , "8 

Sucre disparu 1 4 , 07 = alcool en vol . o/<= 

Pour 1 oo cc de liquide aya n t 

fermenté, alcool en vol. 3 e '', o 

V. Mis dans deux ballons A et B : 

Glucose pur 1 i sr <» 

Ea " 36o-'' 

Levure fraîche 3 jr 

Température du bain-marie, 35". 

Après une heure de fermentation, dosé dans le liquide 
de A (air raréfié) : 

Glucose o'.'o 

Avnnt, il y avait . ,X g 

Glucose dispar-t ,/« 

Dans le liquide de B (pression ordinaire) : 

Glucose 33 

Avant, il y avait 1 { f g 

Glucose disparu 11,6= alcool en vol. 7 «,46 

Pour 100 de liquide fermenté, 

alcool en volume 2 « , 

VI. Dans deux ballons A et B : 

Sllcre 10 = sucre réduct. 10,^2 

Levure fraîche 70 

Eau >.5o rc 

Température du bain-marie, 38°. 



(95 ) 
Après deux heures trente-cinq minutes de fermentation, 
dosé dans le liquide de A (air raréfié) : 

er 
Sucre réducteur. . . 3 ,60 

Avant, il y avait 10,02 

Sucre disparu 6,0,2 

Dans le liquide de R (pression ordinaire) : 

Sucre réducteur 4't>° 

Avant, il y avait 10, 52 

Sucre disparu 5, 92 = alcool en vol. 3°% 8 

Dans 100 e0 du liquide fermenté : 

Alcool en volume i™,5 

VII. Dans deux flacons A et B ; 

gr 
Sucre , 10 = sucre réduct. io- r , 52 

Levure 12 

Eau 3oo , ' c 

Température du bain-marie, 3o,°. 

Après deux heures de fermentation, dosé dans le liquide 
de A (air raréfié) : 

Sucre réducteur 0,80 

Avant, il y avait 10. 5?, 

Sucre disparu 9>~ 2 

Dans le liquide de B (pression ordinaire) : 

gt 
Sucre réducteur 1 ,3o 

Avant, il y avait. 10, 5a 

Glucose disparu Qj22 

Alcool en volume 5 cc ,o 






Il 



(96) 

Dans ioo cc du liquide fermenté : 

Alcool en volume .« n 

Voici le résumé des observations; elles indiqueraient 
une faible atténuation dans l'action de la levure pendant 
les fermentations opérées à la pression ordinaire, alors 
même que l'alcool acquis dans 100" de liquide ayant fer- 
menté ne s'élèverait qu'à environ 2 pour 100. 

1 0,6 

" «,. 

111 >. 9 

IV 3,o 

V »,. 

VI i,5 

VH • _»*. 

Moyenne , f g6 

Il en serait autrement si dans la dissolution mise à fer- 
menter il entrait des proportions de sucre plus élevées. 
L'alcool formé et accumulé dans le liquide pourrait alors 
être en proportions assez fortes non seulement pour dimi- 
nuer, mais pour arrêter complètement l'action delà levure. 
C'est ce que démontrera l'expérience que l'on va décrire. 

jo* r de sucre candi, représentant 7 3s r ,68de sucre réduc- 
teur, furent dissous dans ifa™ d'eau; on ajouta -ifr de 
levure fraîche. Température du bain marie, 22 . 

La fermentation, d'abord des plus vives, secalma bientôt. 
Au bout de vingt-quatre heures, il ne se dégageait plus que 
de rares bulles de gaz. Le second jour, la liqueur était 
éclaircie. Après la fermentation, on dosa dans les 240™ de 
liquide fermenté : 

Sucre réducteur n^'in 

Avant, il y avait ^3^3 

Sucre disparu 66,5! 



(97 ) 
Le sucre avait dû former environ 34 gr d'alcool répartis dans 
les q4° c - de liquide fermenté, soit en volume 42 cc ,82. 

Pour ioo cc de ce liquide, alcool. . . i8 cc 

Ainsi, à la dose de 18 pour ioo d'alcool en volume, la 
levure cessa d'agir ou n'agit plus qu'avec une extrême 
lenteur. 

Le produit obtenu dans cette circonstance n'était pas 
sans analogie avec celui résultant de la fermentation des 
vins sucrés très alcooliques. 

Il y avait à constater directement, à mesurer en quelque 
sorte l'affaiblissement du pouvoir feruienlescible de la le- 
vure sur une matière sucrée mise dans de l'alcool à divers 
degrés. 

I. Dans ioo cc d'alcool à 5o°, 25°, i5° et 5°, on a intro- 
duit i s '' de glucose pur, puis 4 8 ' de levure fraîche. On a 
ensuite déterminé le glucose échappé à la fermentation, 
dans un cas après vingt-quatre heures, dans un autre après 
soixante heures, la température s'étant maintenue entre 2i° 
et 22". 

Après i\ heures. Après Ou heures. 

Glucose Glucose 

retrouvé. disparu. retrouvé, disparu. 
V sr ?r gr 

Alcool à 5o° i,oo o,oo i ,oo o,oo 

» à 25° 1,00 0,0 1,00 0,00 

» à i5° °' 2 9 °i 7 1 0,00 i ,oo 

» à 5° o,oo i,oo o,oo i,oo 

Dans l'alcool à 5o° et à 25°, il n'y a pas eu fermenta- 
tion, même après soixante heures. 

Dans l'alcool à i j°, la levure n'a agi qu'avec lenteur. Eu 
vingt-quatre heures, la quantité de glucose détruite n'a pas 
dépassé o Br ,7i 5 la destruction complète a exigé soixante 
heures. 

On a comparé, dans une seconde expérience, l'action de 

BOI'SSING.VI'LT. — -igr., VII. 7 






(98 ) 
la levure d'un côté sur du glucose dissous dans l'alcool 
à i5° et de l'autre sur du glucose dissous dans l'e^u. On a 
dosé la matière sucrée à trois heures d'intervalle, après 
avoir ajouté i gr de levure. 

II. Proportion initiale de glucose dans ioo" de dissolu- 
tion, is r ; levure, is r : 



9 h du matin. . . 

Midi 

3 1 ' après midi. . 
6 h du soir. . . . 



Dans ioo c0 








d'alcool 




Dans ioo oc 




à i5°. 


Porte. 


d'eau. 


Perte. 


1 ,00 


îf 


I ,00 


f 


o,8t 


0, 19 


0,5 7 


0,43 


0,74 


0,26 


o,o3 


°>97 


0,72 


0,28 


0,00 


1 ,00 



En six heures le glucose avait disparu dans la solution 
aqueuse; il en restait encore oS r ,ji dans la solution 
alcoolique à i5°. Après neuf heures, dans la pre- 
mière expérience, on constata que le glucose contenu dans 
un alcool très faible marquant 5° à l'alcoolgrade avait 
disparu en moins de vingt-quatre heures de fermentation, 
. ce qui n'impliquait nullement qu'une aussi minime quan- 
tité d'alcool n'entraverait pas l'action de la levure. Pour 
s'en assurer, on a fait agir simultanément la même quan- 
tité de levure, iS r , sur du glucose dissous dans l'eau et sur 
du glucose en dissolution dans de l'alcool très faible, mar- 
quant 5° à l'alcoolgrade, la température étant de 22 à 23". 
III. A la température de 22 à 23°. on a dissous i 8r de 
glucose : 

Dans ioo cc d'eau. 



A 9 
1 1 

1 
3 
5 



il ose. 



Glucose. 

I ,oo 
o,5G 
0,44 
0,20 
0,08 



Perle. 

61' 

0,44 

o,56 
0,80 
0,99. 



Dans ioo cc d'alcoolà5°. 
Glucose. Perte. 



1 ,00 

0,61 
o,5o 
0,27 

O, 10 



0,39 

o,5o 
0,73 
0,90 



(99 ) 
Quantités de glucose trouvées aux mêmes heures: 



Dans 
la dissolu- 
tion 
aqueuse 

il gr 

g i ,00 

11 o,56 

1 o,44 

3 0,20 

5 0,08 



Dans 




la dissolu- 




tion 




alcoolique. 


Différences 


gr 


et 


I ,00 




,6 1 


o,o5 


o,5o 


o,o(i 


o,-i 7 


0,07 


0,10 


,02 



Ou a employé dans ces expériences du glucose, et non 
pas du sucre interverti, parce que, d'après M. Dubrunfaut, 
l'action du ferment s'exerced'abord sur le glucose, ensuite 
sur la lévulose; or, dans une recherche de cette nature, il 
convenait d'opérer sur une matière sucrée de constitution 
homogène. 

Ou voit que la disparition du glucose a été plus prompte 
dans une dissolution aqueuse que dans une dissolution 
même faiblement alcoolisée. 

Il ne saurait donc rester le moindre doute sur l'ellet de 
l'alcool sur la levure, signalé pour la première fois par 
M. Chevreul, ellet qu'on atténue eu s'opposant à l'accu- 
mulation de l'alcool dans un liquide au moyen de l'aspira- 
tion déterminant une distillation. 

Cependant, en considérant la rapidité de la destruction 
de la matière sucrée en présence du ferment fonctionnant 
dans une atmosphère très raréfiée, on est fondé à croire 
que dans celte condition la dissociation du sucre en alcool 
et en acide carbonique est encore favorisée par la diminu- 
tion de la pression, ainsi qu'il arrive pour quelques com- 
posés minéraux dont un des éléments peut prendre l'état 
gazeux. La fermentation sous l'influence du vide s'accomplit 
avec une telle vitesse, qu'il est vraisemblable qu'il sera 
avantageux de la pratiquer dans plusieurs circonstances. 



( »°o ) 
Déjà nous avons vu que la fermentation rapide, en élimi- 
nant en peu de temps le sucre des vins spiritueux, rend 
possible le dosage de la glycérine et de l'acide succinique. En 
en faisant usage, on est parvenu à doser io sr à i5s r de 
glycérine par litre de rancio de diverses provenances, dans 
lesquels la détermination de cette substance est absolument 
impossible en présence du sucre. Il y avait à examiner si, 
dans une fermentation rapide, le moût fournirait autant 
d'alcool que dans une fermentation normale. Il semblerait 
qu'il en est ainsi : 



I. 3o 6r de sucre candi = sucre réducteur 

Levure fraîche 

Eau . 



3i«',58 
6o« r 
640" 



ont été placés dans un ballon chauffé au bain-marie 
a 37°. Lorsque la fermentation se manifesta, on établit 
la communication avec la machine pneumatique pour dé- 
terminer l'ébullition, qu'on maintint jusqu'à ce que le 
sucre eût disparu, ce qui eut lieu en quatre heures. 

200" de liquide recueillis durantcetle distillation, effec- 
tuéeà 37 , marquaient 9» à l'alcoolgrade ( température 1 5°). 
Alcool en poids, 1 4^,29. Le sucre mis à fermenter aurait dû 
en donner i6« r ,i4- On aurait obtenu les ^ de l'alcool 
théorique. 

II. Dans une seconde expérience, le liquide, fermen- 
tant, fut maintenu en ébullition à la température de 
39°. On obtint du sucre disparu + t \ de l'alcool théo- 
rique. La faiblesse de ces rendements n'a rien de surpre- 
nant, et l'on ne serait pas fondé à l'attribuer entièrement 
au procédé employé, quand on sait que dans une fermen- 
tationfaite dans les conditions ordinairesle sucre ne fournit 
jamais l'alcool répondant à l'équation deLavoisier. Suivant 
M. Pasteur, 6 pour 100 du sucre semblent échapper à 
l'action du ferment, c'est-à-dire qu'on n'obtient pas, dans 
les circonstances les plus favorables, au delà de -•£ de 



( loi ) 
l'alcool indiqué par la théorie. On ajoutera que dans un 
travail sur la fermentation des fruits, y compris le raisin, 
constamment laquantité d'alcool obtenue a été debeaucoup 
inférieure à celle qu'on pouvait attendre de la matière 
sucrée ('). 

Enfin on remarquera quedans une fermentation rapide, 
pendant tout le temps de la dislillation à basse pression, le 
liquide condensé est soumis à une aspiration devant néces- 
sairement occasionner uneperte en alcool, malgi é le refroi- 
dissement du serpentin et du récipient. Au reste, il serait 
facile de trouver une disposition qui protégerait l'alcool 
contre l'action du vide, en même temps qu'un agent alcalin 
absorberait le gaz acide carbonique. L'alcool qu'on retire- 
rail par cette distillation d'un moût dans le vide, et par 
conséquente une basse température, n'entraînerait pas les 
produits odorants, peu volatils, qui en altèrent quelquefois 
la qualité. 

Il restait à savoir si dans les produits de la fermentation 
alcoolique rapide on rencontrerait la glycérine et l'acide 
succinique.Cetteconstatationod'raitd'autant plus d'intérêt 
que M. Pasteur, en faisant fermenter le sucre dans les con- 
ditions les plus variées, n'a jamais pu s'opposer à l'appa- 
rition de ces deux substances, que quelques personnes 
étaient portées à considérer comme des produits accessoires 
résultant d'une action ultérieure du ferment sur l'alcool. 
Or, dans les fermentations rapides exécutées à une pression 
assez faible pour que l'ébullition expulse du liquide l'alcool 
en même temps que l'acide carbonique au furet à mesure 
qu'ils apparaissent, on ne saurait invoquer une telle 
origine. 

"Voici comment on a procédé: on faisait fermenter rapi- 
dement, aune très basse pression, la matière sucrée avec 
la levure, et, parallèlement, on mettait dans un appareil 



(') Boussingault, agronomie, t. V, 






( i°a ; 

semblable la même quanti lé de levure délayée dans le même 
volume d'eau. Dans les deux cas, l'ébullhion avait lieu à 
•la même pression, ;'i la même température, pendant des 
temps égaux. On dosait ensuite la glycérine dans leliquide 
où le sucre avait été détruit par la fermentation et dans 
le liquide ayant uniquement reçu de la levure. 

Eu effet, M. Pasteur a vu que la levure seule fournit de 
la glycérine, mais toujours eu moindres quantités qu'alors 
qu'elle est mêlée au sucre, de sorte que, pour avoir lepoids 
réel de la glycérine venant de la matière sucrée, il faut en 
relrancber celui qui est attribuable à la levure ayant con- 
couru à la fermentation. Voici le résultat des deux opéra- 
lions: 

I. Mis à fermenter : 

Sucre 1 5 sr 

Levure 3o sr 

Eau 3oo cc 

Liquide entretenu en ébullilion à la température 
de 4i°. 

En deux beures, le sucre avait disparu. 

On a retiré, après la fermentation : glycérine, o êr ,^o8. 

3o sr de la même levure ont été délayés dans 3oo cc d'eau 
entretenus en ébullilion à la température de 4 l ° pendant 
deux beures; on en a extrait : 

Glycérine o,335 

Glycérinedoscedansleliquidesucréfernienté 0,708 

Glycérine attrilmable au sucre 0,3^3 

Pour ioo sr de sucre, glycérine formée. ... 2,5 

II. Mis à fermenter: 

Sucre 1 5 sr 

Levure. 3o er ■ 

Eau 3oo" 



( io3 ) 

Entretenus en ébullition à la température de 4o°. Le 
sucre a disparu en trois heures. 
Retiré après fermentation : 

Glycérine o,63 

Cendres laissées après combustion . . o,oi 

Glycérine exempte de cendres o ,62 

3oS' de la même levure, délayés dans 3oo cc d'eau. On a 
entretenu l'ébullition à la température de 4o° pendant 
trois heures. 

On a retiré du liquide : 

er 

Glycérine o , 2 1 

Cendres restées après la combustion . 0,02 

Glycérine exempte de cendres o, in 

Glycérine dosée dans le liquide après 

sucre fermenté 0,62 

Glycérine attribuable au sucre o>43 

Ces quantités de glycérine pour 100 de sucre sont 
comprises dans celles adoptées par M. Pasteur: 2,5 à 3,6 
pour 100 de sucre ayant fermenté sous l'influence de la 
levure de bière. 

L'ensemble de ces expériences conduit à la conclusion que 
la glycérine et l'acide succinique apparaissentdurant la fer- 
mentation rapide excitée par l'élévation de température, 
l'intervention d'une forte dose de levure et dans une 
atmosphère raréfiée. Dans de telles conditions, il y aurait 
sans doute à se demander s'il ne se formerait pas en plus 
forte proportion les divers produits qui accompagnent 
généraleinenii'alcooldanslafermentation normale, tels que 
l'alcool méthylique, l'aldéhyde, etc. ; mais cette question 
restait en dehors du programme qu'on s'était tracé, cette 
communication ayant principalement pour objet d'exposer 






■ 



( io4 ) 

un moyen de faciliter l'analyse des vins riches en matières 
sucrées, en signalant en même temps ce fait curieux d'une 
fermentation accomplie dans un liquide maintenu en 
pleine ébullition sous une pression assez faible pour que 
la chaleur n'altère pas l'organisme du ferment, tout en étant 
suffisante pour en expulser l'alcool et l'acide carbonique 
aussitôt qu'ils sont constitués. 















( io5 ) 



MEMOIRE 



L'INFLUMCE DES DÉFRICHEMENTS 



DANS LA DIMINUTION DES COURS D'EAU. 



C'est une question importante, généralement agitée, 
que celle de savoir si les travaux des hommes peuvent 
modifier le climat d'un pays. Les grands défrichements, 
les dessèchements des marais, si influents sur la répar- 
tition de la chaleur à la surface du globe, influent-ils 
aussi sur les eaux vives qui arrosent une contrée, soit en 
atténuant la quantité de pluie, soit en permettant aux 
eaux pluviales une évaporation plus prompte, lorsque 
des forêts étendues ont été abattues et transformées en 
cultures ? 

Dans de nombreuses localités, on a cru reconnaître 
que, depuis un certain nombre d'années, des cours 
d'eau utilisés comme moteurs se sont très sensiblement 
amoindris. Sur d'autres points, on est fondé à croire 
que les rivières sont devenues moins profondes, et l'é- 
tendue croissante des plages recouvertes de galets qui ap- 
paraissent sur leurs bords semble attester la disparition 
d'une partie de leurs eaux; enfin des sources abondantes 
se sont presque taries. Ces remarques ont principalement 
été recueillies dans les vallées dominées par des mon- 
tagnes, et l'on croit avoir remarqué que cette diminution 
des eaux a suivi de près l'époque à laquelle on a corn- 






eu , h^'r: i x. r t'r r, ° o . ,So " esdaoi "™"'"»' 

cen e , co„j; p :;I d •;; r__f à "T " 1 d '« b " d 

sèment des mnm. i • • ' ' ae P u,s ,e "eboi- 

des crues snhi-i»= . ,• . aux ' el Posément 

violents orales des , n * *"' à ,a Suhe d « 

à coup avec & "é^ r S ' ^ ^ ^ ^ "^ 
Ces dernières 2 e :Xns POU 7 e ^ *"*' ^ ^ 
vent avertir de ne û* COBÇOil faci,en ^nt, doi- 

<J»e la co , e d s b • "r "^ '^--n cette opinion 
pluie car i n " d ? m '» J * 1 u «*< •»"«£. de 

pourrait enco e r, ï " & * *"' Varié ' mais J ' 

s -ter: : :::, que e «**«•*****«*„„„ 

présentées à I' * ^^^ de sécheresse 

« les source pe r.; PO(IUeS ** *"** *»* les -iéres 
rence Z T * l **"^« cette seule diffé- 

"P pius ineguljere nar lVfï»r ,1.. j -i • 
Par exemnle « I u P du déboisement : 

jourd'liui ce fie,, v, ' " resulle ™n qu'au- 

— . ife' encore a ,a Méditerranée le 

__________ qU lJ y versait anciennement, à une 






( io 7 ) 

époque antérieure aux déboisements qui ont eu lieu près 
de ses sources, et lorsque, probablement, sa profondeur 
moyenne n'était pas, comme de nos jours, sujette à des 
variations considérables. S'il en était, ainsi, les forêts 
auraient toujours cet avantage qu'elles régulariseraient, 
qu'elles ménageraient en quelque sorte l'écoulement des 
eaux pluviales. Si réellement les cours d'eau sont moins 
volumineux à mesure que les défrichements prennent de 
l'extension, cela peut tenir à ce qu'en eflet il tombe moins 
de pluie; ou bien à ce que l'évaporation est grandement 
favorisée par un sol privé d'arbres qui n'est plus abrité à 
la fois contre les rayons du Soleil et contre le vent. Ces deux 
deux causes, agissant dans le même sens, doivent souvent 
se combiner, et, avant de cherchera évaluer isolément ce 
qui appartient à l'une et à l'autre, il convient d'abord de 
constater s'il est bien établi que les eaux courantes dimi- 
nuent à la surface d'une contrée où s'opèrent de grands 
défrichements; en un mot, il faut voir si l'on n'a pas pris 
l'apparence du fait pour la réalité. C'est là, au reste, le 
point utile à discuter, car, une fois établi que les déboi- 
sements atténuent le volume des cours d'eau, il est moins 
nécessaire de savoir si cette atténuation est due à l'une ou 
à l'autre cause. 11 faut donc rechercher s'il n'y a pas dans 
la nature un ordre de phénomènes pouvant servir de cri- 
térium pour arriver à la solution de la question. 

Les lacs, soit dans les plaines, soit dans les montagnes, 
me paraissent éminemment propres à éclairer ladiscussion. 
On peut, en effet, les considérer comme des jauges natu- 
relles, destinées à évaluer, sur une échelle colossale, 
les changements qui peuvent survenir dans la quantité 
d'eau courante arrosant un pays. Si la masse de ces eaux 
éprouve une variation dans un sens quelconque, il est 
évident que cette variation et le sens dans lequel elle aura 
lieu sera indiquée par le niveau moyen du lac, par la 
raison qui fait que ce niveau varie, à différentes époques 









( <o8 ) 
de l'année selon que la saison est seche ou , 
Am., le n.veau moyen dVn ]ac s , abaissera *™£ 
-nue.le d'eau courante coulant sur une contrée dn , , 
- s élèvera, au contraire, si ces eaux vives devient Z[ 

P «s abondantes, enfin ce niveau restera stationnai, s le 
volume deau alIant , ac . aucune ^ e 

Dn s ,. d „ fju . ya suivrej 

We, des observations relatives aux lacs ïL^l 
d -ssues; l a raison en est ^ ■ . ^ J7™ F» 

" ^^^—^-iveau souvent Isel faS,e 

laissant d'!, P "? Cependam "* ^ CSt ' elalif aux lacs 
a 1SS a m debord r , eur ^ ^ ^ 

des résultats assez précs. Avant d'entrer en matière ie 
d , d „ quelques éclaircissements, afin de hien Js's . 

Sli qUG J alUdie 3U m0t <W— de 

Les g é o , 0gues reconna;ssem que partom , ^ ^^ 
globe le „,v ea u des eaux a éprouvé des variations soit 
qu on porte 50n attention sur .es bords de I. me ' d „ 
le vo,s IIiage des g ra „ds hcs. Le f ait „'„, révoqué en doute 
par personne On n'est pas aussi généralement d> a Zd 
sur |. reahte du phénomène : les uns, et c'est le pîus 
grand nombre, prétendent que dans beaucoup d cfs 1 

h n d enivea , esicju , apparem) P es a^e 

d eau ne se pas ^ ^ 

str 5 7 r""' ^ C ° nlraire ' *** - vemab 

m n D? J* T" ^ ^ Uide ' U " ™ ^sèche- 
ment. De p art et d ^ aulre) on 

^eur de 1 une ou de l'autre m.nière de voir : je n" 
pas a prends par, pour le moment, à la di.cussL. Je 
n aura, nullement à m'occuper des côtes baignées par 
lUcean; Je „ évoquerai pas davantage les grades diffé- 
e ces de ntveau qui ont évidemment eu lieu'dans certains 
lacs, a la suile de ^constances géologiques placées en 



( «09 ) 
dehors de mon sujet; ces variations, souvent énormes, 
paraissent, en général, avoir été occasionnées par de 
violentes catastrophes, à très peu d'exceptions près, an- 
térieures aux temps historiques. Je ne ferai usage que des 
changements de niveau observés dans les lacs par nos de- 
vanciers ou par les contemporains; en un mot, je n'atta- 
cherai de valeur qu'aux faits accomplis sous les yeux des 
hommes, puisque c'est l'influence de leurs travaux agri- 
coles sur l'état météorologique de l'atmosphère que je me 
propose d'apprécier. Ce que j'ai à dire a été particuliè- 
rement observé en Amérique. Toutefois, je chercherai à 
établir que ce qui est vrai pour l'Amérique l'est encore 
pour tout autre continent. 

Un des pays les plus intéressants de Venezuela est, sans 
aucun doute, la vallée d'Aragua, située à une petite dis- 
tance de la côte, douée d'un climat chaud et d'un sol d'une 
fertilité sans exemple; elle réunit tous les genres de cul- 
ture propres aux régions tropicales ; sur les monticules qui 
s'élèvent du fond de la vallée, on ne voit pas sans éton- 
nement des champs rappelant l'agriculture de l'Europe. 
Le blé réussit assez bien sur les hauteurs de la Vitloria. 
Bornée au nord par la chaîne du littoral, au sud par un 
système de montagnes la séparant des llanos, la vallée 
d'Aragua est limitée à l'est et à l'ouest par une série de 
collines qui la ferment complètement. Par celle singulière 
configuration du terrain, les rivières prenant naissance 
dans sou intérieur n'ont aucune issue vers l'Océan. Leurs 
eaux s'accumulent dans la partie basse de la vallée et 
forment, par leur réunion, le beau lac de Tacarigua ou de 
Valeneia. Ce lac, excédant en étendue celui de Neuchâtel 
est élevé de 4'ig m au-dessus de la mer; sa longueur est 
d'environ dix lieues; sa largeur moyenne ne dépasse pas 
deux lieues. A l'époque où !M . de Humbold t v isi tai t la vallée 
d'Aragua, les habitants étaient frappés du dessèchement 
graduel que subissait le lac depuis une trentaine d'années. 









! 



( no ) 
En effet, il suffisait de comparer les descriptions données 
par les anciens historiens avec son état actuel pour recon- 
naître, après avoir fait une large part pour les exagéra- 
tions, que les eaux s'étaient considérablement abaissées. 
Les faits parlaient assez haut d'eux-mêmes. 

Oviedo ('), qui, vers la fin du xv e siècle, avait si 
souvent parcouru la vallée d'Aragua, dit positivement 
que Nueva Valencia fut fondée en i555, à une demi-lieue 
du lac de Tacarigua; en 1800, M. de Humboldt re- 
connut que cette ville se trouvait éloignée du rivage de 
2700 toises (*). 

L'aspect du terrain apportait d'ailleurs de nouvelles 
preuves; des monticules épars dans la plaine conservent 
encore aujourd'hui le nom d'Hes, qu'ils portaient au- 
trefois à plus juste litre, lorsqu'ils étaient environnés 
d'eau. Les terres, mises à nu par le retrait du lac, étaient 
transformées en admirables cultures de cotonniers, de 
bananiers, de cannes à sucre. Des constructions élevées 
près du rivage voyaient les eaux s'éloigner d'année en 
année. En 1796, des îles nouvelles firent leur apparition. 
Un point mil.taireimporlant, une forteresse bàtieen i 7 4o, 
dans l'île de la Cabrera, se trouvait alors dans une pénin- 
sule ( 3 ). Enfin, dans deux îles de granit, celle de Cura 
et de Cabo-Blanco, de Humboldt rencontra, dans des 
broussailles, à quelques toises au-dessus du niveau des 
eaux, du sable fin, rempli d'héliciles ( 4 ). Des faits aussi 
clairs, aussi certains, n'avaient pu manquer de faire naître, 
chez les savants du pays, de nombreuses explications, 
ayant toutes cela de commun : une issue souterraine permet- 
tant aux eaux un libre écoulement ( 5 ) vers l'Océan. De 



(') Son HUtoria de la provincia de Venezuela a été publiée en 1723. 
(') Humdoldt, t. V, p. i65. 
(') Humboldt, t. X, p. 148. 
{") Humboldt, t. V, p. 170. 
(') Humboldt, t. V, p. 171. 



( I" ) 

Humboldt fit justice de ces hypothèses, et, après un mûr 
examen des localités, le célèbre voyageur n'hésita pas à 
voir la cause de la diminution des eaux du lac de Tacarigua 
dans les nombreux défrichements accomplis depuis un 
demi-siècle dans la vallée d'Aragua. « En abattant les 
arbres qui couvrent la cime et le flanc des montagnes, 
a-t-il dit, les hommes, sous tous les climats, préparent aux 
générations futures deux calamités ta la fois : un manque 
de combustible et une disette d'eau ('). » 

Depuis Oviedo, qui, comme tous les chroniqueurs, a 
gardé un silence absolu sur une diminution du lac, la cul- 
ture de l'indigo, de la canne, du coton, du cacao avaient 
pris de grands développements. La vallée d'Aragua pré- 
sentait, en 1800, une population aussi dense qu'aucune 
des parties les mieux peuplées de la France. On était 
agréablement surpris de l'aisance qu'on rencontrait dans 
les nombreux villages habités par une population indus- 
trieuse. Tel était l'état prospère de ce beau pays quand de 
Humboldt habitait la hacienda de Cura. 

\ingtdeux ans plus tard, j'explorais à mon tour la 
vallée d'Aragua. J'avais fixé ma résidence dans la petite 
ville de iMaiacav. Depuis plusieurs années, les habitants 
avaient fait la remarque que non seulement les eaux du 
lac avaient cessé de baisser, mais qu'elles avaient subi une 
hausse très sensible. Des terrains naguère occupés par 
des plantations de coton étaient submergés. Les iles de 
las Nuevas Aparecidas, sorties des eaux en 1796, étaient 
devenues de nouveau" des hauts-fonds dangereux pour la 
navigation. La langue de terre de la Cabrera, au côté 
nord de la vallée, était tellement étroite, que la plus petite 
crue du lac l'inondait totalement. Un vent soutenu du 
nord-ouest suffisait pour couvrir d'eau la route de Ma- 
racay à Nueva Valencia. 






(') Huaiaoï-DT, t. V, p. i-j3. 



( "2) 

Les craintes qui pendant si longtemps avaient inquiété 
les riverains étaient changées de nature; ce n'était plus le 
dessèchement complet du lac que l'on redoutait ; on se 
demandait si les envahissements successifs de ses eaux 
continueraient encore longtemps à s'emparer des pro- 
priétés. Ceux qui avaient expliqué la diminution du lac en 
imaginant des canaux souterrains s'étaient empressés de les 
fermer, pour donner raison de l'exhaussement des eaux. 
Dans les vingt-deux ans qui venaient de s'écouler, de 
graves événements politiques s'étaient réalisés. Vene- 
zuela n'appartenait plus à l'Espagne. La paisible vallée 
d'Aragua avait été le théâtre des luttes les plus sanglantes; 
la guerre à mort avait désolé ces riantes contrées, décimé 
ses populations. Au premier cri d'indépendance, un grand 
nombre d'esclaves trouvèrent leur liberté en servant sous 
les drapeaux de la nouvelle république. Les grandes cul- 
tures furent abandonnées, et la forêt, si envahissante sous 
les tropiques, eut bientôt repris une grande partie du ter- 
rain que les hommes lui avaient arraché par près d'uu 
siècle de travaux constants et pénibles. 

Lors de la prospérité croissante de la vallée d'Aragua, 
les principaux affluents du lac étaient détournés pour ser- 
vir à de nombreuses irrigations; le lit des rivières se trou- 
vait à sec pendant plus de six mois de l'année. A l'époque 
que je rappelle, leurs eaux, n'étant plus utilisées, cou- 
laient librement. 

Ainsi, pendant le développement de l'industrie agricole 
de la vallée d'Aragua, lorsque les défrichements se mul- 
tiplient, quand les grandes cultures prennent de l'extension, 
le niveau du lac baisse graduellement; plus tard, duranl 
une période de désastres, heureusement passagers, les 
défrichements s'arrêtent, les terres occupées par la grande 
culture sont en partie rendues à la forêt : alors les eaux 
cessent de baisser, et bientôt elles prennent un mouvement 
ascensionnel non équivoque. 



( i«3 ) 

Je porlerai maintenant la discussion, sans toutefois 
sortir de l'Amérique, dans une région où le climat est 
analogue à celui de l'Europe; là, on peut parcourir des 
champs couverts de céréales : je veux parler des plateaux 
de la Nouvelle-Grenade, de ces hautes vallées, élevées 
de 2ooo m à 3ooo m , et dans lesquelles il règne, pendant toute 
l'année, une température de i/j à 16"° C. Les lacs sont 
fréquents dans les Cordillères; il me serait facile d'en dé- 
crire un grand nombre, mais je me bornerai à citer ceux 
qui ont été le sujet d'anciennes ohservations. 

Le village d'Ubaté est dans le voisinage de deux lacs, 
qui n'en formaient qu'un seul soixante ans avant mon pas- 
sage dans la localité (' ). 

Les anciens habitants ont vu les eaux diminuer pro- 
gressivement et les plages s'étendre d'année en année. 
Aujourd'hui des champs de blé, d'une fertilité extrême, 
couvrent un terrain autrefois complètement submergé ( 2 ). 

Il suffit de parcourir les environs d'Ubaté, de consulter 
les plus vieux chasseurs du pays, de compulser les archives 
des paroisses, pour rester convaincu que de nombreuses 
forêts ont été abattues. Les défrichements continuent, et 
il est constant que la retraite des eaux, bien que beaucoup 
plus lente, n'a pas entièrement cessé. 

Le lac de Fuquené, situé dans la même vallée, à l'est 
d'Ubaté, mérite toute notre attention. Par des mesures 
barométriques faites avec un soin extrême, j'ai trouvé 
qu'il a la même élévation que ceux d'Ubaté. II y a près de 
deux siècles que ce lac fut visité par don Lucas Fernandes 
de Piedrahila, évèque de Panama, à qui l'on doit V Histoire 
de la conquête de la Nouvelle-Grenade ; cet auteur, dont 
j'ai eu plus d'une fois l'occasion de constater l'exactitude 

(') J'ai trouvé la hauteur de ces tacs de 2.362'°. 

(') L'abaissement du niveau moyen d'un lac est d'autant plus facile h 
constater, qu'une baisse de 3 à 4 pouces met souvent à sec une très grande 
surface de terrain. 

BOUSSINGACLT. AgT., VII. L$ 



II 



( "4 ) 

qu'il a mise dans l'évaluation des distances, donne au ko 
de Fuquené 10 lieues de longueur sur 3 lieues de lar- 
geur ('). Par une circonstance des plus heureuses, le 
D r Roulin a eu, il y a quelques années, l'occasion de lever 
un plan de ce lac, auquel il a trouvé i lieue J- de lon- 
gueur sur i lieue de largeur. 

On pourrait craindre que les dimensions adoptées par 
Piedrahita ne soient exagérées. Je ne le crois pas, et, en 
ni'appuyant d'un côté sur mes nivellements barométi iques, 
de l'autre sur le silence qu'ont gardé les chroniqueurs à 
l'égard des lacs d'L'balé, silence d'autant plus remarquable 
qu'ils ont cité des amas d'eau beaucoup moins considéra- 
bles, j'incline à croire qu'à l'époque où l'évêque de Pa- 
nama visitait ce pays il n'y avait qu'un seul grand lac, 
continuant sans in lenuption depuis Ubalé jusqu'à Fuquené. 
Dans celte supposition, l'évaluation de Piedrahita n'a plus 
rien d'exagéré. Au reste, le l'ait de la retraite des eaux 
est plus important que l'évaluation de la surface du terrain 
laissé à sec : les habitants de Fuquené savent que le vil- 
lage fut Làti liés près du lac; aujourd'hui il se trouve à 
environ 1 lieue. Anciennement, on se procurait aisément à 
Fuquené les Lois de construction ; les montagnes dominant 
départ et d'autre de la vallée étaient couvertes, jusqu'à une 
certaine hauteur, d'arbres propres à ces légions froides : 
le chêne de la Cordillère (encino) y abondait; ainsi 
que de nombreux lauriers {nijrica), dont on lirait delà 
cire. Maintenant, ces montagnes sont presque totalement 
déboisées : c'est principalement l'exploit a don dis sources 
salées de Taosa et d'Enemocon qui a été la cause de la 
destruction rapide des bois dans les enviions d'Ubalé et de 
Fuquené. A tous ces faits authentiques, et que je pourrais 
au besoin multiplier, on peut répondre que la disparition 
des eaux, tout incontestable qu'elle soit, aurait peut-être 



(') PitDBAHir.i, Historia de la conquisCa de la Kueva Ciunada, p. 5. 



( "5) 

eu lieu sans le déboisement. On peut soutenir à la rigueur 
que le dessèchement est dû à une tout autre cause, à nous 
inconnue, et qu'il faut la ranger parmi les nombreux phé- 
nomènes dont nous constatons la réalité, sans qu'il nous 
soit donné de les expliquer. 

Je nai pas à cher ici, comme pour le lac de Valencia, 
une recrudescence occasionnée pur l'abandon delacultuie 
et l'apparition de nouveaux bois. Je pourrais cependant 
invoquer en faveur de l'opinion que je défends la lenteur 
du dessèchement dans la vallée de Fuquené depuis que 
1 abatage des arbres a presque totalement cessé. Les culti- 
vateurs, ne voyant plus se former aussi rapidement qu'au- 
trefois ces terrains fertiles émergés du lac, pensent déjà au 
moyen d'obtenir directement te qu'ils obtenaient par 

l'effet du déboisement du pays. C'est dans ce but qu'en 1826 

des spéculateurs avisaient au moyen propre à dessécher 
entièrement le (ond de la vallée, en ouvrant une issue 
aux eaux. Je vais montrer maintenant que des lacs placés 
dans une situation telle quejamais aucun déboisement n'a 
eu lit u dans leurs alentours n'ont éprouvé aucun change- 
ment de niveau. 

Je commencerai par le lac de Tota, parce qu'il n'est pas 
très éloigné de Fuquené, qu'il se trouve d'ailleurs dans 
des circonstances géologiques semblables, et qu'il est en 
même temps le lac le plus curieux qu'on puisse rencontrer 
dans touie la Nouvelle-Gienade. 

Le lac Tota est sur un point très élevé de la Cordil- 
lère de Sogamoso; sou élévation doit approcher de 4ooo m . 
A celte hauteur, la végétation disparaît presque eniière- 
ment. On aperçoit çà et là, dispersées sur la roche de giès, 
quelques-unes des plantes qui caractérisent la région des 
Farainos : des Saxifrages, des Frelejones enduits d'un 
épais duvet, et les Graminées, semblables à de la paille 
sèche, qui ont lait donner aux savanes le nomde pnjo/ialas. 

Le lac est à peu près circulaire, et Piedrahila, qui le 



( "6) 
visita en i65a, lui donne 2 lieues de diamètre; ses eaux, 
quand elles sont soulevées par les vents, forment des 
vagues qui rendent la navigation dangereuse. Une tradi- 
tion bien antérieure à la découverte de l'Amérique fait 
résider dans le lac un monstre marin; c'est lui qui agile 
ses eaux et les verse sur le chemin tracé sur le rivage. 

Des personnes dignes de foi m'ont assuré avoir vu à la 
surface du lac, non un monstre, comme l'affirment les In- 
diens, mais bien une masse d'eau s'élever subitement et 
communiquer en retombant une agitation telle à la masse 
liquide, que les vagues viennent inonder la route. Tout 
le monde reconnaîtra à cette description un phénomène 
analogue aux seiches du lac de Genève. Les Indiens ont la 
prétention depouvoir prédire, par l'aspectde l'atmosphère, 
l'agitation des eaux, ou, comme ils le disent, si le lac 
doit se fâcher; il est alors prudent de ne pas se mettre en 
roule. En j652, le chemin passait, comme il passe encore 
aujourd'hui, tout au bord du lac, et les seiches, qui se 
succédaient alors avec autant de fréquence qu'à présent, 
rendaient le trajet tout aussi dangereux, la route se trou- 
vant comprise entre le lac et un mur de rochers élevés. Les 
eaux baignent les mêmes roches, et leur niveau n'a pas 
éprouvé plus de changement que la contrée déserte et stérile 
qui les environne. 

Peut-être trouvera-t-on que je ne devais pas faire entrer 
comme élément de la discussion la description d'un lac 
placé à la dernière limite de la vie végétale. 

Dans la crainte que l'exemple que j'ai cru devoir choi- 
sir, parce qu'il me paraissait frappant, doive être repoussé 
précisément parce qu'il est pris au milieu d'une contrée 
rocheuse et pour ainsi dire dénuée de végétation, je me 
vois forcé de décrire de nouveaux lacs, moins élevés que 
celui de Tola, et dont les eaux sont restées stalionnaires 
depuis des siècles, bien qu'ils soient au centre d'un pays 
riche par son agriculture, mais dont l'aspect n'a pas été 



( "7 ) 
modifié dopais les temps historiques; c'est près de l'é- 
qnaleur, dans la province de Quito, que je les ai étudiés. 

En laissant Ibarra pour se rendre à Quito, on traverse 
une vallée charmante, dans laquelle se rencontre le lac de 
San-Pablo; les Indiens lui conservent son ancien nom de 
Chilcapan ; j'ai trouvé qu'il est élevé de 2y63 m au-dessus 
de l'Océan. La température correspondante à celte hauteur 
ne permet plus la culture du blé ni celle du maïs ; mais on 
aperçoit de nombreux champs d'orge, d'avoine et de 
pommes de terre. Tout le fond du pays consiste en beaux 
pâturages; les collines sont couvertes de moutons que l'on 
élève pour l'exploitation des laines qui alimentent les 
fabriques de draps de la province. Les villages voisins du 
lac existaient bien avant la conquête. La masse de la popu- 
lation est encore purement indienne; elle a conservé ses 
usages, son idiome; les choses paraissent se trouver dans 
l'étal où elles étaient sous l'empire des Incas. La seule 
différence essentielle qu'il soit peut-être possible de si- 
gnaler, c'est le pacage des moutons, qui a remplacé celui des 
lamas; toutefois, ces derniers animaux sont encore assez 
communs : on rencontre fréquemment des troupeaux de 
lamas, chargés de marchandises, conduits par un Indien. 

Un fait admis par tout le monde, c'est que le plateau de 
San-Pablo n'est plus boisé depuis un temps immémoriah 
Déjà sous les Incas, c'était une terre de pacage. Des 
bergeries établies depuis plus d'un siècle au bord du lac 
n'ont pas vu le rivage s'éloigner, et la route suivie par 
Huayna-Capac quand il partit de Quilo pour aller faire la 
conquête d'Olavalu fixe encore aujourd'hui la limite des 
eaux. 

La Cordillère qui sépare la vallée de San-Pablo des 
côtes de la mer du Sud est couverte, sur la penle orien- 
tale, de forêts presque impénétrables. J'indique cette cir- 
constance parce que j'ai la conviction qu'un grand déboi- 
sement qui aurait lieu au-dessous d'un lac alpin, même 



! 



( '«« ) 

à une assez grande distance, influerait encore sur le niveau 
des eaux. 

Je pourrais ci 1er, sans m 'éloigner beaucoup de la loca- 
lité que je viens de faire connaître, le singulier lac de 
Cuicoclia, sur un sol tracbytique, dans lequel deux îles, 
examinées avec beaucoup de soin |>ar le colonel Hall, 
attestent la stabilité et la constance de son niveau. L'élude 
du lac de Yaguar-Coclia, ou \c lac de sang, nommé ainsi 
depuis que Huayna-Capac rougit ses eaux avec le sang 
de trente mille Indiens Canares qu'il v fit égorger, nous 
conduirait à un résultat semblable. Ces deux lacs n'ont 
aucune issue; et si j'ai eboisi de préférence celui de Chil- 
capan, c'est précisément parce qu'il a une ouverture na- 
turelle au nord, par laquelle sort le rio Blanco. J'ai voulu 
montrer que, ainsi que je l'ai dit en commençant, lesobser- 
va lions faites sur des lacs ouverts n'étaient pas à rejeter. 
L effet que doit tendre à produire un cou r,s d'eau sortant d'un 
lac est de creuser, d'approfondir le point d'écoulement, 
cl par suite de déterminer l'abaissement des eaux. J'ai fait 
voir que, malgré celle circonstance, les eaux du Cbilcapan 
n'ont pas baissé sensiblement. En examinant avec attention 
la roelie de trarbyle là où le rio Blanco prend naissance, 
je n'ai rien reconnu indiquant une action érosîve du 
cours d'eau. Dans les nombreuses cascades que j'ai été à 
même d'examiner, je crois avoir reconnu qu'en effet une 
niasse d'eau pouvait, en tombant, creuser profondément 
les pierres les plus dures; mais je n'ai pas observé que 
l'action de l'eau soit bien marquée lorsqu'elle coule sur 
une roebe, à moins que le cours d'eau n'entraîne, comme 
c'est généralement le cas pour les torrents, des cailloux 
dont le frottement continuel parvient à user la surface de 
la roebe sur laquelle ils glissent. 

Je terminerai ce que j'ai à dire sur les lacs de l'Amé- 
rique méridionale en parlant de celui de Quilaloa déjà 
situé dans l'autre hémisphère, parce qu'il a élé exactement 



( "9 ) 
observe, à deux époques suffisamment distantes, en 
i ^38 ei en 1 83 i . 

Quand on séjourne à Latacunga, ville située à peu de 
distance de Cotopaxi, on entend souvent parler des mer- 
veilles de la laguna de Quilatoa. De temps à autre, ce lac 
jette des (lamines embrasant les arbustes qui croissent sur 
ses bords; il produit de fréquentes détonations dont le 
bruit s'entend à une très grande distance. Il n'en fallait 
pas davantage pour déterminer La Condamine, qui en 
septembre ij38 éiaii à Latacunga, à entreprendre une 
excursion au lac de Quilatoa. Il reconnut à ce lac 200 toises 
de diamètre, car il est tout à fait circulaire; il s'en fallait 
de 20 toises environ que l'eau n'atteignît le point le plus 
élevé de ses bords escarpés. 

Le 28 novembre i83i, je me trouvais aussi près du lac 
de Quilatoa. On ne saurait mieux le comparer qu'à un 
cratère dont le fond e^t rempli d'eau. J'ai trouvé son 
altitude de 3g 1 S m , c'est dire qu'il appartient à la région 
froide; en effet, il est entouré de pâturages étendus; 
5oo m plus bas se trouve la bergerie de Pilipulzin; à l'est, 
la Cordillère, vers la côte, est couverte de forêts inex- 
plorées. Les renseignements (pie me donnèrent les bergers 
lirenl disparaître tout le merveilleux attribué au lac: 
jamais ils n'avaient vu de flammes sortir des eaux; jamais 
ils n'avaient entendu de détonations. Le résultat de mon 
excursion au lac de Quilatoa fut de constater que rien 
n'était changé depuis La Condamine ; on assistait à la même 
scène à u» siècle de dislance : des moulons, et un berger 
causant avec un liomme de science au bord d'un lac dont 
l'eau était parfaitement calme. 

L'étude des lacs d'Asie conduirait probablement à un 
résultat conforme à celui déduit des observations faites 
dans l'Amérique méridionale, savoir que les eaux arrosant 
une contrée diminuent à mesure que les déboisements se 
multiplient, que la culture prend de l'extension. Les ira- 



( 120 ) 

vaux récents de Humboldt, en jetant un jour si nouveau 
sur cette partie du globe, semblent ne laisser que peu de 
doute à cet égard. Après avoir fait voir que le système de 
l'Altaï va s'éteindre par une suite de coteaux clans les 
steppes de Kirgbiz, et que, par conséquent, la chaîne de 
rOural ne se lie pas à l'Altaï, ainsi qu'on le croyait géné- 
ralement, ce célèbre géographe montre que précisément là 
où l'on avait coutume de placer les monts Alghiniques 
commence une région remarquable de lacs qui se continue 
dans les plaines traversées par les rivières d'ichim, d'Omsk 
et d"Ob (<). On dirait que ces lacs nombreux sont le 
résidu de l'évaporation d'une grande masse d'eau ayant 
couvert jadis tout le pays et qui aurait été fractionnée en 
autant de lacs particuliers par suite de la configuration du 
sol. En traversant la steppe de Baraba pour se rendre de 
Tobolsk à Baruaoul, de Humboldt a vu que partout le 
dessèchement augmente rapidement par l'effet de la cul- 
ture. 

L'Europe possède aussi ses lacs, et il reste a les exa- 
miner sous le point de vue qui nous occupe. J'ai parcouru 
trop rapidement la Suisse pour que mon attention ait pu 
être suffisamment dirigée sur les lacs de cette intéressante 
contrée. Heureusement, un observateur illustre nous a 
laissé des documents précieux apportant de nouvelles 
preuves de l'influence de la culture sur la diminution 
des eaux. 

De Saussure, dans ses premières recherches sur la tempé- 
rature des lacs de la Suisse, examina ceux qui sont placés 
au pied de la première ligne du Jura. 

Le lac de Neuchàtel a 8 lieues de longueur: sa plus 
grande largeur ne dépasse pas 2 lieues. De Saussure fut 
frappé, en le visitant, de l'étendue que ce lac devait avoir 
autrefois, car, dit-il, les grandes prairies horizontales et 



(') Humboldt, Fragments asiatiques, t. I, p. 4o-5o. 



( tal ) 

marécageuses qui le terminent au sud-ouest ont été indu- 
biiablement couvertes d'eau. 

Le lacde Bienne a 3 lieues de longueur sur i de largeur; 
il est séparé de celui de Neuchàlel par une suite de plaines 
qui furent vraisemblablement inondées. 

Le lac Morat est aussi séparé du lac de Neucbàtel par 
des marais horizontaux, qui, à n'en pas douter, étaient 
autrefois submergés. Alors, ajoute de Saussure, les trois 
grands lacs de Neucbàtel, de Bienne et Morat étaient 
réunis dans un seul bassin ('). 

Eu Suisse, comme en Amérique, comme en Asie, les 
anciens lacs, qu'on pourrait appeler les lacs primitifs, 
ceux qui occupaient le fond des vallées lorsque le pays 
était inculte et sauvage, se sont divisés, par l'effet du dessè- 
chement, en un certain nombre de lacs indépendants. 

Je terminerai la tâche que je me suis imposée en uti- 
lisant, dans l'intérêt de la discussion, les observations de 
de Saussure sur le lac de Genève, le point de départ des 
grands travaux de ce physicien célèbre : personne ne l'a 
mieux étudié. 

De Saussure admet qu'à une époque bien antérieure aux 
temps historiques les montagnes dominant le lac étaient 
ensevelies sous les eaux; une catastrophe occasionna une 
débâcle, et bientôt le courant n'occupa plus que le bas 
de la vallée : le lac de Genève fut formé. 

En étudiant les monuments construits, on ne saurait 
douter que depuis douze à treize cents ans les eaux du lac 
de Genève ne se soient graduellement retirées. C'est évi- 
demment sur les plages qu'elles ont abandonnées que le 
quartier de Rive et les lues basses ont éié bâtis (*). Cet 
abaissement de la surface du niveau du lac, poursuit de 
Saussure, n'est pas seulement l'effet du creusement du canal 






(') De Saussure, Voyage dam les Aljies, t. II, chap. XVI. 
(') De Saussure, f'oyages, t. I, chap. VI. 



( '" ) 

de décharge : il a clé produit aussi par une diminution 
dans la quantité des eaux affluentes. 

La conséquence qu'il est permis de tirer de ces observa- 
lions, c'est que depuis douze à treize cents ans les eaux 
courantes ont diminué graduellement dans les contrées 
voisines du lac de Genève. On ne contestera pas, je pense, 
que durant celle longue période il n'y ait eu en Suisse 
d'importants défrichements et un progrès croissant dans 
la culture de ce beau pays. 

Par l'examen des niveaux des lacs, nous sommes arrivés 
à celte conclusion que, dans les contrées où se soin opérés 
des défrichements, il y a eu très probablement diminution 
dans les eaux vives à la surface du terrain, tandis que là 
où il ne s'est effectué aucun changement l'eau ne parait pas 
avoir subi de variation. 

Les forêts auraient donc pour effet d'abord de conserver 
les eaux destinées aux usines et aux canaux, et ensuite 
de s'opposer à ce que les eaux pluviales se réunissent 
et s'écoulenl avec une trop grande rapidité. 

Qu'un sol couvert d'arbres soit moins propre à i'éva- 
poration qu'un terrain déboisé, c'est ce qu'on admettra 
sans discussion; mais, pour bien observer les différences 
de ces deux conditions, il faut voyager sur une roule Ira- 
versant successivement mi pays découvert et un pays 
boisé, quelque temps après une saison pluvieuse. On 
remarque alors que les parties de la route ouverte dans la 
forêt sont encore couvertes de boue, lorsque déjà celles 
qui sont tracées sur le terrain découvert sont entièrement 
sèclies. 

C'est surtout dans l'Amérique méridionale que la diffi- 
culté de l'évaporaiion sur un sol ombragé par des forêts 
épaisses est plus tranchée. Dans les forêts, l'humidité est 
constante, même longtemps après la saison des pluies; les 
sentiers, pendant touie l'année, sont de véritables bour- 
biers; l'unique moyen de dessécher ces routes forestières 



( 1*3 ) 

est de leur donner une largeur de 8o*" à joo m , ee qui re- 
vient à dire qu'il faut exécuter un défrichement. 

Une fois admis qui- les eaux courantes diminuent par 
l'effet du déboisement, il convient d'examiner si eetie 
diminution provient d'une moindre quantité de pluie ou 
d'une plus grande évaporation, ou bien encore si elle est 
due aux irrigations. 

J'ai posé en principe, dans le commencement de ce Mé- 
moire, qu'il devait être à peu près impossible de faire 
nettement la part de ces différentes causes. J'essayerai 
toutefois, en terminant, de les apprécier d'une manière 
générale, la discussion gagnera déjà quelque chose si I on 
prouve qu'il peut y avoir diminution d'eaux courantes par 
l'ellèt seul du défrichement. 

Pour ce qui est relatif à l'irrigation, il faut nécessaire- 
ment distinguer entre le cas où une grande culture est 
substituée à la forêt et celui où un terrain aride, non 
boisé, est rendu cultivable par l'industrie de 1 homme. 
Dans le premier cas, il est assez probable que l'irrigation 
ne contribue que pour fort peu de chose dans l'altération 
delà masse d'eaux courantes, car on peut bien admettre 
que la quantité d'eau consommée pour le compte de la 
végétation d'une surface donnée de forêt doit égaler, 
sinon surpasser, celle qui sera absorbée par une surface 
égale, livrée à la culture après le déboisement. Alors, l'in- 
fluence exercée par ce terrain cultivé rentre dans la 
condition d'un sol défriché, agissant uniquement en favo- 
risant l'évaporation des eaux pluviales. Dans le second cas, 
c'est-à-dire dans celui ou une grande étendue de pays 
inculte aura été rouverte de culture, il y aura évidemment 
consommation d'eau par la végétation qu'on y aura favo- 
risée; l'introduction de l'industrie agricole tendra donc à 
diminuer les cours d'eau qui sillonnent ce pays. C'est 
très probablement à une circonstance semblable qu'il faut 
attribuer le dessèchement graduel des lacs qui jaugent une 



( »»4) 
grande partie des eaux vives du nord de l'Asie. Il est à 
peu près inutile d'ajouter que, dans une circonstance de 
ce genre, l'effet dû seulement à l'évaporation des eaux plu- 
viales n'est pas augmenté ; cet effet doit plutôt être moindre, 
car, sur un soi couvert de plantes, L'eau s'évapore plus dif- 
ficilement que sur un sol dénué de végétation. 

Dans les considérations présentées sur les lacs de 
Venezuela, de la Nouvelle-Grenade et de la Suisse, on 
peut attribuer directement la disparition d'une partie des 
eaux courantes tributaires de ces lacs à une moindre 
quantité de pluie; mais on peut soutenir avec tout autant 
de raison qu'elle est simplement la conséquence d'une 
évapora lion plus rapide des eaux pluviales. Il est effecti- 
vement des circonstances sous l'influence desquelles la 
diminution des eaux vives est occasionnée par une évapo- 
ralion plus active. J'ai entendu citer à ce sujet un bon 
nombre d'exemples ; mais, dans une discussion de ce genre, 
c est moins des faits nombreux que des faits bien avérés 
qu'il convient d'adopter. Pour ce motif, je me bornerai à 
rapporter deux observations : l'une est due à J\J . Desbas- 
syns de Richemoiid, qui l'a recueillie à Pile de l'Ascen- 
sion ; l'autre est au nombre des observations que j'ai 
enregistrées pendant un séjour aux mines d'or de RJar- 
mato. 

Dans l'île de l'Ascension, on a vu une belle source, 
placée au bas d'une montagne primitivement boisée, 
perdre son abondance et se tarir lorsqu'on eut coupé les 
arbres qui couvraient la montagne. On attribua la perle 
de la source au déboisement. On boisa de nouveau, et, 
quelques années après, la source reparut peu à peu et 
coula bientôt avec son ancienne abondance. 

La montagne métallifère de Marmato est dans la pro- 
vince de Popayan, au milieu de forêts immenses. Le 
cours d'eau sur lequel les bocards sont établis est formé 
par la réunion de plusieurs petits ruisseaux prenant 



( '23 ) 

naissance sur le plateau de San-Jorge : c'est un espace 
extrêmement boisé situé au-dessus des usines. 

En 1826, lorsque je visitais ces mines pour la première 
fois, Marmalo consistait en quelques misérables cabanes 
babilées par des nègres esclaves. En i83o, époque à la- 
quelle je quittai celte localité, Marmalo présentait l'aspect 
le plus animé; on y voyait de grands ateliers, une fonderie 
d'or, des machines pour diviser et amalgamer le minerai. 
Une population libre de près de trois mille habitants se trou- 
vait échelonnée sur la pente de la montagne : c'est dire 
que de copieuses coupes de bois avaient été faites, tant 
pour la construction des machines et des habitations que 
pour la fabrication du charbon. Pour la facilité du trans- 
port, les coupes avaient eu lieu sur le plateau de San- 
Jorge. Le défrichement durait à peine depuis deux ans 
que déjà l'on s'aperçut que le volume d'eau dont on dis- 
pose pour les machines avait diminué notablement. Le 
volume d'eau était mesuré (') par le travail des machines. 
La question était grave, car eà Marmato une diminution 
dans la quantité d'eaux motrices est toujours suivie d'une 
diminution dans le produit en or. 

A Marmalo, à l'Ile de l'Ascension, il n'est nullement 
probable qu'un défrichement local et aussi limité ait pu 
millier assez sur l'état météorologique de l'atmosphère 
pour faire varier la quantité annuelle de pluie tombant 
sur la contrée. Il y a plus : à Marmalo, aussitôt qu'on eut 
constaté la diminution des eaux, on s'empressa d'établir 
un pluviomètre ( 2 ). Dans le cours de la deuxième année 
d'observation, ou mesura une quantité de pluie plus forte 
que celle recueillie pendant la première année, bien que 
les défrichements aient continué, et sans qu'on ait re- 



(') Un jaugeage exact fait à différentes époques a prouve une diminution 
réelle des eaux motrices. 

(') Annale: de Chimie et de Physique, t. LXI, p. 1G7. 






i 



( ^6 ) 

marqué une augmentation appréciable dans les eaux 
motrices ( ' ). 

Il est donc vraisemblable que des déboisements locaux, 
très peu étendus, peuvent atténuer et même faire dispa- 
raître des sources et des ruisseaux, sans que cet effet puisse 
être attribué à une moindre quantité de pluie. 

Jl reste à examiner si les grands défrichements, tels que 
ceux embrassant un pays étendu, peuvent rendre les pluies 
moins abondantes. Les observations udomélriques con- 
duiront seules à résoudre la question. Malheureusement, 
les observations qu'il est permis de discuter sont trop peu 
anciennes, et en Europe elles' ont été généralement com- 
mencées lorsque les grands déboisements étaient déjà 
elleetués. Les Etats-Unis d'Amérique, où les forêts dispa- 
raissent avec une inconcevable rapidité, nous présenteront 
peut-être, dans un temps peu éloigné, une série piécicuse 
de faits. 

Eu étudiant, sous les tropiques, le phénomène de la 
pluie, je suis arrivé à me former sur la question du déboi- 
sement une opinion que j'ai déjà fait partager à plusieurs 
observateurs. Pour moi, il est cous tant qu'un défrichement 
étendu diminue la quantité annuelle de pluie qui tombe 
sur une contrée. 

On a dit depuis longtemps que, dans les légions équi- 
noxiales, l'époque de la saison pluvieuse revient chaque 
année avec une étonnante régularité : cela est exact; seu- 
lement, ce lait météorologique ne doit pas être énoncé 
d'une manière trop générale. 

La régularité dans l'alternance des saisons sèches et plu- 
vieuses est la plus grande possible dans les contrées qui 



(') Deux années d'observations udoraelriques sont suffisantes, même 
entre les tropiques, pour accuser une variation dans la quantité annuelle 
de pluie; niais les observations de Marmato établissent que la masse d'eau 
courante a diminué, bien que la quantité de pluie ait été plus forte la 

deuxième année. 



possèdent an lerrîtoire extrêmement varié. Ainsi, un pays 
oilranl A la fois des forêts et des rivières, des montagnes 
et de grandes plaines, des lacs, des plateaux étendus, pré- 
sente eu effet des saisons périodiques parfaitement tran- 
chées ( ' ). 

Il n'en est plus de même si le territoire est plus uni- 
forme, s'il devient en quelque sorte spécial. L'époque du 
retour des pluies sera beaucoup moins régulière si les 
terrains découverts, arides, dominent, si des cultures 
d'une giande extension remplacent en partie les forêts, si 
les rivières sont moins communes, les lacs plus rares. On 
peut citer les provinces du Socorro, de Sogamoso, de 
Cumana, de (Joro, de Cuenca vers Piura. Les pluies se- 
ront alors moins abondantes, et dans de semblable pays 
on éprouvera de temps à autre des sécheresses d'une 
longue durée. 

Si, au contraire, des forêts épaisses recouvrent en pres- 
que totalité le territoire, si les rivières sont multipliées, les 
cultures limitées, l'irrégularité dans les saisons aura 
encore lieu, mais alors dans un sens différent. Les pluies 
domineiont, et dans certaines années elles deviendront 
pour ainsi dire continuelles, comme au Choco et dans les 
forêts de l'Oi énoque. 

Le continent américain nous offre, sur un développe- 
ment immense, deux régions placées sous les mêmes con- 
ditions de température, et dans lesquelles ou rencontre 
successivement les circonstances les plus favorables à la 
formation de la pluie et celles qui lui sont entièrement 
opposées. 

A partir de Panama, et en se dirigeant vers le sud, on 
trouve la baie de Cupica, les provinces de San-Buenaveu- 



(') Venezuela, les llanos, plateaux (Je la Nouvelle-Grenade, de Quito, 
plaines de la Magdalena, province d'Anliocjuia, provinces de Guayaiiuil, 
de Cartagena. 






( "8 ) 
lura, du Choco ei d'Esmeraldas; dans ce pays couvert de 
forêts épaisses et sillonnées par une multitude de rivières, 
les pluies sont presque continuelles. Dans l'intérieur du 
Choco, il ne se passe pas un jour sans pleuvoir. Au delà 
de Tumbez, vers Payla, commence un ordre de choses 
entièrement différent : les forêts ont disparu; le sol est 
sablonneux, la culture à peu près nulle. Ici, la pluie est 
pour ainsi dire inconnue; lorsque je me trouvais à Payta, 
il y avait, au dire des habitants, dix-sept ans qu'il n'avait 
plu. 

Ce manque de pluie est commun dans tout le pays qui 
avoisine le désert de Sechura et s'étend jusqu'à Lima : dans 
ces contrées, les pluies y sont aussi rares que les arbres. 

Ainsi, dans le Choco, dont le sol est couvert de forêts 
il y pleut toujours; sur la tôle du Pérou, dont le terrain 
est sablonneux, dénué d'arbres, privé de verdure, il n'y 
pleut jamais : et cela, comme je l'ai dit, sous un climat 
ayant la même température, et dont le relief et la dis- 
tance aux montagnes sont à peu près les mêmes. Piura 
n'est pas plus éloigné des Andes de l'Assuay que ne le 
sont les plaines humides du Choco de la Cordillère occi- 
dentale. 

Les faits que j'ai exposés dans ce Mémoire semblent 
établir : 

i°Que les grands défrichements diminuent la quan- 
tité des eaux vives qui coulent à la surface du pays ; 

a° Qu'il est impossible de dire si cette diminution est 
due à une moindre quantilé annuelle de pluie, à une 
plus grande évaporaiion des eaux pluviales, ou à ces deux 
effets combinés; 

3° Que la quantilé d'eaux vives ne parait pas avoir 
varié dans les contrées qui n'ont subi aucun changement 
dus à la culture; 

4° Qu'indépendamment de la conservation des eaux 
vives les forêts ménagent et régularisent leur écoulement; 



( I2 9 ) 

5° Que la cuhure établie dans un pays aride et non cou- 
vert de forêts dissipe une partie des eaux courantes; 

6° Que par des déboisements purement locaux des 
sources peuvent disparaître, sans qu'on soit en droit de 
conclure cjue la quantité annuelle de pluie ait diminué; 

7 Qu'en se fondant sur des faits météorologiques re- 
cueillis dans les régions équinoxiales on doit présumer 
que les grands défrichements diminuent la quantité 
annuelle de pluie qui tombe sur une contrée. 



{ I' 



Bocssumm'lt. — Agr„ VII. 



T 



i3o ) 



SUR 



LA DISSOCIATION DE L'ACIDE DES NITRATES 



LA VÉGÉTATION ACCOMPLIE DANS L'OBSCURITÉ. 






Dans la végétation à l'obscurité, on a reconnu que la 
plante étiolée pèse moins que la graine dont elle est issue; 
la balance accuse, en effet, une élimination persistante de 
matière, bien qu'il y ait organisation, développement de 
tiges, de racines, d'appendices de feuilles et aussi modifi- 
cation, transformation dans la nature des principes immé- 
diats entrant dans la constitution de la semence. Le tissu 
des organes développés à l'abri de la lumière est ferme et 
fortement imprégné d'un liquide à réaction sensible- 
ment acide. Les cotylédons sont donc pourvus des prin- 
cipes nécessaires à la vie de l'embryon ; toutefois, la 
végétation nocturne a ce caractère d'être impuissante à 
fixer le carbone de l'acide carbonique de l'atmosphère. Il 
restait à rechercher si cette impuissance s'étendait aux 
substances fertilisantes que, dans les conditions ordi- 
naires, les racines puisent dans le sol, si, par exemple, il 
y a pénétration dans la plante des composés azotés, tels 
que les nitrates, les sels à base d'ammoniaque. Cette 
question n'ayant pas été abordée dans mes précédentes 
études, j'ai cru devoir entreprendre quelques recherches, 
consistant à introduire du salpêtre dans le sol stérile où 
l'on déposait la semence, pour voir si, comme dans la 
végétation normale, c'est-à-dire à la lumière, ces sels dis- 
paraissent. On a d'abord constaté ce fait assez inattendu 



( '3. ) 

que le nitrate disparait en partie, c'est-à-dire qu'en ajou- 
tant à un sol stérile une quantité déterminée de ces sels 
on ne la retrouve plus en totalité dans la récolle. J'ai 
exécuté ces recherches à deux époques. Les résultats aux- 
quels j'étais arrivé d'abord ne me satisfaisant pas, j'ai cru 
devoir les vérifier et les compléter. 

Je me bornerai, dans ce qui va suivre, à présenter les 
observations sans entrer dans les détails minutieux des 
procédés de dosage, déjà décrits dans d'autres Mémoires. 

I. Végétation des haricots à V obscurité sous l'influence 
fia nitrate de potasse, — Dix haricots, pesant io sr , 553, 
ont été plantés le 2 juin dans des fragments de pierre 
ponce préalablement lavés et calcinés. La ponce fut 
humectée avec 100 e '' d'eau distillée exempte d'ammoniaque, 
tenant en dissolution o §r , 200 de nitrate de potasse. 

Le 5 juin, toutes les graines avaient germé dans la chambre 
noire. 

Le 11 juin, on versa sur la ponce 5o cc d'eau tenant 

1 * 

o sr , 100 de nitrate. 

Le 26' juin, on enleva la récolte. 

A partir du collet des racines, les liges avaient o m , yj 
de hauteur, et en diamètre o m ,oo6; elles étaient blanches, 
lubulaires, gorgées d'un liquide à réaction acide. Les fol- 
lioles, d'un jaune pâle, étaient fixées à des pétioles de 
o m , 1 de longueur. 

Les racines mesuraient o'", 3o à o m , 4° ; on n'y apercevait 
pas de moisissures. 

Les tiges, les folioles, les cotylédons, encore „ r 

adhérents, pesaient 67, 5o 

Les racines 26 , 00 



Poids des plants sortant de la chambre noire. g3 , 5o 

Dosage de l ammoniaque dans les plants. — Ou fit 
deux opérations successives, en opérant chaque fois sur Ja 
moitié de la récolte, que l'on traitait par la magnésie pure 
au bain-inarie, à une température ne dépassant pas too°. 



là 






( «8* ) 

Ammoniaque. 

La première moitié a donné o,oo5i 

La seconde moitié » 0,0047 

0,0098 

Les graines renferment généralement de faibles quan- 
tités d'ammoniaque. Un dosage fait sur des semences de 
même origine indiqua que dans les io sr ,553de haricots 
il entrait : 

Ammoniaque o , oo34 

» trouvée dans la récolte o,ooq8 

Ammoniaque apparue pendant la végétation 

à l'obscurité 0,0064 

Dosage du nitrate de potasse dans le sol et dans la ré- 
colte. — Après le traitement par la magnésie pour retirer 
l'ammoniaque, on détermina les quantités d'acide nitrique 
restées dans le sol ou absorbées par les piaules : 

Trouvé dans la récolte, en acide nitrique, gr 

l'équivalent de nitrate de potasse o, i388 

Dans le sol 0,0248 

Nitrate retrouvé o, i636 

Nitrate introduit o,3ooo 

Nitrate disparu 0,1 364 

Cette disparition de o 8r , i364 de nitrate, dans lesquels 
il entrait o gr ,oi9 d'azote, eut lieu en vingt et un jours. 

II. Végétation à l'obscurité sans le concours du nitrate 
de potasse. — Le 2 juin, dix graines de haricot de même 
provenance que celles employées dans l'expérience I, pesant 
io gr ,323, ont été déposées dans de la pierre ponce purifiée, 
humectée et arrosée avec de l'eau distillée exempte d'am- 
moniaque. 



( i33 ) 
Le 24 juin, la récolte présentai t l'aspect de celle obtenue 
avec le concours du salpêtre : 

Hauteur des plants o'",78 à o'",79 

Diamètre des tiges o"',oo4 

Poids des plants sortant de la 

chambre noire 7^ sr >0 

Tiges remplies d'un liquide acide; racines très déve- 
loppées, ne portant pas d'indices de moisissures. 

Dans la totalité des plants, on a dosé o Br ,oi9 d'ammo- 
niaque, un peu plus que dans l'expérience I. 

III. Végétation du maïs a l'obscurité, avec le concours 
du nitrate de potasse. — Le 2 juin, planté dans un sol de 
pierre ponce vingt graines de maïs pesant n Br ,i97, après 
qu'on eut humecté le sol avec ioo tc d'eau renfermant 
o 61 ', 200 de nitrate. 

Le 11 juin, ajouté au sol 5o cc d'eau tenant oS r ,ioo de 
nitrate. 

Le 28 juin, on enleva les plants -, sur quelques fragments 

d'épispermes, on aperçut une trace de moisissure verte; les 

plants étaient d'ailleurs en excellent étal; le plus grand avait 

uneliauteurdeo m ,5o. Les feuilles, d'une teinte jaunepaille, 

atteignaientunelongueurdeo" 1 , 3o surunelargeurdeo m ,oi . 

tt 
Les tiges garnies de feuilles ont pesé 45>oo 

Les racines 1 2 , 3o 

Les épispermes '4 '9^ 

Poids de la récolte en sortant de la chambre 

noire 72 , 25 

Dosage de l'ammoniaque. — Deux opérations, exécu- 
tées chacune sur la moitié des plants, ont donné : 

Ammoniaque. 

Première moitié 0,0024 

Seconde moitié o,oo34 

o,oo58 

» 



i 



*>' 









( '34 ) 
Dosage de V acide nitrique : 

Dans la totalité de la récolte trouvé acide 

équivalent à nitrate de potasse o, ioî5 

Dans le sol (pierre ponce) 0,0020 

Nitrate retrouvé l0 A^ 

Nitrate introduit o ,3ooo 

Nitrate détruit en vingt-cinq jours. . . 0,1955 

IV. Végétation du maïs à l'obscurité sans le concours 
du nitrate dépotasse. — Le 3 juin, mis dans la pierre 
ponce purifiée et humectée avec de l'eau exempte d'ammo- 
niaque vingt graines de maïs pesant i]S r , 2 82. Le 6, la 
germination se manifesta. 

Le 28 juin, les plants, en bonne condition, atteignaient 
la hauteur de o m ,4o à o m ,5o. Diamètre des tiges, o m ,oo4. 
Feuilles jaune paille de o m , 28 de long sur o m ,oi de large. 

Poids des tiges et feuilles 25 , 45 

Racines, épispermes 20 ^o 

55, i5 

Celte récolte, non desséchée, pesait notablement moins 
que celle venue sous l'influence du salpêtre. 

Ammoniaque. 

Dans la première moitiédes plants, on a dosé. o,oo34 
Dans l'autre moitié 0028 

Total 0,0062 

On constata l'absence de l'acide nitrique. 

V. Végétation des haricots à l'obscurité avec le con- 
cours du nitrate de potasse. — Le 8 août, planté dans du 
sable quartzeux purifié deux haricots pesant ensemble 
i Br ,825. Le sol fut humecté avec de l'eau renfermant 
o Br ,ioo de nitrate de potasse. 



( *35 ) 
Le 28, on pesa les plants, qui avaient o m , 4o de hauteur. 

Humides. Sèches, 

sr s.- 

Tiges et feuilles 1 ?■ , 17 °j9 i;J 

Racines, épispermes 3,93 o,335 

16,10 1 ,244 

La perte de matière contenue dans les graines a ete de 
3i ,4 pour 100. 

Nitrate de potasse. 
er 
Dans la récolte, on a dosé o ,0 39 

Dans le sable o,oo4 

Nitrate retrouvé o,ob3 

Nitrate introduit 0,100 

Nitrate disparu ° 1 4° 

VI. Végétation du maïs à l'obscurité avec le concours 
du nitrate de potasse. — Le 8 août, trois graines, pesant 
ensemble i& r , 3i4, ont été placées dans du sable quartzeux, 
humecté avec de l'eau tenant en dissolution o 6r , 1 00 de ni- 
trate. 

Le 3o, les plants retirés de la chambre noire pesaient : 

Humides. Sèches. 

gr gr 

Tiges et feuilles 3,86 o,255 

Racines, épispermes 5,42 0,698 

Total 0,953 

Les grains pesaient 1 , 3 1 4 

Différence o,36i 

Le poids de la matière éliminée a été de 27,5 pour 100. 

Nitrate de potasse. 

Dans la récolte on a dosé o , o338 

Dans le sable, > 0,0160 

Nitrate retrouvé 0,0498 

Nitrate introduit o, 1000 

Nitrate disparu. . o,o5o2 






( '36 ) 

VII. Végétation des haricots à l'obscurité avec le 
concours du nitrate de potasse. — Le 8 août, lmit graines 
pesant op% 1 1 furent plantées dans un sol de pierre ponce 
qu'on arrosa avec de l'eau renfermant oê r ,4oo de nitrate. 

Le I er septembre, les plants étaient dans de bonnes con- 
ditions; sur les racines on ne voyait aucun indice de 
moisissures. 

Tiges et feuilles ont pesé 5o 20 

Racines, épispermes 1 3 5o 

Total 63, 7 o 

Nitrate de potasse. 

Dans la récolte on a dosé 064 

Dans le sol » 0018 

Nitrate retrouvé 082 

Nitrate introduit 4oo 

Nitrate disparu o,3i8 

VIII. Végétation du maïs à l'obscurité avec le concours 
du nitrate de potasse. — Le 10 octobre, quinze graines 
furent mises à germer dans du sable de rivière préalable- 
ment lavé et calciné. Lorsque les radicelles eurent o m ,oi 
de longueur, les graines furent placées dans la chambre 
noire. Le sol a été entretenu dans un état convenable d'hu- 
mectalion, en l'arrosant avec une dissolution de nitre 
à 0,01; le poids du sel apporté par l'eau s'est élevé 
à o s % 100. 

Le 26 octobre, les tiges ayant 0™, 1 5 de hauteur, on dosa : 

Nitrate de potasse. 

Dans les plants 0,017 

Dans le sol o , oo3 

Nitrate retrouvé 0,020 

Nitrate introduit o , 1 00 

Nitrate disparu o , 080 



( i37 ) 
Deux expériences analogues furent faites parallèlement 
avec du blé et du maïs. Voici les résultats : 

IX. Blé.- Dosé: N . trate 

Dans les plants °' l3f j 

Dans le sol ' " 

Nitrate retrouvé • •■ °< x ^" 

Nitrate introduit °' ? °" 

Nilrate disparu 0,ofao 

X. Maïs. -Dosé: Aimae 

Dans les plants ° ' °\ 

■ i ... o,oo3 
Dans le sol 

o,o43 
Nitrate retrouve ' ^ 

Nitrate introduit • "' 

Nitrate disparu o, 107 

XI. Recherche de V ammoniaque dans les plants venus 
à l'obscurité, sous l'influence du nitrate de potasse. - 
J'ai cru devoir faire une nouvelle expérience pour con- 
stater si réellement, pendant une végétation accomplie a 
l'obscurité sous l'influence du nitrate, il n'y a pas forma- 
tion d'ammoniaque. 

On a fait germer et développer des graines de froment 
sur du sable lavé et calciné, qu'on a entretenu humide avec 
de l'eau exemple d'ammoniaque, dans laquelle il y avait 
-i- de nitrate de potasse. 

10 Après quinze jours de végétation dans la chambre noire, 
on procéda au dosage de l'ammoniaque dans la moitié des 
plants, ayant alors une hauteur de 0», 2 5 à o"\3o. On avait 
successivement introduit dans le sol o«', 100 de nitrate. 

On trouva dans la moitié de la récolte 0^,001 5 d'ammo- 
niaque, soit oe\oo3 pour la totalité. 

L'autre moitié fut exposée à la lumière. Les feuilles 



■ 1 



li 



( «38 ) 
prirent en peu de temps Ja couleur verte, et ce qu'il y eut 
de remarquable, c'est qu'après cette coloration l'on n'y 
trouva plus d'ammoniaque. On ne saurait attribuer cette 
disparition de l'alcali à la volatilité, puisqu'il devait s'être 
uni a l'acide que renferme constamment le liquide de 
l'organisme d'une plante étiolée. Très probablement l'am- 
moniaque, ou plutôt ses éléments avaient été assimilés. Je 
n'a. pas besoin d'ajouter que les S',ooi5 d'ammoniaque 
qu'aurait dû renfermer le végétal ne pouvaient échapper 
au dosage. 

Cette observation confirme les résultats obtenus précé- 
demment, établissant que, durant la végétation à l'obscurité, 
le mtre que l'on fait intervenir ne donne pas lieu à une 

production appréciable d'ammoniaque. Ainsi, dans l'expé- 
rience actuelle, les oB'.ioode nitrate auraient pu former 
oS>i 7 d'alcali: or, dans la récolte, l'analyse n'en a signalé 
que o«>o3, dont une partie sans doute appartenait aux 
semences, par cette raison que, généralement, les grains 
de froment contiennent du phosphate ammoniaco-ma- 
gnésien. Il n'était pas sans intérêt de montrer combien 
est insignifiante la production de l'ammoniaque dans 
cette circonstance, parce qu'on a émis l'opinion qu'une 
fois porté dans une plante l'azote de l'acide du sal- 
pêtre est transformé en ammoniaque, de sorte que, en 
définitive, un nitrate agirait dans la végétation à la 
manière des sels ammoniacaux. Si cette transformation a 
heu, on doit admettre que c'est seulement sous l'in- 
fluence de la lumière, puisque, dans l'obscurité, un plant, 
après avoir fait disparaître de fortes proportions de nitrate 
de potasse, ne donne néanmoins que d'infimes quantités 
d'ammoniaque, difïérant à peine de celles que l'on dose 
dans les plantes venues à l'obscurité sans l'intervention 
du salpêtre. 

J'ai fait un assez grand nombre d'observations analogues 
à celles que je viens de faire connaître, avec les semences 



( i*9 ) 

de ricin, d'orge, d'hélianthus : toujours, dans la plante 
étiolée, dans le sol, on n'a pas retrouvé tout le nitrate de 
potasse qu'on avait mis. J'ajouterai que le résultat d une 
expérience n'était accepté qu'autant qu'il y avait absence 
de moisissures sur les racines, parce que l'on sait avec 
quelle promptitude les cryptogames détruisent, en en 
assimilant l'azote, les nitrates avec lesquels ils se trouvent 

en contact. 

La disparition du nitrate de potasse, en supposant que 
ce sel soit décomposé, doit nécessairement laisser libre de 
la potasse; on en a rencontré effectivement dans le sol, et 
il est à croire qu'une autre partie de cet alcali se combine 
à l'acide de la sève des plantes étiolées. Quant à 1 azote 
résultant de la dissociation de l'acide nitrique, «Ml éli- 
miné à l'état gazeux ou assimilé par le végétal i l our 
répondre à ces questions, il devenait nécessaire de com- 
parer la teneur en azote des semences à la teneur en azote 
du végétal développé à l'abri de la lumière. 

I bis. Expérience faite avec le mais. — On ht un 
choix des graines ayant chacune à très peu pies le 

même poids : o sr ,4-> 3 - 
• Dix-neuf de ces graines ont été mises à germer sur du gros 
sable de rivière débarrassé de toute matière organique, 
ayant une épaisseur de o»,o5 et placé dans la chambre 
noire. Le sol fut humecté avec de l'eau exemple cl ammo- 
niaque et tenant O i%o8 de nitrate de potasse. 

Nitrate. 

«r 

i er mais, introduit par l'arrosage 0,400 

3 , . M 00 

g „ „ 0,4°° 

... (j ,iioo 

C| » - .... T 

\ 0,800 

o 
o o , 000 

10 » " . 

3,200 









( Mo ) 

Les plants furent enltïvésleaémarsîtigesrigides; racines 

très développées, exemptes de moisissures. 
La récolte a pesé 34& r , 35. 

Tiges et feuilles desséchées 1^348 

Racines r - 

,j r . o,6 7 5 

Spermes 3^ 

5,772 

Azote dans les graines. — & de graines, à l'état où 
elles avaient été déposées dans le sol, ont donné par la 
combustion (procédé Dumas) : 3i",65 de gaz azote à la 
température 0° et sous la pression o m , 7 6, après correction 
pour lebioxyde; en poids, o«%o3 9 ; pour 100, i, 9 5. Dans 
les dix-neuf graines plantées, pesant 8« r ,6\5 : azote 
oS r ,i68. 

Azote dans la récolte pesant & r ,yj2. — is r , 334 de 
récolte, renfermant des parties proportionnelles de tiges, 
feuilles, racines, épispermes, ont produit: gaz azote, 4i",85 
à 0° et sous la pression o n ', 7 6; en poids, oS',o5 2 . 

Azote. 

Dans la totalité de la récolte B 22 5 

Dans les graines ' l6 g 

Différence 0,057 

L'excès d'azote trouvé dans la récolte pouvant provenir 
du nitrate absorbé par les plants avec l'eau d'arrosage, soit 
en nature, soit à l'état d'ammoniaque, soit enfin de l'azote 
qui aurait été fixé, on a dû doser dans la récolte et dans le 
sol d'abord l'ammoniaque, ensuite l'acide nitrique. 

Ammoniaque. — De iS r ,334 de récolle sèche on a 
retiré 0^,0024 d'ammoniaque. La totalité de la récolte 
(5^,772) en aurait fourni oS',0104 = o^oop d'azote. 
Acide nitrique. — Dans iS',334 de récolte sèche on a 



( >4' ) 

trouvé o^,o3S5 d'acide, pour la totalitédela récolte o«V«7, 
soit 0«%o433 d'azote ou o^, 3 t 2 de nitrate de potasse. 

Il y a lien, par conséquent, de retrancher de 1 azote de 
la récolte o 6 %225 

L'azote altribuable à l'ammoniaque o , 0090 

L'azote «le l'acide nitrique c^oj32 

(I ,u522 

Azote appartenant à la matière organique de 

. , ,. 0,172b 

la récolte ' 

Azotedanslesgrainesayantdonnéla récolte... (Vib»o 

Différence 0,0048 

On voit qu'il y a presque égalité entre les quantités 
d'azote contenues dans les semences et dans les plants 
récoltés, la différence o",oo48 étant compose dans la 
limite des erreurs possibles dans une suite d'analyses déli- 
cates. Considérons maintenant quelles étaient les quantités 
de nitrate de potasse au commencement et a la tin de 
l'expérience. Nitrate de potasse. 

Dans les plants on a vu que l'analyse a indique. . o.3ia 

Un dosageexécutésur la totalitédt. sol en a donne . 1^94 

1 ,006 
Nitrate retrouve 

... , 1 3,2011 

Nitrate introduit dans le sol 

i- .... 1 ,294 

Nitrate disparu 

. . 0,177 

Azote 

Puisqu'il n'y apas eu d'assimilation, les 0^.77 d'azote 
du nitrate disparu ont probablement été élimines a 1 état 
gazeux; on ne retrouve dans l'organisme de la plante que 
l'azote du nitrate qui n'a pas été dissocie. 

Les végétaux phanérogames, dans une atmosphère 
obscure, fonctionnent, dans une certaine limite, a la ma- 



I 



( M* ) 
nière des cryptogames sans chlorophylle, en ce sens qu'ils 
émettent de l'acide carbonique. Il y a toutefois cette dif- 
férence que le carbone de cet acide est prélevé sur les 
principes constituants de l'endosperme, du cotylédon, dont 
1 embryon est en quelque sorte le parasite. Aussi, les pha- 
nérogames n'ayant pas, en l'absence des rayons lumineux, 
a faculté d'assimilation, la durée de leur végétation à 
1 obscurité est entièrement subordonnée à la quantité de 
matières contenues dans les cotylédons. Les racines ne 
s emparent pas, ainsi qu'il arrive pour le mycélium des 
champignons, des combinaisons carbonées qu'elles ren- 
contrent. Il y a encore cette différence que je crois devoir 
signaler ; c'est qu'une plante vasculaire exposée à la 
lumière n engendre pas de chlorophylle, tandis que les 
feuilles étiolées d'un phanérogame prennent une teinte 
verte aussitôt qu'elles sont éclairées, ce que j'ai reconnu 
maintes fois. Il ne faudrait pas, néanmoins, en conclure 
d une manière absolue que la lumière n'apporte pas son 
concours au développement des végétaux vasculaires, et, à 
<e sujet, je ne puis mieux fane que de reproduire un 
passage d'une discussion soulevée au sein de l'Académie 
des Sciences : 

« Sans aucun doute, ai-jedit, il est des plan les d'un ordre 
inférieur n ayant nul besoin de chlorophylle et de la radia- 
non sola,re pour s'organiser et produire les mêmes maté- 
riaux que l'on rencontre dans les êtres supérieurs du règne 
végétal, mais il n'est aucune cellule vivante, si elle n'a 
pas le pouvoir de dissocier le gaz acide carbonique, qui 
so.t capable de faire de toutes pièces un principe immédiat 
carboné. 

» Tout en reconnaissant que la décomposition du gaz 
ac.de carbonique par la chlorophylle, ou plutôt par un 
organe auqne] la chlorophylle est associée, est un des faits 
capitaux de la vie végétale, il est des physiologistes qui 
n admette., t pas que la formation de tous les organismes soit 



( M3 ) ■ 

subordonnée à l'action de la lumière, el l'on appuie cette 
opinion s*ur ce que des cellules se développent aux dépens 
de produits carbonés qu'on obtient de simples réactions 
chimiques. Ainsi, a-t-on dit, une graine impondérable 
du mycoderma aceti, jetée dans un milieu où l'aliment 
carboné unique est une substance liés éloignée de l'orga- 
nisme, puisque cet aliment est de l'alcool, donne un cer- 
tain poids de matière organique formée des principes im- 
médiats les plus variés. A cela, j'ai répondu que l'acide 
acétique apparu dans le milieu où fonctionnait le myco- 
derma aceti venait de l'alcool dérivant de sucre constitué 
par une plante à chlorophylle exposée au soleil, d'où il 
suit que le carbone de ce sucre avait été séparé de l'acide 
carbonique atmosphérique par l'action solaire. On peut 
en dire autant du carbone des matières vivantes ou mortes 
sur lesquelles s'établissent les plantes sans chlorophylle : 
les champignons, les cellules de levure, les nuuédinées. 
)> L'existence de parasites dans un lieu obscur où leurs 
cellules élaborent des principes semblables à ceux formés 
à la clarté du jour par les feuilles vertes, loin d'être une 
exception, est une confirmation des rapports nécessaires 
de la lumière avec la végétation. » 

Je terminai par cette réflexion, « que si la radiation 
solaire cessait, non seulement les plantes à chlorophylle, 
mais encore les plantes qui en sont dépourvues, disparaî- 
traient de la surface du globe » ('). 

La décomposition de l'acide du nitrate de potasse pen- 
dant la végétation à l'obcurité est difficile à expliquer. 
D'abord il est vraisemblable que c'est principalement au 
contact des racines qu'a lieu la dissociation, par cette 
raison qu'on retrouve dans le sol moins de nitrate que 
dans l'ensemble de la plante. On peut s'en convaincre en 
résumant les observations. 



(') Bolssincault, Agronomie, Chimi 



e, Chimie agricole et Physiologie, t. VI, p. 255. 



"-_._-_— 



'44 ) 



Nitrate 

Expériences, introduit. 

I o ,3oo 

III o,3oo 

V o, ioo 

VI o, ioo 

VII o,4oo 

VIII 0,100 

IX . . . O,200 

X 0,200 

I bis. . . 3,2oo 



Nitrate de potasse 
retrouvé 

dans dans 

les plants. le sol. 



0,139 
o, io3 

o,o5g 
o,o34 
0,064 
0,017 
o, i36 
o,o4o 

o, 3l2 



0,025 
0,002 
0,004 
o ,016 
0,018 
o,oo3 
o,oo4 
o,oo3 

•> 5 94 



Durée 

Nitrate de la 
disparu, végétation, 
jours 



O, 126 
0, ig5 
0,046 
o ,o5o 
o,3i8 
o , 080 
0,060 

0,157 
1,229 



24 

26 

20 
22 
23 
.6 
10 
10 

18 



En ne tenant pas compte de l'expérience I bis, dans 
laquelle le nitrate a été mis en très forte proportion, on 
voit qu'en moyenne, pour 1 du sel retrouvé après la végé- 
tation, il n'y en a eu que 0,12 restés dans le sol. 

Quant à la proportion de nitre détruite, le Tableau 
suivant montre que, pour 1 de sel intervenu, la disparition 
a été, en moyenne, o,5y; pour maximum, 0,7955 pour 
minimum, o,3o. La nature de la substance minérale ayant 
servi de sol ne semble pas exercer d'influence. 





Nitrate disparu 






Expériences. 


pour 1 de sel. 


Nature du sol. 


Plantes. 


I 


0,453 


Pierre ponce. 


Haricots 


III 


,65o 


Pierre ponce. 


Maïs. 


V 


0,460 


Sable quartzeux. 


Haricots 


VI 


,5oo 


Sable quartzeux. 


Maïs. 


VII 


°>79 5 


Pierre ponce. 


Haricots 


VIII 


0,800 


Sable Je rivière. 


Maïs. 


IX 


o,3oo 


Sable de rivière. 


Blé. 


X 


0,785 


Sable de rivière. 


Maïs. 


I bis . . . 


o,4°4 


Sable de rivière. 


Maïs. 



( '4^ ) 

On n'entrevoit pas comment les cellules du végétal 
étiolé agissent sur un sel dont elles n'assimilent aucun 
des éléments, à moins que ce ne soit par une action de 
contact et en dehors de la vitalité. Les racines, en effet, 
ne paraissent pas subir la moindre altération; constam- 
ment, après la végétation, elles se sont présentées rigides, 
vivaces, sans indices de moisissures, et la meilleure preuve 
que les moisissures, les champignons ne sont pas la cause 
de la destruction de l'acide du nitrate, c'est qu'il n'y a pas 
assimilation d'azote, le salpêtre n'ayant pas fonctionné 
comme engrais. J'ai terminé ces recherches par une obser- 
vation qui semblerait établir que la plante étiolée, après 
avoir perdu sa vitalité, agit encore effectivement sur le 
nitrate. 

Un de ces plants, dont la tige avait o m , 2J de longueur, 
muni de racines bien développées, a été chauffé à ioo° 
dans un courant de vapeur aqueuse, puis plongé dans io cc 
d'eau tenant en dissolution o Br ,ioo de nitrate de potasse. 
Huit jours après, la température s'étanl maintenue à i4°, 
on rechercha l'acide nitrique dans le plant et dans le liquide 
qui l'entourait. 

Nitrate. 

L'acide nitrique dosé représentait o,o38 

Nitrate introduit o , i oo 

Nitrate disparu. . . . o,oG?. 

Ce résultat pouvait être prévu, parce que l'on sait que, 
toutes les fois qu'une matière organisée morte, par consé- 
quent en voie d'altération, est en présence d'un nitrate, 
le sel disparaît ('). C'est ainsi qu'une terre végétale forte- 
ment salpêtrée perd du salpêtre quand elle reste submergée, 
et que le nilre reparaît, ou plutôt que la nitrification se 
manifeste, aussitôt quela même terre est ramenée à un degré 



(*) Influence de la terre végétale sur la nitrification {Agronomie, Chi- 
mie agricole et Physiologie , t. II. p. i). 

BoLSSIXGAULT. ^g>~-> VII. ,0 



( *4<J ) 

d'humidité tel que l'air puisse la pénétrer. Ce qu'il y a de 
remarquable dans l'expérience que j'ai fait connaître, c'est 
que les racines d'une plante venue à l'obscurité, racines 
parfaitement saines, ne portant aucun indice de moisissures, 
aientdéterminé la dissociation de l'acide d'un nitrate comme 
l'aurait fait un organisme mort. La seule explication 
admissible serait que, malgré la vigueur d'une végétation 
excluant la possibilité de détritus détachés de la plante, le 
sol finit par acquérir une matière organique excrétée par 
les racines, matière sur laquelle un botaniste illustre, 
de Candolle, avait fondé une théorie des assolements. 
L'existence de cette excrétion n'ayant été ni suffisamment 
prouvée ni contestée, il importait, pour la solution de la 
question traitée dans ce travail, de s'assurer s'il y avait 
réellement apparition dans le sol d'une substance capable 
de réagir sur l'acide des nitrates. On a fait dans ce but, à 
l'Institut agronomique, une expérience dont j'ai confié la 
direction à M. Mùntz. En voici la description : 

On a calciné du sable de Fontainebleau, puis on l'a lavé 
à l'acide chlorhydrique et à l'eau distillée. On a pris deux 
lots de ce sable, de 20o gr chacun, qui ont été imbibés d'eau 
distillée. Un de ces lots a été conservé comme témoin dans 
un flacon bouché. L'autre, placé dans une assiette, sous 
une cloche, a reçu seize graines de maïs, préalablement 
germées et parfaitement saines. Les germes avaient 
environ o m ,oi de longueur. On a exposé à une tempé- 
rature variant entre io° et i6°, dans un endroit très peu 
éclairé, pendant dix-sept jours. Les jeunes plantes avaient 
acquis une hauteur d'environ o m ,3o; elles étaient en bon 
état, mais en quelques points de la surface du cotylédon 
on a remarqué des mucors. 

On a arraché les plantes, en prenant les précautions 
nécessaires pour qu'il ne restât aucune radicelle dans le 
sable dans lequel on devait rechercher la présence de 
matière organique. 



( '47 ) 

Ce sol humide a été placé dans un flacon bouché et a été, 
au bout de trois semaines et une seconde fois au bout de 
six semaines, examiné au microscope comparativement 
avec l'échantillon témoin conservé dans les mêmes condi- 
tions. Daus les deux on n'a pu découvrir d'autre organisme 
que des micrococcus, très peu abondants ; aucune différence 
n'a pu être constatée entre eux. Cette observation tendait à 
faire croire à l'absence de matière organique dans le sol où 
avaient vécu les plants de maïs. Cependant, en chauffant 
dans un tube, à l'abri de l'air, les deux sables, l'échantil- 
lon témoin est resté parfaitement blanc, tandis que l'autre 
a noirci légèrement, d'une manière uniforme-, il contenait 
par conséquent une traee de matière carbonée. 

Comme conclusion, on voit qu'un sol préalablement 
rendu stérile, après la végétation à l'obscurité, renfermait 
des traces de substances organiques, probablement une 
excrétion des racines pouvant exercer une action destruc- 
tive sur l'acide du nitrate qu'on avait fait intervenir. 



I 



( «48 ) 



DU GOITRE 



LA NUEVA GRANADA ET L'ECUADOR 

(AMÉRIQUE MÉRIDIONALE). 



i 



Dans la Nueva Granada, à l'Equateur, on est frappé de 
la fréquence des affections goitreuses. Au milieu d'une na- 
ture riche, variée, c'est un sentiment pénible qu'on 
éprouve en voyant des populations exposées à contracter 
une infirmité dont la conséquence prochaine est, quoi 
qu'on en ait dit, le crétinisme ; aussi est-on naturelle- 
ment porté à rechercher les causes qui la produisent dans 
certaines localités, tandis que dans telle autre, placée, en 
apparence du moins, dans les mêmes conditions, elle est 
inconnue. 

Je vais dire comment je fus conduis à m'occuper de 
cette question. 

Le Ministre delà guerre du gouvernement colombien, 
après m'avoir exposé combien le goitre présentait d'in- 
convénients pour le service, m'engagea à en rechercher 
l'origine; je pris la liberté de faire remarquer que celte 
investigation était réellement en dehors de ma compé- 
tence, et qu'il y avait dans l'armée des médecins capables 
de s'y livrer avec succès. Pour toute réponse, le général 
Urdaneta me fit savoir que les travaux sur la topographie 
que j'exécutais alors avec le colonel Lanz (') seraient 

('; José Marie de Lanz, né à Campêohe, a publié, avec Bétencourt, un 
excellent ouvrage de Mécanique. 



( '49 ) 
suspendus; que je devais faire une tournée de 200 à 
3oo lieues dans les Cordillères, séjourner dans les pays 
goitreux el que, ma mission terminée, j'aurais à lui re- 
mettre un Rapport. C'est un extrait de ce Rapport que je 
vais présenter. 

Il est à peine nécessaire de réfuter l'opinion attribuant 
le goitre à l'ivrognerie, à la malpropreté, à l'usage d'ali- 
ments grossiers ; les auteurs qui l'ont émise n'avaient pas ré- 
sidé dans une contrée étendue où celte infirmité est com- 
mune; autrement ils l'auraient vue chez les individus les 
plus sobres el dans les classes aisées de la société; on a 
aussi affirmé, surtout en Europe, que la cause principale 
est due cà l'influence d'une atmosphère chaude, humide, 
comme dans quelques vallées étroites du Valais, des Vos- 
ges, des Pyrénées; sans nier que cet état météorologique 
ait de l'influence, on n'est nullement aulorisé à le consi- 
dérer comme cause unique. On rencontre, il esl vrai, dis 
goitreux à de faibles altitudes, dont la température 
moyenne est assez élevée; cependant, dans une des con- 
trées les plus chaudes de l'Amérique méridionale, et cer- 
tainement la plus humide, le Choco, je n'en ai pas vu. 
Lors de mon séjour à Novila, le thermomètre s'est main- 
tenu de '26" à 27°, et l'hygromètre à cheveu marquait 90" 
à iou". Celte forte humidité esl constante au Choco, où il 
pleut presque continuellement. 

Je signalerai maintenant le goitre, sur les plateaux les 
pins tempérés des Andes, à des altitudes de 2000™ à 3ooo n ', 
la température étant de i3° à i5°. En gravissant une 
montagne isolée au milieu d'une plaine, on constate un 
décroissernent rapide dans l'état hygrométrique des cou- 
ches d'air que l'on traverse, il n'en est plus ainsi, en 
escaladant les différents étages des Cordillères; alors la 
sécheresse de l'atmosphère n'est plus en rapport avec l'al- 
titude. Cela s'explique par cette circonstance que les 
hauts plateaux habités sont nécessairement arrosés et que, 






( i5o 



!/ 



par conséquent, l'air qu'on y respire est généralement 
chargé de vapeur aqueuse, comme dans les régions infé- 
rieures, et si quelquefois l'atmosphère y est plus sèche, 
c'est que, étant dominés par des montagnes, l'air n'y ar- 
rive qu'après avoir passé sur des cimes arides. 

L'humidité de l'air dépend d'ailleurs de l'état hygro- 
métrique des vents régnants. Ainsi, à Santa-Fé de Bogota, 
en temps calme, l'hygromètre marque ordinairement 43° 
à 70 . S'il survient un vent de l'Ouest, entraînant de l'air 
des vallées chaudes et humides du Rio Grande de laMag- 
dalena, la vapeur en partie condensée forme des nuages, 
l'hygromètre avance vers le point maximum, la tempéra- 
ture baisse de quelques degrés, il commence à pleuvoir. 
Le contraire a lieu si le vent vient de l'Orient: l'air, 
ayant de parvenir sur l'esplanade, a passé sur les paramos 
d'Usmé, de Chingasa, de la Summa Paz, dont les altitudes 
approchent de 35co'"; il règne alors une grande sécheresse. 
Par exemple, le 9 mars i8a5, par un vent d'Est persis- 
tant, j'ai vu à Santa-Fé de Bogota l'hygromètre marquer 
26 à midi, 38° à midi 3o m , 5 7 ° à i\ C'est la plus grande 
siccité que j'aie eu l'occasion d'enregistrer dans les Andes. 
Chita, province de Boyaca, dans la Cordillère orientale, 
est à l'altitude de 2 8oo m ; température 1 1°, 5 ; par un vent 
d'est, l'air y est aussi sec qu'à Bogota, parce que cette ville 
est à la base de monlagnes dont le point culminant dépasse 
la hauteur absolue de 4ooo m ; les goitres y sont fort com- 
muns. 

On a aussi indiqué comme pouvant occasionner le goitre 
l'usage des eaux provenant de la fonte des neiges. Dans la 
Nouvelle-Grenade, on voit en effet cette infirmité là où 
l'on boit des eaux venant des glaciers; c'est le cas à Mari- 
quita, à Honda, sur les bords du Guali, torrent descendant 
des sommités neigeuses du paramo de Ruiz ; à Ibagué, 
près du Combayma prenant naissance au-dessous du pic 
de Tolima. Toutefois, dans bien des endroits où le goitre 



^ 



( ,5, ) 

est endémique, les eaux viennent de montagnes n'attei- 
gnant pas à beaucoup près le niveau inférieur des neiges 
perpétuelles. 

Les sources sont aussi considérées comme occasionnant 
le goitre, soit par leur fraîcheur, soit à cause des sels 
tenus en dissolution. Je ne connais dans la Nouvelle-Gre- 
nade que deux sources alimentant la population. Dans la 
ville de Soccoro, où les goitres sont abondants et des plus 
volumineux, l'eau sort du calcaire néocomien ; dans le 
village d'Enemocon, sur le plateau de Bogota, elle sort du 
grès; les Indiens qui exploitent une saline importante ne 
sont pas goitreux. 

Dans la chaîne littorale de Venezuela, constituée par 
du granit, du gneiss, du micaschiste, il n'y a pas de goitre, 
tandis que dans la Cordillère orientale, où souvent les 
mêmes roches supportent du grès, des assises calcaires du 
terrain crétacé supérieur, le goitre est souvent endémique ; 
il en est ainsi, à la Montuosa, à Labaja, à Cacota de Be- 
lasco, et dans tout le Soccoro. A Labaja, à Bétas, riches 
en gisements d'argent et d'or, des mineurs venus d'An- 
gleterre furent sérieusement atteints de goitres, après un 
séjour de quelques mois, quoique soumis à un excellent 
régime et sous l'influence d'un climat tempéré, puisqu'ils 
se trouvaient à l'altitude de a5oo m , sur un point dominé 
par des montagnes encore plus élevées. 

C'est surtout dans le Soccoro qu'on se forme une idée 
de l'énorme développement delà glande tyroïde. A Lagrita, 
où j'assistai à un bal, les femmes, sans exception, avaient 
des goitres; malgré celle difformité, les danseuses étaient 
agréables, surtout quand elles ne parlaient pas; la voix 
des goitreux est rauque, étoulïée, le timbre du cauchemar. 
Quant aux dimensions de la tumeur, il suffira de raconter 
qu'en allant dans la capitale du Soccoro, choisie comme 
centre de mes observations, je descendais à cheval un sen- 
tier tracé dans une forêt ; lorsque je fus arrêté par un in- 



( l52 ; 

divîdu chargé d'un fardeau et qui ne se dérangeait pas, 
malgré les avertissements réitérés que je lui donnais pour 
qu'il me laissât le champ libre. J'avais évidemment affaire 
à un sourd. Effectivement, je me trouvais en présence 
d'un idiot ayant un goitre énorme que je mesurai : une 
masse ovoïde enfermée dans une sorte de sac; le grand 
.axe avait o m ,45, le petit axe o Œ ,38, le poids en était 
gênant; pour l'équilibrer, le malheureux transportait une 
charge de bois. 

Arrivé en ville, je remis mes instructions au gouver- 
neur, un colonel, vétéran de l'armée de l'Indépendance, 
possesseur d'un énorme goitre. L'excellent homme m'ac- 
cueillit avec bienveillance, se mit entièrement à ma dispo- 
sition, puis il ajouta qu'il ne comprenait pas cependant 
l'intérêt que pouvait avoir le gouvernement à faire dispa- 
raître les goitreux ; que le Soccoro en contenait en grand 
nombre, il le reconnaissait, mais que l'administration de 
cette province était facile, qu'il n'y avait pas de journaux 
de l'opposition, tandis qu'ailleurs, où il n'y avait ni goi- 
treux ni crétins, de jour en jour les populations devenaient 
de plus en plus difficiles à gouverner. Je n'avais rien à ré- 
pondre; toutefois, j'aurais pu rappeler que le crétinisme 
n'est pas sans danger pour la société, et citer que dans le 
village de Cacota de Matanza un idiot avait tué plusieurs 
enfants ( M . 






(') Je me suis trouvé si souvent en relation avec les goitreux, que je ne 
crois pas inutile de rapporter quelques observations sur le crétinisme. 

Dans les Cordillères, les crétins inspirent beaucoup d'intérêt. Ainsi j'ai 
vécu dans une famille (à Honda) ayant un de ces malheureux, âgé d'une 
vingtaine d'années, si idiot, qu'on n'avait pu lui faire porter d'autre vête- 
ment qu'une chemise; il adorait ses parents, tout en témoignant une sorte 
d'indignation aux étrangers; sa mère et son frère aine étaient goitreux, 
le frère assez intelligent pour administrer les biens de la famille. Le père, 
non goitreux, remplissait une fonction importante. C'était une scène aussi 
triste que touchante de voir à genoux, les mains jointes, aux pieds de cet 
excellent homme, l'enfant privé de la raison et de la parole. 

Le crétin exécute régulièrement un travajj unique; il ne fait bien 



( i53 ) 
Les roches cristallines, schisteuses, calcaires, arénacées 
de la Cordillère orientale de la Nouvelle-Grenade, où le 
goitre est quelquefois fort répandu, occupent un espace 
considérable clans la province d'Anlioquia, et, pins au sud, 
dans la vallée supérieure du Cauca ; or, cette infirmité 



qu'une seule chose. 0,. le chargera d'apporter de l'ean dans une maison, 
ou bien on s'en servira comme courrier : l'habitation sera toujours pourvue 
d'eau, et les lettres arriveront à leur adresse. A Merida, chez l'aleade, or- 
fèvre 'de profession, je vis un idiot soigner avec un soin extrême des coqs 
de combat; on n'avait jamais réussi à lui faire tirer le soufflet de la forge. 
Le crétin a les qualités et les défauts des enfants; il devient cruel ; j'a, 
cité le meurtre de Cacota de Matanza; il ne se pénètre que d'une seule 
idée, dans laquelle il persiste avec une étonnante obstination. En voici 
une preuve, que je prends dans un manuscrit intitulé : La vie dans les 

Cordillères. 

« Étant à l'Equateur, je voulus visiter le pont suspendu de Pen.po, 
construit par les Indiens, avant la conquête. De Banos, situé à la base du 
Tunguragua, dont le sommet s'est écroulé en formant un immense déblai 
de blocs de trachyte qu'on traverse pour arriver à l'Annexo de Puela, al- 
titude i'|2o°, d'où l'on aperçoit la cime neigeuse du volcan, élevé de 
5200», sur laquelle j'aurais voulu monter, si l'habitude que j'avais de 
juger les distances en pays montagneux ne m'eût fait présumer que l'as- 
cension exigerait plusieurs jours. L'alcade de Puela n'était pas de mou 
avis; il m'assurait que j'atteindrai 1rs neiges après une marche de quel- 
ques heures, et il fit appeler un chargeur de glace, qu'il me présenta 
comme un guide. C'était un Indien, idiot, prononçant quelques paroles 
espagnoles, qui affirma que nous trouverions la neige à peu de distance 
du village. Bien que, sans tenir compte de l'eloignement du volcan, j'avais 
la certitude qu'il faudrait gravir une verticale de ,',ooo mètres, je consentis 
à marcher. Le lendemain, à 8\ je partis de Puela; a io h nous étions encore 
dans une belle forêt, où l'on fit halte. La vigueur de la végétation prouvait 
que nous devions être bien au-dessous du point qu'il fallait atteindre. Je 
signifiais à l'Indien qu'il retournerait au village; à cela, il tachait de 
faire comprendre que nous devions continuer à monter, a Monter glace. » 
On monta des centaines de mètres, en suivant la Quebrada de Grandisagua ; 
les arbustes devenaient plus rares; je voulus enfin forcer le guide a re- 
descendre à Puela; il s'échappa, en criant : « Monter glace », et disparut. 
Une demi-heure après il revint avec un gros bloc de neige. Le crétin avait 
eu raison; on remonta le ruisseau, et bientôt, à mon grand etonnemrnl, 
je trouvai la neige bien au-dessous de la limite inférieure; le baromètre 
indiqua : altitude, 366V". Nous étions non» plus bas; la neige, dans la 
vallée fort rétrécie, était tombée du volcan de Tunguragua, formant une 
longue voûte, au-dessous de laquelle coulait de l'eau à une température 



; 



/ 



( >H ) 

n'est pas endémique dans ces contrées; j'indiquerai pour- 
quo, ; pour le moment, il suffira de remarquer que la con- 
•btotioq geolog.quene semble pas exercer d'inflence sur 
son apparn.on. Examinons maintenant si, comme on le 
crou communément, les altitudes élevées en favorisent le 



de 4°, 4 ; la neige avait une épaisseur de fi" h -m p 

ni'iss. ,,-.,; n . i l""»™raco a /• En remontant a vallée ie 

«les goitreux, on y boit de 'eu des , L Tu n ! ^ 

la provenance du sel qu'on y ^^TuJ^S^l ï 7'° 

SE S ai ;— s da - - c — - q- f ~ JS: 

L'Indien que l'alcade de Puela .n'avait donné pour me conduire vers le 
olcan avait montre une affirmation décidée sur la présence de la ne 

Lc I» 1 me taisait prolonger ce divei'ii«« f .m,.r,f j> 

i , B uivei ussement, d assez mauvais f-oul c'était 

pour observer le brusque changement de la physionomie du mal '„ x 

nflo Z ^T BD r ° U Pa " d ° S S0 " S inartiCU,CS ' ^ deS ""«i-eme \ 
enfin, q„ a „d ,1 se retira, en me montrant le poing, je jetai à terre 

ÎS2 e " J enGaSeanl " ^ ramaSSer ; D "'- ™^ 1- e< s' na Un 
dem.-heure après cette scène, dans laquelle je n'avais P as joué le me lie 
rôle je n'y pensais plus. Je causais avec un camarade, lorsque jCten* 
derrière moi une rumeur qui me fit retourner- ie vis ,l nr 
dant tenant le bras du crétin, qn,! avait sai^lo™ ° Z ÏZ^Û 

s:r o:::tr;;- r::rrtbo:r;:r;^air ;r- e d ? 



L 



( i5* ) 
développement. Il est certain que l'affection goitreuse ne 
se montre pas aux bords de la mer; je ne l'ai pas observée 
sur les rivages de l'Atlantique ou du Pacifique. Je n'ai pas 
vu de goitreux dans la proximité des ports de la Guayra, 
de Santa-Marta, de San-Buenaventura, deGuayaquil.de 
Payta. Dans le champ de mes observations, je n'en ai ren- 
contré, à de faibles altitudes de 3oo"' à 4oo m , qu'à une 
grande distance des côtes, par exemple à Honda, à Mari- 
quita 1 ; au-dessus de ces hauteurs, on en voit fréquem- 
ment', et l'on est ainsi conduit à se demander comment 
une diminution dans la pression atmosphérique peut en 
favoriser l'endémicité. Il existe d'ailleurs chez les habi- 
tants des Cordillères une idée fort accréditée, attribuant 
cette maladie aux propriétés des eaux. On affirme que si 
une personne atteinte du goitre va demeurer dans un en- 
droit où l'affection n'existe pas, le climat de la résidence 
qu'on a choisie étant le même, ainsi que le régime, l'eau 
étant la seule chose nouvelle dont on fasse usage, la ma- 
ladie disparait. Il y a plus, des individus fixés là où le 
goitre est endémique s'en sont guéris ou préservés en 
buvant l'eau d'une rivière réputée de bonne qualité. Tou- 
tefois, ces assertions ne semblent pas suffisamment pré- 
cises. 

Les eaux, dans les hautes montagnes, sont généralement 
d'une grande pureté 5 cependant, si, comme il y a des 
raisons pour le supposer, elles contribuent à faire naître 
le goitre, il faut bien que leur constitution diffère de celles 
des plaines. L'eau, en effet, présentera une différence 
notable dans ses propriétés et peut-être aussi dans ses 
effets, selon que, du sein de l'atmosphère où elle était pri- 
mitivement en vapeur, elle sera tombée sur les cimes des 
Cordillères ou au niveau de la mer. 

On le sait, l'eau privée d'air, telle quelle est quand on 
vient de la distiller, est fade, indigeste: il est indispen- 
sable, pour la rendre potable, de l'exposer à l'atmosphère; 



I 



( '56 ) 
d'où l'on est en droit de conclure que, clans les hautes ré- 
gions, elle renferme réellement moins d'air que dans les 
régions inférieures ; c'est à cette moindre proportion d'air 
et par conséquent d'oxygène, que j'avais autrefois signale 

eau suffisamment aérée comme pouvant contribuer à 

endem lcl te du goitre, opinion sujette à bien des objec- 
tons, je le reconnu, maintenant, mais méritant néanmoins 
d être d.scutee, putsque, après tout, une faible proportion 
d oxygène est, en général, une des différences que pré- 
sente 1 eau des montagnes comparée à l'eau des plainel 

On aav.il depuis longtemps que l'eau dissout de l'air 
Pnesiley avait constaté que cet air est plus riche en oxy- 
gène que celui de l'atmosphère. 

Dans leur mémorable travail sur l'eudiométrie, Gay- 
Lussac et de Humboldt établirent que le gaz oxygène est 
notablement plus solubie que le gaz azote, en chauffant 
progressivement l'eau de rivière, le premier de ces deux 
gaz est dégagé plus lentement que le second; ils ont trouvé 
que ioo™ 1 renfermaient: 

Oxygène. 

Dans la première partie. 2 3 ï0 . 

Dans Ja deuxième partie r 

Dans la troisième partie. . 3 ' 

Dans la quatrième partie 3i 3 

L'expérience ayant été répétée sur de l'eau venant de 
la neige : 

Oxygène. 
ioo™ des premières parties de gaz émis 

contenaient 2 / vul o 

loo '°' de s dernières parties 31«.l 'g 

Gay-Lussac et de Humboldt s'assurèrent que la glace 
soumise à l'ébullition aussitôt après la fusion émettait 
un volume de gaz ne dépassant pas la moitié de celui fourni 
par 1 eau saturée d'air, ce qui impliquerait que, durant la 



{ ( 3?J 
congélation, il y a dégagement d'un air pauvre en oxygène. 
Les faits révélés par Priesley, Gay-Lussac et de Hum- 
boldt ont été confirmés par Henry, Dalton, Bunsen, dont 
les travaux eurent pour objet l'étude de la faculté dissol- 
vante de l'eau pour les gaz sur lesquels elle n'exerce pas 
d'action chimique, agissant alors à la manière d'un corps 
poreux. Les résultats obtenus par ces éminents physiciens 
peuvent être résumés ainsi : 

i° L'eau laissée en contact avec une atmosphère indé- 
finie dissout i vo1 du gaz constituant cette atmosphère, vo- 
lume qui, ramené à la pression de cette atmosphère, est, 
pour une température donnée, dans un rapport constant 
avec le volume du liquide. 

Ainsi, d'après Bunsen, l'eau à o°, en présence d'oxy- 
gène, en prend une quantité représentant les o,o4i i4de 
son volume, soit 4ï" P ar liue > à la pression de a m ,j6. 
Dans les mêmes conditions, un litre d'eau en dissout : 

Pour le gaz azote ao rc ',o35 

Pour l'air atmosphérique -?4 CC > 7 • 

Ce sont là les coefficients d'absorption. 

2° Suivant Henry, de Manchester, et Dalton, l'eau en 
relation avec une atmosphère illimitée, composée de plu- 
sieurs gaz sur lesquels elle n'a pas d'action chimique, dis- 
sout chacun d'eux comme s'il était seul, avec la pression 
qu'il possède dans le mélange. 

Ainsi, en présence de l'air atmosphérique, où il y a 
pour ioo, en nombre rond : 

Oxygène -° 

Azote 8o 

l'eau dissout l'azote comme si ce gaz était seul avec une 
pression égale au f de la pression totale, et l'oxygène 
comme s'il formait à lui seul une atmosphère ayant une 
pression égale au \ de la pression totale. Aussi, d après 






(,i58 ) 
les coefficients d'absorption déterminés par Bunsen, l es 
deux gaz sera.ent dissous dans les rapports suivants : 

Azote. ... Vol 

.-. . 06,4 

° Xy S ene 33^ 

100,0 
C'est, on le voit, les proportions dans lesquelles ces gaz 
ont ete rencontrés par Gay-Lussac et de Humboldt, dans 
1 eau des nv.eres, dans l'eau saturée d'air, à une époque 
ou 1 on ignora.t encore les lois qui régissent la dissolution 
des gaz dans les liquides. 

Il ressort d'ailleurs des expériences de Henry et de 
Dahon que 1 eau, dans les stations élevées, sur les mon- 
lagne», do.t renfermer en valeur absolue un volume d'air 
moindre que celui qu'elle contient dans les régions basses, 
dans les plaines. ' 

Examinons à présent les quantités et la nature des gaz 
tenus en solution dans les eaux. Je rapporterai d'abord 
les observations faites à de faibles altitudes, en choi- 
sissant de préférence les résultats de Henri Sainte-Claire 
Deville, parce que l'illustre chimiste a toujours ramené 
a o et a la pression de o», 7 6 les gaz qu'il retirait de l'eau 
Garonne. - Eau puisée à Toulouse, en amont de la 
ville, a 3oo» au-dessus dupont Garaud, le 16 juillet : tem- 
pérature, 9I -. baromètre, o», 7 55 ; un litre a donné : gaz 
4o cc ,6, contenant : 

cc Pour 100. 

Acide carbonique 17,01 

Oxygène . 7 Q2 ; .,, 

A *°* ^| a ' V ' 23CC ' 6 J^ • 

4o,6o IO o,oo 

Dans 1 litre d'eau: oxygène, ?«, oa à 0°; pression, », 7 6. 
D après le coefficient d'absorption, ,"« d'eau aurait dû 
contenir 24", 7 d'air: on a eu 2 3 c %6. 



( < 3 9 ) 
R],in. — Eaù prise près de Strasbourg. 
Un litre adonné : gaz, 3o cc ,9, contenant : 

Pour ioo. 
ce 

Acide carbonique 7,7?. » 

0x ?S è " e l À l\ air, 2 3«,i8^' ° 

Azote l5,7d ) 68,00 

3o,f)o 100,00 

Dans i lil d'eau : oxygène, 7", 42, à o" 5 pression, o"\y6. 
D'après le coefficient d'absorption, i ut d'eau aurait dû 
contenir 24", 7 d'air; on a eu 23 ,c ,2. 

JUiôiie. — Eau prise à Genève le 3o avril : température, 
g ; baromètre, o m ,725. 

1 111 a donné : gaz, 34" ,8, contenant : 

Pour 100. 

Acide carbonique 7>9^ • 

Oxygène 8,43 1 3., 35 

Azote ^M4l ' ' 7 68,65 

34,80 100,00 

Dans i lu d'eau : oxygène, 8", 43, à o°; pression, o m , 76. 
D'après le coefficient d'absorption, i ut d'eau aurait dû 
contenir 24", 7 d'air -, on a eu 26", 9. 

Doubs. — Eau prise au port de la Rivetle, le 1 7 janvier : 
température, 3 U ; baromètre, o m ,74- 

i Ut d'eau adonné : gaz, 45 cc , 5, contenant : 

Pour 100. 
ce 

Acide carbonique 17,84 " 

*ye ène 9>4«j airj ar 6 6 l^l 

Azote 18,20) o>,o 

45,5o 100,0 

Dans i ut d'eau : oxygène, 9", l\6 à o°; pression, 0^,76. 
D'après le coefficient d'absorption, i m d'eau aurait dû 
contenir 24" d'air-, on a eu 27 e ' ',7. 



■ 



m 



( «&» ) 

Les volumes d'air dans i lil d'eau, calculés d'après le 
coefficient d'absorption, approcheraient de a5 cc . Or, on a 
dosé dans les eaux : 

Air. Oxygène. 

G ce ce 

aronn e 2 3,6 7)9 

Rh ' n 23,2 7 ,4 

Rh,5ne 26,9 8,4 

Doubs 2 7 , 7 9)5 

J'ajouterai quelques déterminations faites à Paris, en 
me bornant à indiquer le volume d'oxygène retiré de i Ht 
d'eau; malheureusement on n'a pas pris la température 
des gaz au moment où l'on venait de les doser, de sorte 
qu'il n'a pas été possible de les réduire à o°. 

Oxygène 
par Iilre. 

Eau distillée et aérée . . 1 , C ,8 Gay Lussac etHumboldt. 
Eau du Seine i ,i Peligot. 

Eaude l 3luie ">5 Gay-Lussac etHumboldt. 

Eau de neige , , 5 Boussingault. 

Comme termes de comparaison, je rapporterai les 
expériences faites à diverses hauteurs, dans les Cordil- 
lères, sur les quantités d'air renfermées dans l'eau. 
^ La Baja, près Pamplona, altitude 2 35o m . Le torrent où 
l'eau a été prise vient des montagnes de San Urban, du 
paramo Rico; altitude, 35oo m à 4ooo m . 

i 1 " d'eau, pris à la température de i5°, baromètre 
5;o mm , a donné gaz i5 cc ,i, contenant : 

Pour 100. 
Acide carbonique. 2,3 
• Oxygène 4 2 , ,0 

A-te i& !-.*'""* e 7 ; ? 

1 5,i 100,0 



( Ifil ) 

Pour 100 de gaz recueilli : 

Acide carbonique 

Oxygène 

Azote 



3.7 ,8 

57,0 

100 ,0 



Dans i w d'eau, oxygène, 4", 2 à 0° et pression 760""". 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenir i3 cc ,5d'air. On a eu n ,T , 8. 

Santa Fé de Bogota. — Altitude 2640 1 ". 

Les eaux alimentant la ville descendent de la chaîne 
du paramo de Chingasa, ayant une hauteur absolue de 

3ooo m à 4ooo m . 

Eau prise dans le torreutdeSan Francisco, au-dessus de 
laQuinladeBolivar;température,i4",5;baromèlre,56o»™. 

i lil d'eau a donné gaz privé d'acide carbonique, i3 r \34, 

ramené à o°, pression 760""", contenant : 

Pour IOO. 



Oxygène 4' 2, 7 

9'°7 

.3,34 



"■JS 

Azote 



32,0 

68,0 
100,0 



Dans i lu d'eau, oxygène 4", 27 à °° et pression 760""°. 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenir i3' :c ,3 d'air. On a eu i3",34. 

Santa Fé de Bogota. — Eau du louent de San Fran- 
cisco, examinée après avoir été exposée à l'atmosphère 
durant soixante-douze heures. 

i lu d'eau ayant une température de i5°, baromètre 
56o mm , a donné gaz i5 cc ,20, ramené à o°, pression 760" 1 '". 
contenant : 



Acide carbonique . 0,70 

Oxygène 4 >65 '( 

Azote 9,85 \ 



Air i4 cr ,5 



Pour 100. 



32,0 

68,0 



l5,20 



Boussiscault. — Agr., Vil. 



100,0 
1 1 






( «62 ) 

Pour ioo de gaz recueilli : 

Acide carbonique / g 

0x re ène 3o,'6o 

Azote 64,8o 

100,00 

Dans 1 Ht , oxygène 4 CC , 65 . 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenu i3 cc , 2 d'air. On a eu i4 cc ,5. 

Santa Fé de Bogota. _ Eau puisée à une source, rue 
de la Carrera, température io°, baromètre 56o mm . 

i ut a donné gaz 2 6 cc ,i, ramené à 0°, pression 7 6o™\ 
contenanl : 



Acide carbonique. i3,3 

Oxygène 4,, 

Azote 8 ;7 



Air i2 cc ,8 



Pour 100. 
» 
32,1 

6 7>9 



26, 1 
Dans 100 du gaz recueilli : 



100,0 



Acide carbonique /- , 

Oxygène i5,8 

Azote 3 7 ,i 



6 



cou- 



Dans i lu d'eau, oxygène 4 cc ,i. 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû, 
tenir t3 cc ,i d'air. On a eu ia cc ,8. 

Santa Fé de Bogota. — Lagunas de Fontibon, au 
centre du plateau. Ahitude 2500»'. Plantes aquatiques 
abondantes. 

L'eau puisée dans la laguna était à 17 , baromètre 

5 70 m„,_ 



'X 



•HÉ 



( i63 ) 

i Lit d'eâu a donné gaz 21 er , 21, ramené à o°, pression 
y6o mro , contenant : 

Pour 100. 
ce 

Acide carbonique. 7,5i >> 

Oxygène 4,3 9 j ^ ^ cc 32, o 

Azote 9i3i S 68,0 

21,21 100,0 

Dans 100 de gaz recueilli : 

Acide carbonique 35,4 

Oxygène 20,7 

Azote 43>9 

100,0 

Dans i ht d'eau, oxygène 4' c , 39. 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenir i3 cc ,i d'air. On a eu 1 3 CC , 7. 

Santa Fé de Bogota. — Ondée tombée le 2 décembre, 
à 3 h de l'après-midi. 

Température de la pluie i3°, baromètre 56o' nm . 

De i ht d'eau, extrait gaz i4 cc ,23, ramené à o", pression 

760™'", contenant : 

Pour 100. 
ce 

Acide carbonique. 0,20 » 

0xyëène ^l:[ Air i4-,o3 J 2 ' 1 

Azote 9,53 ) ^ 07 ,9 

14,2.3 100,0 

Dans ioo de gaz recueilli : 

Acide carbonique 1 ,4 

Oxygène 3i ,0 

Azote 67,6 

100,0 
Dans i lu d'eau de pluie, oxygène 4°°;^- 






( i^4 ) 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenir i3 cc ,6 d'air. On a eu i 4" . 

Quito. — Altitude 2920'". 

Les eaux alimentant la ville viennent des pentes du 
volcan du Pichincha, d'une hauteur absolue comprise 
entre 35oo m et 4£>OO m . 

Fontaine de la plaza Mayor, eau légèrement trouble, 
température 16 , baromètre 545 mm . 

î 1 '" d'eau a donné, gaz i6 cc ramené à o", pression 76o mm , 
contenant : 

Pour 100. 
ce 

Acide carbonique. 1,0 

°^f ne 4 'S|Air,5" 3 °>? 

Azote 10,4 » 69,3 

•6,o 100,0 

Pour 100 de gaz recueilli : 

Acide carbonique 6,2 

Oxygène 2 8,8 

Azote 65.o 

100,0 

Dans i' a d'eau, oxygène 4", 6. 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenir I2 CC ,7 d'air. On a eu i5 cc . 

Quito. — Fontaine du couvent de San Francisco; tem- 
pérature i3°, baromètre 54o mm . 

i 1 ' 1 d'eau a donné gaz i6 cc ,i, ramené à o", pression 
360" 1 " 1 , contenant : 

Pour 100. 

ce 

Acide carbonique. 1,10 » 

0x yS ene 4,65 j . 3i,o 

a,„,„ ->z Air i5 cc ,o 

Azote io,35 j 69,0 

16,10 100,0 



( '65 ) 
Pour ioo de gaz recueilli : 

Acide carbonique 6,84 

Oxygène 28 , 88 

Azote 64,27 

ioo,oo 

Dans i m d'eau, oxygène 4" : 65. 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenir i3 cc , 2 d'air. On a eu i5"'. 

Quito. — Ruisseau coulant à la base du Mirador du 
volcan du Guagua Picbincba, température 5", baromètre 

45o m,n . 

i lu d'eau puisée dans le ruisseau a donné gaz i'ô"', 72, 
ramené à o°, pression 760 1 ""', contenant : 

Pour 100. 

Acide carbonique . 1 , 00 " 

Oxytrène 3,8?. > . 3o,o 

JO _' '. Air i2 rr ,72 

Azote 0,90 \ 70,0 

13,7a 100,0 

Pour 100 de gaz recueilli : 

Acide carbonique 7 . 28 

Oxyyène ^ 7 > ^4 

Azote t>4,88 

100,00 

Dans i ut d'eau, oxygène 3 <c , 82. 

D'après le coefficient d'absorption, l'eau aurait dû con- 
tenir i3". On a eu i2 r %7. 

Je mentionnerai quelques localités des environs de 
Quito, où le goitre est faiblement endémique, en indi- 
quant les quantités d'air que doit renfermer l'eau de ces 
stations élevées, d'après le coefficient d'absorption, la 
température et la pression barométrique, la détermination 
des gaz n'ayant point été faite. 



( t«6 ) 

filage de Guaranda. _ Altitude 222D », à la base du 
Lhimborazo, route de Quito à Guayaquil. 
Température de l'eau i3°, baromètre 558"™ 

^™ S ,Cc . air a ; mosphéri(,ue ' supposé à ° f ' p ression 

;«o , i3 ,a renfermant 4«,32 d'oxygène (»). 

Hacienda del Chimborazo. — Altitude 388o'\ 

Température de l'eau 9 , baromètre 48i mm . 

Dans ,"' d'eau, air à 0°, à la pression de 7 6o»>">, conte- 
nant 4 CC d'oxygène. 

Métairie d' ' Antisana. — Altitude 407a 1 ». 

Température d'un ruisseau originaire du glacier &> 
baromètre 47o mm . 

Dans i ut d'eau, air à o" et à la pression de 7 6o»« con- 
tenant 4 CC , 4 d'oxygène. 

Résumé. 

Dans 1 litre d'eau 
Altitude. Air. Oxygène. Remarques. 

s'^k-' V '„ 235 ° I3 ' 8 4,3 Près P amp l„na. 

Santa Fe de Bogota 3R&0 tl * I. s t . , e 

b Jn -t° Id ' J 4»^ Torent de San Francisco. 

"4,5 4,6 

" » '3,8 4,1 Source. 

Lagune Fontibon a 5oo i3, 7 /,,/, 

Santa Fé de Bogota a64o ^ /( ' 5 p , uie 

Q ""° 3 <) 20 >5,o 4,6 Fontaine sur la place. 

„. ,. . " l5 '° 4.6 Du couventde San Francisco. 

^' Chincha 4ooo „,, 3,8 Ruisseau. 

^ ,,aran j da V; 222 ° «4,0 4,3 Village, calculé. 

Hacienda del Chimborazo . . 38oo 13, 7 4,0 

Métairie d'Antisana 4070 | 2 ,g 4,0 . 

Dans les stations élevées, le volume de l'air atmosphé- 
rique, et par suite celui du gaz oxygène, est moindre que 
dans les régions basses; c'est d'ailleurs une conséquence 
des lois sur la dissolution des gaz dans les liquides. On 
vient de voir que le volume gaz oxygène renfermé dans 

(') Admettant avec 3î d'oxygène pour 100 d'air. 



( '67 ) 

i lu d'eau prise à une altitude de 2000"' à 4ooo ln est en- 
viron de 4 CC - Dans i ht de la Garonne, du Rhin, du 
Doubs, de la Seine, c'est-à-dire presque au niveau de la 
mer, le volume d'oxygène est, on moyenne, de c) cc , le 
double environ du volume déterminé dans les hautes 
montagnes des Andes. En ce qui concerne les eaux des 
Cordillères, la différence essentielle qu'on ait trouvé dans 
leur constitution est le moindre volume d'air qu'elles ren- 
ferment. 

On n'est pas autorisé cependant à admettre que ce mi- 
nimum soit la cause unique de l'endémicité du goitre: car, 
s'il est vrai qu'on l'observe souvent sur les hauts plateaux, 
il arrive cependant qu'elle est inconnue dans bien des 
localités atteignant des hauteurs absolues tout aussi con- 
sidérables, de sorte que, si une faible aération influe sur 
l'apparition du goitre, comme on est assez porté a le croire 
dans l'Amérique du Sud, il est des cas où cette influence, 
si tant est qu'elle existe, doit être masquée par des cir- 
constances que, jusqu'à présent, il n'a pas été possible 
d'apprécier. 

Par exemple, on n'aperçoit pas de goitreux : 

i° Dans la Cordillère orientale : à iMucuchie, au sud et 
au nord du Nevado de Merida, à des altitudes supérieures 
à 3ooo'". 

2° Dans la Cordillère centrale: à Sonson, Rio Negro, 
Santa Rosa de Osos, à des altitudes de 2ioo m à 2700' 1 '. 

3° Dans la Cordillère occidentale j à Rio Sucio de Engu- 
rumâ, Anscrma viejo, à des altitudes de 1800"' à 2600"'. 

4° Dans la chaîne des Andes, avant sa bifurcation en 
trois branches : à Popayan, à Puracé, à Tuqueres, à Gua- 
chicon, à Cumbal, Tulcan, Rio Bamba, où les populations 
vivent à des hauteurs comprises entre 23oo' n et 320o m . 

Dans les régions inférieures, les steppes, les vallées des 
grands fleuves, on n'observe des goitreux que bien loin 
des côtes; j'ai déjà cité Honda et JMariquila, où le cré- 









M 



[il 



( > 68 ) 

tinisme est aussi fort commun; ces villes ont une altitude 
de aoo m à 6oo m , et, comme je l'ai indiqué, on y boit l'eau 
du Guali descendant des Nevadas dos Riuz. A Honda, très 
éloigné du port de Carthagène, on cesse d'èlre soumis à 
l'influence maritime qui semble protéger contre l'affection 
goitreuse. A quoi tient celte influence préservatrice, re- 
connue en Europe comme en Amérique? En effet, les ha- 
bitants d(s Alpes, de même que les montagnards des 
Andes atteints du goitre, sont guéris après un séjour suf- 
fisamment prolongé à proximité de la mer. Est-ce à 
cause d'une modification apportée au régime alimentaire? 
Les conquistadores qui, les premiers, abordèrent le nou- 
veau continent n'ont pas mentionné le goitre chez les 
indigènes de la côte, ce qui a fait supposer que les Indiens 
n'étaient pas aptes à le contracter; mais, depuis, on a 
reconnu que les blancs et les nègres jouissent du même pri- 
vilège, bien que dans l'intérieur des terres ils en soient 
fréquemment atteints. Il est vrai que les Indiens pa- 
raissent moins disposés à devenir goitreux que les blancs 
et les nègres. Sur le plateau de Bogota, je ne l'ai pas 
observé chez les métis livrés à l'agriculture, dont la prin- 
cipale occupation consiste à engraisser, dans les plantu- 
reux herbages d'une zone tempérée, le bétail amené des 
plaines brûlantes desLlanos. Passant leur vie à cheval, lan- 
çant le lasso avec une étonnante dextérité, les orejones, 
c'est ainsi qu'on les nomme, ont horreur de l'eau comme 
boisson: ils se désaltèrent avec delà chicha (bière de maïs). 
Au reste, on croyait, à l'époque où j'habitais la Cordil- 
lère, que les Indiens n'avaient jamais le goitre. Humboldt 
écrivait: «Les indigènes à teint cuivré jouissent d'un avan- 
tage physique qui tient surtout à la grande simplicité avec 
laquelle leurs ancêtres ont vécu pendant des milliers 
d'années. Je n'ai jamais vu un Indien bossu; il est extrê- 
mement rare d'en voir de louches, de boiteux ou de man- 
chots. Dans les pays dont les habitants souffrent du goitre, 



( »% ) 

cette affection de la glande thyroïde ne se présente jamais 
chez les Indiens, rarement chez les métis. » _ 

L'assertion de Humboldt était trop affirmative: a peu 
de distance de Quito, je rencontrai sur ma route toute une 
famille goitreuse d'Indiens; comme ces indigènes n enten- 
daient pas l'espagnol, je n'ai pu savoir d'où ils venaient, 
ni où ils allaient; c'étaient très probablement des Qm- 

' L'influence maritime étant envisagée comme préser- 
vatrice,^ y a lieu de rechercher la cause de son efficacité. 
Il n'existe pas de goitreux sur les rivages de 1 Atlantique 
ou du Pacifique que Tai visités; on ne les rencontre que 
dans l'intérieur des terres, et cela dans les condition 
climatériques et géologiques les plus variées et a toutes 
les altitudes. Or le seul changement qu il soit permis de 
signaler dans le régime alimentaire, d'ailleurs fort simple, 
des populations rapprochées ou éloignées de la mer, c est 
qu ' à mesure qu'on s'élève dans les montagnes, 1 on sub- 
stitue du sel gemme au sel des marais salants : c est ce que 
j'ai maintes fois reconnu, soit en remontant le R,o Grande 
de la Magdalena, soit en suivant la Cordillère orientale, 
depuis Caracas jusqu'à Santa Fé de Bogota. Le goitre 
apparaît aussitôt que l'on fait usage des sels eu roche, lire. 
des importants gisements de la Nouvelle-Grenade, zone 
salifère commençant à Cipaquira, et s'étendant , 1 est jus- 
qu'aux llanos de San Martin. C'est de cette zone que sort 
tout le sel consommé par les populations des montagnes, 
et cela pour deux raisons : l'une, que la dislance et le 
mauvais état des chemins rendraient très onéreux le trans- 
port du sel de la côte; l'antre, c'est qu'on ne voit aucune 
raison apparente, sous le rapport de la qualité, pour ue 
pas préférer le sel gemme. 11 est constant, d après mes 
observations, limitées, il est vrai, aux plaines et aux mon- 
tages de la Nouvelle-Grenade, aux Andes équatonalcs, 
que là où l'on consomme du sel des marais salants, .1 n y 



^F/ 






( »;<> ) 

• pas de goitreux. Ce fait, incontestable se l „ mo i . f 
Cran pou,- établir nettement l'efficacité de 1 Cl 

9» on ,, y ,on, om ,„e ,„, de „, j„ ! " e, Mnt, !„„, 

•race. <l'A,,ii„ onia „ ,,„ r f T "" ""' les P™" 

La CoriiUJ,. „„,„, divisa , u [M val|es ^ 

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P'oximiré d'un coula d 'ca„ 1. Ri- j i „■ • ' P 

con S „„„„„ pa , daïa „ lase ia s S :, N : £ c - -- »j 



( >7* ) 
Mcdellin que d'y apporter du sel de l'Océan-, en effet, 
entre les vallées de la Magdalena et du Cauca, les trans- 
ports par mulets cessent d'être praticables : ils ont lieu sur 
le dos des hommes, des cargueros, mettant douze jours et 
plus pour franchir le Quindiu. 

Une population ne saurait se passer de sel dans son 
alimentation; quelle est donc l'origine de celui que con- 
somment les trois cent mille habitants d'Ànlioquiai De 
salines n'ayant d'analogie avec aucun des gisements sali- 

fères connus. 

Le sel est fourni par des eaux apparaissant dans des 
conditions fort singulières, que j'ai signalées autrefois aux 
géologues, après en avoir fait une étude attentive; elles se 
montrent quelquefois dans des dépôts arénacés peu dé- 
veloppés, mais on s'assure bientôt que ces eaux salées ne 
leur appartiennent pas, qu'elles viennent certainement du 
terrain sur lequel repose le sédiment; auss. le dépôt 
manque souvent, et l'on aperçoit l'eau salée suinter d'une 
roche cristalline. , 

Dans une exploration poussée jusqu'au sud de l Equa- 
teur, j'ai constaté que celle eau sort du granit, du gneiss, 
du micaschiste, de la syénite, du grunstein, de la dolente, 
même du trachyte, et non pas, ainsi qu'on aurait pu le 
penser, d'argile salifère ou d'amas de sel gemme, amon- 
celés sur un terrain tertiaire, ainsi qu'à A\ iehska, en Eu- 
rope, et dans l'Amérique méridionale où des masses 
considérables de sel sont en relation avec le calcaire neo- 

comien ('). 

Les puits fournissant de l'eau salée sont très nombreux; 
les plus importants se trouvent près de la ville de Medel- 
Hn; l'un d'eux, celui de Guaca, est des plus productifs; 
quand j'étais aux salines, il fournissait en sept heures 



(') BotJSSiHGABLT, Rapport sur les salines 
l83r, au Ministre de la Guerre de la Nueva Grunada. 



des Cordillères, adresse, en 



m 



1 172 ) 

vre. Le sel retiré était mis à égoutter ■ il s'en ' ?• 
M***, d'une forte amertume t, CJ ' n « ^ Il ^ Bl ' ,t "" 

L eau mère de Guaca m'a donné pour I00 «' : 

Chlorure de sodi um(se l marin) .. -g 

Chlorure de magnésium. . y . 

Chlorhydrate d'ammoniaque ..." ." £% 

Bromure de magnésium. . . ' 3 g 

Iodure de magnésium 

Sulfate de potasse „ ' ~ 

Sulfate de chaux ' ', 

Sulfate de soude. ' ° 

r •., . O.oj 

Lithme . . 

indice 

SoTaTfij 

■Les salines iodifère<ï *nn, „ 1 ■ - 

Position exeeptio e , s ° n ne 7 ?'" e . S ' *"« *» ]eU " 

,1 1 «"eue ies met a 1 abri de a concurrence 

teneu en si arrive a a pour ,oo. Malgré cette pauvreté 
on retire du sel des salines de Muela del Cil 1 ï' 
Moy.n.del Feiïol, de Quinchia, etc ' ^ 
Les Indiens les exploitaient avant la conquête- le ca- 
S, ^—'Possesseur du plus grand nombre ^ t 
considère comme Je maître du sel. 

Le gisement sans aucun doute le pl us important et le 
Srr d 7l ?«"*» « -lui Se Mira! 
« (^ mto, a peu de distance et au nord d'Ibarra, une plaine 

: ,: b s ;;r ilieu f de laquel]e est ie **• a: ^°» 

en Jessive la superficie pour en retirer du sel qu'on moule 






( i?3 ) 
en pains d'environ 3 ou 4 livres. Entre Salinas et Mira, on 
en extrait annuellement 4ooo cargas, soit à peu près 
ioooo quintaux. Patia, Pasto et une partie de l'Equateur 
consomment du sel de Mira; aussi, de même que dans 
Antioquia, avec sa nourriture, un habitant prend chaque- 
jour une dose d'i'ode. 

Le trachyte du Chimhorazo a des sources salées. Le 
village de Simialug (salines) est sur des roches d'où 
suinte de l'eau salée, avec laquelle les Indiens arrosent 
des prairies; par la dessiccation on obtient un sel blanc 
en cristaux déliés que l'on met dans de petits sacs de toile 
(cabuyas) pour l'exporter au loin sous le nom de sal de 
Tomavela, parce que c'est un sel ayant la propriété de 
faire disparaître le goitre. La plus grande partie des eaux 
n'est pas utilisée : on pourrait en retirer de grandes 
quantités de sel; il est vraisemblable que les marais salants 
de la côte du Peru sont un obstacle à l'extension du tra- 
vail des Indiens Simiatug. 

L'ensemble de ces observations conduit à cette con- 
clusion, aussi curieuse qu'inattendue, que dans la Nou- 
velle-Grenade et l'Étal de l'Equateur, dans les plaines 
aussi bien que dans les régions montagneuses, par consé- 
quent sous les climats les plus divers, sur les roches cris- 
tallines, le granité, le gneiss, la syéuile, les trachytes, 
comme sur les dépôts sédimenlaires, tels que le calcaire 
néocomien, le grès à gisements houillers, l'homme est 
exposé à contracter le goitre aussitôt qu'il n'est plus sous 
l'influence maritime, lorsque, en s'éloignant des côtes, il 
cesse de faire concourir à son alimentation le sel des ma- 
rais salants, en lui substituant le sel gemme. 

Antioquia, le Cauca où plus de cinq cent mille habi- 
tants, tout en étant en dehors de l'influence maritime, 
échappent complètement à l'affection goitreuse, ne sont pas 
une exception. Il est vrai que le sel des marais salants n'y 
est pas remplacé parle sel gemme; l'immunité dont jouis- 



( . 7 4 ) 
sent ceux qui vivent dans ces provinces est due à cette 
-constance smgulicre sur laquelle j'ai été assez heureux 
d.Uirer attent.on des géologues : l'existence sur un ter- 
ntare très étendu de salines produisant un sel plus riche 
en composes .odurés que celui de l'Océan et dont lW e 
adopte par les Espagnols lors de la conquête n'a jamais é e 
interrompu. J 

On trouverait difficilement, dans l'Amérique méridio- 
nale une population plus robuste que celle de la province 
dAnaoqu.a; l'usage habituel de sel iodifère „> a donc 
aucun inconvénient sur la santé. 

Quand on considère le nombre de goitreux dans la Cor- 
dillère oneutale seulement, surtout dans la province du 
iocorro, je su ls en droit de m'étonner de ce que le Gou- 
vernement n'ait pas tenu compte de la proposition for- 
mulée dans mon Rapport : d'établir dans les localités où 
le goitre est endémique des entrepôts de sel ioduré d'An 
Uoquia et de mettre à la disposition des habitants, dans 
les localités ou l'on redoute l'invasion de cette maladie des 
eaux-meresdes salines de Guaca, et cela à titregraluic car 
ce -pecfique que l'on mêle à petites doses au sel gemme 
n est pas employé par les pauvres gens. 

Il est incontestable qu'en favorisant l'exportation du sel 
.od.fere d Ant.oquia le revenu des mines de sel gemme 
administrées par l'Etat diminuerait; mais, dans mon Rap. 
port, j avais en vue l'intérêt de la santé publique espe' 

rantcon,ribueràfairedisparaîtreuneafi'ectionqui,défigure 
homme, en exerçant en outre sur ses facultés inteîlec- 
luelles de déplorables effets. 



i 7 5 ) 



SUR LA FIXATION 



L'AZOTE ATMOSPHÉRIQUE 



PAR LA TEHRE VEGETALE; 



Par M. Th. SCIILOESING. 



Dans une précédente Communication ('), j'ai résumé 
les idées qui m'ont encouragé à entreprendre des re- 
cherches sur l'ammoniaque atmosphérique; je rappelais 
que, pendant leur circulation entre les trois règnes, les com- 
posés de l'azote éprouvent des perles qui exigent une ré- 
paration ; que le seul mode de réparation réellement con- 
staté est la combinaison directe de l'azote avec l'oxygène, 
au sein de l'atmosphère, sous des iniluences électriques; 
qu'ainsi l'électricité a une part, avec la chaleur et la lu- 
mière, dans l'entretien de la vie. J'observais ensuite que, 
les continents étant essentiellement nitrificaleurs, l'azote 
combiné y est transformé en nitre et charrié à la mer, où 
il est changé en ammoniaque. Il a pris alors l'état le plus 
favorable à la dissémination : passant de la mer dans l'air, 
il est porté dans toutes les parties du globe par les courants 
atmosphériques. Les plantes, la terre végétale le puisent 
dans ces courants, et ainsi s'explique, en ce qui concerne 
l'azote, l'entretien de la végétation naturelle et le bénéfice 



(') Comptes rendus des séances de /' Académie des Sciences, 18 jan- 
vier 1875. 






( >;6 ) 

de composés azotés constaté dans la culture, quand la' fu- 
mure n'est pas surabondante. 

Travaillant dans cet ordre d'idées, j'étais évidemment 
appelé à discuter une théorie très différente, professée par 
M. Dehérain, d'après laquelle la terre végétale, dans ses 
rapports avec l'air, les eaux, les plantes, les engrais, perd 
plus d'azote combiné qu'elle n'en reçoit, et comble son dé- 
ficit par la fixation directe de l'azote gazeux sur sa matière 
organique. La vraie démonstration de cette théorie serait 
de constater un bénéfice d'azote acquis par une terre, 
dans une atmosphère exempte de composé nitreux et 
d'ammoniaque. Cette preuve n'a pas été faite : bien au 
contraire, M. Boussingault a montré que la terre végétale, 
conservée dix ans dans une atmosphère oxygénée, n'ac- 
quiert pas d'azote combiné; elle nen a pas acquis davan- 
tage quand je l'ai abandonnée dans l'azote pur. Au lieu de 
constater directement, dans la terre même, le fait qu'il 
voulait établir, M. Dehérain a insntué de nombreuses 
expériences pour prouver que l'azote gazeux peut être fixé 
à l'état de combinaison par diverses matières organiques. 
Voulant me faire une conviction, j'ai dû reproduire la 
plupart de ces expériences, mais en évitant, autant qu'il 
m'a été possible, les causes d'erreur qu'on peut leur re- 
procher. 

Expériences dans les tubes scellés. — Un tube étranglé 
à sa partie supérieure reçoit successivement des dissolu- 
tions bouillies de soude et de glucose ; l'étranglement est 
ensuite étiré en pointe une. Le tube, toujours ouvert, est 
plongé dans un bain d'eau, dont on prend la température; 
on l'y ferme d'un trait de chalumeau ; après un chauffage 
prolongé, on en extrait le gaz avec la pompe à mercure; le 
tube, vide de gaz, détaché de la pompe, est ouvert sous le 
mercure; le mercure introduit mesure le volume occupé 
au début par l'air ; le gaz extrait est mesuré, puis analysé 
avec l'eudiomètre de M. Regnault. 



( '77 ) 
I. II. m. IV. v. 

gr gr gr gr gr 

Glucose 4,3 4,3 4,3 5 5 

Soude 4i3 4,3 4,3 i5 i5 

Eau i4 i4 '4 20 2 " 

(Chauffage à ioo°, pendant quatre-vingt-dix-huit heures pour 
I, II, III, pendant cent quatre-vingt-douze heures pour IV 

etV.) 

Gaz extraits (à o° et cc 
760"") 3i,43 34,56 28,59 3 9 ,5 4i,55 

iC'H'? ) . \ o, 1 5 pour 100 o, iqpour ton 

o,33 pour 100 o,io pour 100 o,j2 pour 100 ' ^ r 

H ) ' ' / 25,22 D 24,80 

Az... 99, p » 99,55 » 99,48 .. 74,63 » 7 5,oi 

Azote retrouvé... 3i,3(î ) 34,4° ) 28,44 / 29,48 / „ 3i,oq ) 

, • a +°, 2 7 ,, +0,21 ' '1+0,07 / | -r-0,08 , ' u -0,1 t 

Jzote employé... 31,09 ' 3 4>'9 \ a °,'7 \ 29/10 \ 3i,20 ) 

Il n'y a pas eu d'azote fixé ; cependant, dans les tubes IV 
et V, il s'est produit de l'hydrogène qui a dû passer par 
Yétat naissant. 

Des expériences analogues, faites dans des ballons à 
long col, où l'on mettait jusqu'à 2o gr de glucose avec de 
l'ammoniaque ou de la soude, n'ont pas donné de meil- 
leurs résultats. 

Barbotage de l'azote dans des dissolutions de glu- 
cose et d'alcali. — M. Dehérain a fait passer de l'azote 
dans une dissolution de soude el de glucose. Le mélange, 
analysé ensuite par la chaux sodée, a donné de l'ammo- 
niaque; le glucose seul et la soude seule n'en fournissaient 
pas : d'où la conclusion que l'ammoniaque obtenue repré- 
sente de l'azote fixé par le glucose. Mais M. Dehérain n'a 
pas cherché dans sa soude les nitrates, qui s'y trouvent 
presque toujours. Or on sait que la soude nitrée seule ne 
donne pas trace d'ammoniaque avec la chaux sodée; mais, 
si elle est mêlée d'avance avec du glucose, son acide ni- 
trique est presque totalement converti en ammoniaque. Il 
est donc permis de supposer que l'azote fixé est simplement 
celui des nitrates, et cette hypothèse explique l'utilité de 
Boussincault. — Agr., VII. 12 



I 









( '7») 
l'énorme excès de soude employé par M. Dehérain, l'azote 
trouvé par l'analyse étant évidemment proportionnel au 
poids de cette soude. 

En reproduisant ces expériences, je me suis attaché à la 
seule détermina lion de l'azote gazeux avant et après le bar- 
botage. Pour mieux constater une variation de volume, 
je devais employer peu d'azote, et cependant il fallait pro- 
duire un barbotage prolongé. En conséquence, après 
avoir fait le vide dans un ballon contenant la soude et le 
glucose et après avoir remplacé l'air par un volume mesuré 
d'azoLe pur, je me servais de la pompe comme propulseur 
du gaz et faisais circuler indéfiniment à travers le liquide 
le même azote, à l'aide de dispositions que chacun peut 
concevoir sans description Dans trois expériences, où le 
poids du glucose a varié entre io« r et i5s r , et celui de la 
soude entre a5«* et 55? r , où la durée du chauffage a été de 
six, douze, trente-deux heures, les résultats ont été néga- 
tifs comme les précédents : 



f 



Azote introduit. 146,19! 
Azote extrait... 145,64 j 



— 0,55 



i37,53 
137,23 



-o,3o 



III. 

ce 
•7»i74 

172,64 



-+-0,90 



Matières organiques, dans l'azote, à la température or- 
dinaire. — J'ai opéré sur du terreau neuf, seul ou mélangé 
à divers alcalis. La matière étant placée dans un ballon, je 
façonnais le col en forme de tube à dégagement ; je faisais le 
vide et j'introduisais un volume connu d'azote : le ballon 
était ensuite abandonné, le col plongé dans le mercure, 
sous une éprouvette à recueillir les gaz. Finalement, les 
gaz non dégagés dans l'éprouvetle étaient extraits par la 
pompe. 

Les expériences ont duré dix mois, de juin 1873 à mai 
1874. 



— — 



I. 

crrcau séché à 

; l'air .. i6oS' 

Ean 5o 

iCombus- cc 
tibles. 6,5 
CO* .... i8i,i 
Azote. . . 239, 1 
Azote introduit.. . 220, \ 





( 


x 79 ) 












II. 




m. 






IV. 




V. 


\5o& 




IJOB' 






1 5o«* 




i5op 


4<> 




\° 






4« 




i° 


Craie 5o 


Chaux 5o C 


arb. 


soude 44 


Potasse 3o 


ce 

2,2 




CC 







ce 
3,5 




ce 
1 ,3 


.8 (7 »g'' j 

' 2d6,3 


+ 11 




,65, ', 
' i64.3 


+ 


, I 


3o3,9 j 
200,3 | 


+3,3 



2)8,6 | 
227,6 ) 



Ainsi, dans ces expériences, il y a bien eu des variations 
entre les volumes d'azote introduit et recueilli; mais elles 
attestent toutes un dégagement et non une absorption. 

En résumé, ni les tubes scellés, ni le barbotage de 
l'azote, ni les variations de proportion entre les matières 
réagissantes, ni l'exposition du terreau dans une atmo- 
spbère privée d'oxygène ne m'ont présenté le fait annoncé 
de la fixation de l'azote. 



I 



I 



( i8o ) 



PRÉPARATION 






PHOSPHATE AMIONIACO-MAGNÉSIEN 

AU MOYEN DE L l!RI\E; 

SON ACTION COMME ENGRAIS. 



On a proposé, il y a quelque temps, d'extraire, pour 
1 agriculture, l'acide phospliorique entrant dans la com- 
position de l'urine de l'homme, en ajoutant à ce liquide un 
lait de chaux, qui y détermine un précipité de phosphate 
calcaire. 

J'ai pensé qu'il serait possible, en substituant un sel de 
magnésie à la chaux, de recueillir à la fois l'acide phospho- 
rique et 1 ammoniaque développés durant la fermentation 
de 1 urée. Les essais tentés dans le cours de l'année 1845 
m ont convaincu qu'il était facile d'arriver à ce résultat et 
ci obtenir a.ns, un engrais renfermant deux des principes 
fernlisants les plus actifs. En juin, j'ai versé une dis- 
solut.on de chlorhydrate de magnésie dans 6o> d'urine 
qui, en cinq jours, prirent l'aspect laiteux; et, à partir 
de ce moment, le dépôt de phosphate ammoniaco-ma- 
gnesien augmenta rapidement. Un mois après, on décanta 
pour recevoir le phosphate sur une toile. C'était un sel 
blanc, en petits crisïaux; séché à l'air, il a pesé 460^ : 
l'urine a fourni, par conséquent, environ 7 ,3 pour 1000 
de phosphate ammoniaco-magnésien. Ce moyen de con- 
centration pourrait être appliqué dans les établissements 
ou Ion réunit de grandes quantités d'urine : les ateliers, 
les prisons, pour en obtenir un engrais énergique, d'un 






( i8i ) 
transport facile. On eut l'occasion de remarquer que l'in- 
tervention de la magnésie atténua notablement l'odeur 
fétide résultant de la putréfaction. 

Que le phosphate ammoniaco-magnésien fût un agent 
utile à la végétation, on ne pouvait en douter. De nom- 
breuses analyses des matières organiques et inorganiques des 
végétaux, exécutées dans des recherches sur les assolements, 
avaient fait ressortir les relations des divers éléments 
entrant dans la constitution des plantes. Je trouvai, par 
exemple, que, dans une terre considérée comme peu fertile, 
la magnésie se rencontrait constamment dans les cendres; 
aussi ai-je été conduit à reconnaître que les parties miné- 
rale du froment, du maïs, des légumineuses ont toujours, 
entre autres substances salines, du phosphate de magné- 
sie; j'aperçus, en outre, une connexion évidente entre 
l'azote et l'acide phosphorique, indiquant que, dans l'or- 
ganisme végétal , les phosphates appartiennent surtout 
aux principes azotés nutritifs, qu'ils suivent jusque dans 
l'organisme des animaux. 

Ces considérations m'engagèrent à essayer, comme en- 
grais, le phosphate ammoniaco-magnésien. Ce sel pos- 
sède d'ailleurs une propriété qui le rend précieux, une 
solubilité excessivement faible; et, sur ce point, il est 
convenable de s'arrêter un instant, par la raison que l'on 
se prononce quelquefois assez témérairement sur la valeur 
d un agent fertilisant. 

Si les agents solubles sont utiles, il ne l'est pas moins, 
l'expérience le prouve, que leur efficacité ne se manifeste 
que dans certaines limites de quantités. Le principe le 
plus favorable par sa nature peut devenir nuisible par sa 
proportion, si l'eau humectant la terre en contient trop 
en dissolution. Admettons à présent que, quoi qu'on ait 
dit, les substances salines n'agissent sur les végétaux qu'au- 
tantqu elles sont dissoutes, et l'on comprendra que celles-là 
seulement qui sont extrêmement peu solubles peuvent être 






( '82 ) 
d'une application avantageuse comme amendement ; effec- 
tivement, l'eau même, alors qu'elle en est saturée, n'en 
prend qu'une proportion assez minime pour ne pas altérer 
les spongioles des racines. C'est ce qui a lieu pour le gyp se 
dont la solution au maxima n'en renferme pas au delà 
de T { 7 . Si une partie de l'humidité du sol est dissipée par 
la sécheresse, il y aura précipitation de sulfate, mais l'eau 
restant pour abreuver la plante n'en sera pas plus chargée, 
elle n'y portera en plâtre ni plus ni moins que le ^ de 
son poids, il n'y aura jamais excès d'engrais, comme il 
arriverait si l'on appliquait un sel plus soluble, par exemple 
le sulfate de potasse dont l'action favorable dans la culture 
n'est pas contestée. A faible close, les effets du sulfate 
seront avantageux. Toutefois, si, par une dessiccation par- 
tielle, la dissolution devient saturée, elle contiendra alors 
~i de sel, qui exercerait sans aucun doute une action des- 
tructive sur les racines. 

C'est une règle générale que, dans les amendements so- 
lubles communément employés, il faut toujours se préoc- 
cuper de l'état de concentration. Ainsi tel purin qui 
tuera l'herbe sur laquelle on le répandra en temps sec 
la fera au contraire développer activement s'il est versé 
pendant ou immédiatement après la pluie. Un agent aussi 
peu soluble que l'est le phosphate ammoniaco-magnésien, 
quelle que soit la sécheresse ou l'humidité, n'exercera 
jamais une action nuisible, mais toujours un effet utile. 
Le i er mai 1846, j'ai institué à Bechelbronn une série 
d'expériences pour juger les propriétés fertilisantes du 
phosphate ammouiaco-magnésien. Des vasesde grès avaient 
été remplis avec i5 1!l de terre végétale: la surface en con- 
tact avec l'air était 4 d *. Les vases furent placés dans un 
champ ensemencé de maïs quarantain; on les partagea en 
deux lots: u" 1, ceux dans lesquels on avait mêlé au sol i6 gr 
de phosphate ; n" 2, ceux renfermant la terre sans addition 
de sel. 



( '83 ) 

Dans chacun des vases on avait planté un grain de maïs 
en voie de germination. Quand la sécheresse l'exigeait, 
on arrosait les vases avec le même volume d'eau. 

Pendant les quinze jours qui suivirent leur sortie de 
terre, tous les plants avaient la même apparence, la même 
vigueur-, c'est à partir du vingt-cinquième jour que l'on 
nota une différence perceptible. 

Le 25 juillet, les plants de la première série, ceux qui 
s'étaient développés sous l'influence du phosphate ammo- 
niaco-magnésien, avaient une hauteur double et un diamètre 
de tige triple de la hauteur et du diamètre du maïs de la 
seconde série. Un mois après, le 25 août, ces rapports ne 
furent plus les mêmes. Le mais de la première série avait 
une fois et demie la hauteur et deux fois le diamètre du 
maïs de la seconde série. 

Tous les plants ont fleuri et épié en même temps. Ceux 
dont le développement avait eu lieu sous l'influence du 
phosphate portaient deux épis complets et un épi avorté; 
]es autres, un épi complet et un épi avorté : j'ajouterai que 
c'est dans cette dernière condition que se trouvait générale- 
ment le maïs cultivé en pleine terre. 

Le poids des grains de la première série au phosphate et 
le poids des grains de la deuxième série étaient dans le 
rapport de i ~ à i . 

Tout en attachant, au point de vue agricole, assez peu 
d'importance aux essais faits sur une échelle aussi limitée, il 
convient néanmoins de reconnaître que ces essais permet- 
tent d'apprécier la faculté fertilisante d'un engrais exercée 
à des températures et des degrés d'humidité absolument 
égaux, et qu'on ne retrouve pas dans une grande culture. 
En définitive, ce mode de procéder avec précision est une 
expérience de physiologie végétale qui éclaire sur la puis- 
sance productive d'un amendement, sans qu'il soit permis 
d'affirmer qu'on la retrouverait en agissant en plein 
champ. J'ai eu l'occasion de faire des expériences coin- 



► 



( «84) 

paraiives sur bien des engrais dan, 1« „• 

in .,- c ... ,. 'ë ,dl s, aans Jes circonstances que 

sa-aEsar* "'- ais ° bie "° - ■£ 

"a SETS? tr" -r ■ I" 1 «** ™ 

X, de Ll. "7 l" Pr ,° dUilS C, ' i, " i ''" es de B °«- 

ia.1 i„„r p , , u p o,p '"' tc p" u » p r »« j « "«!«- 

susses 

pho.phori q „ e L ! S,!' 0D P °T l 6Xtraire de ] ' adde 

Lis 1 mo acau "r ment P , ''' " ° U,rC ' dCS 

phosnha,/ man q»«", Pour constituer du 

phosphate ammoniaco-magnésien, qu ' un seul élenien - 
de la m . g „ e , qu'on se procurait facilement en traium 

3SSST ,es jard,ns ' où chacun ^ — - « 

Scitefd ; C 1 n Si Ï"/ i6rre ' Pr0feSSe " r * ,a FaCU, ' é ^s 
phosXte ' " reCberClleS SUr ^PP^ation du 

phosphate ammon,aco-magnésien à des cultures de Tro- 
is ions ^ SarraS1 " i/' 6 me b ° rnerai à «PF-ri» les oon- 
ciusions de son travail : 

i° Le phosphate ammoniaco-magnésien, employé à la 
dose de l5o * à B«* par heetare, a exercé ur h r "co J 
de froment une action favorable t.ès prononcée 
ulu, J° U !? ch0 7 sembl ab'es d'ailleurs, son action paraît 
P lu. s ns.blesn r les .erres qui commencent à se fa'guer 
de céréales trop fréquemment répétées. 

maLv m JeS f CtS C ° nStants d » P^-ph.te ammoniaco- 

mc« . -m' " réC ° JteS ClG fl0mem est » 

ment sens.ble dans le poids spécifique du grain. Cet 



( '85 ) 
accroissement s'est, élevé jusqu'à 3 pour 100 dans nos ex- 
périences. 

4° Enfin, employé sur le sarrasin ordinaire à la dose 
de 25o ks à 5oo k? par hectare, dans une terre de très mé- 
diocre qualité, ce même phosphate y a produit des résultats 
différentiels très remarquables. La récolte du grain a été 
plus que sextuplée; la récolle de la paille plus que tri- 
plée ('). 



(') Annales de Chimie et de Physique, i° série, t. XXXVI. 






I 



( 186 ) 



LE 



PALMIER A CIRE 

(CEROXYLON ANDICOL4). 



Il 



bords rl„ T„ 1 • • mon bivouac sur les 

ucras au lochecito, à a'ïon'» =„ a , 

mer: ce n'est oas I. V • , a , U - deSSUS du niveau de J« 

«« Andes d'énais Lr *■"■«*.,«., où sur Jes c . m 

for.es sécher », jZl '■ ?" P'™" """"»• »vee Je 

■ai plusieurs pl,„„ c;ui ° ,,i ,jU,0 P e > ™"»J ™ empor- 
-ii, ». .es,.."»." '" a " , ,™, reUS,in " îm <•' "«'e- mes 

» I'** d„ at gïZ: per,re "' a " m "'"""'" 

Paz- a;;;:rit s ater„ P ;ri:rr ica,os ' d 't md 

veulent froides „„„ ,T "f 01 " relali ■ 

-une u.a,iére lu -fe ^1 "Jr " T '' " r< * , ° Cli<> " 



( »8 7 ) 

« Il était presque nuil, rapporte M. André, lorsque j'ar- 
rivai à l'hacienda de las Cruces, construite avec de beaux 
troncs de palmiers ressemblant à des colonnes d'ivoire 
cerclées d'anneaux bruns, encore couverts de la cire 
blanche d'où l'arbre tire son nom. La charpente était 
faite du même bois, souple, fort, inaltérable. Le toit, 
formé de feuilles énormes, argentées en dessous, prenait 
des nuances singulières et constituait une couverture 
chaude et imperméable. A a 1 ' du malin, le thermomètre 
marquait + 2° 5 le cours du torrent Tochecito se dessinait 
sous les bandes sinueuses de vapeurs blanches qui le 
recouvraient dans une direction est, jusqu'à sa jonction 
avec le rio Coello. A gauche, les colonnes de céroxylons 
s'élevaient comme de sveltes piliers de cathédrale; nulle 
brise n'agitai t le feuillage de leur majestueuse couronne 
qui s'élançait à 6o m dans les airs. Ce spectacle, calme, 
imposant, jetait dans l'âme une émotion qu'on ne saurait 
oublier. 

» On fit abattre quelques palmiers pour en récolter les 
fruits et les fleurs. Deux colosses s'écroulèrent bientôt avec 
fracas sous les coups des haches; ils se brisèrent en plu- 
sieurs morceaux et laissèrent échapper une moelle blanche 
en longs copeaux spongieux. Un de ces troncs avait 6o ra 
de longueur. Sa circonférence, à la base, était de i'",24 
et, près du sommet, de o m ,7J, exemple curieux de graci- 
lité pour une si grande élévation. Les fibres du bois arra- 
chées par la violence du choc se dressaient sur le chicot 
resté debout, noires, fines et dures comme des fils d'acier 
bruni. L'épaisseur de la couche ligneuse (placée à l'exté- 
rieur, contrairement aux autres dicotylédones) attei- 
gnait o m ,o5; le reste, surtout au centre, était blanc avec 
la consistance du liège. Entre les feuilles brisées, longues 
de 5 à 6"', glauques eu dessus, blanches en dessous, les 
régimes de fruits longs de 2 m , qui, vus d'en bas, avaient 
çaru si petits, gisaient éparpillés. Leurs innombrables 



( .88 ) 

furent recueillies pour être exnAT ' ï^^" mi,HerS 
•* feuilles, des spathel Z A "" Ur ° Pe ' ainsi 7 ue 

arbresp ara ; ssai J^; ; e ^ UX «-délie, du tronc. l es 

^ récolte de la cfr se Z dT"*' ^—n s.» 

""ère, aussi barbare "Wdt 11 " ""^ ^ ^ 
a^res et à grallep ^ P ^ ?'' C ° nSlste à jeter bas les 

•f --onuef, rj^ r i a L r :; ode d Vre " ,e 

arbres. Une courroie passée à la B 7 ,panl SUr 1pS 

«-e au tronc sur leauel s'an ^ ^ gHm P eUr ,e 

*■" raclette ai gl s é ilZTT^^' *' " m ° yen 
dans son tablier uL ,i Tï* ** desc -da„t la cire 

— • Par un peth Mche n " ' «^ ^ P" f - 

jaunâtre: un 0eo „ , n ? 2 de c,re blanche ou 

. [ a Oo ") da "s une campai 

«t fe chandelL ' T " J< "" e <' U s ° if '»»,,„•„„ „' 

Q-indiu, „„ „ e es " ' " ': ""'" d ' H «"S »» massif du 

'« cogère : 'r:;;:/ 1 ''; da - s <°° *™ ***. * 

«f»^*™™,. Los „J r '° s û dC f ?° e " ) '»'''p™«i n , irt 
l'.Iu.ude de ,8„„.' s" l f7*° H " M **«*■' pa» 
«W froides. Ce ne , ai „ ""T**" « "°" d = 

l-ùe, e D e. repeu JH^^?"; ?»*• «*» 

"clérisé surloui par ses hli T "/"™»"'»»'™, ca- 

Parsesb„e, a s„ 1 f acei .„ gue|lse . i , JJeesi 



( i8 9 ) 

commune à l'ouest de la Cordillère occidentale, jusque 
dans la république de l'Equateur. 

La cera de palma, quand elle a été fondue, est translu- 
cide, à cassure conchoïde, fortement électrique par la fric- 
lion; elle renferme deux principes distincts : l'un, ayant 
l'apparence de la cire, l'autre présentant les caractères des 
résines. On sépare ces principes par des traitements alcoo- 
liques. Le refroidissement d'une solution laisse déposer 
une matière gélatineuse : c'est de la cire. L'alcool refroidi 
donne : après concentration , des cristaux blancs acicu- 
laires, c'est de la résine; la solution retient une sub- 
stance d'une extrême amertume, peut-être un sel d'alcali 
organique. 

La cire extraite de la ce/a de palma brut fond à 72 ; 
son aspect, ses propriétés la rapprochent de la cire d'a- 
beille, dont elle a d'ailleurs la composition, d'après mes 
analyses et celles de Léwy. 

Cire Cire 

du palmier. d'abeilles. 

Carbone 80,8 80,6 

Hydrogène i3, 3 i3,4 

Oxygène 5,9 6,0 

100,0 100,0 

La résine en cristaux de la cera de palma, lorsqu'elle 
est fondue, ressemble au succin; en se solidifiant, elle se 
fendille dans tous les sens; elle est soluble dans l'éther et 
les huiles essentielles. Léwy a trouvé pour sa compo- 
sition : 

Carbone 82,1g 

Hydrogène 1 1 ,5o 

Oxygène 6 , 3 1 

100,00 

Les substances que l'on vient de signaler dans la cera 
du ceroxjlon andicola sont fort répandues dans le règne 






1 









( '9° ) 
végétal; les plantes les élaborent souvent avec assez d'a- 
bondance pour qu on puisse les utiliser dans l'industrie- 
je decnrai fa quelques-uns de ces produits, dont la consti-' 
tution est suffisamment connue. 

Cire Je Chine, extraite du rhus succcdaneum. - Cette 
■re , cnstall.sée, a l'aspect du blanc de baleine, elle fo d 
8a elle est peu soluble dans l'alcool et l'éth r. Les al- 
cahs la sapomfient. Composition : 

Carbone n 

r, , . oo,bo 

H ^ r °g ene ,3,43 

0xv e ène 5, 97 

IOO,00 

C'est exactement, ainsi que l'a fait remarquer Le'wy la 
constuut.on de la cire provenant du céroxylon. "' 

des feo, 1 es d un p .| mier du Brésil (provinces du nord) 
Les .( u.ll es e.ant séchées à l'ombre, on en détacbe la cire 
a ec laquelle on fai, des bougies. La cire du carnauba é2 
d soute dans l'alcool bouillant, il se dépose par le re 
froid ssement une masse cristalline fusible à 83° 5 D'à 
près Lewy, cette cire contient : ' *~ 

Carbone _ 

„ , . oo,32 

" ydr °S ene ,3,o 7 

° XV & ene 6,6! 

i oo,oo 

C'est encore la composition de la cire du céroxvlon • il 



( >9' ) 
MM. Dumas et Léwy ont trouvé pour la composition 
de la cérosie : 

Carbone 81 ,82 

Hydrogène 1 3 ,63 

Oxygène 4 »55 

100,00 

Bétidine. — Cire de l'épiderme de l'écorce du bouleau 
blanc. Cristalline, fusible à environ 200 . 
D'après Hess, elle contient : 

Carbone 81,11 

Hydrogène 10,92 

Oxygène 7 1 97 

100 ,00 

Copal dur. — Cette résine provient de l'hjmenœa ver- 
rucosa. 

M. Dumas y a dosé : 

Carbone 80 , o 

Hydrogène 10,4 

Oxygène 9,6 

1 00 , 00 

Cire andaquies. — Un botaniste, Goudot, a recueilli 
des renseignements intéressants sur l'origine de cette cire, 
que des Indiens du Rio-Caqueta, de la tribu des Tamas, 
retirent des ruches de petites abeilles que l'on ren- 
contre en assez grand nombre établies sur un même 
arbre. C'est une cire jaunâtre, d'une densité de 0,917, 
fusible à 77 . On en prépare des cierges pour l'usage du 
culte. 

Comme la cire de l'abeille d'Europe, la cire andaquies 
contient trois matières distinctes que l'on isole par l'action 
de l'alcool : deux de ces matières sont solides, cristalli- 



_— 






I 



( '9* ) 
sées; la troisième a une consistance huileuse. Les re 
cherches de Léwy ont révélé ce fait curieux que i oo parties 
de cire andaquies sont un mélange de 5o parties d'une 
substance A analogue à la cire de palmier céroxylon, 
de 45 parues de cérosie B de la canne à sucre, de 5 par' 
ties d une matière huileuse. 
Composition : 

Cire A. cire B. 

l aT ^ 0ne 8o, 9 8l>6 

Hydrogène ,3^ j3 

Oxygène z „ , 

100,0 100,0 

Degrés de fusibilité... 72° g ^„ 

On voit que A a la composition et le point de fusion de 
a c.re séparée de la cera du céroxylon andicola, que B a 
la composition et le point de fusion de la cérosie. 

tonne du liège. _ Je l'ai obtenue en traitant le liège 
par 1 ether dans un appareil à déplacement. L'éther, en 
s évaporant, a donné de très belles aiguilles incolores, 
ayant un aspect vitreux après la fusion. 
J'ai eu pour sa composition : 

Carbone 81,0 (') 

Hydrogène , , 2 

Oxygène ? ; ' 8 

100,0 

Cire d'Ocuba. - Ce produit vient d'un arbuste de la 
province de Para, le mjristica ocuba de Humboldt et Bom- 
pland. Suivant M. Sigaud, on l'extrait d'un fruit charnu à 
noyau et recouvert d'une pellicule cramoisie communi- 
quant a l'eau une teinte pourpre. Le fruit est mis à bouillir 

(') Calculé avec l'équivalent du carbone, 7 5. 



L 



( '93 ) 

après avoir été broyé, la rire liquide se rassemble à la 
surface de l'eau chaude-, on assure que i6 ks de semences 
en rendent 3 ks . Cette cire, légèrement jaune, sert à la fa- 
brication des bougies; elle entre en fusion à 36°, 5. 
Léwy y a dosé : 

Carbone /4 > ° 

Hydrogène 1 1 ,3 

Oxygène 14,7 

100, o 

Cire de bicuiba. — C'est une cire blancbe, retirée, 
par un moyen qu'on n'a pas décrit, du myristicabiculiyba ; 
ille est très soluble dans l'alcool chaud et fond à 35°. 

Léwy donne pour sa composition : 

Carbone '. 74)4 

Hydrogène 11,1 

Oxygène i4,5 

100,0 

Cire du myrica cerifera. — C'est une cire verte, à 
cassure conchoïde, fusible à 47 e ', 5; on l'extrait en sou- 
mettant à l'ébullition dans l'eau les baies d'un myrica 
très abondant dans la Louisiane et dans les stations tem- 
pérées des Cordillères; ainsi que l'a recoimu M. Chevreul 
en la saponifiant, on en retire de l'acide margarique, de 
l'acide sléarique, de l'acide oléique et de la glycérine. 

Lévy a dosé dans la cire verte du myrica cerifera : 

Carbone 7/) , 1 

Hydrogène 12,1 

Oxygène i3, 7 

100,0 
lïësine de Alaynas. — Cette résine vient de plusieurs 

l'OUSSISGACLT. — Agr., VII. I 3 



■ 



( '94 ) 
localités de l'Amérique méridionale, particulièrement de 

la province de Maynas. Suivant Goudot, cette substance 
est au d d pIah )es ^ Meta5 ^ r an 

', f f 3 '"^ et d *» s 1» vallée du Cauca sous celui 

t Pa °Hrr- IÏUmb ° ldt Ct B °»Pl-nd ont ind que 

neS ° nSif0llÙUn C ° mme ^ 0d — de '• ^ 

sine de Maynas ; par conséuqent il n'est pas douteux qu'elle 

Cette substance possède les caractères des résines mais 
elea cette propriété qu'étant dissoute dans l'alcool ,Tud 
elle s en sépare par le refroidissement en beaux cristau, 
dont la orme est du système monoclinoédrique (prime 
rectangulaire oblique). H ipnsme 

Ces cristaux, d'une densité de , fIa , fondent à xo5». 
une fois fondue, la résine ne se solidifie que vers no» Sa' 
composition, d'après Léwy, est : 

Carbone .... c 

07 , 2 

Hydrogène 

0xy S ène 25,'6 

100,0 

Cire Je V Amaranthœa lutea. - Avant d'entrer dans 
la Cordillère centrale pour se rendre de la vallée du 
Magdalena dans la vallée du Cauca, les cargueros font une 
provision de bijaclos; ce sont les feuilles de l 'Amaranthœa 
ayant environ ,» de longueur sur une largeur de o- 3- 
elles sont prises pour abriter les bivouacs; chaque piéton' 
en forme un rouleau qu'il joint à son chargement et qu'il 
déroule à la station où l'on doit passer la nuit, pour les 
fixer sur la toiture inclinée que l'on improvise dans la 
foret en reliant des scions de branches par des lianes. 
* 1 entour du campement on ouvre dans le sol une rigole 



I 



( w ) 

pour l'écoulement des eaux. On est ainsi parfaitement à 
l'abri des plus fortes pluies. Le lendemain, au départ, les 
bijados sont enlevés de la toiture, superposés, roulés et 
emportés pour servir dans une nouvelle station. 

Par l'usage, les feuilles perdent de leur flexibilité; elles 
ne peuvent plus servir d'abri. C'est alors qu'il apparaît à 
leur surface une matière blancbe, extrêmement divisée, 
dont j'ai recueilli une quantité suffisante pour être exa- 
minée. 

C'est une espèce de cire dont le point de fusion est 
entre 83° et 85°. Sécbée à l'étuve, la perte en humidité a 
été de 1,88. Elle est soluble dans l'alcool chaud; la solu- 
tion n'avait pas de réaction acide. 

Composition : 

Carbone 7^ >94 

Hydrogène ! 4>74 

Oxygène (,,3^ 

100,00 

C'est évidemment à cette substance que les feuilles de 
YAmaranthœa lutea doivent leur imperméabilité. 

Cire de l'arbre de la vache. — Les sèves laiteuses ont 
des globules de matières cireuses ou résineuses. On pour- 
rait citer la sève du Carie a papaja, clans laquelle Vau- 
quelin a signalé la présence de l'albumine, du sucre, d'une 
cire et d'une résine; la sève de YHura crépitons, si juste- 
ment redoutée par ses propriétés toxiques; mais, pour ter- 
miner, je me bornerai à rappeler que l'arbre de la vache 
fournit par incision un lait comestible, dont on peut ex- 
traire jusqu'à 33 pour ioo d'une cire semblable à la cire 
d'abeilles et dont on fait d'excellentes bougies. Cette sub- 
stance a cependant un point de fusion inférieur : ainsi la 
cire blanche d'abeilles fond à 68°, 7. La cire de l'arbre de 
la vache fond à 5o°, à très peu près le degré de fusion de la 
graisse de mouton (5i°). 



o 



( 196) 

n a trouvé pour la composition de la cire de l'arbre 



de la vache 



Carbone , 

Hyd 

Oxyg 



roL'ene 



79 



28 



11 ,70 
9,02 



100,00 






( »97 



SUR LA FERMENTATION ET LA CONSERVATION 



FOURRAGES VERTS EN SILO, 



Par M. G. LECLIARTIER. 



L'ensilage des fourrages verts a pris une place considé- 
rable en Agriculture. C'est ainsi qu'il est appliqué, dans un 
grand nombre d'exploitations, à la conservation du maïs 
destiné à remplacer en partie, pendant l'hiver, la betterave 
et les autres racines fourragères. 

La question de l'ensilage a été résolue pratiquement par 
les efforts continus d'agriculteurs distingués, parmi les- 
quels on doit citer les noms de MM. Lecouteux, GofTart, 
Moreul, de M. le D' baron Corvisart; mais il restait 
à donner la théorie de la conservation des fourrages verts 
en silo et à relier les résultats acquis par l'expérience aux 
principes scientifiques; il n'était pas inutile d'éclairer la 
pratique en rendant un compte exact de ce qui se passe 
dans une masse de fourrage en fermentation. 

De plus, il était intéressant de rechercher quelles trans- 
formations subissent les matières nutritives contenues dans 
les végétaux. Y a-t-il perte de substances alimentaires? En 
quoi consiste-t-elle exactement dans les meilleures condi- 
tions de conservation? 

J'ai pensé que la théorie de l'ensilage des fourrages 
verts était en relation immédiate avec les faits que j'ai pu- 
bliés, en commun avec M. Bellamy, sur la fermentation 
que subissent, à l'abri de l'air, les fruits vert» ou mûrs, 



( '98 ) 
Jes parties vertes des végétaux et toutes les graines qui n'ont 
pas ete suffisamment desséchées. 

Ces fails sont les suivants : 

i° Toutes les parties vertes d'un végétal, enfermées en 
vase clos, absorbent la totalitéde l'oxygène de l'atmosphère 
confinée ou elles sont conservées ; cette absorption e.t ac- 
compagnée et sume d'une production considérable d'acide 
carbon.aue. La vitesse du dégagement gazeux s'accroît 
a abord, pour diminuer ensuite jusqu'à devenir nulle. Ce 
travail est du a l'activité des cellules végétales qui conti- 
nuent vivre malgré la privation d'oxygène. Le volume de 

ferment f 0, " qUe T ^ "* ^^ limhé lo ^» e d - 
Serments étrangers n'interviennent pas ; il est en général 

.nfeneur a M « de gaz pour chaque gramme de feuilles 

ou^de fruus, considérés dans leur état normal d'humi- 

J;7 frUit V eUneS ' ^ même ^ Jes Quilles, absorbent 
rarement 1 0X y g è ne de l'air qui les entoure ; le dégage- 
ment d aci de carbonique s'effectue en un temps relative- 
ment court, et sa vitesse atteint immédiatement une valeur 
max.mum pour décroître ensuite rapidement. Ces cellules 
vegetalesjeunes se caractérisent à la fois par un pouvoir 
d absorption pour l'oxygène très élevé et par une puissance 
de decompos, t.on très grande. A mesure que le fruit vieillit 
et a ete conservé à l'air pendant un temps plus long, après 
avoir eté détaché de l'arbre, le volume de", 'acide carbo 
nique produit diminue. 

Le fruit qui a perdu son activité eu vase clos ne la re- 
prend pus, même après avoir été mis de nouveau au con- 
tact de 1 air. 

Le germe contenu dans la graine participe à cet.e alté- 
ration ; la graine perd la faculté de germer. 

2 ° De ¥ *}™° l P rend naissance à l'intérieur du fruit; les 
quantités d alcool varient dans le même sens que le poids 
de 1 acide carbonique, tout en restant, en général, plus 



( *99 ) 
petites. Une destruction de sucre accompagne ce phéno- 
mène; de l'acide acétique prend naissance, même en l'ab- 
sence de l'oxygène de l'air. 

3° Pendant ce travail interne, les pommes et les fruits 
acquièrent souvent une grande mollesse et prennent la con- 
sistance de fruits blets. Lorsque le tissu cellulaire n'est pas 
désagrégé, il se ramollit. La couleur des fruits n'est pas 
altérée ; mais, dès qu'ils sont placés au contact de l'air, elle 
s'altère en très peu de temps; les feuilles deviennent 
brunes. 

4° Les cellules végétales exhalent continuellement de la 
vapeur d'eau et, au bout d'un temps plus ou moins long, 
la surface des fruits et des feuilles se recouvre de goutte- 
lettes liquides, même dans une atmosphère confinée saturée 
de vapeur d'eau. 

5° Le poids de la matière sèche contenue dans le fruit 
diminue à mesure que le dégagement d'acide carbonique 
se poursuit. 

Je devais naturellement rapprocher ces divers phéno- 
mènes du fait acquis de la conservation des fourrages dans 
les silos. Seulement, il me fallait démontrer, d'une part, 
que, dans un silo, où la fermeture ne saurait être complète, 
l'oxygène de l'air ne pénètre pas dans l'intérieur delà masse 
de fourrage, et, d'autre part, que la matière végétale, en- 
fermée rigoureusement à l'abri de l'air dans un flacon 
de verre, subit les mêmes transformations que dans le 
silo. 

J'ai préparé plusieurs lots de maïs haché, en morceaux 
analogues à ceux que l'on découpe dans la pratique de l'en- 
silage. On a fait entrer, dans chacun d'eux, des poids pro- 
portionnels des feuilles et des diverses parties des tiges, 
laissant de côté les panicules et les fruits. On a formé un 
mélange de fragments n'ayant entre eux que des différences 
de composition relativement faibles, afin d'obtenir des lots 
distincts, exactement semblables, sur lesquels il fût ensuite 



! 






( 200 ) 

possible, après dessicca.ion et pulvérisation, de prélever 
pour 1 analyse des échantillons identiques ? 

Ce «nais haché était ainsi préparé le g novembre 1878 
U e pc , t du poi(]s de J 878 

cation pour être ensuite analysée 

,o l d" a nr P , artie r Vait ' --P 1 »- ^ux flacons à large 
gouot. Dans 1 un, ] e tf 4 , on i lUroduisait g J 

et dans le second, le n° 2 XW ««,1 7, ' 

,l„ n , . ' 4 -9 seulement. L ouverture 

des flacons était feiWp à l' a ,M= i' . , lure 

un rn'l, 1 - d U " boutl 'on traversé par 

un tube recourbe «'ouvrant sous le mercure. Le bouchon 
était recouvertd'une couche de o»,o a de ma5t ic fondu ^ 
1 on a fan adhérer exactement aux parois du verre, de ma 
-re a produire une fermeture hermétique. De ce'tte 21 
O^re, on in.erceptait toute communication avec l'air ex- 

t'ie n? " mÔme lem P S011 l— ait reçue illir Ie gaZ produit 
pi le mesurer. 

cWhé?" e J ° Ur ' " rem P' isSaU avec 4443- de mais une 

loche en verre ayant une hauteur de o-,36. Le maïs a été 

ta avec soni sur tou.ela hau,eur, comme on peut le faire 

uni::; v i c,oche fm uiaimenue «*£««« 
pe- fr o ouver r dir igee vers ie haut - pcnda - « 

un tube dl. 1 , T , SP ° Së ' e l ° ng dCS P a, '° is de ]a ^che 
un tube de plomb de petit diamètre, dont l'extrémité lé- 
gèrement recourbée fut placée à - ,5 de la surface^ur 
axe d u cyhndre. Le maïs a été recouvert d'un disque en 
i>o.s, qu, laissait entre son bord et le pourtour de la loche 
un espace annulaire par lequel il restait™ ,n ■ 

«£. 0-, .0 u, «,„„ dans |M silos » e „ n f a ; d i ; : 

A la s or, ie de la cloche, le tube Je pl„ m b , ilé masli . 
a un rob.net en verre, et celui-ci , M réani d( . , ^ 
—ère, par „„ lube de P l„ mb) a , a , rom fc ' » ™= 

Le ,5 ,,ove,„b,e, o„ ferme le robinet en verre et onfai, 
le v,de dans i, ,„«hi„ et dan.les ,„be S dncanj^ûo.. 



IL 



201 



L'appareil estabandonné àlui-même jusqu'au 20 novembre. 
Le vide s'est maintenu complètement. A cette date, le maïs 
s'est affaissé de o m , 02 environ. On ouvre alors le robinet, 
de manière à aspirer lentement les gaz contenus dans le 
tube de la cloche, et ceux qui composent l'atmosplière du 
maïs au voisinage de son extrémité. On laisse la colonne 
du manomètre descendre de o m ,j6 à o m ,55. On ferme le 
robinet; on extrait le gaz qui remplit la trompe, et on le 
recueille : on mesure i8 cc de gaz qui sont analysés à l'aide 
de la potasse et de l'acide pyrogallique. 



Le gaz contenait : 



Acide carbonique . 
Azote 



28,4 
71 ,6 

100,0 



La proportion d'oxygène était nulle. La solution du py- 
rogallaten'a pas changé de teinte, même après agitation, 
et sur les parois internes du tube on n'a pu observer aucune 
coloration. 

Une seconde fois, on a ouvert le robinet, pour laisser 
descendre la colonne manomélriqueà o m , 49 et, après l'avoir 
refermé, on a exlrait25 cc de gaz ne contenant pas d'oxygène; 
il a donné à l'analyse le résultat suivant : 



Acide carbonique . 
Azote 



29,0 

71,0 

100,0 



On avait pu faire sortir de la cloche 43 cc de gaz sans ob- 
tenir d'oxygène ; ce gaz n'existait donc plus dans l'atmo- 
sphère de la cloche à une profondeur de o"',25 au-dessous 
de la surface, ni dans les couches voisines. 

L'appareil fut.'ibandonné àlui-même pendant quarante- 
huit heures ; puis, par une manoeuvre identique à la pré- 
cédente, on en a extrait, en quatre opérations successives, 



( 202 ) 

■64" àe g., d«, UpwJ. on „•, p., lronvé d . . 

pr„po rl , on de ,. acide carboniqne ^ « -. , U 

et 2y pour ioo. 2U 

Le a 4 novembre, on a aspiré, en quatre fois, l88 « de 
g-, ne contenant que de l' azole et deïacide ^ « 
La proporUon d'acide carbonique, d'abord égale à 26 5 pou" 
«oo e, t descendues M ^ M , , pour I00 . D !n S Ia de r^ 
o t,onde gaz recueillie on a reconnu l'existence d Un 

a a te d"^ 6 " 6 " "î Chan « enM «" da " S ' a C0U '- *« ?!- 
, llate de potasse Aussi n'ai-je pas été surpris de trouver 

ratlr. 38 S S9Z Pr0Venam d ' U " e ™^ème opé- 

Acide carbonique . 2 3 / 

Azote 74.8 

Oxygène , 8 

100,0 

« a fallu extraire l8 B- de gaz d'une masse de ,fs 5 de 
m- en communication avec l'air extérieur, avant^W 
- de] oxygène à o.n, 2 5 au-dessous de sa surface. 

L appaml a été abandonné à lui-même jusqu'au 2 4 fé- 
vner su.van, Le robinet étant fermé, on a Lin tenu le 
«de pendant trente-six heures dans la trompe et daTl 
tubes de communication; puis on a ouvm e J™ £ 

T a £ r S0,tir dC k maSSedu ™* --de gaz 
L analyse a fourni le résultat suivant : g 

Acide carbonique , , g 

Azote 75,'e 

0x yg ène I2 ,8 

IOO,0 

En comparant ce mélange aux échantillons de gaz pré- 
c demment recuedlis, on voit que l'acide carbonique 
d™e notablement et a été remplacé par l'oxygène 

Le 26 et le 2 g février, des expériences analogues ont 



( ao3 ) 

donné des résultats identiques. La composition des gaz re- 
cueillis et analysés est restée comprise entre des limites 

assez rapprochées : 

Pour 100. 

Acide carbonique 7 , » à 10,1 

Oxygène 1 4 , 3 à 12,0 

Azote 80,0 à 76,5 

On peut conclure de ces résultats que, pendant un cer- 
tain nombre de jours, le maïs se trouvait dans les mêmes 
conditions que s'il avait été enfermé dans un vase complè- 
tement clos et dans une atmosphère de gaz inerte. Ce fait 
était dû à la rapidité avec laquelle ce fourrage haché absor- 
bait l'oxygène de l'air et à son activité à produire de l'acide 
carbonique. 

Au bout d'un inlervallle de temps inférieur à trois mois, 
la matière végétale pouvait être considérée comme une niasse 
inerte n'ayant plus la faculté de faire disparaître l'oxygène 
et de produire une quantité d'acide carbonique suffisante 
pour maintenir sa masse à l'abri de l'oxygène etla préserver 
de l'envahissement des moisissures. 

Le 10 mars, on mettait un ternie à l'expérience ; la hau- 
teur occupée par le maïs avait diminué de o'",o8 à 
o m ,09. La matière fermentée pesait Zgtiy^ avec une perte 
de 47^ Br ) soit de 10,69 pour ioodu poids primitif. Cemaïs 
dont la masse avait été pénétrée par l'oxygène del'air était 
envahi en divers points par les moisissures. Ce fait se pro- 
duit dans les silos où l'air peut s'introduire. 

Comparons les faits que nous venons d'exposer avec ce 
qui s'est passé dans les flacons hermétiquement clos n° 1 
et n° 2. 

En vingt-quatre heures, l'oxygène de l'air qu'ils pou- 
vaient contenir a disparu et de l'acide carbonique s'est 
dégagé. Voici les quantités de gaz sorties des flacons à tra- 
vers le mercure par heure et par kilogramme de matière 
végétale : 



( 204 ) 

Flacon n° 1. Flacon n° 2. 

1 1 novembre , co ce 

12 n J J,7 
aa „ 3 *' 5 36, 9 

24 „ '^ 3 i4,o 

25 . 5 ' 3 5,4 

6 décembre ' f' 4 5 '4 

28 . " ' 5 ' r 5,4 

2i février au n mars.. „'L 2 ' 7 

u ' 2 9 0,23 

^ un: '£;*■* d « ■■ -ta «w* dans lB 

"'' *» a deS P« id * <%àU* de cellules ve^ét es ide t 
donnent naissance à des volumes é-aux dï 1 Î T™ 

ta«etaCr,rr^:;.^ - -* 

A partir du mois de février 1,. ™1 j 

•'este mini me; ,1 vient i"! " ^ g3Z dë «^ 

du végétal haché I 7i UU m ° mem ° Ù ,es ««"1" 

L a Citr compiète T ,n i,,acdves - 

séries ■)•„, - • constatés dans les d..,. 

r'""™"" ° é — * -happe, » aueun ob ^ 

^^=taTK5s^ti 



L 



( 203 ) 

activité, toutes les fois qu'on aspirait du gaz de l'intérieur 
de la cloche et qu'on produisait un appel d'air dans le 
fourrage, l'oxygène introduit n'était plus absorbé qu'avec 
une très grande lenteur par la matière organique devenue 
inerte. 

La conservation du maïs et des fourrages verts en silo 
est donc la conséquence immédiate du travail intérieur 
dont les cellules végétales sont le siège, même lorsqu'elles 
font partie de fragments séparés de la plante. Leur activité 
se manifeste par ces deux faits : absorption de l'oxygène et 
production continue d'acide carbonique après disparition 
complète de ce dernier gaz. Nous savons aussi que des 
transformations se produisent dans la matière constitutive 
des cellules et dans les principes immédiats qu'elles con- 
tiennent. Il nous reste à montrer comment ces lois expli- 
quent les faits constatés par la pratique dans la conservation 
du maïs et peuvent même y apporter leur contingent de 
conséquences utiles. 

Quant aux faits élucidés par l'expérience des agricul- 
teurs, nous les puiserons dans l'excellent Manuel delà cul- 
ture et de l'ensilage du maïs, où M. Goffart, propriétaire 
agriculteur, a décrit avec conviction les résultats con- 
cluants qu'il a obtenus au château de Burlin, à la suite 
d'une série continue d'essais accomplis en grand pendant 
plusieurs années. Déjà les travaux de M. Goffart ont été 
l'objet d'un savant Rapport de M. Bell a à la Société centrale 
d'Agriculture de France. Ce Rapport contient en outre 
l'ensemble des études analytiques effectuées par M. Barrai 
sur le maïs ensilé de Burtin. La notice du D' baron Corvi- 
sart sur la conservation du maïs fourrage, les Journaux 
d'Agriculture rédigés par MM. Lecouleux et Barrai con- 
tiennent aussi de précieux renseignements pratiques. 

Considérons un silo en maçonnerie, établi suivant la 
méthode à laquelle s'est arrêté M. Goffart. Le maïs a été 
haché; la surface du tas, rendue horizontale, a été recouverte 



Hi 






( 206 j 
de planches chargées de matières lourdes. Comment expli 
qu r la çonservat-on pour ainsi dire indéfinie de ce fo rrl " 
qui subira nécessairement des transformations qu'il serak 
imposs.b.ed -Uer^arcecpx'ellessontlaconséoueTce mêm 
de ^continuation de la vie dans les cellules végé 1 T 

JNous devons considérer deux n^i„j u- V " 
* -Me pendan, „,„.„„ 2^2*^"*- J 

Iule» ,„„, devenues à peu prés i„e rles . ' CS "■; 

-» r* e s ,é ri eu r e. I^Si^ïL** 

« nr se d, S a g e, de ,W pj„ ètr e . „S£ ^ ! 
Uni de 1 oxygène; mais »„„ couche d (Wra „f . 

te» «te. de la ,e mp éra,ure ex.erienre ne se fou, 

ture distincte, supérieure à celle de l>«*. u- „ 

échaullement est produit par 1 tan fo Im at w"" ^ 

^ Q )i. i i ., r uansIO 'mations dont 1p« 

cellules sont lesiège; il en est même la mesure. Peu" peu 

a emperature in.érieure s'abaisse à mesure q J a ZlZ 
t .«.on cellulaire perd de son intensité. Mais la prod t on 
d acide c. P bo„ iqU e reste toujours suffisante pC com 
penser la diminution de volume provenant du LroidiLt 

Les variations dans la pression de l'air extérieur ne sont 
l-as a redouter. Toute diminution de pression es "o 

pagnéed'unfortdégagementd'acidecarL^ep le;;:" 
non seulement des gaz interposés entre il p C 2 S d ' 



( 20 7 ) 
fourrage, mais aussi du gaz dissous dans les liquides delà 
matière végétale et dont le poids s'élève aux 4- de la masse 
totale. Une augmentation de pression aura ensuite pour 
effet de faire naître un arrêt dans la sortie du gaz et d'ame- 
ner une pénétration des couches extérieures par l'oxygène 
de l'air; mais cet oxygène absorbé rapidement ne subsiste 
pas assez longtemps pour permettre aux moisissures de se 
développer en proportion appréciable. L'arrêt dans le dé- 
gagement de l'acide carbonique cesse dès que la quantité 
de gaz produit par la fermentation qui continue sans in- 
terruption aura comblé les pertes effectuées par le 
silo sous l'influence d'une diminution brusque de pres- 
sion. 

Pour se convaincre qu'il doit en être ainsi, il suffit de 
remarquer que dans les flacons 3 et 2 le dégagement de 
gaz s'elïeclue régulièrement chaque jour, sans arrêt pro- 
longé. 

Pendant cet intervalle de temps, que nous avons appelé 
période de bonne conservation, le fourrage vert se trouve, 
sauf une bande étroite, dans les mêmes conditions que s'il 
était enfermé dans un vase imperméable à l'oxygène de 
l'air. Son aspect et sa couleur sont les mêmes dans le silo 
et dans les flacons de verre; les mêmes modifications s'o- 
pèrent dans la matière végétale. Cette période est plus ou 
moins longue suivant la nature du fourrage, l'état dans 
lequel il a été ensilé, son degré plus ou moins avancé de 
végétation. 

On peut recueillir des renseignements utiles sur la durée 
de cette période, en étudiant la marche du dégagement 
gazeux que produirait ce même fourrage enfermé dans un 
flacon à l'abri de l'air. 

C'est pendant cette première période que s'opèrent 
toutes les réactions intimes qui changent le fourrage frais 
en fourrage fermenté; elles cessent en même temps que le 
dégagement gazeux. A partir du moment où se termine 



H 



"H 



I 



( 208 ) 
cette période, la matière végétale devient inerte et les di 
vers principes immédiats qu'elle contient ne subissent plus 
que des modifications insensibles, si elle ne devient pas le 
siège de fermentations étrangères. 

Deuxième période. - Ces transformations qui ont ac- 
compagne le dégagement de l'acide carbonique ont eu pour 
effet de méfier l'état physique du {o ^ de ^ 
lu. permettre de se conserver encore en silo lorsque les 
cellules végétales ne possèdent plus le pouvoir d'absorber 
rapidement 1 oxygène. 

Le tissu même des cellules s'altère : ou il se désagrège 
complètement, ou il subit un ramollissement notable. Ce 
fil est la cause de l'affaissement qu'on observe dans tous 
Jes ensilages de maïs. 

« Au moment où le maïs vert vient d'être haché, dit 
M Goffart, il est tout vif encore et doué d'une élasticité 
telle qu x reagu fortement contre la pression momentanée 
que vous lui avez fai t subir , il remonte sous le pied à peine 
relevé de 1 ouvrier. 

>» H n'en est plus de même quelques jours ou quelques 
semâmes après: le mais ne tarde pas à subir un ra- 
mollissement qui en diminue successivement l'élasti- ' 
cite. » 

Aussi est-il nécessaire que la couverture que Ton donne 
a la masse du fourrage ensilé la suive dans son mouve- 
ment d affaissement, afin de ne laisser subsister aucun 
vide a son ultérieur. Dans le cas d'une couverture en terre, 
telle qu on 1 emploie dans les silos creusés dans le sol, il 
faut s assurer qu'elle suit le maïs à mesure qu'il des- 
cend, et reparer sa surface toutes les fois qu'elle se fen- 
aille. 

Le mode de fermeture adopté par M. Goffart est excel- 
lent. Des planches juxtaposées, mobiles les unes par rap- 
port aux autres et chargées d'un poids qui a été évalué à 
000 par mètre carré, constituent un couvercle mobile 



qui accompagne la matière sous-jaeente dans son mou- 
vement de descente et qui maintient en contact toutes les 
parties. 

Pour comprendre toute l'imporlancede cette recomman- 
dation, il faut remarquer que l'affaissement peut s'élever 
aux -^ du volume total. M. Bel la a constaté chez M. Gof- 
fart que la hauteur d'un tas, primitivement égale à 2 m ,6o, 
se trouvait réduite à i ] ",6o. Sans une compression suffi- 
sante et régulière, des vides se produisent dans la masse 
du fourrage, de l'oxygène y pénètre dès que le dégagement 
du gaz acide carbonique se ralentit, et les moisissures s'y 
propagent. 

De plus, tous les fragments de matière végétale, qu'ils 
proviennent de feuilles, de fruits ou de liges, se recouvrent 
d'humidité dans les silos, quel que soit leur mode de con- 
struction. Ce fait, qui a une grande utilité pratique, n'est 
pas dû à la compression; il se produirait même dans le cas 
où celle-ci serait nulle. 

11 a pour cause l'exsudation qui se produit naturelle- 
ment à la surface des cellules végétales, soit que les li- 
quides qu'elles contiennent s'en échappent en même 
temps que les parois se désagrègent, soit que l'eau en sorte 
par voie de volatilisation pour se condenser à l'extérieur. 

En résumé, sous l'influence d'un tassement convenable, 
les divers morceaux de fourrage se rapprochent, les inter- 
valles qui les séparent deviennent très petits et se rem- 
plissent de liquide saturé d'acide carbonique sans interpo- 
sition de matière gazeuse. Après cette première période de 
conservation qui a été décrite précédemment, il ne doit 
plus y avoir dans le silo qu'une masse compacte qui en 
occupe toute la capacité, dans laquelle il n'existe aucun 
vide et qui oppose à la pénétration de l'air extérieur la 
même difficulté que pourrait le faire une matière homo- 
gène, semi-fluide, de même forme et de même dimension. 
Ces diverses conditions sont indispensables à la conserva- 

BoUSSIN'CAliLT. — Agr., Vil. l 4 



( *<o ) 

tion du maïs, à partir du moment où les cellules végétales 
deviennent inactives. 



ÉTUDE DE DIVERSES PARTICULARITES DE i/ewSILAGE. 

Le maïs haché doit se conserver plus facilement que les 
tiges que 1 on garde entières. Il est difficile de les ranger 
de manière à faire disparais par le tassement, même après 
fermentation, tout interstice pouvant servira l'introduc- 
tion de I air dans la masse du fourrage. 

Quand on l.acl.e le maïs, on ne doit p as , p0U r les 
mêmes motifs, donner aux morceaux une trop grande lon- 
gueur. 

Le plus souvent, le maïs ensilé se recouvre de moisis- 
sures sur une légère épaisseur, aux points où il est en con- 
tact avec l'air, c'est-à-dire à la surface supérieure et au 
voisinage des parois verticales du silo, le long desquelles 
1 oxygène peut pénétrer. Cette couche altérée a une épais- 
seur de o», o 2 à o"\o4 dans les silos de M. Goffarf on la 
trouve après deux mois d'ensilage, précisément à partir de 
1 époque où le dégagement d'acide carbonique se ralentit 
Ce fan est d'accord avec l'explication que je viens de don- 
ner. 

Je partage entièrement l'avis de M. Goffart au sujet de 
1 influence que peut exercer sur la conservation du maïs 
son mélange avec de la paille. 

« Je ne lardai pas à reconnaître, écrit M. Goffart, que 
le mélange de paille et de maïs se conservait d'autant moins 
de temps que la proportion de paille était plus considé- 
rable. Un cinquième en volume, soit un dixième en 
poids, c'était le maximum de ce que le maïs pouvait en 
supporter sans être exposé à une prompte altération » 

Lorsqu'on mélange de la paille au maïs, il est nécessaire 
qu elle soit en quantité telle, qu'elle puisse être mouillée 
complètement par les liquides que le maïs laisse échapper 



(<HI ) 

pendant sa fermentaiion. D'autre part, il est utile qu'elle 
soit assez ramollie pour se comporter comme le fourrage 
lui-même. Si chaque morceau de paille constitue un tube 
rempli de gaz, et que ces tubes se juxtaposent formant un 
réseau continu dans le silo, le fourrage ensilé se conserve 
à l'état de masse poreuse, à l'intérieur de laquelle l'air pé- 
nètre et les moisissures se développent. 

Quand on suit avec attention ces divers phénomènes, on 
reste convaincu qu'il est impossible d'empêcher ces trans- 
formations, qui caractérisent la fermentation cellulaire des 
végétaux. On doit même ajouter que cette fermentation est 
utilisée pour la conservation des fourrages en silo. Tout le 
talent de l'agriculteur consiste à éviter ces fermentations 
parasites qui peuvent prendre naissance par le développe- 
ment de ferments étrangers et qui conduiraient à une al- 
tération plus profonde de la substance végétale. On doit re- 
douter les fermentations lactique, acétique et butyrique. 
Cette dernière surtout donne au fourrage une odeur spé- 
ciale qui imprègne les étables et tous les bâtiments de 
ferme ; lorsqu'elle n'est pas très développée, elle n'empêche 
pas le bétail de consommer les aliments qu'on lui présente ; 
mais la diffusion du ferment butyrique ne saurait être sans 
inconvénient dans une ferme où l'on produit du lait, soit 
qu'on le vende en nature, soit qu'on le transforme en beurre 
ou en fromage. 

Je devais insister sur cette distinction entre ces diverses 
fermentations, afin de ne point paraître en contradiction 
avec M. Goffart, qui insiste sur le principe suivant dans 
tous ses écrits : 

« Le but à atteindre, c'est d'empêcher toute espèce de 
fermentation avant comme après l'ensilage, car le moyen 
d'éviter les mauvaises fermentations, c'est de n'en laisser 
produire d'aucune sorte. » 



■ 



I 



( 212 ; 

FERMENTATION DU TRÈFLE. 

Le trèfle a été soumis aux mêmes essais que le maïs. 

Le 20 juillet 1879, deux flacons étaient remplis de trèfle 

bâché eldisposéscomme les flacons 1 et 2, pour qu'on puisse 
recueillir le gaz produit. 

Le même jour, on faisait dessécher 12 6 e r du même 
trèfle, pour le soumettre à l'analyse. 

L'un des flacons contenait $60^,4 de trèfle; dans le se- 
cond, on en avait introduit un poids de 2 22 e r ,8. Les gaz 
dégagés ont été mesurés ; leur volume total, ramené à la 
température de 0° et à la pression de o m , 7 6o, a été respec- 
tivement égal à 2333-, 7 et i84i",6. Les poids correspon- 
dants sont 4^, 5 7 i et 3»', 609. Pour le poids total du four- 
rage 583^,2, la perte due à l'acide carbonique est 8« r , 28 
soit 1 ,44 pour 100. 

Le 1 3 octobre,le dégagement gazeux était devenu presque 
nul, et on mettait fin à l'expérience. 

Le trèfle fermenté extrait des flacons a été soumis à la 
dessiccation. Ces derniers essais n'avaient pas été institués 
dans le but unique d'obtenir une nouvelle vérification de 
faits bien souvent vérifiés; on se proposait surtout de pré- 
parer deux échantillons exactement comparables, permet- 
tant de mettre en évidence les changements de composition 
survenus dans la substance végétale. 

FABRICATION DU FOIN BRUN. 

On peut rattacher encore aux phénomènes de fermenta- 
tion cellulaire la fabrication du foin brun. Le procédé en 
usage consiste à dresser des meules de fourrage vert que 
1 on ouvre ensuite pour produire une dessiccation rapide 
*ul doute qu'au centre des meules le fourrage ne se trouve 
dans les mêmes conditions qu'en silo. Les couches exté- 
rieures suffisent pour absorber l'oxygène de l'air qui ten- 
drait a pénétrer à l'intérieur. La température s'élève au 



( a.3 ) 

centre de la masse; la chaleur dégagée est la conséquence 
des réactions chimiques qui prennent naissance dans les 
cellules mêmes et qui équivalent à une véritable combus- 
tion. Cet échauffement est accompagné d'une volatilisation 
de l'eau de végétation. 

Lorsque la meule est ouverte, l'herbe se dessèche rapide- 
ment, parce que l'eau à évaporer recouvre extérieurement 
les feuilles et les tiges et n'est plus emprisonnée dans les 
cellules, comme cela a lieu dans le fanage ordinaire. 

Donc, dans la production du foin brun, deux opérations 
distinctes se succèdent : l'une qui consiste à mettre le four- 
rage vert en meule et qui a pour effet de faire sortir l'eau 
de végétation de l'intérieur des cellules et des vaisseaux, la 
seconde qui a pour but de faire évaporer cette eau. La pre- 
mière de ces opérations entraîne nécessairement une partie 
des transformations qui se produisent dans la conservation 
du maïs en silo. C'est à ce motif que l'on doit rapporter la 
couleur brune du foin brun, son odeur spéciale et la dif- 
férence de sa composition avec le foin ordinaire. 



MODIFICATIONS DE COMPOSITION SUBIES PAR UN FOURRAGE VERT 
CONSERVÉ KN SILO. 

On prendra, comme point de départ, le fourrage con- 
servé dans de bonnes conditions, à l'abri des fermentations 
étrangères. Le type de ce fourrage est celui qui a été fer- 
menté en flacon, sans avoir de contact avec l'oxygène de 
l'air. C'est dans ces conditions seulement qu'on peut obte- 
nir des résultats suffisamment constants. Une fois la fer- 
mentation cellulaire terminée, le fourrage reste inerte, et la 
durée de la conservation n'a plus d'influence : son poids 
ne varie plus, et il ne peut se produire dans sa masse que 
les modifications qui résulteraient de l'action chimique 
directe des diverses substances en contact les unes avec les 
autres. 



w 

Mi 



( 214 ) 

i° On observe une perte dans le poids brut de la ma- 
tière ensilée. Cette perte nécessaire est due : i ° au poids de 
l'acide carbonique qui se dégage; i° à celui de la vapeur 
d'eau dont on ne saurait empêcher complètement le départ. 

On ne peut pas mesurer a priori la perte due à l'évapo- 
ration : elle dépend des conditions d'aménagement du silo 
et de la température à son intérieur. Elle ne fait perdre 
aucune substance alimentaire. 

Quant à la perte en acide carbonique, on peut l'évaluer 
approximativement. Dans les flacons 1 et 2 le poids du maïs 
était : 

er 
Le 9 novembre g^3 

Le 17 mars suivant 922, 4 

Perte 20,6 

sou 2,18 pour 100 du poids primitif; ce poids représente 
environ io lu de gaz acide carbonique par kilogramme de 
matière ensilée. 

Pour le trèfle, le poids de l'acide carbonique a été exac- 
tement 8s r , 2 8o pour 583? r de fourrage, soit i4s r , 2 o par ki- 
logramme de fourrage, ce qui représente un volume supé- 
rieur à y m . 

Lorsque la matière végétale est le siège de fermentations 
accessoires, lorsque des moisissures s'y développent, la 
perte est plus considérable. Dans la cloche où nous avons 
fait pénétrer de l'air à plusieurs reprises, par voie d'aspi- 
ration, la perte supportée par le maïs s'est élevée à 10,69 
pour ioo du poids initial. 

2 La conservation d'un fourrage en silo est toujours 
accompagnée d'une production d'alcool. Le maïs des flacons 
\ et 2 en contenait 1,372 pour 100 de son poids. 

Voici la marche suivie pour la recherche et la séparation 
de l'alcool : 23aS r ,4 de fourrage sont soumis à l'ébullition 
dans une cornue en verre avec i at d'eau distillée; on con- 
dense les vapeurs dans un serpentin en verre entouré d'eau 



( »*5 ; 

froide et on recueille au moins le tiers du liquide employé. 
La liqueur condensée est soumise à de nouvelles rectifica- 
tions, de manière à réduire son volume à quelques centi- 
mètres cubes. Le produit de ces rectifications est introduit 
dans une éprouvelle graduée, et on y ajoute une quantité 
de carbonate de potasse supérieure à celle qui est néces- 
saire pour saturer un volume égal d'eau; l'alcool se 
sépare et vient surnager la solution saturée de carbonate 
de potasse. On mesure l'alcool cl on calcule sou poids. 

Dans le cas actuel, le volume de l'alcool séparé a été 
trouvé égal à 4 CC , soit i7 cc ,2 par kilogramme, et en poids 
i3e r ,72. 

Un maïs provenant d'un silo de M. Galery, agriculteur 
à Tliorigné, près Rennes, contenait 6", 4 d'alcool par 
kilogramme; le maïs avait été extrait des silos le 16 no- 
vembre; la fermentation n'avait donc pas duré plus d'un 
mois. 

Un échantillon de maïs fermenté, qui nous avait été en- 
voyé par M. Champion, propriétaire agriculteur à Feins 
(Ille-et-Vilaine), n'a fourni que 3 CC , 67 par kilogramme. Il 
avait été retiré le i3 février 1879 d'un silo entamé le i5 dé- 
cembre précédent et qui avait été terminé le a3 octobre. 

M. Barrai a constaté que du maïs provenant d'un des 
silos de M. Goffart contenait i rc ,a d'alcool par kilo- 
gramme. 

3" Les fourrages fermentes contiennent de l'acide acé- 
tique d'une manière normale. On le retrouve dans les 
liquides de distillation où l'on recherche l'alcool. Ceux que 
l 'on avai t obtenus avec le maïsdes flacons n°l et n° 2, où la fer- 
mentation s'était effectuée intégralement à l'abri de l'air, 
avaient une réaction nettement acide ; celle acidité était 
due seulement à la présence de l'acide acétique. La pro- 
portion s'élevait à un demi-millième du poids de la ma- 
tière végétale. M. Duclaux a montré que cet acide se pro- 
duit dans toutes les fermentations alcooliques j c'est un 



( a.6) 
point de ressemblance entre les transformations produites 
par les globules de levure et celles que font naître les cel- 
lules ve'gétales privées d'oxygène. 

M. Barrai a également reconnu la présence de l'acide 
acétique dans les silos de M. Goffart. Dans trois d'entre 
eux, l'acidité évaluée en acide sulfurique s'est élevée, par 
kilogramme de fourrage, aux nombres o^, 99 - 56', 44 et 
7 Er ,9 2 - 

Dans les échantillons de maïs de M. Galery et de 
M. Champion,la proportion d'acide a été, par kilogramme, 
7 er ,47et4 s, ',65. 

Ces quantités sont supérieures à celles qui résultent d'une 
fermentation cellulaire pure ; même souvent l'acide buty- 
rique se trouve mélangé à l'acide acétique. C'est le résultai 
d'une fermentation étrangère. 

Il importe actuellement de rechercher sur quels prin- 
cipes immédials porte spécialement la perte constatée dans 
le poids du fourrage pendant la fermentation. Quels sont 
les matériaux qui fournissent les éléments nécessaires à la 
formation de l'acide carbonique, de l'alcool et de l'acide 
acétique? 

Pour s'en rendre compte, il faut analyser comparative- 
ment le fourrage pris au moment de l'ensilage et le four- 
rage conservé en silo. C'est ce que j'ai cherché à faire dans 
les meilleures conditions possibles. 

MM. Champion et Galery m'ont envoyé plusieurs tiges 
de maïs lors de l'ensilage ; leur analyse a servi de terme de 
comparaison pour le maïs de leurs silos. 

Un échantillon de mais, identique à celui qui a été intro- 
duit dans les flacons n° 1 et n° 2, a été analysé. 

On a agi de la môme manière pour le trèfle, dont la fer- 
mentation s'est accomplie en flacon. J'ai déjà indiqué les 
précautions prises dans la préparation des échantillons 
pour rendre les résultats réellement comparables. C'est un 
point sur lequel on ne saurait trop insister. 



k= 




Eau et matières vo- 
latiles à ioo°. . . . 

Matières azotées. . 

Ammoniaque 

Glucose 

Sucre 

Amidon 

Matières poétiques 

Cellulose 

Matières grasses. . . 



MAIS DES TROIS-CROIX 



avant 
ferniontalion 


fermenté 
en 

flacon. 


formonlé 

ot envahi 

par les 

moisissures. 


Pi* 1. 


N°2. 


N* 3. 


79,120 


82,377 


85, 740 


2, 465 


3,279 


1,945 


0,031 


0,02'| 


0,012 


a , 064 


o, i46 


, '| 3o 


0,983 


0,064 


"•'71 


4,3o2 


3,945 


2,374 


0,344 


0,18a 


0,119 


6, oj-j 


6,064 


4,g5g 


0.099 


0, 1 53 


, o(i3 



MAÏS DE M 


CHAMPION 


MAÏS DE M. GALERY 


TRÈFLE DES 


TROIS-CROIX 


avant 


fermenté 


avant 


fermenté 


avant 


fermenté 


fermentation. 


en silo 


rermentalion. 


on silo. 


fermentation 


en flacon. 


.V *. 


N" S. 


.N- 6. 


N° 7. 


N» S. 


IN" 9. 


8u , 788 


83,1 7 o 


79,270 


83,470 


76,420 


77,480 


2,74l 


1,548 


1,958 


1,672 


4,8lO 


4 , 3 1 1 


o,o3 1 


0,°47 


0.023 


0,024 


0,026 


o,o85 


2,089 


0,26'| 


i,83a 


0,714 


o,474 


o,458 


o,8j6 


. 1 38 


1 ,084 


l ,3io 


0,457 


o,3o8 


.1,319 


3,i84 


3,089 


a ,845 


\ . 2.30 


'477 


o,495 


0, 3..', 


, 4 1 


, 073 


1 ,3o3 


0,509 


5,o33 


1.1 "'9 


4,644 


4,547 


8,oi5 


7,296 


0,121 


0,210 


0,110 


0.255 


0,24' 


0,377 



va 












Nous donnerons d'ahmvl 1, 

qui se rannnr, T composition en centièmes 

qui s e rap a Ja mai] . ie ^^ 

eo r : u ;:;;';, o]t au m r n : de p ^^ ° u de *-« 

pHnc ipaIememenceq J o= - : ™^e^e ; 

cécJen! 3 C ° mpara :' SOn des no '" b -s inscrits au Tableau pré- 
cèdes, on peul tirer quelques conséquences utiles • 

dans le™ P T ,l, ' 0n ^ m3tièreS V ° lali,es est I*« forte 

" è 2 ls 5rrï pa ; ****** ,e p° ids * i- «- 

ne d i n ^«»»«-«. - «* une diminution. Ce fait 

pendan la "' P"'^ ' 3 *""■ f l Ue ^ 

S' ^ CDl r n P° rte SUr ,es P-cipes immédiats 
qu. existaient primuivement dans le fourrage- l'eau ne 
* évapore qu'en quantité relativement faible; de l'a. 
prend n ,. Imnce circonstances qui tendent tout s à ^ 
meme la proportion de Peau et celle des matières volatile! 
Une légère diminution s'observe dans la teneur des 
fourrages en matières a.otées. Elle reste faible dans e 
onda 10 ns normales. Cependant elle parait notable pou 
t W "" 3 • »* «■ ^is on doit remarquer^ 
" 3 a Cle envahl P ar >?» moisissures. Quant au n» 5 
nous avons appris qu'il s'était produit, pendant sa censée 
va m n en silo, un fait déjà signalé par M. Goffart et qui 
« du a un excès de pression des matériaux dont on se sert 

éZll°Tl ^ maïS ' UnC Cer ' aJne *™ nilé de, '>^es 

I? 66 ,a ' naSSe d " f — ^ et s'était écoulée au 

dehors du s.lo. On reconnaît par là que l'on n'a pas intérêt 



( 2i9 ) 
à exagérer une pression qui peut faire perdre une partie 
des matières azotées existant dans le mais. 

Une légère augmentation dans la proportion de l'ammo- 
niaque révèle un commencement d'altération des principes 
albuminoïdes. 

L'ammoniaque extraite des fourrages fermentes possède 
l'odeur des ammoniaques composées. 

3° La déperdition la plus considérable porte sur ces 
principes immédiats qu'on est convenu de désigner sous le 
terme général de glucosides. On l'observe d'une manière 
constante sur les substances pecliques, puis sur la glucose 
et le sucre, l'amidon et la cellulose. Suivant les cas, la 
principale perte porte tantôt sur le groupe glucose et sucre, 
tantôt sur le groupe amidon et cellulose. 

Pour comparer ces diverses pertes aux poids de l'alcool 
et du gaz acide carbonique, il est nécessaire: i.° de connaître 
exactement le poids de la matière fermenlée avant et après 
fermentation; 2° la quantité de matières volatiles conte- 
nues dans le fourrage au moment de l'ensilage et à la sor- 
tie du silo. 

Lorsque ces deux données manquent, on ne se trouve 
plus en présence de résultats exactement comparables. Il 
suflSt en effet de prendre les échantillons de maïs n° 1 et 
n° 2, alors qu'ils contiennent la même quantité d'eau et 
qu'ils ont été partiellement desséchés pour être analysés, 
et de mettre en présence leur composition. 

Maïs 

non fermenté, fermenté. 

Eau 7.6o 7,60 

Matières azotées. . . . 10,91 "iÇP 

Ammoniaque 0.091 0,128 

Glucose 9ï l3a 0,768 

Sucre 4> 35t °> 33 7 

Amidon 19,034 20,679 

Cellulose 28,040 3i , 7g3 

Matières grasses ... o, 44° ° ' ^°° 







( 220 ) 

Dans ces conditions, le maïs fermenté paraît plus riche 
en maueres azotées, en amidon et en cellulose que le m^ 
fi™, alors que réellement il y . eU perte en'ces iT e 
pnncpes comme pour le sucre et le glucose. On s'exphW 

ctTo"; 6 r r rr ,i,antque ,e * oidsde ia -^ 

ne r5 et T e ° UrraSe ' ' VtM nat " reI ' «* 

entre i5 et 20 pour ,00, et que les échantillons analysés 

ont presque secs. Lorsqu'on calcule la composition du 

^rrage a l'état naturel, une différence de , pour.ooseu- 

ement dans le taux de l'humidité ou dans le poids de ma- 

reir i i v S :l e fi T enUe danS ieS ,0 ° kS Pr ° duh une — 
relève de 6 a y pour 100 sur chacun des nombres cal- 
Dans les ensilages en grand, il est presque impossible 
de determ.ner la p ei -te de matières survenue pendant la 
fermentation. On les trouve dans de meilleures conditions 
lorsque la fermentation se produit à l'abri de l'air, dans les 
flacons semblables à ceux que nous avons employés pour 

rT Ï " C trèfl< T. DaDS " dernîer C3S ' ° n ** >« JJ. 
formatas .reguheres et on p CUt calcuIer ]a ^ ^ 

du fo„ rra £ é en prenant ^^ ^ 

nM et7 2 , '"r ïï n ° US aV ° nS fail P°- ^ -- 
n 1 et n° 2 et pour le trèfle. 






( 221 



PRINCIPES IMMEDIATS 
dosés. 



Acide carbonique dégagé. 
Eau et matières volatiles 

à ioo° 

Sur lesquelles, alcool 

Matières azotées 

Ammoniaque 

Glucose 

Sucre 

Amidon 

Matières pectiques. . . 

Cellulose 

Matières grasses 

Perte totale. . . . 





MAÏS 







G 
O 

C <° 
| 


-ai 

| 



j No 1. 


No 2. 


I 


2,l8 


1 

'79,120 


80, 58 




,,342 


3,465 


2,232 


0,023 


0,024 


2,o64 


0, i43 


0, 9 83 


o,o63 


4,303 


3,863 


0,344 


0, 178 


6,337 


5,939 


0,099 


°,i49 



o,233J 

1,921 
0,920 

o,439 
o,i66j 
0,398! 



76,420 

4,810 
0,026 

o.474 
0,457 
4,23o 
1 ,3o3 
8,oi5 
0,341 



4.077 



No 9. 
l,' )2 

76,380 

4. 2 49 

o,o83 
o,452 
o,3o4 
i,456 
o,5oi 

7> I 9 1 

0,372 



, 56 1 

0,022 
0, i53 

0,802 

0,83^ 



>.i36 



Pour les échantillons n" 1 et n° 2, sur un poids de 
fourrage vert de ioo ks , ce qui correspond à un poids de 
20 k6 ,88 de matières sèches utilisables, il se fait une déper- 
dition de 3 kê , 844 sur les matières hydrocarbonées, et si l'on 
tient compte des principes protéiques, elle dépasse 4 ks ,soit 
environ 4 de la masse alimentaire totale. Il en est à peu 
près de même pour le trèfle. 

Seulement, comme l'a déjà fait remarquer M. Grandeau, 
la perte portant principalement sur les principes hydro- 
carbonés, cette fermentation en silo a pour effet d'élever 
la valeur du rapport du poids de la protéine à celui des 
glucosides et du ligneux, et d'augmenter la digestibilité du 
fourrage. On perd une partie des principes nutritifs les 
moins précieux, mais le résidu est plus complètement uti- 
lisable. 

La perle de glucosides (3 kg ,844) est notablement supé- 



■ 



( 2 22 ) 

Heure au double du poids de l'alcool produit (i k s,34 2 ); il 
n'en serait pas de même dans une fermentation alcoolique 
ordinaire. 

De plus, la perte en sucre et en glucose s'élève seulement 
n a k s,83i; il est donc certain que l'amidon et la cellulose 
ont pris part à ces transformations. Ce résultat ressort bien 
plus nettement encore de la comparaison des analyses de 
trèfle ; on voit en effet les diminutions dans les proportions 
de sucre et de glucose former ensemble un poids de 
o 6r ,i 7 5, qui ne représente que les fâ de celui de l'acide 
carbonique dégagé. 

Ces faits sont conformes à ceux que j'ai observés dans 
des expériences effectuées sur des fruits, en commun avec 
M. Bellamy. 

Dans ces fermentations cellulaires, l'ami'don et la cellu- 
lose se transforment en glucose,pour subirensuiteles mêmes 
modifications que ce dernier principe. Dans de semblables 
phénomènes, on ne saurait se contenter de comparer aux 
poids de l'alcool et de l'acide carbonique celui de la ma- 
tière sucrée disparue. Il peut arriver, en effet, que, dans 
un fruit vert non parvenu à maturité, la proportion de 
sucre soit, après fermentation, supérieure à celle que le 
végétal contenait auparavant. 

Des poires Belle-Bruxelles, cueillies le i £l juillet 1874, 
ont été mises en flacon au nombre de quatre. Elles pesaient 
ensemble i6 9 « r ,5. Après cessation de tout dégagement ga- 
zeux, elles ont été pesées le 29 décembre suivant : elles 
avaient perdu g*', 5 de leur poids, et on avait recueilli 
22 7 4« de gaz acide carbonique, pesant 48*,3aa; elles con- 
tenaient a« r ,84 d'alcool. La somme de ces deux derniers 
poids est seulement 7S r ,i52. 

■ Des poires identiques aux précédentes avaient été analy- 
sées le i er juillet. La composition des poires à l'entrée et à 
la sortie des flacons est la suivante : 



( 223 ) 

1" juillet. 

Eau 82, to 

Glucose 2,58 

Matières pouvant se transfor- 
mer en glucose par ébulli 

tion avec les acides 3,3q 

Ligneux 2j 85 



27 décembre. 

8 7 , 3 7 
o ,00 



2,14 

2,23 



Dans le poids de poire soumis à la fermentation, il n'y 
avait que 4 S %36 de glucose, quantité inférieure à la 
somme des poids de l'acide carbonique et de l'alcool pro- 
duits. 

Dans ce cas particulier, tout le glucose a été détruit; 
il en est d'autres où il n'a pas disparu complètement, et 
où la perte constatée est inférieure aux poids de l'alcool et 
de l'acide carbonique pris ensemble. 

Le 2D juin 1874, i3 petites pommes de locard encore 
vertes, pesant ensemble 209 Rr ,5,ont été enfermées dans uu 
flacon muni d'un tube abducteur se rendant sous le mer- 
cure. Le i5 juillet suivant, après dégagement de 1827 e1 ' de 
gaz, pesant 3s r , 5gp, elles ont été retirées du flacon; on y a 
dosé l'alcool et le sucre, et on est arrivé au résultat sui- 
vant : 

Glucose. 
Kr 

Avant fermentation 8 , 2t5 

Après fermentation A,i(h 

Perte de glucose 4> ' >4 

Alcool et acide carbonique ensemble . ... 7, 177 



Pour des groseilles à grappe encore vertes, la proportion 
des matières sucrées a augmenté pendant la fermentation; 
d'abord égale à o,83 pour 100, elle est devenue égale à 
1,25 pour 100. Des résultats analogues aux précédents 
pourraient être cités pour les fruits arrivés à complète 
maturité. 





( 224 ) 

En résumé, le poids du gaz acide carbonique produit est 
plus fort que celu, de l'alcool ; la perte en matfère su r" 
est tantôt supérieure, tantôt inférieure à la somme des 
poids de 1 ac ld e carbonique et de l'alcool. Ces différent 
s exp bquent par les modifications subies par l'amidon, la 
cellulose et les matières pectiaues. En supposant que ce 
derme» principes immédiats se transforment en glucose e 
que celui-c, serve à produire seul l'alcool et l'acide car- 
bonique q UI prennent naissance, le poids des substances 
sucrées qui se trouvent ainsi détruites est plus élevé 
qu il ne le serait dans une fermentation alcoolique ordi- 
naire. l 



C0MPMA,50N DES «OPOETIO M DE MATiiBES GRASSES C0KTEN „ ES 
DANS UN MÊME FOURRAGE AVANT ET A p RES „ MMIATIOIr . 

Il nous reste à parler des poids de matières grasses con- 
tenus dans les fourrages fermentes et dans ceux qui ne le 
sont pas. Dans tous les échantillons analysés, excepté dans 
celui ou se sont développées des moisissures, on a constaté 
après fermentation, une augmentation dans la proportion 
des maneres grasses brutes, même en tenant compte des 
pênes de poids subies par le fourrage. Nous avons vu corn- 
bien cette dernière condition est importante quand il s'agit 
de formuler une conséquence rigoureuse. 

Tel maïs fermenté pourrait être plus riche en matière 
grasse qu'il ne l'était avant d'être mis en silo, sans qu'on 
put en conclure exactement à une production de matière 
grasse pendant la fermentation. 11 est indispensable de 
temr compte des pertes subies par le fourrage et des 
quantités d'eau qu'il contient au début et à la fin de l'en- 
silage. 

Les nombres qui se trouvent inscrits dans les Tableaux 
précédents se rapportent aux matières grasses brutes qu'on 
obtient en épuisant par le sulfure de carbone pur le four- 



I j 



( 2*5 ) 

rage complètement desséché. Ils ont été obtenus en inscri- 
vant le poids du résidu de l'évaporation du sulfure de car- 
bone. Dans ce résidu se trouvent de la cire, des matières 
grasses et de la chlorophylle. Or il est un fait qui ne sau- 
rait échapper à ceux qui dosent comparativement les ma- 
tières grasses dans une substance végétale, avant et après 
fermentation. Dans ce dernier cas, les matières grasses 
séparées sont beaucoup plus colorées ; il en résulte 
qu'elles contiennent un poids plus élevé de matières étran- 
gères. 

Il nous a paru indispensable de rechercher si l'augmen- 
tation de poids du résidu était due seulement à un accrois- 
sement dans celui des impuretés. Or, les prorédés de dosage 
des matières grasses sont incomplets; on ne sait pas séparer 
la ehlorppliylle de la cire et des matières grasses propre- 
ment dites. 

On a parlé de l'emploi du noir animal en poudre pour 
décolorer les matières grasses souillées par la chlorophylle ; 
mais cet emploi a un inconvénient grave avec lequel il faut 
compter. 

Pour enlever la chlorophylle enlevée par le sulfure de 
carbone à io sr de fourrage, il faut au moins 2 sr de noir 
animal en poudre -, or cette substance ne peut séjourner au 
contact d'une solution de matières grasses dans lesulfurede 
carbone sans en retenir une proportion notable. La perte 
augmente avec la quantité de noir employée : 

Matière grasse dissoute dans 5o™ de sulfure K ,. 

de carbone 0,119 

Après contact de 28'' de noir, résidu o, 10 r 

r de 4 " o,o83 



La perte varie avec la quantité de matière grasse ; elle 
augmente avec cette dernière jusqu'à un certain degré, à 
partir duquel elle reste constante : 

BOL'SSINGAULT. dgT., VII. l5 



Huile traitée 
par 2<? r de noir. 

0,028 
o,o5o 
0,078 
o, 108 

0,167 



( 226 ) 



Résidu. 

er 
o ,004 

0,018 

0,043 

0,070 

o, 128 



Perte. 

er 
0,024 

0,û32 

o,o35 
o,o38 
0,039 



■ Dans tous ces essais, la matière grasseétait dissoute dans 
5o de sulfure de carbone; on laissait le contact subsister 
pendant un temps constant ; on filtrait la dissolution, et on 

avait Je no.r et le filtre avec un volume de sulfure de car- 
bone égal à 20 cc . 

La perte n'est pas la même pour toutes les matières 
grasses. Vo,ci les nombres qui ont été fournis par le suif : 



Poids de suif. 

er 

o,o36 
0,068 
o, j 12 
0,200 



Résidu. 

?r 

0,010 
0,02g 
0,060 
0,140 



Perte. 

er 
0,026 

0,039 

0,o52 
O.OÔO 



Avec la cire, la perte est plus faible pour des poids égaux 
de substance traités: 

Perte. 

er 

0,009 
0,017 
0,034 
o , o3q 
o,o5o 

Il est certain qne l'état pbysique du noir, son degré de 
finesse, la température à laquelle il a été calciné ne seront 
pas sans influence sur le résultat. 

On ne saurait donc, sans des précautions spéciales, em- 
ployer du no.r pour décolorer une solution contenant de 
pet.tes quantités de matières grasses. Si l'on avait à traiter 



Poids de cire. 


Résidu. 


er 
0,025 


er 
0,016 


. o5 1 


0,034 


0, 106 


0,072 


0, i5i 


0,112 


0,206 


0, i56 



( 22 7 ) 
par le sulfure Je carbone une graine oléagineuse, ou toute 
autre matière riche en huile, la perte serait négligeable; 
mais il n'en est pas de même quand le poids de matière 
grasse que l'on doit peser ne dépasse pas un pelît nombre 
de décigrammes ; l'erreur relative devient trop forte. D'un 
autre côté, on ne peut méconnaître que pour les fourrages 
verts de la nature du maïs et du trèfle les matières étran- 
gères, chlorophylle et autres, ne se trouvent en proportion 
notable dans le résidu de l'évaporation du sulfure de car- 
bone. 

Pour chercher à améliorer les résultats obtenus, nous 
avons préparé un échantillon de noir homogène et nous 
avons mesuré l'action d'un poids constant de ce noir (2 ër ) 
sur diverses matières, huile, suif et cire. C'est ainsi que 
nous avons obtenu les résultats précédemment cités. 

A l'aide de ces nombres, nous avons établi des formules 
qui permettent de remonter, du poids obtenu pour le ré- 
sidu, au poids de la matière grasse sur laquelle on a fait 
agir le noir. Ces formules ne peuvent être employées que 
dans les limites mêmes des nombres qui ont servi à en cal- 
culer les coefficients. 

En désignant par y le poids de la matière grasse traitée, 
par a le résidu provenant de l'action de 2 êr de noir, on 
arrive aux formules suivantes: 



JS° 1 pour l'huile . . 
Pi '2 pour le suif. . 
N° 3 pour la cire. . 



y = 22, l4 -H i ,48 " — O ,oo4' a 1 
y =■ 18,08-+- i,83a — o,oo38a' 
y= 1,71" — 0,0023 a 1 . 



Ceci fait, nous avons épuisé, par le sulfure de carbone, 
io 6r de chacun des échantillons de fourrage ; la solution a 
été évaporée. Le résidu, pesé après dessiccation, a été redis- 
sous dans 5o cc de sulfure de carbone; on a traité la solution 
par 2 br de noir dans les mêmes conditions que les essais 
primitifs. La solution décolorée a été filtrée et, après la- 
vage du noir et du filtre avec 20" de sulfure de carbone, 



( 228 ) 

on a fait évaporer la liqueur et pesé le nouveau résidu 
obtenu. Dans tous les cas, la perle surpassait celle qu'on 
aurait observée sur un poids égal de matière grasse pure. 
En appliquant les formules précédentes aux résultats de 
ces doubles essais, chacune d'elles conduisait, comme on 
devait s'y attendre, à des nombres différents. Seulement, 
on pouvait ainsi juger des limites extrêmes entre lesquelles' 
devaient se placer les nombres réels, en supposant que l'on 
se trouvât en présence de mélanges de diverses matières 
grasses, de cire et chlorophylle. Voici les indications aux- 
quelles conduisent ces formules : 



DESIGNATION 

des fourrages. 



Maïs des Trois-Croix. non 
fermenté 

» fermenté 

Maïs de M. Champion . . 

» fermenté 

Maïs de M. Galery 

» fermenté 

Trèfle des Trois-Croix. . . 

» fermenté 



RESIDU 

primilil 



4't>° 
77.0 

58, o 
u3,o 

49.0 
140,0 

97. J 
'44.0 



RÉSIDU 


NOMBRES CALCULÉS 


après 


par la formule 


action 
du noir. 


N° 1. 


N» 2. 


N° 3. 


mgr 








i3 ,0 


4o.7 


4 1 1 2 


22,0 


25,0 


56,6 


61,4 


4j,3 


i6.5 


45,5 


47.2 


27,6 


4i .0 


7 5 '9 


80. 7 60,2 


I0,O 


43,o 


44.7 25,2 


5g, 


9 3 » 3 


"2,g g3,o 


44,o 


79- 3 91,1 | 70,8 


72,0 


107,4 


i3o,o 1 


111,2 



Quelles que soient les variations existant d'une colonne 
à l'autre, on peut constater ces résultats constants, savoir: 
i° les matières grasses brutes subissent une diminution 
beaucoup plus forte pour les fourrages fermentes que pour 
les autres ; 2 malgré cette diminution plus forte, l'appli- 
cation des trois formules donne, pour les fourrages ensilés 
un poids de matières grasses plus élevé. 

En présence de ces résultats, il devenait nécessaire d'ex- 
traire du maïs une certaine quantité de matières grasses et 
de mesurer l'action du même noir sur ces substances préa- 



( 22 9 ) 

lablement décolorées. Nous avons été ainsi conduits à la 
formule suivante : 

y — 2,oo3 a — o,Oo5 a-. 
Nous l'avons appliquée aux poids de résidus déjà trouvés. 
Voici les résultats du calcul : 



DESIGNAT! ON 

des fourrages. 



Maïs des Trois-Croix. . 

» fermenté 

Mais de M. Champion. 

» fermenté 

Mais de M. Galery. . . 

» fermenté 

Trèfle des Trois-Ooix. 
» fermenté 



RESIDU 

primitif. 



mgr 

4i,° 

58,0 
1 1 3 , o 

4 9 ,o 

!,,<> 

97 >■> 



RESIDU 

après 

action 

du noir. 



mgr 
]3.0 

23,0 

i6,5 

^ T ,0 

i5,o 
09,0 

44." 

72,0 



POIDS 

réel. 



3a, 1 

73.6 

29,0 

ioi ,0 

78,3 

Il8,0 



MATIERES 
étrangères. 



msr 
19,8 

3o,o 

26,9 

39,4 

20,0 
39,0 
19, s 

26,0 



Ces résultats, qui ne présentent rien d'anormal, sont 
intermédiaires entre ceux que fourniraient séparément 
le suif et la cire. Ils conduisent pour chacun des échantil- 
lons aux proportions suivantes de matières grasses : 



DÉSIGNATION DES ÉCHANTILLONS. 


PROPORTION POV'R 100 


de matières grasses 
brutes. 


de matières grasses 
purifiées. 


Maïs des Trois-Croix .... 

» fermenté 

Maïs de M. Champion 

Trèfle des Trois-Croix 


0,099 
o,i<i9 
0,121 
0, 210 
0,110 
o,255 
0,24 1 
o,3y2 


0,057 
0,091 
. 060 
0, 137 
0,062 
0,184 
0,201 
, 3o5 





( 2 3o ) 

Quelque faibles que soient, en valeur absolue, les pro- 
portions de matières grasses ainsi réduites, les différences 
précédemment constatées se maintiennent, et le fourrage 
fermenté donne à l'analyse un résultat plus élevé que 
celui qu'on obtient avec le même fourrage pris à l'état na- 
turel. 

Cette question a une importance spéciale au point de 
vue des transformations dont les cellules végétales sont le 
siège. Aussi avons-nous cru devoir vérifier ces premiers 
résultats sur des végétaux différents. Nous avons choisi 
le colza, plante oléagineuse, et nous avons opéré sur la 
graine en la prenant au moment où l'on coupe la plante 
pour lui laisser achever en tas sa maturation. 

Le 28 juin 1880, nous avons introduit dans un flacon 
3oos r de graines que nous avons extraites des siliques 
D'abord vertes, elles avaient pris pour la plupart, après 
douze heures d'exposition à l'air, une teinte brune. Le fla- 
con a été muni d'un tube de verre et fermé hermétiquement. 
Le dégagement de gaz s'est effectué immédiatement et a 
commué jusqu'au 7 octobre, date à laquelle le flacon a été 
ouvert. Les graines, dont la surface était sèche au moment 
de leur introduction dans le flacon, étaient complètement 
mouillées, au point d'être adhérentes entre elles et aux pa- 
rois du flacon. La perte de poids pendant la fermentation 
s'est élevée à 3s r ,35. 

On a déterminé la proportion d'eau contenue dans la 
gra.ne au moment de la fermeture et de l'ouverture du 
flacon : 



Matière sèche. 

28 juin, graine non fermentée 55,26 p. 100 

7 octobre, graine fermentée. .. fi/ ni 

En tenant compte de la per.e de poids par fermentation 
on trouve que 100^ de matière mise en flacon con.enaie.it 
à sa sortie 53& r ,/ ( 07 de matière sèche. 



( »3« ) 

Les proportions de matières grasses trouvées sont les 
suivantes : 

Graine 



Avant fermentation. 
Après fermentation 



sèche. à l'état naturel. 

43,4o p. lOO 23,98 p. IOO 

45,93 » 24,53 • 



Le dosage a éié effectué sur 5 sr de graine. L'huile obtenue 
avait une coloration vert brunâtre. 

En résumé, les matières grasses, loin d'être détruites 
pendant la fermentation cellulaire et la conservation des 
fourrages en silo, comme le sont les principes sucrés et 
amylacés, se conservent intactes et même subissent un 
accroissement. L'augmentation est faible, puisqu'elle varie 
de o Br ,34 à 5 S % 5 par kilogramme de substance végétale; 
mais on l'observe dans tous les cas. Les matières grasses 
dont il est ici question sont constituées par le mélange de 
substances diverses que les fourrages abandonnent au sul- 
fure de carbone et on ne saurait dire si ces mélanges ont 
la même constitution avant et après fermentation. 

Nous croyons donc utile de continuer et d'étendre ces 
expériences, en prenant toutes les précautions indispen- 
sables à une démonstration rigoureuse. 

Dans une fermentation alcoolique ordinaire, des cellules 
végétales se développent aux dépens des matériaux de la 
liqueur fermentescible. Il y a destruction de sucre, pro- 
duction d'acide carbonique et d'alcool, et en même temps, 
il se forme de la matière grasse comme dans tous les phé- 
nomènes de végétation. Dans le cas de la fermentation cel- 
lulaire, la matière grasse produite apparaît comme le résidu 
delà combustion qui s'effectue dans les cellules, combustion 
qui s'opère à l'abri de l'air, à l'aide de dédoublements que 
nous ne connaissons pas encore et aux dépens de l'oxygène 
des matières sucrées et amylacées. Il n'y a pas production 



( 232 ) 

de cellules végétales nouvelles comme dans une fermenta- 
lion .Icoohquc normale. Cependant ces transformations 
ne era,ent-elles pas la continuation de celles qui sW- 
ZZ d ^ végétaux pendant leur vieaé- 



UL 



( a33 



SUR L'OPPORTUNITÉ DE FAIRE INTERVENIR, 



DANS QUELQUES CIRCONSTANCES, 



L'ARSENIC DANS LE CHAULAGE DES GRAINS. 



On se souviendra en Alsace des dégâts occasionnés par 
les campagnols pendant l'année i85/{; dans l'arrondisse- 
ment de Wissembourg, les pertes ont été évaluées à plus 
de 8ooooo' r - Les labours détruisirent une quantité pro- 
digieuse de ces animaux ; néanmoins, en automne, les 
terres ameublies par la charrue en renfermant encore 
assez pour donner de sérieuses inquiétudes au moment des 
semailles, je fus consulté pour savoir s'il ne conviendrait 
pas de les faire périr par le poison. L'utilité d'empoison- 
ner les campagnols, afin de préserver la semence, me 
parut ne devoir être admise qu'autant que le blé 
n'acquerrait pas une propriété toxique par le cbaulage 
le plus généralement usité dans le pays. Les substances 
dont on fait usage pour chauler les grains sont : la chaux, 
qui a donné son nom à l'opération, les cendres de bois, le 
purin des fosses à fumier, le sel marin, l'alun, le sulfate 
de soude, le sulfate de cuivre, le vert-de-gris, l'acide arsé- 
nieux, vulgairement l'arsenic, les sulfures d'arsenic. Cha- 
cune de ces substances remplit le but qu'on se propose en 
chaulant, celui de protéger les récoltes contre la carie ; 
quant au mode d'application, il dépend naturellement des 
propriétés des matières employées. Ainsi, quand ces ma- 
tières sont très peu solubles, on les répand en poudre sur 
le blé dont la surface est convenablement humectée ; on 



fT 






( 234 ) 

fait pénétrer dans le grain nar ™;„ V uu- • 

fin»)'-, j- ' P V0]e d imbiba on, cpIIps 

M.rsb.11, ,„ rd/Zn/," ci ' a "'" se - sui ""' 

le cliauiage sont tous vénéneux r a ,1 

certaine action toxique ma ^ f "" "^ * Une 

agriculture de l'Est a eu à son,! fi Pl " S ^ '"^ 
c-prends mienxc , e pe s .,.„ £ ITÎS^TÏ * 
'âge doit avoir deux buts il \ T' ** ^ 

la carie 1V„, j i " ' C P rese,ve '' la récolle de 

«S£ en S ° USlraireà ^ ""*"*• ■-««* 

sul 1, d , Se,ne " Ce lrahée P ar le sel '-i^ Par le 

fate de soude, par la chaux, est convenablem ni p re 

ZZCT Pè T ' e * > '*»— « descr yP to S a P m : 

! ta u 'd C " e f Cmai ~ l PaspourécLpperà 
atu d rau ^ sour . sou jes PP 

toU eu de croque par le fait elle se trouve assai- 
sonnée de manière à surexciter leur appétit 

.807%^ f P ' r k SUlfa /. e ^ CUÎVre ' -commandé en 

vaS de l!' "T 6 """ ^ P,US P UisSa » ts H-i • 

x êences "' T S** deV ° ir "***■ a "«■ '-• 
agences, car ce sel est vénéneux, bien qu'à un moindre 






( a35 ) 

degré que l'arsenic ; il offre d'ailleurs peu de danger dans 
son emploi à cause de sa couleur et de la forle saveur de 
sa dissolution. Le chaulage par le vitriol de cuivre prend 
chaque année de l'extension ; on le pratique en Alsace 
depuis longtemps, de sorte que, pour répondre à laques- 
lion que l'on a ; vait posée, il s'agissait simplement de con- 
stater si le blé traité par le sel de cuivre empoisonnait les 
campagnols. 

Je rappellerai comment ou chaul" avec le sulfate de 
cuivre. J. Sainclair prescrit ioo 8 ' de sulfate dissous dans 
i i ut d'eau pour i'' ht de grains. Le blé est placé dans un 
baquet avec la dissolution, à laquelle on ajoute assez d'eau 
pour qu'il soit recouvert d'une couche de liquide de o m ,ia 
à o m ,i5 d'épaisseur. 

On brasse el, après avoir enlevé les grains surnageant, 
on met égouller dans des paniers, qui, une heure après, 
sont plongés un instant daus de l'eau fraîche. Après avoir 
fait égoutter le grain une seconde fois, on le sèche en l'éten- 
dant sur une aire. 

Expérience n° 1. ■ — Du froment préparé pour semaille 
parle sulfate de cuivre, en se conformant aux prescrip- 
lions indiquées ci-dessus, a été donné à discrétion à des 
souris et à des campagnols qui en ont mangé pendant plu- 
sieurs jours sans en éprouver le moindre inconvénient. Ce 
blé ne possédait donc pas de propriété vénéneuse, et loin 
de concourir à la destruction des animaux nuisibles, il 
leur servait' de nourriture. L'innocuiié du grain provenait 
sans aucun doute de la faiblesse de la dose de sel de cuivre 
introduite. 

Expérience n° 2. — J'ai cru devoir augmenter la pro- 
portion de sulfate, en faisant en sorte, pour la précision du 
résultat, que la proportion assignée, i25 gr pour i hlit de 
grain, fût complètement absorbée. 

Pour faire pénétrer en totalité le sulfate qu'on voulait 
introduire, il fallaitd'abord déterminer l'eau qu'un volume 



■ 






'! 



( a36 ) 
de grain pouvait prendre ; il était d'ailleurs utile de con 

;:! ^ Clmuler avec ™e substance soluble. 

verre avec ^'d' eSa,U K' * ** "* ^ »» ™ de 
une paTole 4 "" ? ^ *"" ** h «* * « ** -r 

Eau ce 

Il s'est écoulé. . '" * 

48 

différence, ou eau restée dans le blé . 7ë 

L'eau écoulée et le blé ont été réuni, TT i 

Il est sorti, eau /fi cc 

Auparavant on avait eu, eau . . . .' ' .' .' .' \ 8 
Différence, ou eau absorbée ~ 

«raina L, ■ T- ■ ,, '■ ^°* h ^"^ " «té aWbé, le 

e d° t ' e t* * ' "V-T ép,,e ""'° ""' <"" ™"»<* 

le blé 1 " " em bMe - D'^é^^M, humide, 

rai e.a , ""'r'" "^'menc „„, s'il n'eu, pas é, 

irai te par le sulfate de cuivre. 

On a donné de ce blé à une souris placée sous une 
g<ande cloche eu verre munie de deux tubulures latérales 



'( 2 3 7 ) 

et d'une tubulure à la partie supérieure, pour favoriser le 
renouvellement de l'air. Sa cloche recouvrait un plat en 
porcelaine sur lequel on mettait comme litière du papier 
buvard. 

Pour boisson on a toujours mis des racines très 
aqueuses. 

La souris a mangé pendant trois jours du blé préparé au 
sulfate de cuivre sans en éprouver le moindre mal, ce que 
j'attribuai à celle circonstance que la souris pèle toujours 
le grain dont elle se nourrit, et, comme le sulfate parait 
principalement fixé dans l'épisperme, elle échappe à l'ac- 
tion délétère de ce sel. 

Expérience n° 3. — J'ai porlé la proportion de sulfate 
de cuivre à 5oo gr par hectolitre de blé, eu faisant prendre 
à o lil , i de grain i6 cc d'une dissolution renfermant 5 6r de 
sulfate. 

Après dessiccation, la pellicule du blé avait une teinte 
verte assez prononcée. Le blé employé dans ces recherches 
contenait par décilitre 2071 grains; le sulfate de cuivre 
cristallisé renferme 64 pour 100 de sulfate anhydre ; dans 
chacun des grains il entrait donc o Br ,Oi4 de sulfate cristal- 
lisé, ou o s ',i5/| de sulfate sec. 

Une souris mise sous la cloche a mangé, en lus pelant, 
70 grains de blé sans paraître en souffrir, du moins elle 
elle est parvenue à s'échapper et s'est enfuie avec une 
grande rapidité. 

Expérience n° 4. — A une autre souris, placée sous la 
cloche, on a donné du même blé, et, comme boisson, 
i cc de navet, représentant à peu près i s '' d'eau. La souris 
a mangé avec appétit; de temps à autre elle grignotait le 
morceau de navet, représentant à peu près i Br d'eau. En 
trois jours elle a consommé 5oo grains de blé, dans les- 
quels il devait y avoir o gr ,077 de sulfate de cuivre sec ; 
néanmoins elle avait conservé toute sa vivacité. Le son 
qu'elle laissa était eu pellicule, dans lesquelles, vraisem- 



/ 






( 238 )■ 

";r devaii se " ou,er h h» «■»■• pw d„ sel 

Expérience n° S. — Il „„„•«•, > • , , 

. ., "paraissait évident que les souris 

avai em échappé à l'action du poison par latine qu, 
porte a peler les graines des céréales, instinct queVon 
pas les campagnols ; il y avait donc Jjeu de * °" 

derniers ne supporteraient pas ] e régime auqueI j^ J 
avait ete m ,se dans l'expérience précédente 

Un campagnol a été placé sous la cloche avec ,- de 
navet On lu, a jeté d'abord une douzaine de grains de blé 
non chaule qu'il a dévorés entièrement avec sa voraci e 
accoutumée et sans laisser le moindre fragment de son 
Ensuite on lu, a présenté du blé préparé p a °r le sulfate! 
cuivre, et, a ma grande surprise, contre ses habitudes, il a 
mange en rejetant 1 épisperme exactement à la manière des 
souris; aussi a-t-il pu, en trois jours, prendre sans incon- 
venants 3oo granis de blé préparé, dans lequel il - avait 
o? r ,o46 de cuivre anhydre. y 

j7Î ie,l - e f °" ~ U " 3Utre "»P«8»oI. -quel on 
avait donne 3 2 o grains du même blé, préparé avec 

Je sulfate de cuivre, a épluché, concassé chaque grain en 
rejetant les fragments aussitôt après les avoir goûtés Le 
campagnol mourut le troisièmejour, mais il serait difficile 
< e dire s il a succombé par le poison ou par la privation 
de nourriture, car la plus grande partie de l'aliment était 
restée sous la clochee. 

Au point de vue de la question à laquelle ces expériences 
doivent répondre, il est clair que le chaulage par le sul- 
fate de cuivre n offre pas la moindre garantie aux récoltes 
contre la destruction par les animaux nuisibles. On a pu 
remarquer, en effet, qu'en employant Je sulfate à très 
fa.ble dose les souris, comme les campagnols, mangent im- 
punément le blé préparé. Quand le sel de cuivre est ajouté 
••n plus grande proportion, comme il ne semble pas pé- 
nétrer au delà de l'épisperme, ces animaux échappent 



H. 



( a3 9 ) 



encore à son action en pelant le grain; et en supposant 
même, ce qui est fort contestable, que le campagnol soit 
mort empoisonné, on ne retirerait aucune utilité de ce 
chaulage, par la raison que le blé ne germe plus convena- 
blement lorsqu'on lui administre le sulfate de cuivre à 
raison de 5oo sr par bectolitre. 

Expérience! . — J'ai eu plusieurs fois l'occasion de con- 
stater qu'un campagnol du poids de i 2S r à i^t r ne supporte 
guère plus de trente heures de privation de nourriture. 
J'ai cru aussi devoir rechercher ce qu'il consommait de 
blé dans un jour, cette notion pouvant avoir un certain 
intérêt. 

A un campagnol mis sous la cloche, on a donné succes- 
sivement, et de manière qu'il ne manquât jamais d'aliments 
p4o grains de blé et 3 CC de navet pour servir de boisson. 
Cinq jours étant écoulés, on a retrouvé 3oo grains de 
froment; l'animal en avait consommé 6'4o grains sans en dé- 
tacher l'épiderme, soitpour vingt-quatre heures 128 grains. 
Comme dans i ut de ce blé il rentrait 20710 grains, on 
arrive à cette conséquence que ce litre de froment nour- 
rirait pendant un jour 162 campagnols; 1000 de ces ani- 
maux, s'ils ne prenaient pas d'autre nourriture, en man- 
geraient 6 ut dans un jour. Or, comme, dans leur invasion 
semblable à celle que nous avons subie en 18J4, il y avait 
des champs infestés de plus d'un million de campagnols 
sur un hectare, on conçoit jusqu'où peut aller le dé^àt 
surtout si j'ajoute que le campagnol ne mange pas seule- 
ment du grain, mais qu'il est encore dans ses habitudes de 
laire de fortes réserves pour l'hiver. 

Expérience 8. — Contrairement à ee que j'avais pré- 
sumé, Je blé préparé avec le sulfate de cuivre n'agissant 
pas comme poison sur les souris et les campagnols, il y 
avait lieu de rechercher quelles seraient les propriétés 
toxiques du grain avec le concours de l'arsenic. 

Le chaulageproprementdit, celui où la cliaux intervient 






( Mo ) 

seule pour ôter la vitalité aux sporules des cryptons 

dont on redoute et dont on veut empêcher Je dLl op T 

nent est p,a lIq ué en humectant le grain de m aière' à 

fa» adhé , chau X avec laquelle on le saupoudre. ?£ 

• » d eau suffisent pour mouiller convenablement ,«* de 

ornent, sur lequel on répand environ * de chaux ré 

em 7' elCIHte - Aînd préparée, et en quelque so te P r a - 

Jineejasemenceproduitunerécolteordinl; tS01le P ra - 

^saaaquéspa^carie^airuT^^urr: 

àetiTi: 2 rarSe " iC S0Ît ' ^ Ch3UX ' SOit «« -ndres 
de bo,s au purin, on ajoute sans doute fort peu à J a pu i s 
sance dont sont douées pk J;Cfc„» . , P 

combattre l a a ° UeeS . ces dl »erentes substances pour 

combattre la cane; mais, par celte association, on leur 
commun.que certainement le pouvoir de protéger la " 
menée contre la voracité des animaux nuisit 

po^^"*^™^- *-■.?-•-•- 

Cllaux 20*» 

Acide arsénieux. ... 2 sr 

L'acide arsénieux avait été mélangé à la chaux éteinte. 
Le ble chaule, séché à Pair, a très bien germé. 

Une souns a été ra ise sous la cloche, à une heure, avec 

en les |T? " M Sr3i " S ^ W ° P ^ ^ 1,e a ^2 
en les épluchant à la manière des écureuils, c'est-à-dire Z 
»»» -tet soulevant la nourriture avec les deux patte 
que ef tl p une coQ(r ,, amre £«* 

qu elle léchait fréquemment. g ' 

On a mis successivement sous la cloche ioo grains de 
Le A h soun . s semb]a . t avo . r „ ns e 

bientôt elle se mu a manger et de temps en tel 
die mordait dans le morceau de carotte qu'on lui rail 



! 






( 24« ) 

donné comme boisson; à partir de n h elle n'a plus pris 
de nourriture; à 4 h elle se soutenait à peine, et mourut 
à 5' 1 . 

On a retrouvé 44 grains de blé. 

On en avait donné. . . 100 » 

Grains consommés . . 56 



Comme dans le litre de Lié il y avait 20710 °rains, les 
a6 r d'arsenic ajoutés à la chaux se trouvaient répartis de 
telle manière que chacun de ces grains en contenait à peu 
près o m "'\ 1. Les 56 grains consommés devaient donc en 
enfermer 5" ,s ',6 ; mais, si l'on considère que ce poison adhé- 
rait à la surface du blé, on en conclura que l'animal, en 
pelant le grain, n'en a pris qu'une dose bien inférieure. 
Ce que cette expérience établit, c'est que 56 grains de blé 
chaulé, avec addition d'arsenic dansla proportion indiquée 
ci-dessus, ont donné la mort à une souris. 

Expérience 9.— On a répété l'expérience précédente en 
remplaçant la souris par un campagnol, qui, mangeant le 
blé sans l'éplucher, devait être empoisonné avec un 
nombre de grains plus limité. 

A midi un campagnol mis sous la cloche, où il y avait 
i cc de navet, 4o grains du blé préparé, a mangé avec avi- 
dité, et, suivant ses habitudes, sans séparer l'épisperme des 
grains chaulés. A 5 1 ', l'animal ressentit les effets du poi- 
son; il mourut dansla nuit. Il restait 5 grains de blé : 
35 grains contenant 3 ,n S',5 d'arsenic avaient suffi pour 
produire l'empoisonnement. 

Expérience iO.— On devait rendre le blé plus vénéneux 
en faisant pénétrer l'acide arsénieux plus avant dans l'inté- 
rieur du grain. Le peu de solubilité de cet acide m'a décidé 
à faire usage del'arsénite de soude, sel très soluble, facile à 
préparer sous la forme d'une liqueur titrée qui permet de 
déterminer très rapidement la quantité d'arsenic qu'il 
s'agit de porter dans le blé. 

BoUSSINGAULT. — -4gl\, VII. j (J 



( M» ) 
ioos r d'acide arsénieux en poudre très fine ont été traités 
à chaud par l'eau contenant de la soude caustique. Après 
le refroidissement on a filtré et l'on a pesé l'acide que la 
liqueur alcaline n'avait pas dissous. 

Acide arsénieux employé 100,0 

Acide non dissous Zp, G 

Acide dissous ^7 ,4 

Par une addition d'eau distillée à la dissolution, on a 
préparé i !it de liquide contenant, à l'état d'arsénite de 
soude, les 5 7 s r ,4 d'acide arsénieux, etdont,par conséquent, 
1" en représentait oS r ,o5 7 . On a fait absorber à s r ,i de 
blé 12" d'eau aditionnée de 3 CC ,5 de la liqueur arsenicale 
titrée, soit s r , 2 d'acide arsénieux, et, puisque dans le dé- 
cilitre on comptait 2071 grains de froment, chacun de ces 
grains était porteur de oT,! d'arsenic, à l'état d'arsénite 
de soude. 

Un campagnol fut mis sous cloche à 5 1 ' du soir, avec 
1 e1 - de carotte et 3o grains du blé préparé; il mangea de 
suite 10 grains, et après mordit dans la carotte. Ensuite 
il ne prit plus de nourriture. Cependant le campagnol con- 
serva toute sa vivacité jusqu'à -/ du soir, où les sym- 
ptômes de l'empoisonnement se manifestèrent. 

L'animal mourutdans la nuit ayantlaissé intacts 3ograins 
de blé. Ainsi 10 grains, dans lesquels il devait y avoir 
o m s r , 1 d'acide arsénieux déterminèrent la mort. 

Expérience 11. — A 8 h du matin, un campagnol a été 
mis en expérience avec i cc de navet et 4o grains du blé 
préparé employé précédemment. Après avoir mangé 8 des 
grains de blé et la moitié de la racine donnée comme bois- 
son, le campagnol ne touche plus aux aliments; à 8 h du 
soir, il était mort. Dans les 8 grains de blé consommés il 
y avait o m s',8 d'acide arsénieux. 

Les expériences 10 et M semblent indiquer que l'acide 



( '-43 ) 

arsénieux uni à la soude a une propriété toxique plus pro- 
noncée qu'à l'état libre. On a vu, par exemple, dans l'expé- 
rience n° 9, qu'avec un blé préparé en employant un 
mélange de chaux éteinte et d'arsenic, il a fallu 3 m s', 5 
d'acide arsénieux adhérant à 35 grains de semence pour 
tuer un campagnol. Or, on vient de voir que le quart en- 
viron de celte quantité a sufli pour produire le même effet 
lorsque l'acide arsénieux était donné à l'état d'arséuite de 
soude. Il faut, toutefois, tenir compte de cette circonstance 
que. dans le chaulage par un mélange d'hydrate de chaux 
et d'acide arsénieux, il doit se former de l'arsénite dechaux, 
sel insoluble et, à cause de cette propriété, probablement 
moins actif comme poison que l'arsénite de soude, doué 
d'une grande solubilité. 

L'arsénite de soude possède une réaclion alcaline; à ce 
titre, il est extrêmement probable que, seul, ce sel agirait 
efficacement contre le développement de la carie, et, 
comme il est toxique à un très haut degré, il permettrait 
d'atteindre les deux buts qu'on doit se proposer dans le 
chaulage : préserver la récolte de l'invasion des crypto- 
games et la semence de l'attaque des animaux nuisibles. 

L'emploi d'une liqueur titrée d'arsénitc de soude don- 
nerait d'ailleurs à l'opération du chaulage une précision 
qu'elle est bien loin d'avoir aujourd'hui, quelle que soit 
la nature des substances dont on dispose, car une fois 
qu'on aurait fixé par un essai préliminaire la quantité 
d'eau que la semaille boit, sans cependant devenir trop 
numide, il suffirait d'introduite dans cette eau la propor- 
tion d'arsénite alcalin jugée convenable. Ainsi, pour 
chauler de façon à porter à 200^ l'arsenic à faire pénétrer 
dans i hl " du blé qui a servi à ces expériences, en faisant 
usage d'une liqueur arsenicale semblable à celle dont j'ai 
donné la préparation, il conviendrait de procéder ainsi 
qu'il suit. Comme je sais qu'en une heure i llHt de ce blé 
boit 16 1 " d'eau et que i Ut de liqueur arsenicale titrée ren- 



( 244 ) 

ferme S ? v d'acide arsénieux.( arsenic), je composerai un 
liquide avec 

.Liqueur arsenicale 35 

EaU 12^5 



16,0 



Le blé étant mis dans un cuvier, on ferait arriver peu 
à peu les i6 1!t d'eau, en agitant continuellement le 
grain. Une heure après on étendrait pour faire sécher. Ce 
serait là un chaulage fortement arsenical, puisque par 
hectolitre de froment on aurait ajouté, en liqueur arseni- 
cale, l'équivalent de 200^ d'arsenic ; mais, si on le jugeait 
suffisant, on pourrait en ajouter ioo? r seulement et moins 
encore, ce qui serait toujours facile tant qu'on connaîtrait 
le titre de la liqueur arsenicale, c'est-à-dire ce que cette 
liqueur contiendrait d'arsenic dans t 1 ' 1 . 

On a prétendu que pour mettre les graines à semer à 
l'abri de l'attaque des animaux il suffisait de leur com- 
muniquer une forte amertume, en les faisant tremper pen- 
dant quelque temps dans certaines décoctions de végétaux, 
telles que celles de coloquinte, d'ellébore blanc, d'ab- 
sinthe et, mieux encore, dans des décoctions ayant à la 
fois la saveur désagréable et la propriété vénéneuse, 
comme une infusion de noix vomique, etc. A mon avis,' 
en employant ces moyens, on manque le but principal, je 
dirais même le but unique qu'on se propose : la destruc- 
tion de la vermine nuisible aux semailles, car il est plus 
que douteux que ces substances amères aient la faculté de 
préserver les récoltes de la carie ; sans doute, les campa- 
gnols, les souris, les mulots, ne toucheront pas aux grains 
de blé ou aux grains de maïs imprégnés de semblables 
substances, mais la semaille ne sera réellement garantie 
de leurs attaques que pendant quelques jours seulement, 
puisque bientôt la germination aura lieu, et les radicelles 
comme les tigelles, dans lesquelles le principe vénéneux 






( 245 ) 

ou rapide ne parviendra certainement pas, serviront d'ali- 
ment à ces rongeurs. Il faut, selon moi, que la graine 
semée puisse être mangée et qu'elle tue; il faut qu'elle 
soit à la fois un appât et un poison. 

Recherchons maintenant ce que l'on perd de semaille 
pour détruire les campagnols dans un champ qui en serait 
infesté. Je raisonnerai dans la supposition que le blé a été 
chaulé avec 200 61 ' d'acide arsénieux par hectolitre, l'acide 
constituant un arsénite alcalin. Les expériences 10 et H 
ont prouvé que 10 grains de ce blé tuent un campagnol ; 
comme dans i 1 " il y avait 20710 grains, ce litre sulfirait 
pour empoisonner 7071 de ces animaux. 

L'opportunité de faire intervenir une substance toxique 
dans le chaulage une fois admise, on peut demander quelle 
serait, à l'époque des semailles, la position d'un cultiva- 
teur ayant chaulé avec l'intention de détruire les animaux 
nuisibles, mais qui serait entouré de voisins n'ayant pas 
pris les mêmes précautions. Je crois que celte situation ne 
serait pas désavantageuse, et voici les raisons sur les- 
quelles je nie fonde. L'empoisonnement pour les animaux 
destructeurs a d'abord pour effet de préserver la récolte : 
c'est là le résultat capital; mais il en est un autre qui, 
bien que secondaire, n'est cependant pas à dédaigner. 
C'est qu'un animal, de nuisible qu'il est quand il vit, de- 
vient éminemment utile après sa mort, par ce motif qu'il 
agit comme engrais ? Le compte est facile à établir si l'on se 
rappelle que i lu de blé chaulé à l'arsenic peut donner la 
mort à 2071 campagnols. Or, comme je m'en suis assuré, 
1 campagnol pèse environ i5 8 '; il s'ensuit qu'on a, pour le 



prix de 



i m de blé, o lr , 20 à o fr , a5, 



3i kg d'animaux morts, 



soit o fr ,65 à o' r , 80, pour le quintal représentant 25 kB au 
moins de chair, de sang et d'os desséchés, engrais d'ail- 
leurs tout transporté et répandu sur les champs. Dans 
cette limite de prix, je verrais avec satisfaction les cam- 
pagnols de mes voisins venir mourir sur mes cultures, 



MM ,;■--■ .--■-.-. ..■ 



( =46 ) 

et, dans l'automne de i854, j'aurais donné volontiers i ut 
de blé à celui qui m'eût apporté en échange 3i ks de cam- 
pagnols morts, car il y aurait eu dans ces 3i kg , en azote 
et en phosphate assimilables par les plantes, les éléments 
d'environ 3o llt de blé. 

L'usage de l'arsenic dans le chaulage, je m'empresse de 
le reconnaître, présente bien des dangers en mettant entre 
les mains d'un grand nombre de personnes un poison 
aussi énergique. On comprend dès lors que la législation 
ait apporté certaines restrictions au commerce d'une sem- 
blable matière. C'est surtout par sa ressemblance avec le 
sucre, la farine, l'amidon, le sel, que l'arsenic en poudre 
est dangereux : aussi les accidents auxquels il donne lieu 
par imprudence ou par inadvertance sont-ils nombreux et 
presque toujours funestes. 

On a proposé d'ajouter à l'arsenic destiné à l'agriculture 
quelques centièmes d'un mélange composé de sulfate de 
fer et de prussiate jaune de potasse ; ce moyen, s'il était 
adopté, préviendrait bien des malheurs, car, lorsque l'ar- 
senic ainsi préparé est ajouté à du lait, à du bouillon, en 
un mot à tout aliment liquide, il leur communique aussi- 
tôt une couleur bleue plus ou moins sale, mais toujours 
assez foncée pour attirer immédiatement l'attention. Les 
entraves mises à la vente de l'arsenic pourraient dès lors 
être levées en partie, avec d'autant plus de motifs qu'on en 
comprend moins l'efficacité, aujourd'hui qu'il se passe un 
fait d'une gravité sans égale, dont on paraît du reste se 
préoccuper assez peu : je veux parler de la libre circula- 
tion des allumettes phosphorées. Ces allumettes sont 
partout, on les trouve pour ainsi dire en contact avec nos 
aliments ; cependant elles sont dangereuses au plus haut 
degré et les accidents qu'elles occasionnent sont double- 
ment à craindre, car le phosphore n'est pas seulement un 
poison des plus violents, c'est aussi le corps le plus incen- 
diaire que l'on connaisse. 



( ^47 ) 

Je terminerai ce travail en rappelant une communica- 
tion faite à la Société d'Agriculture par M. Heuzé. 

Le mulot et le campagnol sont regardés depuis les temps 
les plus reculés comme des rongeurs redoutables; Aristote 
à signalé les dégâts qu'ils causent daus les champs. On 
confond souvent ces deux animaux : le campagnol, que l'on 
nomme fréquemment souris de terre, a la queue moins 
longue que celle du mulot. 

Le campagnol habite l'Europe et le nord de l'Amérique; 
selon Pallas, il ne redoute pas les froids de la Sibérie; ce 
rongeur est frugivore, herbivore et Carnivore, mais il vit 
principalement de grains, d'herbe et de racines, il est sans 
cesse en activité ; il disparaît d'une contrée aussi subite- 
ment que son apparition a été soudaine. C'est tout à coup 
et en troupes innombrables qu'on le voit apparaître. 
Alors les ravages qu'il cause aux cultures deviennent de 
véritables fléaux. 

Le campagnol se cantonne dans les lieux découverts, les 
plaines et les marais, mais c'est plus particulièrement 
dans les terres légères ou de consistance moyenne qu'on 
le voit en grand nombre; nul obstacle ne l'arrête dans ses 
pérégrinations. Ordinairement le jour il est sous terre 
comme la taupe : c'est le soir à la chute du jour qu'il fait 
entendre des cris aigus et confus. Dans l'Artois on enten- 
dait distinctement, le soir, les troupes de ces petits ron- 
geurs à la distance de 6oo m à 8oo m . 

Les campagnols font des galeries 'souvent si nombreuses 
que la couche arable est comme minée ou déchirée en tous 
sens. Cet animal ne fait pas de provisions, il vit pour 
ainsi dire au jour le jour. C'est à l'époque des semailles 
seulement qu'il rassemble quelques grains dans les logis 
qu'il a creusés. A la maturité des céréales il coupe 
les liges par les pieds et à fleur de terre pour les faire 
tomber et manger la graine des épis. Après la levée des 
céréales, il coupe, ronge les tiges vertes à l'état rudimen- 









( 248 ) 
taire et oblige souvent à faire de nouvelles semailles. Au 
milieu de 1 été, le campagnol passe des champs moissonnés 
aux prairies artificielles : luzerne, trèfle et sainfoin, où il 
coupe les racines et soulève la terre. Au mois d'octobre il 
s attaque aux champs nouvellement emblavés. En temps 
de neige ,1 ronge les écorses des jeunes arbres ou des jeunes 
taiJlis. J 

La multiplication du campagnol, ainsi que Pline l'a 
constate, est prodigieuse et effrayante. Elle est favorisée 
par les saisons sèches. Combien la femelle fait-elle de por- 
tées chaque année : les uns disent deux, les autres six. 
CJuoi qu il en soit, il est incontestable que la gestation 
dure de dix-huit à vingt jours, et que chaque portée donne 
de cinq a huit petits que la mère dépose dans des petites 
loges sur un lit d'herbes sèches. 

La nature est-elle la plus grande destructrice de ces 
animaux voraces? On en doute; on sait que le campagnol 
brave le froid et les neiges, et qu'il ne périt pas toujours 
sous 1 act.on des pluies abondantes et prolongées. C'est 
avec raison que Pline observe qu'on trouve peu de ca- 
davres de campagnols quand on laboure pendant l'hiver (') 

Les oi seaux de proie font sans cesse une guerre vive 
a ces rongeurs qui servent de pâture à ces rapaces diurnes 
et nocturnes: les corbeaux, les émouchets, les ducs, les 
chats-huants, les orfraies, etc., les belettes, les putois, les 
iomnes, les renards, en détruisent aussi chaque année un 
grand nombre. 

On s'est toujours préoccupé de détruire ces animaux 
dévastateurs. 

Les moyens de destruction proposés ou mis en pratique 
se divisent en quatre catégories : 

i ° Les apprêts destructeurs ou substances empoisonnées ; 



(') M. Boussingault a reconnu que l es campagnols se dévorent quand 
ils sont enferriiés dans une enceinte limitée. 



( 24y ) 

2° Les fumigations enivrantes ou mortelles ; 

3° Les pièges; 

4° Une destruction directe. 

Les appâts destructeurs sont nombreux. Apulée a pro- 
posé de faire tremper les semences de céréales dans du 
fiel de bœuf. Palladius recommande de mêler de X ellé- 
bore noire, du pain et de la graisse. Le mélange le plus 
anciennement employé consiste en : 

Farine d'orge . 12'" 

Ellébore en poudre 5oo ?r 

Staphysaigre 120 5 ' 

Miel commun "ioo sr 

et d'une quantité de lait suffisante pour obtenir une pâle 
un peu ferme qu'on donne en boulettes. 

L'ellébore est la racine pulvérisée du veratrum album, 
qui doit ses propriétés vénéneuses à la véralrine . 

On a aussi proposé d'empoisonner les campagnols avec 
une pâte faite de graisse et de trancbcs de l'oignon de la 
scille maritime (scilla maritima). La scille agit à la ma- 
nière des poisons narcotiques. 

En 1769, Cretté de Palluel, effrayé de l'immense quan- 
tité de campagnols qui sillonnaient en automne les terres 
arables qu'il cultivait, fît usage, en 1770, à l'époque des 
semailles, du mélange ci-aprè.s : 

Orge concassé 25'" 

Miel i k ' 

Arsenic mêlé à de la farine 1 kB 

Plus tard on a employé \\\ie pâle arsenicale formée de . 

Farine de blé i ks 

Suif fondu i ks 

Acide arsénieux en poudre. . . . ioo sr 

Noir de fumée io ir 

Essence d'unis i (r 



■ 



( a5o ) 
L'arsenic est toujours efficace, mais il est dangereux 
d en faire usage parce qu'il fait périr des volailles et du 
accidents!' "" ^ ""**> P™ 1 ^sionner des 

M^^ 6 ^^ " 6 3 ^ Utilfsée aVec —es F r 
M; Nage), a Châlons-sur-Mame. Voici comment elle a 
e e préparée : on a fait gonfler du blé dans de l'eau chaude, 
e. après 1 avoir aissé égoutter, on l'a „ lé ] e à de la pàt 
phospho rée . q , heures aprèS) ]e ^^ est P 

n eut .mpregne de la pâte, que l'on place par petite quan- 
" l a 1 , entre ] e deS galeries pratiquées par les campagnols 
i^a pâte phosphorée est préparée facilement : on fait 

ondreSoo^de graisse à la température de l'eau bouil- 
lante et on y jette ,r de phosphore, puis on ajoute peu à 
peu de la fanne jusqu'à donner au mélange une consis- 

ance convenable. La pâte est étendue sur de petites 
tranches de pain. 

En l'an IX, suivant le rapport de Lacépède à l'Académie 
des Sciences sur les Mémoires que Cavoleau lui adressa, le 
Marais mendionai de la Vendée eut ses champs de céréales 
et ses prairies ravagés par les campagnols. La douceur de 
1 hiver ayant favorisé leur développement, ils devinrent 
tellement nombreux au printemps de l'an X qu'ils occu- 
pèrent un espace de quarante lieues carrées. 

A la récolte, on constata avec effroi que des champs en- 
tiers ne contenaient pas un seul épi de froment. De plus 
la terre, dans les prés, était criblée de trous qui commu- 
niqua.ent à de nombreuses galeries. Les pertes en grains 
et en foin, dans les quinze communes ravagées, furent 
évaluées à 2 4 4ooo </r, non compris les avaries faites à la 
terre avant et pendant les semailles. L'année suivante les 
dégâts furent moins sensibles; néanmoins, ils s'élevèrent 
encore à 857ooo fr . 

La Société d'Agriculture de la Rochelle s'émut de ces 
détails et chercha les moyens d'en prévenir les retours. 



( 25. ) 

De nombreuses tentatives furent faites dans ce but, et, 
parmi les moyens appliqués, il faut signaler le procédé qui 
consistait à creuser dans les marais et les terres labourables 
de petites fosses à parois verticales. Ce système, appliqué 
par suite de la connaissance des mœurs nocturnes des cam- 
pagnols, eut le succès espéré. Un grand nombre d'animaux 
se précipitèrent dans ces fosses et y trouvèrent la mort. La 
même année, les campagnols envahirent le département 
de la Gironde; ils se répandirent aussi dans les déparle- 
ments du Loiret, du Bas-Rhin et de Sambre-et-Meuse. 

En 1791 et 1792, le mulot se multiplia d'une manière 
prodigieuse dans le San terre. Voici le moyen mis en pra- 
tique par le docteur Landormy-Laucour, à Monldidicr 
( Somme), pour modérer son excursion. 

Avec la charrue on ouvrait des voies qui se croisaient 
à angles droits, et qui étaient espacées en tous sens de plu- 
sieurs mètres. Sur les points d'intersection des lignes on 
enterrait des pots en terre, en ayant soin que les rebords 
fussent un peu en contre-bas du sol, puis on y versait de 
l'eau. Ceci fait, on implantait autour de chaque pot quel- 
ques pailles, portant des panicules d'avoine, de manière 
qu'elles formassent une légère route au-dessus des cavi- 
tés. Le matin on trouvait dans chaque récipient de 3o à 
5o mulots. Cretté de Palluel utilisa ce moyen destruc- 
teur, mais, malgré les bons résultats qu'il en obtint, il y 
renonça parce qu'il fallait transporter de grandes quan- 
tités d'eau, et que pendant la nuit on dérobait les pots. 

A ces moyens on a substitué des opérations manuelles : 
on laboure les chaumes et on fait suivre la charrue pat- 
un homme muni d'une palette en bois pour tuer les cam- 
pagnols qui sortent du sillon. On sait, en effet, que ces 
rongeurs s'enfoncent très peu dans le sol. Dans certaines 
localités, ce sont des chiens qui suivent la charrue. 



( aâa ) 



SI' Il 



L'APPARITION DU MANGANÈSE 

A LA SURFACE DES ROCHES. 



Le torrents de la chaîne littorale de Venezuela charrient 
es a , d h Qc gran . ie; ^ gneissj ^ mh 

sut la cote de la Guayra, je remarquai des galets de 
quartz colorés à la surface soit par de 1 oxyde rouge de fer 
sou par une substance noire ressemblant à de la plomba- 
gine L épaisseur de ces enduits très adhérents ne dépassait 
pas ^ de nulluaètre. Comment ces cailloux roulés avaient- 
ils ete recouverts d'une pellicule de carbone ? Cette ques- 
uon me préoccupa jusqu'à ce qu'un examen, fait dans le 
laboratoire de Sam-Fé-de-Bogolâ, me démontrât que la 
coloration n'était pas due à du carbone, comme je l'avais 
suppose, mais à du bioxyde de manganèse. Au reste, cette 
teinte noire, observée non plus sur du quartz charrié par 
les eaux d un ruisseau, mais à la surface de roches gra- 
nitiques, avait déjà fixé l'attention d'Alexandre de Hum- 
boldt, durant la mémorable navigation qu'il exécuta sur 
les grands fleuves de l'Amérique méridionale, pour étudier 
et fixer astronom.quement celle singulière bifurcation 
qui met en relation directe l'Orénoque et l'Amazone 
contestée pendant si longtemps par les géographes. 

Généralement, pour se rendre du haut Orénoque aux 
possessions brésiliennes, on remontait le Terni, leTuamini 
jusqu a la mission de Java, établie au milieu d'un dédale de 
nv.eres; on traînait la pirogue sur terre jusqu'au Cano 
Fumicin qu'on descendait sans obstacle pour parvenir au 



( >53 ) 

' rio Negro, affluent de l'Amazone, conduisant au fortin de 
San Carlos. C'estla route qu'on suivait ordinairement, bien 
qu'on affirmât qu'il était possible d'accomplir ce voyage 
sans passer par des portages. Cette voie de communication 
fut découverte par le P. Roman en 1 744 5 alors qu'il 
visitait les établissements de son ordre placés au-dessus 
des cataractes. Parvenu au confluent du Guaviare et de 
l'Atapabo, là où l'Orénoque prend subitement la direction 
du Sud au Nord, il aperçut une pirogue montée par îles 
gens vêtus à l'européenne. Dans des solitudes où l'on se 
tient continuellement en garde contre l'attaque des ani- 
maux, ce que l'homme redoute le plus, ce qui éveille 
chez lui une forte apprébension, c'est l'apparition sou- 
daine de son semblable. Alarmé, le missionnaire arbora 
la croix en signe de paix. Il venait de rencontrer des Por- 
tugais qui furent très étonnés d'apprendre que, partis de 
l'Amazone, ils naviguaient sur l'Orénoque, où ils étaient 
arrivés par le rio Cassiquiare, commun aux deux bassins. 
La découverte du P. Roman se répandit avec une telle ra- 
pidité que bientôt de la Condamine put l'annoncer dans 
une séance publique de l'Académie des Sciences. 

Humboldt, après avoir passé les cataractes, se rendit à 
1 Amazone par les marécages et les portages. De San 
Carlos il revint dans le haut Orénoque en remontant le 
Cassiquiare. C'est la route la plus longue, la plus pénible; 
l'isolement absolu où l'on est plongé fait éprouver de vives 
sensations « en franchissant les rapides d'un cours d'eau 
dont les rives couvertes de forêts sans souvenir des temps 
passés frappent l'imagination, en rappelant, que dans cet 
intérieur du Nouveau-Monde, on s'accoutume presque à 
regarder l'homme comme n'étant pas essentiel à l'ordre de 
la nature. La terre est surchargée d'une végétation dont 
rien n'arrête le libre développement; une couche immense 
de terreau manifeste l'action non interrompue des forces 
organiques. Les crocodiles, les boas sont maîtres de la ri- 



w 



f 



I «4 ) 
vière; le jaguar, le pécari, la dan la et les singes vivent sans 
crainte et sans péril; ils sont établis comme dans un an- 
tique hé, -nage. Cet aspect d'une nature animée, dans la- 
quelle 1 homme n'est rien, a quelque chose d'étonnant el 
de triste. On s y fait même avec peine sur l'Océan et dans 
les sables de l'Afrique, quoique, dans ces lieux où rien ne 
rappelle nos champs, nos bois et nos ruisseaux, on soit 
moins étonné de la vaste solitude que l'on trouve ici dans 
un pays fertile, paré d'une éternelle verdure; on cherche 
envainlatracedelaprésencedel'homme; on se croit trans- 
porte dans un monde différent de celui dans lequel on est 
ne. Ces nupressions sont d'autant plus prononcées qu'elles 
ont plus de durée. » 

Humboldt a décrit les Raudales, leur situation avec 
la chaîne isolée de Parime, formant des digues trans- 
versales entravant le cours du grand fleuve. Rien de plus 
imposant que l'aspect de ces lieux. « Les rapides, cette 
suite de cataractes, cette nappe immense d'eau et de va- 
peurs éclairées par les rayons du Soleil couchant font 
croire que l'Orénoque est suspendu au-dessus de son 
lit ('). » 

Les missions d' A lures et de Maïpures sont sur un gra- 
nité quelquefois amphibolique. Leur climat est des plus 
malsains, les fièvres pernicieuses y régnent pendant une 
partie de l'année; on les attribue à une forte chaleur à une 
humidité excessive de l'air, à une mauvaise nourriture 
et d'après les indigènes, aux exhalaisons vénéneuses qui 
s élèvent des roches dénudées ('}. Cette dernière assertion 
mente d autant plus d'attention qu'elle est en rapport avec 
un phénomène physique observé dans diflérentes parties 
du globe et qui n'a pas été suffisamment expliqué. 

Entre les missions de Carichana et Sauta Barbara, 



(') Humboldt. 
'(') Ibid. 



( »55) 

partout où l'Orénoque baigne périodiquement les granités, 
ceux-ci sont luisants, noirs; la matière colorante ne pé- 
nètre pas dans la roche : elle est généralement sur les 
parties quarlzeuses; les cristaux de feldspath sont d'un 
blanc rougeâtre et en saillie sur le fond coloré. Humboldt a 
remarqué que les énormes masses pierreuses se présentent 
tantôt en rhomboïdes, tantôt en hémisphère propre aux 
granités séparés eu blocs; elles donnent au pays un 
aspect lugubre, leur teinte contrastant avec celle de 
l'écume du fleuve qui les couvre et de la végétation qui 
les environne. Les Indiens disent que ces roches sont 
brûlées, calcinées par le soleil; on les suit jusqu'à 5o toises 
au-dessus du rivage, à une hauteur que les eaux n'at- 
teignent plus, même dans les grandes crues. Comment 
concevoir ces changements de couleurs? Remarquons 
d'abord que ce phénomène n'appartient pas seulement aux 
cataractes de l'Orénoque : on le retrouve dans les deux hé- 
misphères. 

Lorsqu'à son retour du Mexique, en 1807, Humboldt 
montra les granités d'Atures et de Maïpures à de Rozière, 
qui venait de parcourir la vallée du Nil, les côtes de la 
mer Rouge et le mont Sinaï, ce savant géologue rappela 
que les roches primitives des petites cataractes de Syène 
offrent, comme les roches de l'Orénoque, une surlace lus- 
trée, gris noirâtre, presque plombée et paraissant couverte 
de goudron. Plus récemment, dans la malheureuse expé- 
dition du capitaine Tuckey, des naturalistes anglais ont 
été frappés du même aspect dans les écueils qui obstruent 
le cours de la rivière du Congo ou Zaïre. Le docteur Kœ- 
nig a placé, dans le Musée britannique, à côté des syénites 
colorées du Congo, des granités d'Atures; ces fragments, 
dit Koenig,' ressemblent également à des pierres météo- 
riques. Dans les roches de l'Orénoque et de l'Afrique, 
l'enduit noir était composé, d'après l'analyse de Children, 
d'oxydes de fer et de manganèse. Près d'Atures et de Mai- 



f 



( 256 ) 
pures, sur une surface de plus d'une lieue carrée, des 
masses granitique, de 4 o pieds à 5o pieds d'épaisseur sont 
uniformément recouvertes de ces oxydes 

On doit remarquer que ces colorations de roches se sont 
présentées jusqu'à présent dans des rivières à crues pério- 
des, dont la température habituelle est de ^ à £» et 
qm coulent non sur des grès ou des calcaires, mais sur des 
gran.tes, des gne.ss ou des amphibolithes 

L'enduit noir adhérent à la surface des roches de Syène 
a e e examiné par Berzélius; il y a constaté, commet 
lesgramtes de 1 Orénoque et du Congo, la réunion du fer et 
du manganèse, Ce célèbre cbimiste pensait que les fleuve 
" arrachent pas les oxydes au sol sur lequel ils coulen 
-aïs qu ils les tirent de sources souterraines et les dépt 
eut ensuite sur les roches par une sorte de cémentation, 
su.t ant d'une affinité particulière, peut-être due à l'action 
de 1 acide carbonique sur la potasse des feldspaths. 

Le dépôt noir est-il indépendant de la nature des 
roches? Humboldt a fait cette curieuse observation que, „ 
les granités éloignés du lit ancien de l'Orénoque, exposés 
durant la saison des pluies à des *en»* Jde' JÏÏ~ 
et d humidue, n, les mêmes granités baignés par les eaux 
brunâtres du no Negro n'acquièrent la couleur des 
pierres météoriques; il ajoute que les Indiens prétendent 
que es roches ne deviennent noires que là où les eaux 
sont blanches. 

C'est ici qu'il convient de faire ressortir cette distinc- 
tion dans la teinte des rivières à laquelle les Indiens atta- 
chent de 1 importance, caractère que les physiciens ont 
méconnu. " 

Dans les plaines du Meta et de l'Apure, j'ai rencontré 
des eaux brunes; et sur la cime de la Cordillère orientale 
des Andes, à l'altitude de 3ooo">, au-dessus des impor- 
tantes sources salées chaudes, exploitées près de la ville 
de Lhita, , a, vu, là où le grès est en relation avec le 



( 2 ^7 ) 

calcaire néocomien, un lac dont la couleur foncée faisait 
un contraste surprenant avec la nuance azurée du ciel. 
Cependant, vue par transmission, l'eau était incolore, 
limpide. 

Ces variations dans la teinte des eaux ont été obser- 
vées très attentivement par Humboldt : aussi ne puis-je 
mieux faire que de rapporter textuellement les faits qu'il a 
constatés. 



Arrivés vers le sud, là où commence le système des eaux 
brun jaunâtre qu'on appelle généralement agitas negras (eaux 
noires), à l'embouchure du rio Zama, nous entrâmes dans des 
rivières qui attirèrent notre attention. Le Zama, le Malareni, 
l'Atapabo, le Tuamini, le Terni, le Guaïnia ont des agitas negras, 
c'est-à-dire que leurs eaux vues en grandes niasses paraissaient 
brunes comme du café, ou d'un noir verdâtre ; ce sont cependant 
les eaux les plus belles, les plus claires, les plus agréables au 
goâl. J'ai déjà rappelé que les crocodiles, les mosquitos fuient 
assez, généralement les eaux noires. Le peuple prétend en outre 
(pie ces eaux ne brunissent pas les rochers et (pie les rivières 
blanches sont les seules qui aient des bords noirs, tandis que les 
rivières noires ont des bords blancs. Ko effet, les plages du 
Guaïnia, que les Européens connaissent sous le nom de rio 
Negro, offrent fréquemment des masses de quartz sortant des 
granités et d'une blancheur éclatante. Examinées dans un verre, 
les eaux du Malareni sont assez blanches, celles de l'Atapabo 
conservent une teinte brun jaunâtre; lorsqu'un petit souffle de- 
vent agite la surface de ces rivières noires, elles paraissent d'un 
beau vert de pré, comme les lacs de la Suisse. Dans l'ombre, le 
Zj'ina, l'Atapabo et le Guainia sont noirs comme du mare de 
café. Ces phémonènes sont si frappants, que partout les Indiens 
distinguent les eaux en noires et en blanches. 

La couleur des eaux de source, des rivières et des lacs est au 
nombre des problèmes de Physique qu'il est difficile, sinon 
impossible de résoudre par des expériences directes. Les 
teintes de la lumière réfléchie sont généralement très différentes 
de celles de la lumière transmise : elles le sont surtout lorsque 
Boussixcault. — dgr., Vit. \n 






( 2-58 ) 

la transmission se fait par une grande portion de liquide. 
S'il n'y avait pas absorption de rayons, la lumière transmise 
aurait constamment une couleur qui serait complémentaire de 
la lumière réfléchie, et, en général, on juge mal de la lumière 
transmise en remplissant d'eau un verre peu profond et à ouver- 
ture étroite. Dans une rivière, la lumière colorée réfléchie 
nous vient toujours des couches inférieures du liquide, non de la 
couche supérieure. En consultant les géographes de l'antiquité, 
nous voyons que les Grecs étaient déjà frappés des eaux bleues 
des Thermopyles, des eaux rouges de Jappée et des eaux noires 
des bains chauds d'Astz, vis-à-vis de Lesbos. Plusieurs lacs de 
la Savoie et du Pérou ont des teintes brunâtres, presque noires. 
Dans le vaste système de rivières que nous avons parcouru, 
les eaux noires sont principalement restreintes à la bande équa- 
toriale. On commence à les trouver vers le 5 e degré de latitude 
Nord; elles abondent jusqu'au delà de l'équateur, vers le deuxième 
degré de latitude australe; mais dans cet intervalle les eaux 
noires et blanches sont si extraordinairement mêlées dans les 
forêts et les savanes, que l'on ne sait à quelle cause on doit attri- 
buer leur coloration. Le Cassiquiare, qui se jette dans le rio 
Negro, a les eaux blanches, comme l'Orénoque dont il sort. De 
deux affluents du Cassiquiare qui sont très rapprochés, le Siapa 
et le Pacimonv, l'un est blanc, l'autre est noir. 

Dans les missions d'Attirés et de Maïpures, on assure que 
l'insalubrité est la conséquence de la proximité des roches 
nues, surtout des roches granitiques dont la surface est 
noire. Sous la zone équatoriale, remarque Humboldt, plus 
encore que sous l'autre zone, le peuple multiplie à son gré 
les causes pathologiques; on y craint de dormir en plein 
air dès qu'on est exposé aux rayons delà Lune. A l'Oré- 
noque on pense qu'il est dangereux de se coucher sur 
des granits voisins du fleuve et l'on cite beaucoup d'exem- 
ples de personnes qui, après avoir passé la nuit sur des 
roches noires, se sont réveillées le matin dans un fort accès 
de fièvre. A Carichana on voulait déplacer le village 
simplement pour l'éloigner des rochers noircis, où, sur un 



( 23p ) 

espace de plus de iooo toises carrées, des bancs de granité 
nu forment la surface du sol. 

Il est probablement dangereux de coucher sur les laxas 
negras (pierres noires), parce qu'elles conservent dînant 
la nuit une température très élevée que Humboldt a 
trouvée être : le jour de 48", l'air étant à l'ombre à 59",". 
Pendant la nuit, le thermomètre appuyé au rocher mar- 
quail36°, l'airétantàa6°. Lorsque, vers 3' 1 de l'après-midi, 

on se promène à Caricha na, à Atures, à Maïpures, au milieu 
de ces blocs de roches dépourvues de terre végétale et en- 
tassées à de grandes hauteurs, on est suffoqué comme si l'on 
se trouvait devant une fournaise. Les vents, si jamais on 
les sent dans ces contrées boisées, loin de porter la fraî- 
cheur, paraissent plus embrasés lorsqu'ils passent sur des 
lits de pierres et de boules de granités amoncelés. Cette 
augmentation de chaleur ajoute à l'insalubrité du climat. 
On a vu que Berzélius attribuait le dépôt noir de la su- 
perficie des roches, non pas à un sédiment, mais à un 
produit dont les sources minérales seraient le véhicule, 
parce qu'elles tiendraient en dissolution des carbonates 
qui se précipiteraient, lorsque, par l'agitation, le gaz acide 
carbonique se dégagerait; les protoxydes de manganèse et 
de fer des carbonates dissous passeraient, par l'effet de 
l'oxygène de l'atmosphère, à un degré d'oxydation supérieur 
et se déposeraient sur les roches émergées. Ici se présente 
une question : les eaux thermales renferment -elles du 
carbonate de manganèse? 

bergmann est, je crois, le premier qui en ait signalé la 
présence dans des eaux minérales; plus lard, Berzélius en 
a rencontré dans les bains chauds de Carlsbad. Dans 
1000 parties d'eau il a trouvé : 

Carbonate 
de manganèse. 

Source de Trinkquelle 0,007 

» Badelquelle 0,007 

Schiersauerling o,oo3 






( a6o ) 

Les sources chaudes de Carlsbad, dont la température 
est de 5o° à y4°i déposent des concrétions calcaires fibreuses 
en couches de i à 2 pieds d'épaisseur d'un blanc d'albâtre, 
sillonnées de bandes brunes portant sur quelques points 
une substance noire, luisante. 

M. Tresch a aussi indiqué le manganèse dans l'eau de 
Buxton. 

Dans les Andes j'ai rencontré une source contenant 
ce métal en proportions relativement fortes et formant 
des dépôts rappelant, par l'enduit noir qui les couvre, ce 
qu'on voit sur les granités des cataractes de l'Orénoque : 
c'est dans la province de Popayau, près du village de 
Combalo, à la base du volcan actif de Puracé. La source de 
Coconuco est dans un site des plus pittoresques, à l'alti- 
tude de 23oo m , dominant les vallées brûlantes de Cauca. 
On aperçoit les neiges éternelles de Puracé et du Huila; 
l'eau sort avec impétuosité et en très grande abondance 
d'un amas de blocs de trachyte émettant du gaz acide car- 
bonique et du gaz sulfliydrique en telle quantité qu'elle 
semble être en pleine ébullilion; sa température est de ^3°. 
L'amas de roches d'où surgit la source est cimenté et re- 
couvert par une masse calcaire dont l'intérieur est blanc, 
translucide, ayant sur certains points une structure fi- 
breuse; mais ce que présente de curieux celte concrétion, 
c'est que sa surface est noire, luisante, à reflets métalliques. 

Si l'on en chaufle au chalumeau un fragment pris à 
l'intérieur de la masse, il devient noir. 

L'eau thermale refroidie n'a plus l'odeur hépatique; 
après une ébullition expulsant le gaz acide carbonique, 
il se dépose un faible précipité de carbonate de chaux et de 
carbonate de manganèse, qui prend une teinte brune par 
l'exposition à l'air. 

i 1H d'eau de Coconuco, analysée dans le village indien 
de Puracé, a donné, abstraction faite des gaz que je ne 
pouvais pas recueillir : 



( 26. ) 

Sulfate tle sonde 3,8g 

Chlorure de sodium ^,^5 

Bicarbonate de soude ?6g 

Carbonate de chaux ) 

\ o , i o 
Carbonate de manganèse ) 

Silice traces 

Cette composition et le dépôt résultant de l'expulsion 
de l'acide carbonique expliquent l'origine de l'abondante 
concrétion recouvrant les roches et dans laquelle j'ai dosé : 

Carbonate de chaux 74 f 2 

Carbonate de manganèse 21 ,o 

Carbonate de magnésie 4 >° 

Sulfate de soude et chlorure de sodium . . i ,o 

i 00,2 

C'est une véritable dolomie où le carbonate de manga- 
nèse remplace le carbonate de magnésie; quanta la pelli- 
cule noire, luisante, à reflets métalliques, étendue à la 
surface de la concrétion, elle est due, à n'en pas douter, 
à la suroxydation du piotoxyde de carbonate de manga- 
nèse par son contact avec l'air. On sait, en effet, que, 
dans certaines conditions, ce carbonate est décomposé en 
présence de l'oxygène, son oxyde blanc devenant un oxyde 
noir. 

On ne saurait nier, je crois, l'analogie existant entre la 
coloration de l'extérieur de la concrétion dolomitique et 
celle des granités des cataractes de l'Orénoque. Dans les 
deux cas, c'est une oxydation superficielle. C'est pourquoi, 
à Coconuco, le carbonate de manganèse n'est pas altéré 
dans l'intérieur du dépôt de dolomie. 

L'eau des rivières renferme souvent des traces de man- 
ganèse qu'on décèle par l'action de la pile, ce métal se 
déposant à l'état de bioxyde sur le pôle positif; une teinte 






I 



( 2Ô2 ) 

brune recouvre alors l'électrode Je platine. C'est ce qui a 
heu avec des eaux de source sortant du grès rouge, du 
grès bigarré et dans des eaux du Rhin. 

La mer contient aussi du mangansèe. On a eu l'occasion 
de le constater en examinant de la magnésie obtenue par 
un ingénieux procédé imaginé par M. Schlœsinç, consis- 
tant dans le traitement de l'eau salée par la chaux. Ajou- 
tons que M. Dieulafait en a trouvé en quantité notable 
dans les cendres des fucus, varechs, sargasses, etc., et que 
a présence de ce métal vient d'être mise en évidence par 
les belles recherches sur la constitution du fond des mers 
entreprises par les naturalistes anglais dont M. Laugel a 
résumé les travaux avec une grande lucidité dans une 
Notice que je reproduis. 



En 187 1, le D'Carpenter proposa à l'amirauté d'organiser 
une expédition pour l'exploration du fond de la mer dans les 
trois océans : Atlantique, Pacifique et Austral, pour compléter 
les travaux qu'il avait lui-même entrepris dans une partie de 
1 Atlantique et dans la Méditerranée. Le vaisseau le Challenger 
fut équipe et mis sous le commandement de Sir Georges Nares. 
La partie scientifique de l'expédition fut confiée au professeur 
Wyville Thomson. 

Le Challenger quitta l'Angleterre le 7 décembre 1872 et n'y 
revint que le ^ mai .876, après avoir parcouru environ 
70000 milles nautiques. Son itinéraire fut, pour diverses raisons, 
extrêmement compliqué. Le navire traversa trois fois d'abord 
l'Atlantique des Bermudes à Halifax pour étudier le gulf-stream. 
Du cap de Bonne-Espérance on alla aux îles de Kerguelen, 
puis vers les glaces antarctiques, et de là dans les mers austra- 
liennes. Les études continuèrent dans l'océan Pacifique, l'archipel 
de la Malaisie, la Nouvelle-Guinée, le Japon ; c'est entre la Nou- 
velle-Guinée et le Japon qu'on trouva la profondeur maximum de 
4475 brasses ou 8710' 11 environ, la plus grande qu'on ait déter- 
minée dans de bonnes conditions d'observation. Du Japon, le 
Challenger alla aux îles Sandwich, à Taîti, à Valparaiso, au 



( a63 ) 
cap Horn, aux îles Falkland, à Montevideo, à Madère, et re- 
tourna ensuite en Angleterre. 

Le nombre des stations fut de 362 ; à chacune on faisait un 
sondage, on notait la température du fond de la mer et on ra- 
menait un échantillon d'eau de ce fond pour l'analyser chimi- 
quement et physiquement; enfin on faisait une prise des sub- 
stances qui composaient le lit de la mer en cet endroit. Je ne 
parle pas d'autres observations accessoires, des observations de 
température à des profondeurs diverses, des observations va- 
riables relalives à la faune marine, des obseiv'alions relatives 
aux courants de surface ou aux courants profonds. 

Les collections rapportées par le Challenger sont considé- 
rables. 

M. Carpenter a dès à présent cherché à donner une idée gé- 
nérale des résultats de l'expédition. Au point de vue hydrogra- 
phique d'abord, il est aujourd'hui reconnu : i° que le fond de 
la mer s'incline très graduellement à partir de la côte irlandaise, 
dans la direction de l'ouest, sur une étendue de plus de 
1000 milles; i° qu'à partir de la ligne de 100 brasses le fond 
descend très rapidement, si rapidement que, très peu plus loin, 
on trouve déjà des profondeurs de 1200 à i3oo brasses; 3°quà 
partir de la ligne de 2000 brasses, le fond redevient très uni; il 
forme alors une sorte d'immense plaine légèrement ondulée où 
les inclinaisons sont des plus faibles. 

Du coté de l'Amérique, où les observations ont été faites avec 
beaucoup de soin par le navire américain Tuscarora et le na- 
vire allemand Gazelle, les mêmes variations ont été observées. 
Là aussi, on a d'abord un plan fortement incliné qui aboutit ra- 
pidement à la grande plaine qu'on pourrait appeler la plaine 
Sous-Atlantique. Si un soulèvement amenait à la lumière cette 
plaine, couverte aujourd'hui par l'Atlantique, elle ressemblerait 
aux prairies de l'Amérique du Nord ou aux pampas de l'Amé- 
rique du Sud. 

Il faut donc cesser de parler de bassins quand on parle de nos 
océans, et se bien figurer que les mers n'ont point du tout sou- 
terrainement la forme d'immenses cuvettes. D'un autre côté, il 
faut comprendre que la forme des parties vraiment océaniques 



w 

w 



h 



( ao'4 ) 

ou profondes «le la mer cst trcs dirréreme ^ 
basses qui baignent les côtes. 

rénnirl^' 7 k^" ''"'"" S °" ,èvement *■ «°o brasses pour 
e unir 1 Angleterre au Danemark> à ,, Ho|lan • 

a - France, à llrk de> „ ^ ^.^ J ■ 

Ortney. Le ventable océan, ,'océan profond, ne commence en 
vn „ qn a ,00 nulle, à IWst de Golway, et d„ côté des Hé- 
br. des qu au delà de Saint-Kilda. Le soulèvement de ,oo b afs s 
mettra à sec une partie considérable du golfe de Gascogne Le 
-gués, qui, poussées par .e vent d'ouest et de sud" est t. 
versent I Atlantique, deviennent furieuses en arrivant ùr es 
cotes d'Irlande ou dans la baie de Biscaye. 

D'une façon générale, on peut dire que les grandes plate- 
ormes cont.nen taies s'élèvent d'une façon très abrupte sur le, 
bords des vra.es dépressions océaniques. Il faut donc se figurer 
eu ne tenant pas compte des systèmes de montagnes, la surface 
errestre comme formée d'immenses plateaux, les uns inondés 
les autres à sec, et ces plateaux comme rattachés les uns aux 
autres par des talus assez raides. Des soulèvements, pareils à 
celui dont j ai parle, uniraient au continent asiatique les îl-s de 
laM a , aisIe; , , a partie , errestre qu . s ,. (en(i d[( gn<] _ est 

lAs.e au sud de l'Australie est un immense plateau en partie 
submerge, dans lequel se trouve seulement une profonde fissure 
qui sépare la province indo-malaise de la province papuo-aus- 
tral.enne; cette fissure est comparable à celle de la Méditerra- 
née, qui sépare l'Europe de l'Afrique. 

On peut estimer aujourd'hui la proportion entre la surface 
des terres et la surface des mers sur le globe à environ 4 et , , • 
de telle sorte que si le globe était divisé en quinze parts, la terre 
en occuperait quatre seulement, soit un peu plus d'un quart. La 
hauteur moyenne des terres au-dessus de la surface des mers ne 
dépasse pas en moyenne 33o»; car, si l'altitude de l'Asie et de 
Afrique est un peu plus élevée, celles des deux Amériques, de 
1 Europe et de l'Australie est un peu plus faible. Pour la pro- 
rondeur moyenne des mers on peut l'estimer environ à 43oo- 
Ainsi, cette profondeur est à peu près treize fois plus grande que 
la hauteur moyenne des continents; de là on peut conclure que 






( a65 ) 

le volume total des mers est environ trente-six fois plus grand 
que celui des terres émergées. 

L'hypothèse de la permanence générale des grandes divisions 
de la croûte terrestre en plateaux continentaux et en plateaux 
sous-marins est fortifiée par l'étude des dépôts qui se forment 
aujourd'hui dans le lit des océans. Ces dépôts sont constitués 
par la désintégration des masses terrestres actuelles; ils se 
ftouvent surtout dans les eaux relativement basses, voisines de 
ces masses ; l'absence presque absolue de sable siliceux doit y 
être remarquée. On ne trouve au fond de l'océan Atlantique du 
sable siliceux qu'aux approches de l'Afrique ; il a été porté dans 
la mer par les vents, et l'on en voit tomber sur le pont des 
vaisseaux à une très grande distance des côtes. 

Le Challenger rencontra fréquemment au fond de la mer des 
dépôts d'origine volcanique, surtout de l'argile rouge; on ne 
peut avoir de doute sur l'origine de cette argile, quand on la 
trouve associée avec des fragments de pierre ponce. La pierre 
ponce contient, on le sait, les éléments de l'argile, qui n'est 
autre chose qu'un silicate d'alumine. Tous ces dépôts ont été 
trouvés surtout aux environs des grands centres volcaniques, 
tels que les Açores et les Philippines. 

On a signalé, avec les dépôts d'argile, des dépôts très singu- 
liers de manganèse, qui parfois incrustent des coraux, mais qui 
forment d'ordinaire des concrétions et des nodules de grandeur 
très variable, renfermant parfois à leur centre des débris orga- 
niques, dents de poissons ou autres. Un des observateurs du 
Challenger, lord George Campbell, écrit à ce sujet dans ses 
notes : « Dans certaines régions, tout le fond et tous les objets 
du fond semblent recouverts et imprégnés de cette substance. 
Des dents de poisson de toute grandeur se trouvent fréquem- 
ment et sont enveloppées de manganèse en couches concentriques 
qui ont jusqu'à un pied d'épaisseur . On a trouvé comme noyaux 
de ces nodides des éponges siliceuses, des débris de pierre 
ponce, des radiolaires, des globigérines, des morceaux d'ar- 
gile. . . Ces dents de poisson sont toutes des dents fossiles, les 
mêmes qui se trouvent fréquemment dans le terrain tertiaire, 
particulièrement dans les dépôts suisses miocènes. » 



f 



I 



( ati() ) 

« Le manganèse a ici apparemment une origine volca- 
nique ; partout où l'on trouve de la pierre ponce avec de 
I olivme, de l'augite, de la hornblende, dans un état 
avance de décomposition, on le rencontre. Dans les ar- 
g.les, un observateur anglais a découvert des granules 
sphenques et microscopiques très nombreux de fer natif. 
On est allé jusqu'à imaginer que ce fer était météorique • 
nous sommes beaucoup plus porté à croire qu'il est vol- 
canique. On sait aujourd'hui que le fer natif est associé à 
certaines roches ignées du nord de l'Europe. » 

L'expédition du Challenger a fourni de nombreux do- 
cuments qui serviront à éclaircir l'histoire des foramini- 
feres, des diatomacées, des radiolaires. Nous insisterons 
sur ce fait important que tous les sables, toutes les argiles, 
tous les sédiments formés des débris des falaises et des 
matériaux transportés par les fleuves n'arrivent jamais 
a une très grande distance; ils sont tenus quelque temps 
en suspension, mais ils se déposent longtemps avant d'ar- 
river aux parties vraiment océaniques des mers; les ré- 
g.onsqui forment les plateaux profonds ne reçoivent pas 
grand'chose des grands plateaux continentaux. * 

Le professeur Geikie disait récemment que : « depuis les 
temps géologiques les plus anciens, la grande zone des dé- 
pots a été, comme elle l'est encore aujourd'hui, la cein- 
ture marginale du lit de la mer qui borne les terres. C'est 
la que la nature a toujours semé la poussière des conti- 
nents à venir. La ruine des roches anciennes se fait in- 
cessamment sur la terre et la formation de nouvelles 
roches a continué incessamment sous les mers voisines. 
Les deux phénomènes sont les deux côtés complémen- 
ta.res du même phénomène qui se produit dans les parties 
terrestres et les parties de la mer peu profondes, et non 
dans les grands et larges bassins océaniques. » 

« L'étude de ce que l'on peut appeler la stratification 
thermale dans la mer a beaucoup occupé les observateurs 



( 2fi 7 ) 

du Challenger. Des thermomètres étaient descendus à des 
profondeurs diverses depuis 10 brasses jusqu'à 200 brasses. 
On a vérifié que c'est dans la couche supérieure de 
200 brasses que l'abaissement de température est le plus 
rapide; cet abaissement devient ensuite moindre, et, après 
la profondeur de i5oo brasses, il n'y a plus aucun change- 
ment. 

» Les températures basses du fond ne sont point dues, 
comme on l'a cru longtemps, à des courants inférieurs dits 
courants polaires, auxquels seraient superposés des cou- 
rants de surface équatoriaux : dans tout l'Océan, sauf 
dans l'océan Atlantique du nord, qui sous ce rapport est 
exceptionnel, la température s'abaisse dans les profon- 
deurs jusqu'à un point peu éloigné de zéro, et la couche 
la plus profonde est même quelquefois à 1° ou 2" au-des- 
sous de zéro; l'influence des rayons du Soleil est toute 
superficielle. 

» Dans l'océan Atlantique du Sud, où l'on a pris des ob- 
servations de profondeur à la latitude de 37 (2900 brasses), 
on a trouvé un fond tout à fait glaciaire, une couche 
d'eau de 1000 brasses d'épaisseur, qui est au-dessous de 
zéro. » 

Je mentionnerai maintenant la recherche faite sur la 
présence et la constitution du composé manganésifère dans 
les matières retirées par les sondages durant l'expédition 
du Challenger. 

M. Gûmbel s'est demandé si dans ces dépôts venant du 
fond des Océans, ainsi que dans les millépores, les incrus- 
tations d'oxyde ne résultaient pas de la concentration de 
substances minérales opérées par des végétaux, par des 
êtres vivants; or, en les examinant au microscope, après 
les avoir réduits en plaques minces, il n'y a reconnu 
aucun indice de structure organique ; de plus, il a vu qu'il 
en était de même dans les squelettes laissés par l'acide 
chlorhydrique, Les nodules ont l'apparence de l'oolithc, 









( 268 ) 
et fréquemment, ils ont pour point central un grain d'ar- 
gile rouge entouré de couches alternatives d'oxyde de 
manganèse. On observe, en outre, dans le noyau, de l'anor- 
those du fer oxydulé, de l'hornblende. Dans un des no- 
dules M. Schwager a trouvé, pour IO o : 

Biovyde de manganèse. .. . 2 3 6 
Oxyde de fer on t 

' ' ' * i Ï L \ 

S,llce .6,0 

Alumine I0 

M. Gûmbel attribue la formation des nodules à des 
sources minérales surgissant au fond de, mers et tenante,, 
dissolution, par la présence de l'acide carbonique, des 
carbonates terreux et métalliques. Cette hypothèse expli- 
quent leur apparition dans les régions volcaniques sous- 
mannes ; leur présence a un intérêt géologique, parée 
q" elle permet de concevoir comment les concrétions de 
manganèse se présentent dans certaines formations sédi- 
mentaires ('). 

M.Buchanan a étudié les nodules manganésifères du fond 
de 1 océan Pacifique; les tubes d'annélides (worms -tubes) 
retirés du fjord de Fine {loch Fine), et aussi la constitution 
de la vase dans laquelle ils sont disséminés. 

Un échantillon du loch Fine renfermait 3o pour ,oo 
de nodules, dont le poids moyen était H'. 7 . Des cailloux 
qui les accompagnaient étaient la preuve que ces nodules 
occupa.ent sous les eaux la place où ils avaient été formés ; 
quoiqu'il se rencontre seulement dans quelques localités, 
e manganèse accompagne fréquemment les coquilles et 
les wonns-tubes. Les nodules ont un noyau mon, plus 
riche en manganèse que leur enveloppe; ils renferment 
16 a 3o pour ioo de matières insolubles dans les acides 
faibles; M. Buchanan voit leur origine dans l'intervention 

(') Gûmbel, Jahrb. fur Minerai., 1878, 1870. 



( ^9 ) 

de substances animales qui changeraient en sulfure les sul- 
fates de l'eau de mer. 

Selon M. Giïuibel les concrétions nianganésifères pro- 
viendraient de sources sous-marines, émergeant d'un sol 
volcanique. Il faut reconnaître sans doute que cette opi- 
nion aurait en sa faveur les faits observés dans les eaux 
thermales d'une constitution analogue à celles de Coco- 
nuco, où une pellicule de bi oxyde d'un noir foncé adlière 
sur une dolomie; mais elle est insuffisante pour expliquer 
comment l'enduit métallique appâtait sur des galets de 
quartz, sur des granités. 

Il est vraisemblable que là où se montre l'enduit noir de 
bioxyde ou de sesquioxyde sur les corps submergés, sur 
les roches exposées alternativement à l'eau d'un fleuve et 
à l'atmosphère, le dissolvant des carbonates terreux et 
métalliques, le gaz acide carbonique, a été expulsé par 
l'agitation, la dessiccation, et que les sels de 1er et de man- 
ganèse, une fois isolés, sont modifiés dans leur constitution, 
produisant, par l'action de l'air, du sesquioxyde rouge de 
1er et de l'oxyde manganique noir. 

L'acide carbonique serait ainsi le véhicule des carbo- 
nates. 

Examinons donc quelle est la solubilité de ce gaz dans 
diverses conditions. 

i' ' d'eau exposé à l'atmosphère dissout, à une même 
température, chacun des gaz contenus dans l'air en quan- 
tité proportionnelle à la pression qu'ils exercent sur le 
liquide. 

L'air étant formé de £ d'oxygène et de 4 d'azote, i lil d'eau 
dissoudra par conséquent : 

Volume. 

Oxygène 34 

Azote (ib 



C'est précisément le rapport trouvé dans ces gaz extraits 
de l'eau pure après exposition à l'air, comme l'ont établi 



( 27 U ) 

Gay-Lussac el de Humboldt dans leurs remarquables re- 
cherches eudiométriques; toutefois, dans l'atmosphère, il 
y a du gaz acide carbonique, -^ environ ; l'eau pure en 
re lat.on avec 1 air doit donc en contenir et en contient en 
effet une bien faible proportion, si l'on considère combien 
est mimmela pression partielle de ce gaz; ,"« d'eau n'en 
renfermera que, o cc ,4i : en poids, o m &',8i. 

C'est une quantité encore plus rédui'te de gaz acide 
carbomque qu'on rencontre dans l'eau pure ou presque 
pure orsqne la température est supérieure à o°. Dans 
1 eau des sources, des fleuves, de la mer, la proportion du 
gaz est plus forte : cela tient à certaines conditions, mais 
dans les eaux recueillies à de grandes hauteurs, dans la 
pme, la teneur en acide carbonique ne diffère pas sensi- 
blement de celle déduite de la faible pression partielle 
exercée par ce gaz. C'est ce qui ressort d'études faites dans 
les montagnes très élevées au-dessus de l'Océan. 






Cordillère orientale des Andes. 

Village de la Raja; altitude 35oo-, dans r«- d'eau d'un tor- 
rent coulant sur la syénite : 

v Jt;:rtt lue rumene ;i °° et pression 6n > ? 6 ° : ***> - 

Bogota. - Altitude 2 64o». Torrent de San Francisco, cou- 
lant sur le grès : 

Dans ,"< d'eau : acide carbonique, o™, 7 ; en poids, ,-p 3q 

Bogota. - Dans ,u. d'eau de pluie : acide carbonim.e ô- an ■ 
en poids, o u, s r ,/{o. ' ' ' 

Equateur, Quito. - Altitude, agoo- terrain de trachvte, 

Dans i'« d'eau, fontaine de la Plaza Mayor : 

Acide carbonique, i«=,o; en poids, r"s r ,c)8. 

Dans i»« d'eau du couvent de San Francisco : 

Acide carbonique, i« i; en poids, 2 m s r ,i. 

Volcan de Guagua Picluncha. _ R u ' isseau coulant „, |e 
trachite. Altilude 45oo m . 

Dans r«> d'eau, acide carbonique, ,-, ; en poids, ï-w.gS; 



( 2 7 - ) 

Ces proportions minimes d'acide carbonique sont évi- 
demment la conséquence de la pureté des eaux et de la 
faible pression partielle exercée par le gaz mélangé à l'air; 
on les voit augmenter notablement même aux stations éle- 
vées, dans les sources et les rivières. Ainsi à Bogota, 
l'eau surgissant du soi contenait par litre : acide carbo- 
niquc, i3 cc ; en poids, 26"' s ',35. Dans l'eau de la laguna 
de Fontibon on a dosé dans i ht : acide carbonique, y cc , 5 ; 
en poids, i4'" s ',8. 

La quantité de cet acide est généralement plus forte 
dans l'eau des fleuves. Henri Sainte-Claire Deville, dans 
son travail classique sur les eaux potables, a indiqué dans 
I (acide carbonique mesuré à o° et pression o m ,76o) : 

Gaz. Poids, 

ce mgr 

Garonne 17,0 33,7 

Rhin 7,7 i5, 2 

Rliône 7,9 i5,6 

Duubs 17,0' 35,2 



C'est cette dose d'acide qui communique à ces eaux la 
propriété de dissoudre des carbonales terreux, constituant 
alors des composés dont la nature ne peut être exprimée 
par une formule, si ce n'est en supposant l'existence de 
bicarbonates analogues aux bicarbonates de potasse et de 
soude. En soumettant à une ébullition prolongée les eaux 
tenant en dissolution ces carbonates, l'acide carbonique 
libre comme celui qui entre dans les bicarbonates est 
éliminé. C'est par une seconde ébullition après l'addition 
d'un acide fixe qu'on dégage l'acide carbonique des car- 
bonales neutres. 

La mer renferme nécessairement les gaz de l'atmo- 
spbère. Dans un litre d'eau de la Mancbe, M. Seblœsing 
a constamment trouvé 98'"^, 3 d'acide carbonique, engagé 
pour la majeure partie dans les carbonates. 






! 









( 2 7 2 ) 

L'air n'ayant pas au delà de Tir | lnj de son volume en 
acide carbonique, ce gaz, en raison de sa faible pression 
partielle, n'entre que pour o cc , 3, soit o m s r , 55 dans un litre 
d'eau. C'est de l'acide libre, non combiné. En le sous- 
trayant de la totalité du gaz dosé, il reste 97 msr ,75 d'a- 
cide carbonique appartenant aux carbonates, très vrai- 
semblablement des carbonates calcaires. 

Dans cette supposition, les quantités de chaux prises 
par l'acide seraient ainsi réparties : 



Acide 
carbonique. 
ntg 
Pour former C;i 0, 2 ( CO 5 ) 97 , ?5 

Pour former CaO, CO s , la moitié 4.8,87 



Chaux. 

62,2 
(12.2 



Différence 48,88 

Ajoutant à cette différence les o ,n s r , 55 d'acide libre, 
on aura 4g'"s r , 43 pour l'acide carbonique n'entrant 
pas dans le carbonate de chaux CaO,C0 3 , mais pouvant 
contribuer à la formation du bicarbonate CaO, 2(C0 2 ) 
et que l'on extrait par l'ébullition. Le nombre 49 mBr , 43 
est assez rapproché de ceux trouvés par M. Buchanan, 
dans un litre d'eau puisé dans l'Océan , à des profondeurs 
diverses, durant la campagne du Challenger, résultats 
d'un haut intérêt qu'on a réunis dans un tableau ('). 











Température 










Profondeur 


de la 


Grammes 








de 


profondeur 


de CO 2 


Dates. 






l'échantillon 


en degrés 


dans 


i8 7 3. 




Latitude. 


en brasses. 


centigrades. 


i lil d'eau. 


Févr. 


28.... 


, 

23. 10 N 


■> 7 20 



2 ,0 


o,o4 


Mars 


16.... 


19.41 


38 7 5 


u 


0,057 


» 


■>! 


21.26 


Surface 


25, o 


0,046 


» 


28 


22 49 


2960 


1 ,5o 


o,o53 



(') Voyageait Challenger, t. II, p. 384 . 



I *73 ) 



Dates. 

i8 7 3. 

" 2 9- 

« 3i . 

Mai 26. 

» 27. 

Juin i4- 

» » . 

D l6. 

» 23. 

« 24. 

» 27. 

» 3o. 

Août 16. 

, 18. 

» '9- 

» 20. 

» 21. 

» 25. 

» 26. 

Sept. 27. 

» 3o. 

Oct. 1. 

» 2. 

3. 

4. 

6. 







Température 






Profondeur 


de la 


Grammes 




do 


profondeur 


de CO' 




l'échantillon 


en degrés 


dans 


Latitude. 


en brasses. 


centigrades' 


1 1 ' 1 d'eau. 


1 
24.39 


2 85o 



1 ,67 


O,o52 


2 7-49 


Surface 


». 


0,048 


36. 3o 


?.65o 


1,8 


0,064 


34.5o 


Surface 


21,7 


0,045 


32.54 


Surface 


23,3 


o,o4i5 


» 


236o 


',7 


,0472 


34.28 


2575 


i,5 


o,o5 


37.54 


Surface 


21,1 


o,o52g 


38.3 


21 75 


» 


o,o536 


38.i8 


1675 


2,3 


o,o5g2 


38. 3o 


1000 


3,7 


0,0446 


7- 1 


Surface 


26,. 


o,o432 


6. 11 


Surface 


26,0 


o,o382 


5.48 


Surface 


26,2 


o,o455 


4.29 


Surface 


26,2 


o,o43 


3.8 


3oo 


45,3 


o,o536 


1.47 


Surface 


26,0 


0,0426 


1.47 


5o 


.. 


o,o533 


14. 5i S 


Surface 


2.5,3 


o,o33o 


20. i3 


100 


,7,3 


o,o36o 


22 . i5 


Surface 


22,8 


,o53i 


24.43 


Surface 


21,0 


, 04 1 8 


26.i5 


235o 


0,8 


0,0491 


27.43 


Surface 


«9,4 


o,o432 


29.35 


1000 


2,5 


o,o556 



On peut demander pourquoi l'acide carbonique libre, 
l'acide non combiné aux bases, dissous dans l'eau, échappe 
aux effets de fortes pressions? Voici la réponse de M. Schlce- 
sing : 

« La pression que supporte l'eau ne paraît pas modi- 
fier sa faculté de dissoudre certains corps solides, fluides 

B0U6SINCAULT. — ^n r -' V' '8 



I 



( 2 7 4 ) 

ou gazeux; cela lient probablement à l'incompressibilité 
du liquide. 

» En ce qui concerne les solides, je viens de vérifier que, 
dans le vide, l'eau dissout exactement la même proportion 
de sel marin et de nitrate de potasse que sous la pression 
atmosphérique. 

» Tout porte à croire que les gaz sont dans le même cas, 
c'est-à-dire que, dans les profondeurs de la mer, l'eau n'a 
pas, à l'égard de l'acide carbonique non combiné, un pou- 
voir dissolvant plus grand qu'à la surface. » 

La mer, les fleuves contiennent donc de l'acide carbo- 
nique favorisant la dissolution des carbonates insolubles. 
Lorsque, par une circonstance quelconque, ce gaz est 
expulsé, les sels sont précipités; les carbonates de prot- 
oxyde de fer et de protoxyde de manganèse une fois 
en contact, soit avec l'oxygène de l'air, soit avec l'oxy- 
gène dissous dans l'eau, sont modifiés dans leur constitu- 
tion par la suroxydation de leurs bases; le carbonate de 
fer produit un sesquioxyde rouge; le carbonate de manga- 
nèse un bioxyde noir ou un sesquioxyde. 

C'est probablement à cette expulsion de l'acide carbo- 
nique que les granités de l'Orénoque, les syénites des 
bords de la mer Rouge, les roches cristallines du Congo, 
les assises calcaires ou dolomitiques des sources thermales, 
les concrétions formées dans les profondeurs de l'Océan, 
doivent, dans quelques circonstances, l'enduit de manga- 
nèse qui recouvre leur surface. 






( '-75 



LE CACAO ET LE CHOCOLAT. 



Le cacaoyer existe dans les régions chaudes de l'Amé- 
rique, mais, lors de la conquête, on le cultivait seulement 
au Mexique, dans le Guatemala, le Nicaragua, là où les 
habitants étaient d'origine toltèque et aztèque. C'est de 
ces localités que, sous le règne de Montezuma, les Espa- 
gnols transportèrent cet arbre, d'abord aux Canaries, aux 
Philippines, ensuite sur le littoral du Venezuela et dans 
les Antilles. On préparait, avec les grains du fruit réduits 
en pâle, une boisson, le chocolat/, dont l'usage était gé- 
néral. 

C'est un fait bien connu des planteurs, qu'il faut, autant 
que possible, établir une cacaoyère sur un terrain vierge; 
on a eu souvent des mécomptes en agissant autrement. Le 
cacaoyer exige un sol riche, profond, humide, de la cha- 
leur. Rien ne convient mieux qu'une forêt défrichée, ayant 
une pente permettant l'irrigation. Aussi, toutes les plan- 
tations importantes offrent un aspect commun; on les 
rencontre dans les régions chaudes, abritées, à peu de dis- 
tance de la mer ou près d'un torrent, sur les bords des 
fleuves. La culture du cacaoyer cesse d'être avantageuse à 
une température moyenne et constante de 24°. J'ai eu 
l'occasion de constater les résultats les plus défavorables 
à la base du Quindiu, dans une zone où le thermomètre, 
enfoncé dans la couche de température invariable, mar- 
quait 22", 8. L'arbre, en quelques années, avait une assez 
belle apparence, mais les fruits, peu développés, attei- 
gnaient rarement la maturité. 

Lorsqu'un terrain est jugé propre à la culture, on 
commence par réserver ou par assurer un système d'om- 






! 



; 



( *& ) 

brage. A cet effet, si l'on défriche, on laisse debout 
quelques arbres feuilles, ou bien on plante des essences 
d'une croissance rapide, par exemple lebucare (Erythrina 
umbrosa), le bananier assez fréquemment : ces deux 
moyens d'abriter les jeunes pousses sont adoptés. 

Au sud de l'Equateur, dans la province de Guayaquil, 
on procède directement à la plantation des graines, tandis 
que dans le Venezuela on les fait pousser dans des pé- 
pinières placées en un sol bien ameubli, présentant une 
série de petites buttes, dont les sommets sont élevés de 
o m , 20 à o 1 ", 25, et dans chacune desquelles on dépose trois 
graines fraiches à une petite profondeur. Les semailles 
sont recouvertes de feuilles de bananier. Les graines sont 
mises en terre à une époque où l'on prévoit l'ar- 
rivée des pluies : s'il ne pleut pas, on arrose le matin au 
lever du soleil. La graine germe en huit ou dix jours. A 
l'âge de deux ans, le cacaoyer s'élève à environ i m ; c'est 
alors qu'on l'écime en retranchant deux des branches su- 
périeures. 

Dans la vallée du rio Magdalena, où il y a d'impor- 
tantes cacaoyères, les semis se font dans un terrain abrité 
par des feuilles de palmier. On transplante les plants lors- 
qu'ils ont six mois; aussi, dans une pépinière couverte, 
les arrose-t-on une fois par semaine, en versant de l'eau 
sur la toiture. 

Le cacaoyer ne fleurit que bien rarement avant qu'il ait 
trente mois. Des planteurs détruisent ces premières fleurs, 
afin de ne laisser venir des fruits que dans la quatrième 
année, et cela dans les conditions climatériques les plus 
favorables, là où la chaleur moyenne est de in° à 28 ; 
dans les situations moins favorables, c'est-à-dire plus tem- 
pérées, il se passe souvent six années avant d'avoir les 
prémices d'un cacaoyer. 

Il est peu de plantes dont la fleur soit aussi petite, 
et surtout aussi disproportionnée au volume du fruit. 



( ^77 ) 
Un bouton, que j'ai mesuré lors de son épanouissement, 
ne dépassait pas une hauteur de o m ,oo4; la corolle, 
de couleur de chair, portait dix follioles entourant cinq 
étamines d'un blanc d'argent. Les fleurs n'apparaissent pas 
isolément, mais en bouquets, sur le tronc à toute éléva- 
tion, sur les branches mères; on en voit même sur les 
racines ligneuses rampant à la surface du sol. 

Pour recevoir les plants élevés en pépinière, le terrain, 
convenablement ombragé par des bucares, par des bana- 
niers, est d'abord débarrassé des mauvaises herbes. Des 
rigoles sont pratiquées pour faciliter l'écoulement des 
eaux. 

Les plants sont alignés en allées dont la distance est 
variable, selon la nature du terrain, et, à ce sujet, il y a 
cette opinion admise par les planteurs, que dans les sols 
excellents l'espace laissé entre les arbres doit être plus 
grand que dans les sols de qualité inférieure. Ainsi, dans 
la vallée del Tuy, près Puerto Cabello, les cacaoyers sont 
à 5 m de distance sur les meilleures terres et à 4™ au plus 
sur les terres de moindre valeur. Aux Antilles, générale- 
ment moins fertiles que la tierra firma, on espace à 2" 1 ou 
3 m ; la raison de ces dispositions est dans le plus ou moins 
de développement que l'arbre prendra 5 dans un terrain 
fertile, ses branches s'étendront davantage; or il est peu 
de végétaux plus touffus; les feuilles ont de o m , 22 ào m ,a4 
de long et une largeur de o m ,o5 à o'",o6. 

Une fois le plant en croissance, on s'oppose, par l'é- 
lagage, à ce qu'il devienne trop branchu. Il arrive aussi 
que les branches tendent à s'abaisser : on les lie alors en 
faisceau autour du tronc, jusqu'à ce qu'elles aient repris 
la direction ascendante. 

De la chute des fleurs à la maturité il s'écoule à peu 
près quatre mois. Le fruit ou cabosse, allongé, légère- 
ment courbé, est divisé en cinq lobes; sa longueur ap- 
proche de o m , 25; son plus grand diamètre près du point 






( 373 ) 
d'attache est deo m ,o8 à o m ,io; il pèse de 3o s r à 5oc.s r ; 
sa couleur varie du blanc verdâtre au rouge violet; son 
péricarpe est sillonné de côtes longitudinales; à l'inté- 
rieur, la chair ou pulpe est blanche, rosée, aigrelette; 
généralement elle enveloppe vingt-cinq amandes blanches' 
huileuses, qui, en séchant, prennent une teinte brune su- 
perficielle. On reconnaît la maturité du fruit à sa couleur 
et à la facilité avec laquelle on le cueille. On fait, par an, 
deux récoltes principales, mais dans une grande culture 
on cueillette tous les jours, et il n'est pas rare de voir un 
arbre porter à la fois des fleurs et des fruits. Après avoir 
rompu la gousse, on retire les graines à l'aide d'un morceau 
de bois arrondi à l'extrémité, puis on les expose au so- 
leil ; le soir,on les rassemble en tas sous un hangar. II s'y 
manifeste bientôt une fermentation active, qui serait nui- 
sible si on la laissait accroître, car le cacao frais amoncelé 
s'échauffe fortement: aussi le matin on étale les graines à 
l'air. 

ioo"s de semences fraîches rendent 45 k s à 5o k s de 
cacao sec et marchand. Dans le Venezuela, un cacaoyer 
ayant dépassé l'âge de sept à huit ans en fournit annuel- 
lement o k s, 7 5. C'est lorsqu'il est parvenu à l'âge de douze 
ans qu'il rapporte le plus : ainsi, dans le haut Magda- 
lena, à Gigante, d'après Goudot, un arbre rend, par an, 
2 kg de graine. 

La culture d'une cacaoyère exige un personnel peu nom- 
breux; un homme suffit pour surveiller mille arbres. Ce 
qu'on redoute le plus, ce sont les intempéries subites; 
ainsi, par un temps favorable, si les fruits, près de la 
maturité, reçoivent une ondée, ils tombent, parce que leurs 
vaisseaux s'imbibent et se rompent en subissant une tur- 
gescence; mais la principale occupation d'un major- 
dome, c'est de défendre la récolte contre l'attaque des ani- 
maux. 

Les singes, les cerfs, et particulièrement les oiseaux, re- 



( 2 79 ) 
cherchent les gousses avec avidité; des bandes de perro- 
quets planent incessamment au-dessus des plantations, 
et l'on ne réussit à les éloigner que par un bruit intense et 
continu, par un roulement de tambours entretenu du 
matin au soir. Dans un cacagual où je séjournai, à Tu- 
cupido, près Maracay, un esclave médisait : « Heureuse- 
ment que les papagallos dorment toute la nuit. » 

Le genre cacaoyer (theobroma) appartient à la famille 
des Buttnériacées : il comprend plusieurs espèces, dont la 
plus importante est le theobroma cacao, dont les caractères 
varient selon la provenance. On distingue clans le com- 
merce : le caraque du Venezuela; le soconusco de Gua- 
temala ; le maragnan de l'Amazone ; le cayenne, le guaya- 
quil, etc. 

Le cacao est décortiqué par la torréfaction opérée à une 
chaleur modérée. La coque devient friable et se détache 
aisément; on l'enlève par un vannage. En se torréfiant, 
la fève acquiert, comme celle du café, une odeur due à 
une infime proportion d'un principe volatil : c'est l'a- 
rome qu'on perçoit dans le chocolat. 

De ioo parties de semences venant de la Trinidad, nous 
avons eu 12 de coques. 

Les fèves du cacaoyer sont riches en principes nutritifs; 
indépendamment d'une forte dose de matière grasse, de 
beurre, on y trouve des substances azotées analogues à 
l'albumine, à la caséine; de la théobromine; des composés 
à constitution ternaire; ces éléments varient nécessaire- 
ment en quantité d'après l'origine. Un habile chimiste, 
M. L Hôte, a fait à ce sujet d'intéressantes observations 
sur les coques, le beurre, les substances azotées, les ma- 
tières minérales (cendres), l'eau, contenues dans des pro- 
duits que M. Menier avait mis à sa disposition. 



( 280 ) 

Décortication. 
ioo de graines ont donné : 

Provenances. Coques. 

Trinité 9,88 

Puerto Cabello ,3 2 , 

Carupano 14^84 

Para 10, 3 9 

Venezuela , 2 45 

Haïti 8^3 

Martinique 8 qt 

San Yago ,4,4,7 

Guayaquil IO , 2>i 

Maragnan . j j 2 - 

Caraque ,5,85 



Amande décortiquée et privée de germe. 

Dans 100 parties : 

_ _ Albumine 

Provenances. Eau. Beurre. Cendres. Azote. calculée. 

Guayaquil 6,5o 40,10 3, 7 5 2,38 14, q 

Carupano 6,5o 4 7 , 7 o 3,35 2>1 8 i3*6 

Puerto Cabello 7 ,oo 4o,36 3, 7 5 2,18 i3,'6 

Puerto Cabello torréfié... 5, 00 45,23 3,65 2,19 i3^ 

Haïti 6 ,oo 42,96 2,85 2,24 4,0 

Trinit « 6,5o 48, 9 3 2,95 2,23 13,0 

Martinique 7 ,5o 41,20 2, 7 5 2, 2 5 14,5 

Martinique torréfié 2,00 45,56 2,90 2,3a rô'o 

Para 6,20 3 7 ,i3 3,i5 2,09 t 3,% 

Guayra 7,00 35,96 4,00 2,18 i3,6 

Guayra torréfié 4>6o 49,26 3, 7 o 2,20 4,4 

Maragnan torréfié 4,20 45, 80 2, 7 5 2,22 i3, 7 

San Yago 6,00 46, o3 2,a5 1,88 n\ x 

Cara q ue 4> 30 5i,5o 4,00 2,16 i3,5 

L'azote dosé par M. L'Hôle appartenait à deux sub- 
stances : 

L'albumine, dont 100 parties en contiennent 16; 



( a«> ) 

La théobromine, dont 100 parties en contiennent 3i. 

Les recherches sur la composition du cacao faites jusqu'à 
présent laissent à désirer; il est bon cependant d'en rap- 
peler quelques-unes, bien que, aujourd'hui même, malgré 
les progrès de l'analyse, les résultats sont encore loin d'être 
satisfaisants. 

D'après Payen, les cacaos mondés, mais non torréfiés, 
contiendraient pour ioo : 

Beurre 48 à 5o 

Albumine 2I ^ ao 

Théobromine A à 3 

Amidon et glucose i i à 10 

Cellulose 3 ; \ 2 

Substances minérales 3 à L 

Eau io à \i 

IOO IOO 

Dans le cacao de Guayaquil, Mitscherlich a indiqué : 

Beurre /j5 >, fa 

Albumine ,3 > d ,$ 

Théobromine r o \ r K 

Amidon i4 à ( 8 

Glucose o 6 

Cellulose ft 

Substances minérales 3 5 

Matière colorante 3, 

Eau 6,3 

9?., 6 

Goudot a découvert, dans les forêts de Muso, une nou- 
velle espèce de cacaoyer qu'il a nommée Monlaraz , 
portant des graines très petites, de forme tétraédrique. 
Le chocolat préparé avec cette fève est amer et aroma- 
tique; j'y ai rencontré un acide ayant les caractères de 



> I 



( ^8 2 ) 

l'acide tartrique. Dans le montaraz, séparé de sa coque, 
j'ai trouvé : 

Beurre 53,3 

Albumine I2, 9 

Théobromine 2 / 

Gomme, acide tartrique 6 n 

Cellulose, amidon, ligneux n ! 

Substances minérales x 

Eau niô 

I00,O 

Dans les substances minérales (cendres) du cacao décor- 
tiqué Letellier a dosé : 

Acide carbonique i 

Acide phosphorique 20,6 

Acide sulfurique ... 45 

chlo,e o'a 

Polasse 33,4 

Soude 0,0 

chaux 11,0 

Magnésie , _ Q 

Silice 33 

Oxyde de 1er traces 

100,0 

Ces analyses montrent que les principes contenus dans 
les graines de cacao consistent en : 

Matière grasse, beurre, 

Albumine, 

Théobromine, 

Amidon, 

Glucose, 

Gomme, 

Cellulose, 

Acide tartrique libre ou combiné, 

Tannin, 

Substances minérales. 






( 2 83 ) 

On se bornera ici à rappeler les propriétés de quelques- 
uns de ces principes. 

Matière grasse.— Ce corps, désigné en pharmacie sous 
Je nom de beurre, est blanc, brillant, à cassure cireuse, 
fusible à 3o°, solidifiable à »3«. A la lumière polarisée, il 
présente, sous le microscope, un assemblage de nombreux 
cristaux. 

Suivant MM. Speclu et Goessmann, il serait formé 
d'oléine, de palmitine et d'une très forte proportion de 
stéarine. 

^ Ce beurre, cpiand il est pur, ne rancit pas; il possède 
l'odeur du chocolat, développée en infime proportion du- 
rant la torréfaction ; on met en évidence la présence de cet 
arôme en distillant avec de l'eau la graine torréfiée. Cette 
apparition d'une huile volatile dans les conditions qu'on 
vient d'indiquer rappelle celle de l'arôme du café développé 
pendant le rôtissage, où il se forme au plus ^ d'une es- 
sence suave, soluble dans l'eau, et d'une odeur bien carac- 
térisée. 

Pour en extraire le beurre, la graine a été broyée avec 
du sable de Fontainebleau, puis on a traité par du sulfure 
de carbone. 

^ Théobromine.— On l'obtient en traitant le cacao par 
l'eau bouillante et en précipitant la solution parle sous- 
acétate de plomb. L'excès de plomb séparé, on évapore à 
siccité, puis on fait bouillir l'extrait dans l'alcool ; parle 
refroidissement, la théobromine se dépose en une poudre 
cristalline; cette substance, peu soluble dans l'eau, dans 
l'alcool, dans Téllier, a une grande affinité pour le tannin : 
c'est ce qui rend son dosage difficile; les chiffres adoptés 
doivent être considérés comme approximatifs, mais sa pré- 
sence a été constatée dans tous les cacaos examinés; on l'a- 
perçoit en cristaux prismatiques dans le tegment de la 
graine, formé de cellules aplaties. 

Amidon. — Est signalé dans les anciennes analyses 



i 



( 284) 

en proportion exagérée. La fève de cacao a ses cellules 
remplies de granules amylacés, ovales ou arrondis, d'un 
diamètre de o"%oo3 à o»,oi, et perdant rapidement la 
teinte violette que leur communique l'iode. 

Gomme. — On l'obtient en versant de l'alcool dans la 
solution aqueuse provenant du cacao privé de beurre- la 
gomme précipitée, desséchée à l'étuve, a l'apparence de la 
gomme arabique et, comme cette matière, elle donne de 
1 acide mucique lorsqu'on la traite par l'acide nitrique. 
Cette gomme mucique a été rencontrée par M. Pasteur dans 
les vins; elle entre dans la constitution des fourrages, où 
elle remplit le rôle de l'aliment combustible du lait, la 
lactose ; elle dévie fortement le rayon polarisé vers la 
droite : [«],.+ 68% 6. Par l'incinération, cette gomme 
mucique laisse une cendre formée de phosphate basique de 
magnésie. 

Cellulose soluble. — On la sépare du tissu ligneux et de 
corps mal définis, par l'action de la liqueur de Schweitzer, 
ou en la saccharifiant par l'acide sulfurique. 

Coque. — La coque renferme les mêmes principes que 
la fève. Dans la coque entière, venant du vannage après la 
torréfaction, on a dosé : 

Beune 3, 9 o 

Matière azotée ^^ d , après azQte 2>g 

Gomme mucique I2 I2 

Acide tartrique, tannin 5 5 

C f nclres 6^89 

Ligneux, cellulose et matières inilé- 

terminées 45^, 

Eau .2, 18 

100,00 

. Dans les localités où la fabrication du chocolat a pris de 
l'extension, la production des coques est considérable : 
aussi, ce résidu n'ayant presque aucune valeur, 011 l'emploie 



( a85 ) 

quelquefois comme engrais. Dans les environs de Paris,on 
en a fait des briquettes fertilisantes, en y faisant entrer des 
matières fécales. On l'a aussi utilisé pour l'alimentation 
des moutons. Sa nature, du reste, justifie ces applica- 
tions : une matière grasse; une substance gommeuse ayant 
une constitution rapprochée de celle du sucre; un prin- 
cipe azoté, en partie digestible et capable de donner par la 
putréfaction un agent assimilable par les plantes. 

Dans l'amande décortiquée dn cacao de la Trinidad, on 
a trouvé : 

Non torréfié. Torréfié. 
Beurre /_ _ /-/■ 

Amidon, glucose 2) /f 2>5 

Théobromine 33 3g 

Asparagine , traces ^[^ 

Albumine in r. .. « 

Gomme mucique 2,4 25 

Acide tartrique 3/; 3 

Tannin o'a oja 

Cellulose soluble 10 g j j 5 

Cendres 4,'o 4^4 

Matières indéterminées 5,3 53 

Eau 7,6 

100,0 100,0 

Le cacao décortiqué, légèrement grillé, séparé des germes 
par un triage, est la base du chocolat dont l'usage est au- 
jourd'hui si répandu. On n'a pas à en décrire ici la prépa- 
ration : il suffira de rappeler qu'on l'obtient en broyant 
entre des cylindres maintenus à une certaine température 
un mélange de cacao inondé de diverses origines, des va- 
riétés aromatiques plus ou moins onctueuses; lorsque la 
masse est convenablement amollie, on y introduit du sucre 
par portion, de manière à entretenir la mollesse de la ma- 
tière. Le broyage étant opéré au moyen de cylindres ou de 



il 



( 286 ) 

cônes animés de différentes vitesses, roulant sur une plate- 
forme en granité; on fait tomber la pâte dans des formes en 
fer-blanc. Le chocolat, en devenant solide par le refroidis- 
sement, éprouve un retrait, de sorte qu'il sort facilement 
des moules; on l'enveloppe alors d'une feuille d'étain pour 
le livrer à la consommation. 

L'adjonction du sucre au cacao explique bien la faculté 
nutritive du mélange; c'est évidemment un des aliments 
les plus promptement réparateurs. 

Les Mexicains préparaient avec le cacao une pâle, le 
chocolatl, dans laquelle on faisait entrer un peu de farine 
de maïs, de la vanille et le fruit d'un piment. On broyait 
et moulait le produit à l'aide d'instruments qui ont été 
adoptés par les Européens. Les Indiens sauvages suçaient 
la pulpe douce et acidulée de la gousse du cacaoyer et re- 
jetaient les graines, qu'on trouvait accumulées là où ils 
avaient bivouaqué. 

Le P. Gili, en se fondant sur un passage de la Mo- 
narquia indiana, publiée par Torquemada, assure que 
les Aztèques faisaient l'infusion du chocolatl à l'eau 
froide. 

Jusqu'au xvi" siècle, les voyageurs différaient beaucoup 
dans les jugements qu'ils portaient sur cette substance. 
Acosta considérait le cacao comme un préjugé; Humboldt 
remarque que ce jugement rappelle Ja prédiction faite sur 
l'usage du café. En revanche, Fernand Cortès en exagé- 
rait peut-être la valeur; celui qui en a bu une tasse, écri- 
vait un page du conquérant, « peut marcher toute une 
journée sans prendre d'autre nourriture». Je reconnais 
toutefois que, dans une expédition au loin, lorsqu'il est 
d'une impérieuse nécessité de réduire le poids des rations, 
le chocolat offre des avantages incontestables et que j'ai eu 
plus d'une fois l'occasion d'apprécier. En France, la nou- 
velle boisson eut des partisans et des détracteurs. On sait 
ce qu'en dit M me de Sévigné dans une lettre adressée à sa 



I 



■ 

H 






( 2 8 7 ) 
fille : « J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat; j'en 
pr.s avant hier pour digérer mon dîner, afin de bien sou- 
per, et j'en pris hier pour me nourrir et pour jeûner jus- 
qu au soir : il m'a fait tous les effets que je voulais ; voilà 
de quoi je le trouve plaisant : c'est qu'il agit selon l'inten- 
tion. » 

Le chocolat possède une qualité essentielle, celle de ren- 
fermer sous un faible volume une forte proportion de ma- 
tières nutritives. Humboldt rappelle qu'on a dit avec 
raison qu'en Afrique le riz, la gomme, le beurre du shea 
aident 1 homme à traverser les déserts; il ajoute que, dans 
Je nouveau monde, le chocolat, la farine de maïs, lui ren- 
dent accessibles les plateaux des Andes et de vastes forêts 
inhabitées. 

La fabrication du chocolat a fait en Europe de grands 
progrès. En examinant les produits des principaux établis- 
sements, on arrive à cette conclusion que, dans les choco- 
lats loyalement préparés, il „'emre que du cacao et du 
sucre. Vo,ci un Tableau contenant les résultats obtenus 
au Conservatoire des Arts et Métiers en soumettant à l'a- 
nalyse des chocolats, les uns fabriqués à Paris dans divers 
établissements et les autres en Espagne, dans les usines de 
M.Mal.as Lopez. On doit faire observer que, dans les 
produits considérés comme de bonne qualité, le sucre le 
beurre, l'albumine, les matières minérales, l'eau ont été 
déterminés avec précision. Le dosage du sucre a été exécuté 
après avoir éliminé la gomme appartenant au cacao et 
dont le pouvoir rolatoire très prononcé et dextrogyre au- 
rait été une cause d'erreur dans l'estimation de la matière 
sucrée. 

Quant aux autres substances, les difficultés qu'on 
éprouve à les isoler laissent certainement des incertitudes 
sur les nombres adoptés, mais ce qu'il importait, c'était 
d en signaler la présence et la nature. L'arôme, la saveur 
1 odeur d'un chocolat dépendent particulièrement du choix 









( 288 ) 

des matériaux entrant dans sa constitution et apportant 
des caractères que peut seul apprécier un dégustateur. 

On ajoutera que les échantillons des chocolats examinés 
et dont on connaît la provenance sont conservés comme 
pièces pouvant servir à la vérification des analyses. 



Chocolats français 



Sucre 

Beurre de cacao. 
Amidon et I 

glucose \ 

Théobromine. . . 
Àsparagine .... 

Albumine 

Gomme raucique 
Acide tartrique . 

Tannin et ma- | 
tière colorante. ) 
Cellulose solublc 

Cendres 

Eau 

Matières indé- 
terminées 




o ,20 

4,53 
''79 

T ,22 



I . 



7° 



0,20 

4,7° 

i>7 5 
1,28 

i»9 2 



0,20 

5,o4 
1,87 
0,98 



1,66 



6,22 
2,43 
1 ,5i 



O, 10 

8,45 

3,23 
1 ,20 



2,3o 3,o6 



o,i4 

8,00 
3,o6 
i,33 

2,71 



100,00 100,00 ioo, 00 100,00 100,00 100,00 



Les quantités du sucre varient notablement. A ce sujet, 
nous rapporterons les observations intéressantes transmises 
par un habile fabricant espagnol. 

Les cacaos de Soconusco et de Caracas sont les plus 
estimés: celui de Guayaquil est recherché à cause de son 
prix moins élevé et de sa bonne qualité quand il a été con- 
servé avec soin. 

Voici, d'après M. Lopez, la composition des chocolats 
fabriqués dans son usine. 



( s3 9 ) 

1. 25 libras de cacao de Guayaquil, après avoir été sé- 
paré des coques et germes, 

Libras. 

A pesé 1 C) 

Sucre brut 2a 

Chocolat obtenu 41 

Pour 100, sucre 53,65. 

Libras. 

2. Cacao de Guayaquil 16 

Cacao de Caracas n 

Cannelle 0,7 

Libras. 
Nettoyé, mélangé, a pesé. . . ig 
Sucre blanc 18 

Chocolat obtenu 37 

Pour 100, sucre 48, (i. 

Libras. 

3 . Cacao Caracas 18 / 

n r ■■ 1 non nettoyé 

Cacao Guyaquil 7 ) J 

Sucre blanc iG 

Cannelle 0,7 

Chocolat obtenu 35 

Pour 100, sucre 45,7. 

Libras. 

k. Cacao Caracas 2 5 non nettoyé. 

Sucre blanc i4 

Cannelle 0,7 

Chocolat obtenu 33 

Pour 100, sucre 4 2 >4 ' • 
Boussingault. — Agr., VII. in 



( ago ) 

Libras. 

5. Cacao Caracas ,31 

Cacao Soconusco 7 I non nctto y é - 

Sucre raffiné ,3 

CanneIle 0,7 

Chocolat obtenu 3 2 

Pour 100, sucre 4o,6. 

Ces proportions de fr et \x parties de sucre sont pré- 
cisément celles trouvées dans ,00 parties de deux choco- 
lats remis au Conservatoire par M. Lopez. 

La quantité de suce ajoutée au cacao est donc assez dif- 
férente. Par exemple, d'après nos analyses et les synthèses 
indiquées par M. Lopez, on voit que dans .00 de chocolat 
Il y • sucre de canne : 



( l 59. > 

Fabriques de Paris. . J * ^7,5 

J3 56,3 

f ^ 55,i 

1 53,6 

2 48,6 

3 43,7 

Fabriques de Madrid. < k / 2 / 

:i 4>i4 

6 4i.4 

7 4o,6 

Les proportions de sucre étant très élevées, on a cru 
devoir rechercher ce qu'elle* seraient dans des produits de 

qualités excepiionnelles,dans trois échantillons de diverses 
fabriques (') : 



(') Ces chocolats étaient cotés à io r ' le kilo C ramme. 



I 



( 2 9 >) 

I. Chocolat de satité extra-fin. 

II. Chocolat par excellence. 

III. Chocolat surfin. 
On a dose pour ioo : 



Sucre. 
1 57,54 

" 5 7 ,54 

III 53,4 9 



Azote. 



Matières 
azotées. 



0,86 représentant 5,37 
0,81 ,, 5,o5 

1,00 « 6,28 



Ce sont, à très peu près, les quantités de sucre rencon- 
trées dans quatre des chocolats de choix dont la composi- 
tion est insérée au Tableau ; il y a toutefois cette différence, 
que les chocolats de qualités exceptionnelles n'ont pas 
fourni la moindre trace de glucose. 

Le chocolat I remis par M. Masson, et désigné comme 
chocolat de santé extra-fin, renfermait, pour 100 : 



On 



peu 



t don 



Beurre 21,60 

Cendres 2,49 

Eau 3, 20 

c exprimer sa composition par : 

Sucre 57,54 

Cacao ... 42,46 

100,00 



Le développement de l'industrie du chocolat en France 
ressort d'un document dû. à l'obligeance de M. Marie, 
membre de la Société d'Agriculture et Directeur du com- 
merce extérieur : c'est un état des quantités de cacao im- 
portées depuis 1860 jusqu'en 1881. 




Importation. 

Taux 
Unité, d'évaluation. 



Quantités. 



1860 Kil 

1865 Id . 

1869 Id 

1875 ;;.*; Id ; 

1880 Id . 

1881 . Belgique 

Angleterre 

Portugal 

États-Unis, oc. Allant. 

Nouvelle-Grenade. . . 

Venezuela 

Brésil 

Equateur 

Haïti Id. 

Poss. ang. d'Amer. N. 
Poss. esp. d'Amer. . . 
Poss. holl. d'Amer. . 

Guadeloupe 

Martinique 

Autres pays 



fr 

i,5o 
i,55 
i,45 

«,43 
i,8o 



r65 99 



>7 : 



47 

6008812 
8249109 
8725420 
10766986 
3 
784335 
86123 
96080 
1 133963 
3629294 
4435797 
i853 9 i 
282827 
189118 
1484206 
io5583 
202845 
496820 
68863 

12181248 



Valeurs. 

7074899 
93 1 365g 
11961208 
12477351 
19380575 



20751747 



L'importation, qui était en 1860 de 4706599^, s'est 
élevée, en 1881, à 12 181 248 k s. 

Par l'association de l'albumine, de la graisse, des con- 
génères du sucre et la présence des phosphates, le cacao et 
le chocolat rappellent la constitution du lait, le type, sui- 
vant Prout, de tout régime entrant dans la nourriture 
de l'homme. Il est intéressant de comparer les deux ali- 
ments. 



( 293 ) 

Lait de vache Matières fixes 
pour ioo. du lait pour ioo. 
Albumine ^ (0 2 g,4 

Beurre 4,4 3a, 4 

Sucre de lait ^ t /i 32 4 

• Phosphates, sels o,8 58 

Eau 86,4 

I0O,O 100, o 

L'émulsion de chocolat varie nécessairement en consis- 
tance d'après le volume d'eau avec laquelle on la prépare; 
assez généralement on met un cinquième de chocolat : c'est 
la dose qu'on a employée dans un essai. 

5 7 ër '9 de tablettes n° 3, dont la composition est indi- 
quée plus haut, ont donné 342& r d'émulsion dans laquelle 
il entrait : 

gr 

Albumine 3 

Beurre j^ >0 

Sucre 3 20 

Sels, phosphates j 

L'albumine, déduite du dosage de l'azote, est calculée à 
l'état sec; elle représente un poids d'albumine humide, 
de viande, de i2& r à i5 sr . 

342 6r de lait de vache auraient contenu : 

Albumine i3 6 

Beurre . r. 

Sucre de lait i5 o 

Sels, phosphates 2 n 

^ On voit que le lait est bien plus riche en matières azo- 
tées; il contient moins de sucre; le beurre est dans la 
même proportion. 

Un chocolat dans lequel il y aurait une plus faible dose 
de matière sucrée procurerait une boisson d'une compo- 
sition plus rapprochée de celle du lait. Ainsi, en Espagne, 






( =94 ) 

d'après M. Lopez, l'émulsion est souvent faite avec 8oS r 
d'eau et 3tf r de chocolat. 

Dans les n 2 B r d'émulsion il y aurait alors, conformé- 
ment aux analyses II et III du Tableau : 

Sucre I 3°2 

Beurre 8,2 

Albumine ', 3 ~ 

Phosphates, sels 1 )0 

Autres matières 6,9 

32,0 

Dans tous les chocolats analysés, le poids du sucre a été 
égal et quelquefois supérieur à celui du cacao entrant dans 
leur constitution; on en jugera par les dosages faits par 
M. L'Hôte sur des échantillons de pâtes, remis au Conser- 
vatoire par MM. Menier, Borel et Kohler. 

Pâte de cacao. Beurre. Albumine. Cendres. Eau. 

Delà Martinique 55, o i3,i 2,5 4,0 

DelaGuayra 4g, 3 4,0 3, 7 4,6 

De Caracas 5i,o 12,0 3,6 4,2 

DelaTrinidad 4g ,6 >, 2,4 5,o 

De Puerto Cabello. .. . 5i,6 3,6 3,2 

DeCarapano 53,4 , 3,5 3,o 

De Para 56,6 » 2, 5 4, g 

De Venezuela 5i,o >. 3,2 5,0 

De Para, grabeaux et ta- 
misage 35,4 » 3,8 4,3 

De Para, grabeaux purs. 4°>° » 5,4 4,8 

Prenant la pâte de cacao caraque, considérée comme le 
meilleur type, et dans l'état où M. L'Hôte l'a examinée, on 
a, pour sa teneur en beurre, en albumine et en phosphate : 

Beurre 5i )0 

Albumine . . 12,0 

Phosphate, sels 3,6 

Sucre 0,0 

Autres matières 33,4 

100,0 



( 2 y5 ) 

Ainsi, en mêlant à 100 de cette pâte ioo de sucre, on 
obtiendrait un chocolat renfermant : 

Sucre 5o,o 

Beurre 2 5,5 

Albumine 6,o 

Phosphate, sels i } 8 

Autres matières 16,7 

100,0 

Ce serait à peu près la composition moyenne des cho- 
colats français, I, II, III : 

Sucre 5^,6 

Beurre 22,5 

Albumine et broinine. .. . 6,1 

Phosphate, sels 1,8 

Autres matières 12,0 

100, o 

Mais les chocolats analysés sont plus riches en sucre ; 
aussi, en incorporant à la pâte caraque 60 pour 100 de 
sucre, on aurait un chocolat formé de : 

Sucre 60,0 

Beurre 20,4 

Albumine 4,8 

Phosphate, sel 1 ,4 

Autres matières i3 ,4 

100,0 

C'est le chocolat I du Tableaudans lequel il y avait : 

Sucre 5g, 1 

Beurre , 21,4 

Albumine 4,6 

Phosphate, sels 1,8 

Autres matières i3, 1 

100,0 



m 
■r 



( 296) 

Un mélange de 60 de la même pâle et de 40 de sucre 
donnera un chocolat formé de : 

Sucre 4o,o 

Beurre 3o,6 

Albumine „ 2 

Phosphate, sels 22 

Autres matières 9.0 o 

100,0 

composition approchant de celle du chocolat espagnol III. 
La forte proportion du sucre entrant dans ces produits 
atténue nécessairement leur faculté nutritive. Aussi, dans 
l'Amérique méridionale, lorsqu'il s'agissait d'une expédi- 
tion sur les fleuves ou à travers les forêts, on préparait 
le chocolat destiné aux approvisionnements avec 80 de 
cacao et 20 de sucre brut, composition représentée par : 

Sucre 20 

Beurre A ï 

Albumine IO 

Phosphate; sels 3 

Autres matières 26 

100 

Un homme recevait par jour 6o& r de ce chocolat dans 
lesquels il y avait : 

Sucre I2 

Beurre , 2 6 

Albumine fj 

C'était une utile addition à la ration, formée de viande 
de boeuf légèrement salée, séchéeà l'air (tasajo), de riz, de 
biscuit de maïs ou de galettes de cassave. 

On terminera en reproduisant quelques réflexions qui 
ont surgi sur le chocolat à l'Exposition internationale de la 
Grande-Bretagne. 



( 2 97 ) 

On a fait remarquer que, parvenu à un certain état de 
civilisation, l'homme associe fréquemment à sa nourriture 
des plantes qui agissent sur son organisme à la manière 
des boissons fermentées. Comme le vin pris à dose conve- 
nable, ces aliments favorisent la digestion, surexcitent la 
mémoire, exaltent l'imagination et développent un senti- 
ment de bien-être, sans donner lieu à celle réaction fâcheuse 
qu'occasionne souvent l'abus des liqueurs alcooliques. 

C'est un fait curieux que les races humaines séparées par 
les plus grandes distances, n'ayant jamais eu de communi- 
cations entre elles, préparent avec certains végétaux des 
breuvages excitants : le thé en Chine, le café en Arabie, 
le maté au Paraguay, le coca au Pérou, le cacao au 
Mexique; utilisant tantôt les feuilles, tantôt les graines 
de plantes dont les genres botaniques n'ont aucune analo- 
gie, mais, malgré cette différence, exerçant une même ac- 
tion sur le système nerveux, sur la digestion : c'est que, en 
réalité, il y a dans ces végétaux des substances possédant la 
constitution des alcaloïdes doués de propriétés semblables : 
c'est la caféine, dans les feuilles du thé; du maté, dans 
les semences du café; la cocéine, dans les feuilles de coca ; 
la théobromine, dans les graines du cacaoyer. Ainsi, le 
Chinois, l'Arabe, l'Indien du Paraguay, l'Inca, l'Aztèque, 
étaient sous l'influence d'un même agent quand ils avaient 
pris leur boisson habituelle, dont l'usage est maintenant 
si répandu chez toutes les nations. 

Sans doute les infusions de thé, de maté, de café, de 
coca ne sauraient être considérées comme des aliments. 
Les matières fixes qu'elles renferment sont en trop faibles 
proportions et elles n'agissent qu'en vertu de leur alca- 
loïde. Il n'en est pas ainsi du chocolat : c'est à la fois 
un aliment complet et un excitant énergique, puisqu'il 
approche, par sa constitution, de la nourriture par ex- 
cellence, le lait. En effet, nous avons vu que dans le 
cacao il y a de la légumine, de l'albumine, de la viande 






( 298 ) 
végétale associée à de la graisse, à des bières placées 
-sucrées, entraînant la combustion respiratoire, enfin Tel 
phospha.es, matériaux du système oss'eux, et e p u ce 

le ZJ"Z /. ^ mèU ^ SllCrC ' ]C —o constitue 

soltsFs" T S - P '° PriéléS " lUrhiveS donnèrent les 
soldats Espagnols qui envahirent le Mexique. 






99 ) 



SUR LA COMPOSITION 



SUBSTANCES MINÉRALES COMBUSTIBLES. 



J'ai réuni dans ce Mémoire les résultats d'analyses exé- 
cutées au Conservatoire des Arts et Métiers, sur des bi- 
tumes, des lignites, des résines fossiles, des houilles et 
des anthracites rapportés d'Amérique; et comme termes 
de comparaison, les analyses des mêmes matières recueil- 
lies dans diverses localités. Ainsi, je dois à l'obligeance de 
MM. Daubréeet Fremy d'avoir pu étendre mes recherches 
sur des échantillons provenant des collections de l'Ecole 
des Mines et du Muséum. 

On a commencé ce travail par l'élude des bitumes de 
l'Alsace. 

Le bitume est extrait, à Bechelbronn, par l'ébullition du 
sable dans l'eau; maintenu ensuite dans une chaudière à 
une température suffisante pour que les matières terreuses 
tenues en suspension se déposent; après le refroidisse- 
ment, il a une consistance visqueuse; sa couleur est brun 
foncé, c'est la graisse minérale, stein œl, qu'on substitue 
aux corps gras pour atténuer le frottement dans les engre- 
nages, pour lubrifier les essieux des voitures. 

L'alcool à 4o°, en contact avec ce bitume, prend une 
teinte jaunâtre, due à une huile qu'on peut séparer par la 
distillation. C'est le principe liquide du bitume visqueux, 
le pétrolène; il possède une faible odeur. A 21", sa densité 
était de 0,891. A — 12 , il est resté liquide; en le refroi- 
dissant jusqu'à près de ioo° au-dessous de zéro, par l'in- 



( 3oo ) 

tervemion de l'acide carbonique confié il n 'v . 
apparition de cristanv 1» '. i- &eIe ' lln y a P a s eu 

du miel. Il elZTluUU ! * ** '* C ° nslsta " Ce 

entre en ebullmon a 280 sans éprouver d'al 
teratton senstble si Pon opère à ^ de ^ d al " 

P0Ur sa imposition, on a trouvé : 



Carbone . . 
Hydrogène. 




100,00 



II. 

88,09 

100,00 



uiiLu emp oye p t enlever au huume **»« Ja r 

tahtedu prtncpe volatil a été de le soumettre à une tem 

perature de 2 5o» dans ,'étuve à bain d'huile de G y Lu ac " 

jusqû a ce que son poids ne diminue plus. L'opération t' 

*n longue, il a fallu chauffer pendant cinquante ur 

alors même qu'on n'agissait que sur a r de matièr et ndus' 
uru e de ^^ ^ subsunce soHd pendus 

est d un noiP très briIlaats , cassure P-e 

■'-300 et s al erant avant d'entrer en fusion. Le bitume 
visqueux a été soumis à l'analyse : 



Carbone 

Hydrogène . . . 
Oxygène 






100,00 100, 00 



l.i«e«iU Ït rait . qUe ^ bitUmC ViSqUeUX de B^eIb TO -n 
laisserait al etuveapeuprès ai p 0U r 100 de bitume solide; 



■ 

I 



( 3o, ) 

et il est remarquable que ce résidu retienne une aussi 
forte proportion d'oxygène. Au reste, clans des asphaltes, 
on verra qu'il y a quelquefois 10 à 12 pour 100 de cet élé- 
ment. 

Les bitumes visqueux, mous et fluides sont évidem- 
ment des mélanges de substances de propriétés différentes : 
les unes liquides, volatiles, comme le pétrolène, le 11 aphte; 
les autres solides, fixes, ayant une composition rappelant 
celle de l'asphalte. On comprend, dès lors, pourquoi la 
consistance des bitumes est aussi variable, puisqu'elle est 
la conséquence de la nature des principes entrant dans 
leur constitution. 

Les gisements bitumineux sont connus en Alsace depuis 
longtemps. En 1498, Wimpheling écrivait qu'à Bechel- 
bronn on trouvait une huile minérale qu'on employait à 
l'éclairage et au graissage des essieux. Le terrain est une 
marne renfermant des couclies ou plutôt des amas d'un 
sable quartzeux imprégné de bitume. A Lobsan, le cal- 
caire d'eau douce contient des bandes peu épaisses de li- 
gnite intercalées, de nombreux vestiges de végétaux, des 
empreintes de tiges de Chara, de Dicotylédones, des Prèles 
et de'très belles feuilles d'un Palmier, le Chamœrops Fla- 
bellaria maxima; les lignites, en longues aiguilles, sont 
les débris du tronc de ce palmier, dont l'abondance suffit 
pour classer le terrain dans le miocène. Dans une argile 
superposée au calcaire, j'ai rencontré un fossile intéres- 
sant : la mâchoire d'un animal que Guvier a décrit sous le 
nom d uinthracotherium alsaticum. 

I. — Bitumes mous, bitumes liquides. 



Pris sur l'eau remplissant un ancien trou de sonde percé 
dans une prairie. 

Très fluide, brun, odeur de pétiole, il n'a pas laissé de 
cendres après sa combustion. 






F 



I 



( 3oî ) 
Pour ioo : 

Carbone 87,5 

Hydrogène 1 1 , i 

Oxygène o , 3 

Azote t . r ( ' ) 

ioo,o 

Bitume liquide de Schwab-weiler, près Hatten . — Brun , 
odeur depétrole-, provenaitd'un sondage. 

Carbone 85,38 

Hydrogène 12,33 

Oxygène 2,17 

AzoLe 0,12 

100,00 

Bitume de Baslennes . — On l'extrait en traitant le 
minerai par l'eau bouillante; noir, très mou; den- 
sité, 1,121. 

Carbone 85,74 

Hydrogène 9>58 

Oxygène 2 , 88 

Azote 1,80 

100,00 

Bitume du Pont-du-Château (Auvergne). — Apparaît 
dans un terrain tertiaire en rapport avec une coulée de 
basalte ; noir, mou ; densité, 1,068. 

Carbone. 77 ,52 

Hydrogène . . 9,58 

Oxygène 10, 53 

Azote 2,37 

100,00 



(*) L'azote dosé par combustion. 



( 3o3 ) 

Bitume des Abvuzzes, environs de Naples. — Noir, so- 
lide, cassure coiH'hoïde. 

Carbone' 81 ,83 

Hydrogène 8,28 

Oxygène 8,83 

Azote 1 , 06 

100 ,00 

JSaphle noir de Balahhang ( Pen-Apcheron ). — Remis 
par M. Daubrée. 

Carbone 85,42 

Hydrogène 6,66 

Oxygène 7,-6 

4zote 0,16 

100,0 

Bitume de Cuba. — Densité, 1 ,06. 

Carbone 8 1 , 5 

Hydrogène g, 6 

Oxygène et azote 8,q 

100,0 

Bitume des bords de VOrènoque. — Noir, très solide. 

Carbone 77^3 

Hydrogène 7 ,c)4 

Oxygène «3,87 

Azote o ,26 

100,00 

Bitume noir consistant de Bocanemé, vallée de la Mag- 
dalena (Nouvelle-Grenade). 

Carbone 88,5a 

Hydrogène 1 1 , 36 

Oxygène 0,00 

Azote 0,12 

100,00 



( 3o4 ) 
Bitume des environs d ' Ambalema, vallée de la Mag- 
dalena. — Noir, très consistant à la température de 3o°. 
ioo parties ont laissé o,i52 de cendres ferrugineuses. 

Carbone 88, 3i 

Hydrogène g ,64 

Oxygène 1,68 

Azote 0,37 

100,00 

Bitume des puits de feu de la Chine. — M. Bertrand 
a envoyé à l'Académie des Sciences du bitume et de l'eau 
salée provenant d'un gisement décrit par M. Imbert, mis- 
sionnaire en Chine : l'eau d'un puits salin, le bitume d'un 
puits de feu Ho-tsing. Dans la province de Szu-tchhuan, 
célèbre par le nombre et l'importance des sources salées, 
on compte, sur une surface d'environ 5o lieues carrées, 
quelques milliers de puits salins. Ce sont des trous de sonde 
que l'on fore pour se procurer du sel ; ils ont généralement 
5oo à 6oo m de profondeur et un diamètre de o m , 20 ; on les 
exécute par le sondage à la corde. Pour y puiser l'eau salée 
ou le bitume, on y descend une tige creuse de bambou 
ayant 8 m de longueur, et munie d'une soupape. L'eau rend 
à peu près le cinquième d'un sel légèrement amer. Cette 
proportion s'approche decelle que j'ai constatée ; leliquide 
salé remplissait un morceau de tige de bambou. On y a 
dosé, pour 100 : 

Chlorure de sodium r6 o 

» de calcium 3 q 

» de magnésium 1 3 

Chlorhydrate d'ammoniaque traces 

E;,u 78,8 

100,0 

On a constaté l'absence de sulfates. Cette eau renferme 
cinq fois plus de sel que l'eau de la mer. 



( 3o5 ) 

Il se dégage constamment des puits salins un gaz très 
combustible. Aussi est-il dangereux d'approcher de leur 
orifice un corps enflammé. On exécute même des sondages 
uniquement pour se procurer du gaz; ces sources de feu 
sont très communes à Tseu-Iieou-lsing, L'eau ayant tari 
dans un de ces puits, on sonda jusqu'à iooo m ; l'eau salée 
ne reparut point; lorsque la sonde fut parvenue à celte 
énorme profondeur, il sortitsubitemenl un jet de gaz qui est 
utilisé aujourd'hui pour chauffer les chaudières évapora- 
toires et éclairer les ateliers d'une saline. 

Le bitume des sources de feu est d'un vert obscur par 
réflexion, brun quand la lumière le traverse; à i5 ou 20", 
sa consistance est celle de l'huile; il est dissous en totalité 
par l'élher sulfurique. Soumis à la distillation, en plaçant 
la cornue qui le renferme dans un bain de cire permet- 
tant d'élever graduellement la température, le bitume 
abandonne à ioo°une huile ayant l'apparence du naphte. 
Il fallut porter le bain à i5o°pour déterminer une dis- 
tillation continue. On a recueilli alors, sans qu'il y ait 
eu éhullition, un carbure d'hydrogène d'un jaune pâle 
ayant les propriétés du pétrolène; en élevant et mainte- 
nant la température à près de 200 , il est resté dans la 
cornue une substance d'un noir brillant qui est devenu 
solide après le refroidissement. En opérant sur quelques 
grammes de bitume, on a pu estimer assez exactement les 
quantités des trois produits qu'on vient de mentionner : 



Huile très volatile analogue au naphte. . .. 1 

Huile lourde gg 

Bitume solide ,3 



100 

Un caractère des bitumes des puits de feû de la Chine, 
c'est de prendre une assez grande consistance par l'abais- 
sement delà température. A i5°, il est très liquide; mais 
à o°, il devient assez visqueux pour couler difficilement; 

BOOSSIHGAULT. — Âgr., VII. 20 



( 3o6 ) 
puis, la température s'abaissant encore, il s'en sépare une 
substance grenue, de la naphtaline. Aussi le bitume re- 
froidi, jeté sur un filtre, se sépare-t-il en deux parties : 
l'une, liquide, brune, passant lentement; l'autre, extrême- 
ment consistante, reste sur le papier ; c'est évidemment un 
mélange de naphtaline et de bitume liquide. 

Bitume des puits f/e /eu. _ Partie filtrée; n'a laissé 
après la combustion qu'une trace de cendre grise. 

Carbone 86,8a 

Hydrogène ,3^5 

Oxygène 0ï0O 

Azote o ,02 

100,00 

Partie restée sur le filtre et exprimée : 100 parties ont 
laissé o, 196 de cendre grise. 

Carbone 82, 85 

Hydrogène 13,09 

0x ygène 4,0(3 

Azote 0,00 

100 ,00 

Les sources salées sont souvent concomitantes des gise- 
ments de bitume. Par exemple, en Alsace, la saline de 
Soultz-sous-Forêts est dans le terrain tertiaire, et, comme 
en Chine, les sondages donnent issue à des quantités très 
abondantes de gaz inflammable, dont le dégagement est 
accompagné ou suivi d'émissions d'un bitume fluide conte- 
nant de la naphtaline, ainsi que l'a reconnu M. Le Bel. Ces 
émissions proviennent sans aucun doute de grandes profon- 
deurs ; car le gaz emprisonné dans ces huiles minérales s'y 
trouve à une pression supérieure à celle de i5 a,m . Toute- 
fois, le seul fait, à ma connaissance, indiquant que le bi- 
tume liquide, le pétrole, sort quelquefois des roches d'une 
ancienne époque, est celui observé par de Humboldt, dans 



( 3o 7 ) 

l'Amérique méridionale : une source d'huile dans un 
micaschiste baigné par la mer à la Punta de Afaya dans 
le golfe de Cariaco. Rappelons ici que, aux Etats-Unis, on 
a retiré d'immenses quantités d'huiles minérales lourdes cl 
légères des terrains siluriens et dévoniens. 



BITUMES SOLIDES : ASPHALTE. 

L'asphalte est noir, amorphe, à cassure conchoïde, d'une 
densité de 1,1 à 1,2; il acquiert l'électricité résineuse. Pur 
la distillation sèche, ce minéral est altéré et produit des 
huiles empyreumatiques accompagnées d'une eau légère- 
ment ammoniacale. L'alcool absolu en extrait quelquefois 
une lésine jaune, soluble dans l'élher. 

Asphalte d 1 Algérie, près d'Oran, remis par M. Le Bel : 
a laissé une trace de cendre rouge. 

Carbone "3,47 

Hydrogène 10, 48 

Oxygène 1 5 , 49 

Azote o ,56 

100 ,00 

Asphalte d'Egypte, remis par M. Le Bel : 

Carbone 85,2g 

Hydrogène 8, 24 

Oxygène 6,22 

Azote o,25 

100 ,00 

Asphalte de Coxitambo, près Cuenca, au Pérou. 

Le gisement, très abondant, serait déposé sur le grès, en 
relation avec le calcaire néocomien, d'après de Humboldt. 
D'un noir brillant. 






( 3o8 ) 

i. il. 

Carbone 87, a5 87,75 

Hydrogène 9,69 9,68 

Oxygène et azote. . . 3, 06 2,57 

100,00 100,00 

Bitume de Judée, de la mer Morte. — Ce bitume 
Hotte en morceaux à la surface du lac Asplialtite. Les 
fragments que de Saulcy m'a remis sont noirs, brillants, 
durs, à cassure conchoïde. D'après M. Larlet,ils provien- 
draient des sources thermales et salines. J'ai analysé deux 
échantillons très purs. 

I. H. 

Carbone 77» 12 77-84 

Hydrogène 8,82 8,92 

Oxygène 12, 35 11,54 

Azote 1 .n T 1,70 

100,00 100,00 

Résines jossiles. — Dans les alluvions aurifères de 
l'Amérique du Sud, ou rencontre assez souvent des sub- 
stances ayant l'apparence de résine, de succin. 

L échantillon examiné a été trouvé à Bucaramanga, pro- 
vince du Soccoro, dans le lavage de Giron. On l'avait dé- 
taché d'un bloc pesant i2 kg . 

La résine deGironest d'un jaune pâle, transparente; elle 
fond facilement et brûle avec une flamme peu fuligineuse 
sans laisser de résidu. Par le frottement elle devient forte- 
ment électrique; insoluble dans l'alcool, elle se gonfle, 
devient opaque dans l'éther. Sa densité est un peu supé- 
rieure à celle de l'eau. Par son aspect, sa translucidité, sa 
couleur, elle peut être confondue avec le succin; mais, en 
la distillant, on n'a pas réussi à en extraire de l'acide suc- 
cinique. 



( 3°9 ) 

Carbone 82,7 

Hydrogène 10,8 

Oxygène 6,5 

Azote 0,0 

100,0 

Résine fossile des alluvions aurifères de Santa-Rosa, 
province d'Anlioquia [Nueva Granada). Elle est d'un 
brun clair, se rencontre en morceaux volumineux ayant 
la cassure conchoïde, devient électrique, brûle sans laisser 
de cendre. 

Carbone 77 ,80 

Hydrogène 9-°o 

Oxygène 12,57 

Azote o,o3 

100 ,00 

Résine fossile des alluvions aurifères del Retiro, pro- 
vince d'Antioquia. On la rencontre en fragments d'un 
jaune-orange; elle a l'aspect de la mellite, sans structure 
cristalline, électrique; cbauffée clans un tube, il s'en dégage 
de l'eau un peu acide; soluble à froid dans l'alcool à /\0°, 
très soluble dans l'étber -, les solutions sont légèrement 
acides. 

Carbone 7 1 ,8g 

Hydrogène 6,5i 

Oxygène 0.1 ,57 

Azote o,o3 

1 00,00 

Cire de montagne de Balkin (Russie). — Fusible à 62 ; 
éclat cireux, on la trouve en amas considérables dans une 
île voisine de Bakou; l'échantillon examiné avait une cou- 
leur brune. On la désigne sous le nom (ïozocérite. 

100 parties renfermant : eau, 1 , 1 4) 0| it laissé : cendres 
grises, 6 ,390. 



( 3xo) 
Cendres et eau déduites : 

Carbone 84,33 

Hydrogène i3, 7I 

Oxygène i j9 6 

Azote 0,00 

100,00 

De l'ozocérite, de Truskawicg, en Gallicîe, contenait : 

Car k°ne 84,62 

Hydrogène ,£ f2g 

Oxygène , ?09 

100,00 
E latérite. — Bitume élastique, caoutchouc fossile. 
Cette substance cède facilement à la pression,- translu- 
cide sur les bords, d'un brun noir, éclat gras, élastique; 
densité, 0,90 a 1,2 ; odeur bitumineuse; fusible. En partie 
soluble dans l'éther, exposée à l'air, l'élatérite perd de son 
poids par l'émission d'un principe volatile, 

Un échantillon de Sali Erk (Australie), remis par 
M. Daubrée, contenait pour 100 : eau, o, 2 5 ; cendres, 5,3o. 

Carbone ™ ,3 

Hydrogène IO ,3o 

Oxygène 16,84 

Az "te ] n 1 

100,00 
Rétinasphake de Bovey, Devonshire. — Remis par 
M. Fremy. Jaune brun, élastique, devenant dur par l'ex- 
position à l'air. 

Carbone nA ta 

Hydrogène 8,18 

Oxygène L?i 5 f 

Azote 0,19 

100,00 



( 3.. ) 

Jonilede Californie. — Remis par M. Fiemy. Bitume 
mou. 

Carbone 67 , 55 

Hydrogène 7^3 

Oxygène 2 5, o5 

Azote 0,27 

100,00 

Guayaquilite. — Résine amorphe, jaune clair. Den- 
sité, 1 , 092; fusible à 70 ; soluble flans l'alcool; a été trouvée 
en masses volumineuses dans les environs du port de 
Guayaquil, république de l'Equateur. 

Carbone 77 > ° ' 

Hydrogène S, 18 

Oxygène i4,8t 

100,00 
Succin, ambre jaune. — Cassure concboïdale, trans- 
parent; densité, 1,1. Prend l'électricité résineuse; entre 
en fusion vers 3oo°. Par la distillation, donne de l'eau et 
de l'acide succinique. 

On a dit que le succin est la résine fossile d'une espèce 
éteinte de Conifère, le Piuter succinifer. Son gisement est 
généralement dans les lignites, mais on en rencontre fré- 
quemment au milieu des alluvions, du sable, comme il 
arrive pour les blocs de résines fossiles, au milieu de sé- 
diments aurifères de l'Amérique méridionale. J'ai observé 
le succin dans les argiles de la masse de sel gemme ex- 
ploitée à Zipaquira, près de Santa-Fé-de-Bogota (Nouvelle- 
Grenade); les fragments, d'un jaune pâle, transparents, 
renfermaient des débris d'insectes. A Lobsann, en Alsace, 
on en extrait des petits nodules disséminés dans un lignite. 
Dans un succin du Hainaul : 

Carbone 78,8 

Hydrogène 10,2 

Oxygène ! 1 , o 

1 00,0 



■ 



( 3(2 ) 

Dysodile. — Cette substance est considérée comme la 
limite des bitumes. Elle est formée de minces feuillets, 
renfermant quelquefois des empreintes de plantes dicoty- 
lédonées, de poissons. Densité, 1,1 à i,3 ; elle brûle en 
émettant une odeur très fétide et laisse un résidu abon- 
dant. 

Dysodile de Sicile. — Remis par de Senarmont. Après 
combustion, a laissé, pour 100 : 4o de substances miné- 
rales. 

Cendres déduites, on a trouvé : 

Carbone 5 7>7 3 

Hydrogène 9> 35 

Oxygène et soufre 3i ,91 

Azote 1.01 

100,00 

Dysodile de Glumbach, près de Giesen. 
Cendres déduites : 

Carbone 63, 3q 

Hydrogène 1 2 , 5 1 

0x yg«ne 19,13 

Soufre 1 )0/ 6 

Azote 0,62 

Eau 2,39 

100,00 

Dysodile de Rott, près de Bonn. 
Cendres déduites : 

Carbone 69,01 

Hydrogène 10,04 

Oxygène 16,90 

Soufre 2,35 

Azote 1 , 70 

100,00 



(3.3 ) 

La différence décomposition ressortant de l'analyse jus- 
tifie l'opinion qui n'admet pas que le dysodile soit une 
espèce minérale bien déterminée. C'est une sorte de lignite 
schisteux renfermant du soufre. Ehrenberg, en constatant 
dans plusieurs variétés la présence de carapaces siliceuses 
d'infusoires et de débris de plantes, regardait la formation 
du dysodile comme analogue à celle du Iripoli. 

Lignite. — On le rencontre dans l'argile plastique, 
surtout dans les terrains supercrélacés. 

Lignite de Lob sann (Alsace).— Eu couches peu épaisses, 
nombreuses dans le calcaire; formé en grande partie d'ai- 
guilles de palmiers; le lignite bacillaire : on l'emploie 
comme combustible. 

ioo parties contiennent 9 à 10 pour 100 d'une cendre 
dont la couleur rouge provient de la pyrite. 

Les aiguilles sont d'un noir brillant; on a examiné la 
matière après l'avoir desséchée. 

Composition, cendres déduites : 

Carbone 73,7 

Hydrogène 3,7 

Oxygène et soufre 22,0 

Azote ■ 0,6 



Jaïet d' Espagne. — Exploité pour la fabrication des 
bijoux. Noir, brillant, cassure conclioïde. 
Composition, cendres déduites : 

Carbone 81 ,98 

Hydrogène 5, 81 

Oxygène i 1 ,53 

Azote 0,68 



100,00 



r 



( 3.4 ) 

Lignite de la province d s ' Antioquia ( Amérique méridio- 
nale.) — Compact. 

Cendres et eau déduites, composition: 

Carbone 66, Si 

Hydrogène 4,84 

0x ygène ^ ^ 

Azote 0,98 

100,00 

Lignite du Chili. — Remis par Claude Gay, de Co- 
ronela, près delà Conception. Compact. 

Carbone tq 9.4 

Hydrogène S,So 

0x ygène ,3,69 

Az <>'e ,,5 7 

100,00 



Houille. 

La houille a des caractères qui la séparent des combus- 
tibles d'origine plus récente; les études approfondies de 
M. Grand'Eury établissent qu'il faut mettre en ligne sn 
formation par les écorces, les feuilles, les humus plus 
azotés, hydrogénés, carbures que le bois, et plus aptes par 
leur nature à développer des éléments bitumineux. Il est 
bien certain que tous les combustibles issus des plantes ont 
été constitués dans le sol par voie humide et non par voie 
sèche, sous l'influence du feu et de la pression, ainsi qu'on 
l'a admis pendant longtemps. Si une certaine température 
souterraine est intervenue, M. Grand'Eury pense qu'elle 
atleignai t à peine 60°. La houille est en couche de puissance 
très variable dans les grès et les schistes du terrain carboni- 
fère. J'en ai découvert des gisements importants à de très 
grandes altitudes, dans la Cordillère orientale des Andes, 
dans un grès qui n'est pas le grès houiller proprement dit' 



( 3t5 ) 

mais une roche arénacée placée au-dessus du calcaire néo- 
comien. 

Houille de Canons, plateau de Santa-Fé-de-Bogota; 
altitude, 28oo m . La galerie, ouverte depuis la conquête, 
n'avait qu'une profondeur de quelques mètres. La houille, 
de fort bonne qualité, était en couche de 2 m ,5o; les 
schistes ne présentaient ni des empreintes de fougères, 
ni de lycopodiacées, mais des impressions de roseaux. 

ioo de houille ont laissé : cendres blanches, 2,66. 

O gr , 292 de matière (cendres déduites) ont donné : 

Carbone 80,96 

Hydrogène 5 , 1 3 

Oxygène 1 2 , jo 

Azote i , 4 1 

1 00,00 

Houille fibreuse de la province d'Anlioquia (Amérique 
méridionale). En couche dans un grès superposé à la 
syénite. 

100 parties contenaient : eau, 2,80; cendres rouges. 
5,54. 

Carbone 87 ,o5 

Hydrogène 5, no 

Oxygène 5 , 56 

Azote t . 3q 

1 00 , 00 

Houille des mines de Alontrambert (Loire), du puits 
Dyère. — 100 parties renfermaient : eau, 2,00; cendres 
légèrement rouges, o,63. 

Carbone 86 ,67 

Hydrogène 4 » 56 

Oxygène 7,98 

Azote o, 79 

100,00 



( 3i6 ) 

Cannel-Coal du Lancasliire. 100 parties, par la com- 
bustion, laissaient 2,55 de cendres. 

Carbone 85, 9 

Hydrogène 5 } 8 

Oxygène et azote 8,3 

100,0 

Fusain. — La houille a quelquefois un singulier aspect, 
cslui du charbon de bois. On la désigne alors sous le nom 
de fusain; elle est en fragments plats, à angles émoussés, 
dispersés dans le charbonde terre. Il y a des tiges dont l'in- 
térieur converti en fusain est recouvert d'une écorce 
changée en houille. Dans l'opinion de M. Grand'Eury, à 
qui l'on doit une excellente élude sur la formation des com- 
bustibles minéraux, le fusain serait l'état fossile d'un bois 
desséché à l'air avant son enfouissement et qui n'aurait 
pas éprouvé la transformation des débris végétaux avant 
pourri préalablement dans les marécages. 

Dans les fibres d'un fusain d'Ahenkiichen, près de Sar- 
rebriick, Schimper a vu des pores circulaires caractéris- 
tiques de la famille des conifères. 

Quand on chauffe certains fusains, ils laissent échapper 
de l'eau légèrement acide; à une température approchant 
du rouge naissant, il se dégage une huile brune. 

Fusain des houillères de Blanzy, puits Sainte-Eugénie. 
— 100 parties contenaient : eau, g, 52; cendres siliceuses 
blanches, 7,60. 

Carbone 87 ,81 

Hydrogène 3,88 

Oxygène 7 ,6 7 

Azote 0,64 

100,00 
Fusain de Montrambert (Loire) , puits Dyère. — 






( 3. 7 ) 
ioo parties contenaient : ean, 1,00; cendres, 1,77, légè- 
rement rouges. 

Carbone 95 ,0 

Hydrogène 3,3 

Oxygène 1 ,5 

Azote o,a 

100,0 

Anthracite. — Densité de 1 ,3 à 1,8. 
Anthracite de P embrokerhir . 
Cendres déduites : 

Carbone 9^,34 

Hydrogène 2,4?- 

Oxygène . . 1 ,35 

Azote 0,89 

100 ,00 

Anthracite s plier o'idal, remis par M. Damour, Cendres 
déduites : 

Carbone .... 91 ,5i 

Hydrogène 3,87 

Oxygène 3,36 

Azote 1 ,26 

100,00 

Anthracite delà Mure (Isère). 
Cendres déduites : 

Carbone 9^,26 

Hydrogène 2,5i 

Oxygène 1 ,56 

Azote 0,67 

100,00 

Anthracite, de Lahoan (Bornéo). — Remis par M. Dau- 
brée. — 100 parties contenaient : eau, 0,175 cendres, 
4,49) légèrement rouges. 



■ 



F 



( 3.8) 
Cendres ei eau déduites : 

Carbone 9 3,66 

Hydrogène ^^ 

Oxygène 2> 88 

Azole o,5a 

100,00 

Anthracite rlu Chili, de la Terncra, province d'Ata- 
cama. — Remis par Gay. Très friable. 

100 parties renfermaient : eau, 3,3o; cendres rouges 

23,36. s 

Eau et cendres déduites : 

Carbone 9s, -25 

Hydrogène 2j27 

Oxygène 4, 9 4 

Azo[ e o,54 

100,00 

Anthracite fie Muso (Nueva Granada). — Trouvé en 
amas dans les schistes des mines d'émeraudes. Dur, d'un 
noir brillant, prenant un grand éclat par le frottement; 
taillé, on l'a porté mêlé à des diamants; sa densité est 
1,689. 

Le fragment analysé renfermait pour 100 : eau, 8,22; 
cendres rouges, 2,^5. 
Eau et cendres déduites : 

Carbone 94,83 

Hydrogène , <a ^ 

Oxygène 3 }I (5 

Azote o, 7 4 

100,00 

On connait des anthracites présentant un aspect ada- 
mantin, comme celui de Muso. Ainsi on a rencontré dans 
un charbon de petits grains assez durs pour rayer le verre 



1 



( 3. 9 ) 
et même le zîrcon. Par le polissage, ils acquièrent un éclat 
remarquable, mais celle substance a une faible densité et 
laisse d'assez fortes proportions de cendre». 

M. Friedel a dosé, dans un échantillon que l'on croit 
originaire du Brésil (cendres déduites) : 

Carbone 97^6 

Hydrogène 0,7 

Oxygène 1,7 

'00,0 

Graphite. — C'est un carbone presque pur, d'un éclat 
métallique assez prononcé, gris d'acier; onctueux au 
toucher, brûlant difficilement et laissant des cendres dont 
les quantités varient considérablement, suivant la pureté 
du minéral, de 0,0 à 11 pour 100. 

La densité est de 2 à 2,a3. On le rencontre quelquefois 
en lames hexagonales. 

Un graphite de Rarsoh, près d'Omenah, remis au Con- 
servatoire par M. Daubrée, renfermait pour 100 : eau, 
0,0 ; cendres rouges, tt,3io. 

Cendres déduites : 

Carbone 97 ; ^7 

Hydrogène 0,87 

Oxygène i .70 

Azote o ,06 

100,00 

L'hydrogène, l'oxygène, l'azote appartenaient sans 
doute aux impuretés mêlées au minéral. Pour les éliminer, 
il faut, comme l'ont fait MM. Dumas et Stas dans leurs 
belles recherches sur le véritable poids atomique du car- 
bone, traiter le graphite par plusieurs agents; puis, pour 
enlever les dernières traces de fer, le soumettre au rouge à 
un courant de chlore. Ainsi obtenu, le graphite, comme le 
diamant, est du carbone pur. 









( lao ) 

Substances analysées. Carbone. 

Bitume liquidede Bechelbronn. 87 ,5o 

Bitume de Bocanémé 88,52 

Bitume de Schwabwiler 85,38 

Bitume d'Ambalema , Màgda- 

lena 88, 3 1 

Bilumeliquide,Hatten(Alsace). 87 ,^0 

Bitume de l'Orénoque 77 ,g3 

Naphte noir de Balakhany . . . 85, 4^ 

Bitume de Bastennes 85,74 

Bitume de Pont-du-Chùteau . . 77 ,52 

Bitume des Abruzzes, Naples. . 81 ,83 
Bitume des puits de feu de la 

Chine (filtré) 86,82 

Bitume des puits de feu de la 

Chine (exprimé) 82,85 

Bitume de Judée 77 ,84 

Asphalte de Coxitambo, Pérou . 87 , 75 

Asphalte d'Algérie, Oran 73,47 

Asphalte d'Egypte 80,29 

Cire de Balkin, Russie 84,33 

Résine fossile de Bucaramanga. 82,70 
Résine fossile de Santa-Rosa, 

Antioquia 77 ,80 

Résine fossile dcl Retiro, An- 
tioquia 7 1 ,89 

Bésine guayaquilite, Equateur. 77,66 

Rétinasphalte de Bovey 74 > ' 2 

Élatérile, Australie 72, i5 

Jonite, Californie 67 ,55 

Dysodile de Rott 69,01 

Dysodile de Sicile ^7 , 73 

Lignite d'Antioquia 66,81 

Lignite du Chili 79> 2 4 

Jaïet d'Espagne 81 ,98 

Houille fibreuse d'Antioquia. . 87,05 

Houille de Canoas, Bogota 80,96 



Hydro- 
gène. Oxygène. Azote. 

I t . 10 o,3o 1,10 

ir, 36 0,00 0,12 

i2,33 2,17 0,12 



9 ,64 


1,68 


0,37 


12 ,60 


O,00 


0,00 


7 M 


,3,87 


0,26 


6,66 


7->6 


0, 16 


9,58 


2,88 


1,80 


9,58 


io,53 


2,37 


8,28 


8,83 


1 ,06 


i3,i6 


0,00 


0,02 


13,09 


4,o6 


0,00 


8,92 


n,53 


'.7' 


q,68 


a,58 


0,00 


10,48 


«5,49 


o,56 


8,24 


6, 22 


0,25 


13,71 


'»9 G 


0,00 


10 ,80 


6,5o 


0,00 


9,60 


,2,5 7 


o,o3 


6,5i 


21,57 


o,o3 


8,20 


4,80 


,00 


8,18 


17,51 


°>'9 


10, 3o 


16,84 


0,71 


7, "3 


?5, o5 


0,27 


10, 04 


19,25 


1,70 


9,35 


3i,gi 


1 ,01 


4,84 


27,27 


0,98 


5,5o 


i3,6g 


1,57 


5,8i 


n,53 


0,68 


5,oo 


6,56 


1,39 


5,i3 


I2,5o 


1.4* 



■■ 



( 3a» ) 

Substances analysées. Carbone. 

Houille de Montrambert 86,67 

Fusain de Blanzy 87,81 

Fusain de Montrambert 95, o 

Anthracite de la Mure (Isère) . g5,2Ô 

Anthracite sphéroïdal. . 91 , 5i 

Anthracite de Bornéo 93,66 

Anthracite du Chili 9 2 >' î 5 

Anthracite de Pembrolleshir. . 95,34 

Anthracite de Muso 94>83 

Anthracite adamantin 97 ,60 

Graphite de Karsoh 97 ,87 



Hydro- 






gène. 


Oxygène. 


Azote. 


4,56 


7,98 


°>79 


3,88 


7> 6 7 


0,64 


3,3 


i,5 


0,2 


2,5l 


i,56 


0,67 


3,87 


3,36 


1 ,26 


2,94 


2,88 


0,52 


2,27 


4.94 


o,56 


2,42 


i,35 


0,89 


1,27 


3,i6 


°-74 


0,70 


1,70 


0,00 


0,37 


1,70 


0,06 



BOUSSIXGAULT. 



Asr. t VU. 






( 322 ) 



SUR LA CONSTITUTION 



EAUX DE LA MER MORTE. 









Avant de reproduire le résultat des études que j'ai entre- 
prises sur la constitution de l'eau du lac Asphaltile, où l'on 
ne rencontre aucun être organisé, j'ai pensé qu'il serait 
intéressant de parler de l'étonnante vitalité qui se mani- 
feste dans les océans, et que nous ont révélée les natura- 
listes attachés aux explorations exécutées dans ces der- 
nières années. 

Déjà les anciens avaient signalé les plantes, les varechs 
amassés près des côtes occidentales de l'Afrique, la mer des 
Sargasses, mer herbacée comprenant deux bancs d'algues 
réunis par une bande transversale s 'étendant de l'est à 
l'ouest et ayant, suivant les assertions du major Renne], dis- 
cutées par de Humboldt, une surface six à sept fois égale à 
celle de l'Allemagne, offrant ce remarquable exemple de 
plantes sociales croissant sans mélange d'espèces étran- 
gères. 

On conçoit l'étonnement, la crainte que les compagnons 
de Colomb éprouvèrent en naviguant pendant près d'un 
mois au milieu de ces herbes flottantes qu'ils traversèrent 
deux fois, en 1492 et i^Z. On peut en déduire que depuis 
quatre siècles ces amas de plantes marines n'ont pas changé 
de place. 

La constance des phénomènes naturels, dit de Humboldt, 
mérite de fixer doublement l'attention des physiciens 
lorsque nous la retrouvons dans les plaines toujours agitées 



™i»B 



( 3a3 ) 

delà mer : aussi peut-on aujourd'hui, au xix e siècle, re- 
garder le 48 e degré de longitude ouest comme l'axe prin- 
cipal du grand banc de fucus (M. 

C'est au nord des îles du Cap Vert qu'on rencontre des 
paquets flottants de goémon, le raisin des tropiques, Fucus 
natans, qui ne végéterait sur les rochers sous-marins que 
depuis l'équateur jusqu'au 4o e degré de latitude ; en effet, 
quoiqu'on ait observé des espèces gigantesques dont les liges 
ont près de 3oo m de longueur, il n'en est pas moins cer- 
tain que, fréquemment, loin d'être attaché à un fond, le 
fucus flotte en masses isolées, et pour expliquer com- 
ment ces masses restent depuis des siècles dans les mêmes 
lieux malgré leur mobilité, il faut admettre qu'ils vien- 
nent des bas-fonds pour suppléer sans cesse à ce qui est 
emporté par le courant équinoxial dans les hautes lati- 
tudes, vers les côtes de la Norwège et de la France (-). 
Quant aux causes qui arrachent les algues, là où les 
eaux ne sont pas agitées, elles ne sont pas connues. On sait 
toutefois, par les observations de Lamouroux, que si les 
fucus adhèrent aux roches avec une grande ténacité avant 
la fructification, ils s'en détachent aisément après. D'ail- 
leurs, les poissons, les mollusques, en en rongeantles liges, 
contribuent aussi à les séparer des racines. 

Dans un Fucus saccharinus qu'on venait de retirer de la 
mer nous avons dosé, Payen et moi, 

Eau 7 5^ 

Madère sèche 24 5 

100,0 

et dans 100 de la même planle à l'état normal : 

Azote o,54 



(') De Hcmboldt, Tableau de la Nature. 
{'') De Huhuoldt, Relation historique, t. II. 



M 












( 32 4 ) 
On aurait donc, pour ioo de la plante sèche, 

Azote 2,21 

En Bretagne et dans le nord de l'Angleterre on brûle les 
varechs pour obtenir un produit très peu alcalin et de si 
faible valeur que, pendant longtemps, on s'en servait 
comme engrais, non pas pour introduire de la soude dans 
le sol, mais de la potasse, car les cendres des plantes ma- 
rines sont relativement riches en alcali végétal, bien qu'il 
n'entre qu'en proportion infime dans l'eau de mer. 

Par exemple, dans les cendres de varechs récoltés sur les 
bordsdela Clyde, à la côte occidentale d'Ecosse, Godechens 
a dosé pour 100 : 

Fucus 

digitatus. vesiciilosus. nodosus. serratus. 

Potass'' 20,7 i3,o 9,1 4>° 

Soude 7,7 9,5 i4,3 18,7 

Dans ces cendres il y a une assez forte proportion de sel 
marin, parce que les algues sont brûlées à leur sortie de la 
mer ; mais après un lavage, elles sont si peu salées que dans 
certaines localités du nord de l'Europe on les emploie 
comme fourrages; leur eau de constitution n'est pas plus 
salée que celle de l'organisme des animaux marins. Ainsi il 
y a, pour 100 : 

Substances 
Eau. minérales. 

Dans la raie 76 1 , 7 ( ' ) 

Dans le harenp 70 1 ,q 

Dans la sole 86 1,2 

On trouverait en moyenne pour 100 d'eau de constitu- 
tion 1 ,6 de matière minérale dont la totalité n'est pas uni- 
quement du chlorure de sodium, quantité bien inférieure 
à celle que renferme le milieu dans lequel vivent les pois- 



(') Païen, Chimie industrielle. 



( 3a5 ) 

sons. En effet, l'eau de mer clans laquelle se développe cet 
immense organisme renferme 3 à 4 pour ioo de sels. Usi- 
glio a dosé dans la Méditerranée, sur les côtes de France : 

Chlorure de sodium 2 iÇ)f 

Bromure de sodium o,o5 

„, , , ( potassium o,o5 

Chlorures de { , . 

( magnésium o,3a 

Sulfate de magnésie.. . o,a5 

Sulfate de chaux o , 1 4 

Carhonaie de chaux o,oi 

Oxyde de fer traces 

3, 7 6 
Eau 96.24 

100,00 

L'iode n'est pas mentionné dans ce Tableau : il existe 
cependant dans l'eau de mer, puisque tous les êtres orga- 
nisés qui y vivent en contiennent. 

Dans l'océan Atlantique, Murray donne : 

Sels 3 ;II 

Eau . .. 96,80 

100,00 

Une analyse récente de M. Backs indiquerait dans l'eau 
de mer du Nord, dont la densité était 1 ,023 : 

I sodium 2,86 

potassium 0,10 

magnésium 0,28 

Sulfate de magnésie 0,20 

Sulfate de chaux 0,11 

3,55 
Eau 96,45 

100,00 



( 3a6 ) 

La mer renferme en outre, indépendamment des sels, des 
corps qu'on n'a pu signaler, mais dont la présence ne saurait 
être mise en doute, puisque, comme l'iode, le brome, les 
phosphates, on les trouve dans les plantes. Ajoutons que 
l'Océan étant pénétré par l'atmosphère qui lui est super- 
posée, il s'y trouve, jusqu'aux plus grandes profondeurs, de 
l'oxygène, de l'acide carbonique et de l'azote à deux états, 
libre comme celui de l'air et combiné, formant des com- 
posés bien définis, de l'ammoniaque, des nitrates, des ni- 
trites, que j'ai rencontrés sur les côtes de Nice, ensuite à 
Dieppe et que, récemment, le D 1 ' Frankland a dosés dans 
de l'eau puisée jusqu'à i4oo m de profondeur au-dessous de 
la surface, durant la campagne du Porcupine. 

La présence de ces composés azotés dans les mers est la 
conséquence de leur diffusion dans l'atmosphère, d'où ils 
sont précipités par les météores aqueux. 

C'est Théodore de Saussure qui montra, en i 8o3, l'exis- 
leni e de l'ammoniaque dans l'air : en y exposant une so- 
lution de sulfate d'alumine, il se forma bientôt un alun 
ammoniacal. Ce fait expliquait qu'une plante prélève l'a- 
zote dans les extraits organiques, dans les vapeurs am- 
moniacales, et qu'elle n'assimile pas, ainsi qu'on le croyait, 
l'azote gazeux de l'atmosphère. 

En 1 853, j'ai exécuté au Liebfrauenhcrg, dans les mon- 
tagnes des Vosges, des recherches durant lesquelles 78 pluies 
furent examinées. Les échantillons recueillis indiquaient 
un volume de iy hui ,6 dans lequel on trouva par litre en 
moyenne o gr , 00042 d'ammoniaque, le nombre le plus bas 
o 6 ',oooo3, le plus élevé o er , 0004. 

Dans le cours de ces observations, on reconnut que l'am- 
moniaque était loin d'être en même proportion au com- 
mencement et à la fin d'une pluie, et que si cette pluie 
continuait sans interruption pendant un temps assez long, 
l'eau finissait par ne plus contenir d'alcali; on rapportera 
deux résultats : 



( 32 7 ) 



ig août i853. 

Ammoniaque 
par litre. 

Première prise à 9'' du matin o,58 

Deuxième prise o 48 

Troisième prise o 6t 

Quatrième prise 042 

Cinquième prise t / 

Sixième prise, à midi o 06 

8 septembre. 

Ammoniaque 
par iitre. 

Première prise, à a b 3o m du soir 0,60 

Deuxième prise 0,27 

Troisième prise, à 9 1 ' du soir o,o3 (M 

La pluie apporte avec de l'ammoniaque des composés ni- 
trés qu'on rencontre aussi à la surface de la terre. Il con- 
vient de fixer d'abord l'attention sur ce point. 

i° ATacungaprès de Quito, on exploite une ni trière que 
je visitai pendant la guerre de l'Indépendance. C'est un 
sol d'une grande fertilité, une terre riche en humus, qu'on 
lessive pour en retirer du nitre. 

2" En Espagne, non loin de Saragosse, des terrains 
assez féconds pour être cultivés sans engrais donnent, à 
volonté, soit du froment, soit du nitrate de potasse. 

3" Dans la vallée du Gange , le salpêtre de Houssage 
cffleuril sur le limon déposé par le lleuve. 

4" Le Pérou, à Taracapa, renferme d'inépuisables gise- 
ments de nitrate de soude. 

La terre végétale, à tous les degrés de fertilité, lorsqu'elle 
est exposée à l'air dans 1111 état convenable d'humectalion 



(') Boi'ssisgal'lt, Agronomie, t. VI, p. 210. 



( 3 2 8 ) 

se nitrifie, c'est une de ses propriétés. Cette nitrification a 
une limite; mais, quand elle cesse, la terre agit à la manière 
d'un ferment nitrique, car si l'on incorpore une matière 
organique azotée, il y a apparition de salpêtre. 

Le sol renferme donc des nitrates de deux origines: 
ceux provenant de la nitrification spontanée, et ceux ap- 
portés par les eaux météoriques; l'atmosphère étant vrai- 
semblablement la source la plus abondante des composés 
nitrés. Une pluie, quand elle commence, entraîne des par- 
ticules de nitrate, de nitrites suspendues dans l'air. Liebig, 
en continuant des recherches commencées en 1821 à 
l'Université de Giessen,en a rencontré dans les résidus ob- 
tenus par l'évaporation de 129 pluies d'orage ('). 

En i856, on recueillit des pluies au Liebfrauenberg, 
durant les mois de juillet, août, septembre et octobre. On 
en a jaugé par le pluviomètre g Uil , 1 7 ; les dosages indiquè- 
rent o& r , 18 d'acide nitrique, soit o n, s r , 184 par litre. 

Les pluies les plus riches en acide, qu'on a reçues au 
commencement de la chute, sont tombées les 

Acide 
par litre. 

16 juillet 1857 • 6°23 

9 octobre i85 7 5 ^g 

9.5 septembre 1 857 3,74 

i4 août i856, la nuit, pluie d'orage 3,43 

9 août i856 3 )23 

5 ■'>°" t '85 7 2j09 

3o juillet 1 856 2 , 

8 septembre 1857, la nuit 2)0o 

10 septembre 1857, orage 1 ,gi 

9 août i856 •. ,,88 

Dans la même série d'observations, treize eaux recueil- 
lies à la fin d'une pluie ne contenaient pas d'acide. 

(') Liebic, annales de Chimie et de Physique, 2« série, t. XXXV. 






1 329 ) 

Les résumés des dosages n'établissent pas une diminu- 
tion d'acide nitrique aussi marquée que celle de l'ammo- 
niaque. Voici quelques chiffres : 

Acide nitrique 
par litre. 

mgr 

12 juin i858. Première prise 0,148 

» Deuxième prise 0,012 

» Troisième prise 0,012 

» Quatrième prise 0,000 

a4 juillet 1 858. Première prise, n h du 

malin 0,677 

Deuxième prise, midi, 
ht pluie cesse. La pluie 

recommence à i h 3o m . o,9.32 

Première prise o,33a 

» Deuxième prise 0,212 

» Troisième prise 0,086 

» Quatrième prise o,44° 

» Cinquième prise 0,024 

La présence constante des nitrates, des nitriles, de l'am- 
moniaque dans les météores aqueux provient de ce que 
ces composés sont formés par deux des éléments de l'at- 
mosphère, l'azote et l'oxygène. 

Eu effet, depuis la mémorable expérience de Cavendisb, 
on sait qu'une étincelle électrique éclatant dans de l'air 
humide donne naissance à de l'acide nitrique, à de l'acide 
nitreux, à de l'ammoniaque. 

Lorsque, il y a plus de quarante ans, je signalai l'action 
que pouvait exercer ce phénomène sur la végétation en 
créant un engrais énergique, je ne me dissimulai pas qu'en 
Europe, où les orages ne sont pas aussi fréquents qu aux 
régions équinoxiales, on serait peu disposé à reconnaître à 
l'électricité le pouvoir que je lui attribuais. Or 011 peut 
admettre avec certitude que pendant l'année entière;, tous 
les jours, à tous les instants, l'atmosphère tropicale est 












! 



( 33o ) 
incessamment traversée par des décharges a ce point qu'un 
observateur placé à l'équateur, s'il était doué d'organes 
assez délicats, y entendrait continuellement le bruit du 
tonnerre. 

En effet les observations de Mutis continuées pendant 
"" deail - siec '«. "Iles de Humboldt, tous les renseigne- 
ments que j ai recueillis établissent que pour un point de 
a zone lorride, la saison permanente des orages est liée à 
Ja position que le Soleil occupe dans l'écliptique; elle s'y 
manifeste deux lois par an, alors que l'astre approche du 
zen.ll, e est-a-dire lorsque sa déclinaison est peu différente 
de Ja latitude du lieu et de même dénomination. 

Cependant les composés nitrés, l'ammoniaque, n'appa- 
raissent pas uniquement lors des orages, mais aussi et sous 
toutes les latitudes, dans la plaie, la neige, la grêle, le 
brouillard, et je puis ajouter la rosée. Seraient-ce des va- 
peurs répandues dans l'air? Mais j'ai dit, parce que je 
mon suis assuré, que ces sels n'ont pas de tension à 
une température modérée. En se fondant sur celle fixité 
on est conduit à attribuer leur présence dans les météores 1 
aux poussières que l'air entraîne, comme il entraîne le sel 
marin, les iodurea et d'autres substances non volatiles 
qu on décèle dans la pluie. Sans doute on hésite à supposer 
que des corpuscules solides restent suspendus dans un 
milieu gazeux; c'est à eausede leur extrême ténuité. Ainsi 
des particules d'eau de mer, si petites qu'il serait difficile 
de leur attribuer un poids, sont enlevées par un vent im- 
pétueux à la buée que la vague fait naître en se brisant 
ces molécules liquides qu'Arago appelait « les poussières 
de I Océan », abandonnent bientôt eu se desséchant des mo- 
lécules solides de chlorure de sodium bien plus petites en- 
core. Aussi la pluie qui tombe loin des côtes contient-elle 
fréquemment, si ce n'est toujours, des indices très appré- 
ciables de sel marin. 

Les vents, les ouragans, en agitant violemment l'atmo- 






( 33i ) 

splière, les courants ascendants dus aux inégalités de tem- 
pérature, les voleansen émetlantd'une manière incessante 
des gaz, des vapeurs et des cendres tellement divisées 
qu'elles vont s'abattre à de prodigieuses distances, portent 
et maintiennent dans les plus liaules régions, des corpus- 
cules enlevés à la surface du sol ou arrachés à la partie 
interne et peut-être encore incandescente du globe. Dans 
les phénomènes liés à l'organisme des plantes et des ani- 
maux, ces substances si ténues, d'origines si diverses, dont 
l'air est le véhicule, exercent une action bien plus pro- 
noncée qu'on n'est porté à le supposer. Leur permanence 
est d'ailleurs mise hors de doute par le seul témoignage 
des sens, lorsqu'un rayon de soleil pénètre dans un lieu 
peu éclairé. L'imagination se figure non sans quelque dé- 
goût tout ce que peuvent renfermer ces poussières que nous 
respirons sans cesse, queBcrgmann appelait « les immon- 
dices de l'atmosphère »; elles mettent réellement en con- 
tact les êtres les plus éloignés les uns des autres, et, bien 
que leur nature, leurs effets, soient des plus variés, ce n'est 
pas s'avancer trop que de les considérer, dans quelques 
cas, comme une cause d'insalubrité. 

Les composés nitrés sont formés pendant les orages, 
c'est ce qui est bien établi. Il reste à examiner si ces com- 
posés ne sont pas aussi produits par des actions électriques 
assez faibles pour rester inaperçues. Des faits curieux ob- 
servés par Schccnbein tendent à faire croire qu'il en est 
ainsi, cl qu'il n'est pas indispensable qu'une déflagration 
ait lieu dans les nuées pour opérer la combinaison de l'a- 
zote et de l'oxygène. Ainsi Schccnbein a vu l'eau absolu- 
ment pure acquérir des traces d'acide nitrique ou d'a- 
cide nilrcux par Févaporation ou Lien par l'exposition 
à l'air pendant quelques jours loin de toute habitation. 
Ajoutons cpie des corps en brûlant dans l'atmosphère 
forment des combinaisons ni liées. M. Jones les a recon- 
nues dans la combustion de l'hydrogène, Schccnbein du- 






I 






( 33* ) 
rant l'oxydation lente du phosphore, et j'en ai rencontré 
dans les cendres laissées par le charbon de bois. M. H Kara- 
merer a reconnu la présence d'un produit nitré formé 
pendant la combustion du magnésium dans l'air almospbé- 
nque ( '). r 

U ne faut pas oublier enfin que, même par un temps 
calme, sous un ciel pur, l'atmosphère possède une tension 
elec.r.que. Suivant Horace de Saussure les nuages qui la 
traversent agissent comme des conducteurs et l'électricité 
qn ils émettent au moment de leur passage n'est que celle 
qu .ls ont urée des couches supérieures de l'air, puisque en 
lançant, en leur absence, un ballon, on a une forte élec- 
incité. 

L'atmosphère des hautes montagnes est souvent élec- 
triséc. Horace de Saussure éprouva subitement sur la cime 
du Brévent une sensation singulière occasionnée par une 
nuée orageuse qui enveloppait le mont Blanc; on sentait 
un frissonnement, un sifflement. Un des voyageurs qui 
portait un chapeau garni d'un galon d'or entendait un 
bourdonnement inquiétant; en touchant un bouton de 
métal on en lirait des étincelles ( 2 ). 

Suivant de Saussure, sur les plateaux de la Nouvelle- 
Espagne, lors des sécheresses excessives, l'électricité esl 
d une étonnante intensité et Fournet en rappelle la haute 
tension dans des conditions climatériques analogues ( 3 ). 
A New-York, d'après Je professeur Loomis, il arrive 
fréquemment en hiver que les cheveux se dressent; la nuit 
les vêtements en laine attirent les poussières, les tapis 
brillent quand on les traverse et l'on entend de légers cra- 
quements. Les boutons métalliques d'une porte envoient 
des étincelles à la main qui en approche. Ces phénomènes 






(') Deutsch. Chem. Ges. Ber. : Nitrogene Tetroxide. 

( 2 ) Horace de Saussure, foyaga dans les Alpes, t. III, p. 5 9 . 

( 3 ) Ibid., Hydrologie du Mexique. 



( 333 ) 

sont si communs qu'ils n'excitent plus de surprise; déjà è ils 
avaient fixé l'attention de Volney vers la fin du siècle 
dernier. Selon Livingstone, au printemps, lors des grandes 
sécheresses, les déserts de l'Afrique méridionale sont tra- 
versés, par un vent du nord, chaud, tellement éleclrisé que 
les plumes de l'autruche donnent de vives commotions. 

En dépouillant de nombreux documents, Fournet a tiré 
cette conclusion qu'il y a une étroite relation entre les vents 
et ces grandes sources d'électricité réparties à la surface du 
globe ( ' ), et il ajoute que l'air des couches supérieures est 
toujours le plus électrisé. C'est précisément ce que Ma- 
riano deRivero a vu au Pérou, après nos recherches dans 
le Venezuela, sur le rameau oriental des Andes, près des 
affluents de l'Orénoque, dans les forêts du Clioco. Ce n'est 
pas sans difficulté que nous réussissions à faire fonctionner 
l'électromètre dans ces zones humides. Il en fut autrement 
dans l'hémisphère austral. 

Quelque temps après notre séparation, de Rivero m'é- 
crivait de Lima : 

« Voici quelques altitudes prises dans la Cordillère. 

Altitude. 

m 
Alto de la Viuda 4610 

Antaryanga 4800 portachuelo 

Alto de Biconga fâ'io près d'un lac 

Oyon 3620 village 

Chonta 44^5 mine de mercure 

Cerro de Pasco 435o mines d'urgent 

Santa Catalina 44 00 mines d'argent 

Chuquibamba 2720 alluvion aurifère 

Miraflor 3670 Village 

Huanno viejo 368o résidence des Incas 

Bellavista 35go mine d'argent 

Yauli 4 ' 60 village 

(') Focrnet, Sur les pays électriques. 






( 334 ) 

Altitude. 

m 

Tarma 3 8o ville 

Re T es • • • • 4°6o village, lac Junin 

Huancavelica 38oo ville 

Mines de Huancavelica.. 45oo mines de mercure 

Alto de los Huesos 4,40 passage de la Cordillère 

Ce Tableau indique les localités où arrivent continuel- 
lement des voyageurs, des convois de marchandises; les 
portachuelos (passages ), villes, villages, usines, situés à 
de grandes hauteurs. Chonta, altitude 45oo m au-dessus de 
l'Océan, renferme une population permanente de 5oo ha- 
bitants attachés à l'exploitation des mines de mercure. 
Le sol est couvert de neige durant plusieurs mois, au lever 
du soleil le thermomètre se tient au-dessous de zéro ('). 
Chonta est probablement le lieu habité le plus élevé du 
monde. La mine de Huancavelica a, il est vrai, une alti- 
tude de 4o6o m , mais les ouvriers n'y séjournent pas toute 
l'année; ils sont établis dans la ville, à une hauteur de 
38oo m . C'est à la mine de Huancavelica que, dans les temps 
qui ont précédé la conquête, les Incas se procuraient le ver- 
millon qu'ils employaient à se farder. 

Dans ces parages, la respiration est pénible, on a des 
nausées, ce que les gens du pays appellent le soroche, et la 
veto, l'oppression que subit le mineur dans une galerie où 
l'air est vicié. 

Eu temps d'orage, l'atmosphère est chargée d'une telle 
quantité de fluide électrique, que les cheveux se hérissent : 
c'est Vavispa, un bruit rappelant le bourdonnement des 
abeilles. Un cavalier prévient cet eilet en élevant la bride 
au-dessus do sa tête et faisant ainsi une sorte de paraton- 
nerre, ou en tenant verticalement un long bâton en contact 
avec le sol. Le soroche agit aussi sur les bêtes de somme, 

(')-3°, -4°, -6°. 






'. 






( 335 ) 

leur poil se dresse, il sort des étincelles de toutes les parties 

de leur corps ( '). 

Les tensions électriques de l'air sur la cime des Alpes, 

dans les déserts de l'Afrique, aux États-Unis, au Pérou, se 

révèlent dans des conditions identiques, la sécheresse et 
l'agitation de l'atmosphère ; si on les observe journelle- 
ment, comme de Rivero l'a fait dans les districts des mines 
de Chôma et de lluancavelica, cela tient à ce que ceux qui 
les parcourent en ressentent les effets. Ce n'est pas là la 
hmite de l'action du soroche, il est horê de doute que cette 
action s'exerce dans toute la Cordillère, sur les points où 
les conditions topographiques sont semblables à celles des 
mines de mercure, sur les esplanades de 3ooo m à 4ooo m 
d'allitude, bases des pics d'une grand hauteur, tels que, en 
allant du nord au sud, 

L'alto deLachagual 4720™ 

Le volcan d'Arequipa 5, qo 

Le cerro de Pichupichu g„ 00 

Volcan d'Aconcaga (Chili; 6800 

Ainsi nous voyons que, sur toute la longueur de la chaîne 
des Andes, il est une zone d'air éleetrisé, très faiblement 
sans doute, à une tension non comparable à celle résultant 
du voisinage ou de la rencontre des nuées orageuses : c'est 
la tension de l'électricité atmosphérique, ayant toutefois, 
malgré son peu d'intensité, le pouvoir de déterminer la 
formation de l'acide nitrique, de l'acide nitreux, de l'an,- 

(') I.c soroche est un minorai pyrilcux, la veta est le nom d'un filon (*) 
C) Voici un «irait d'une lettre de 11 Rivero ■ 

nsico; lla m " / ru J , ?' T T CeaS ' T ™ *^> 1 «- '««0 «" .0,10 su 
r«rri<i... . enrermad soroche o veta. Los animales, cuanJo suien careados l„ 

== cx;p;:r: zxixsz ■r::-™:;:;,™:: : : 



m 



( 336 ) 

moniaque, comme Schœnbein l'a vu en exposant de l'eau 
pure à l'air, par un temps serein. Quelle que soit l'infinie 
proportion des produits mirés dus à cette circonstance si 
l'on considère l'immensité du milieu gazeux où ils se for- 
ment, on est amené à répéter ce que déjà on a dit, que 
l'océan aérien est la source principale des composés azotés 
intervenant dans la vie des organismes existant sur le 
globe. 

Terminons cette étude sur l'électricité développée dans 
une atmosphère sèche en rapportant ce qui a été constaté 
durant une expédition dans le désert de Koum (Perse). 

Un voyageur s'a perçut que les bêtes de somme delà cara- 
vane semblaient marcher dans une nuée d'étincelles. Ce 
singulier effet était produit par cette circonstance, que les 
chevaux battent leurs flancs avec leur queue pour se débar- 
rasser des mouches qui les obsèdent, même la nuit. Au 
contact de ces poils fortement desséchés, en raison de l'état 
hygrométrique de l'atmosphère spécial aux plateaux de 
l'Iran, se dégagent des corps des animaux de nombreuses 
phosphorescences . 

Un guide, en déchirant lentement une feuille de papier, 
fit naître une traînée lumineuse assez intense pour retrou- 
ver, au milieu du sable, des graines qu'il y avait jetées ( ' ). 
A la surface de la merles fucus fonctionnent comme s'ils 
étaient dans l'air, en accomplissant la série de phénomènes 
découverts à la fin du siècle dernier et qu'on peut résumer 
ainsi : 

Priestley aperçoit des bulles d'air vital s'échappanl d'al- 
gues vertes submergées. 

Ingenhousz remarque que le dégagement des bulles a 
lieu seulement à la lumière. 

Sennebier montre que l'air vital, le gaz oxygène émis 



(') M- Dieulafoy, La Perse, la Chaldëe, la Susiane ( Tour du Monde, 
i' semestre i8S3, p. 97). 



1 ; 



( 33 7 ) 
par la plante verte, est le résultat de la décomposition de 
l'acide carbonique que l'eau tient en dissolution lorsqu'elle 
est exposée â l'atmosphère. Cet acide, qui entre dans la 
constitution de l'air, est la source du carbone fixé dans les 
végétaux, comme l'on! fait ressortir les recherches de 
Théodore de Saussure, en même temps qu'elles révélèrent 
deux faits imprévus, à savoir que le gaz acide carbonique 
n entre que pour quelques fâ. dans Je milieu où une 
plante se développe ei que son effet utile a une limite assez 
circonscrite. Ainsi, des végétaux prospérant dans une at- 
mosphère confinée où il y aurait £ d'acide carbonique, 
périront dès que la proportion sera plus forte. 

En discutant ces importantes observations, j'ai constaté 
que les feuilles maintenues à la lumière solaire dans de 
l'acide carbonique absolument pur, ne le décompose pas, 
mais qu'il y a décomposition quand ce gaz est mêlé soit à' 
du gaz azote, soit à du gaz hydrogène, du gaz oxyde de 
carbone ou du gaz des marais. 

Quoique la décomposition du gaz acide carbonique par 
les parties vertes des végétaux soit en réalité une disso- 
ciation, une séparation du carbone et de l'oxygène, on 
trouve qu'elle a certainement une analogie avec un phéno- 
mène tout différent par les résultats, l'union, l'association 
d un combustible avec l'oxygène, par exemple, la com- 
bustion lente du phosphore : 

i° A la température et à la pression ordinaires dans 
1 air almosphérique, le phosphore s'oxyde: il y a dégage- 
ment de vapeurs blanches mélangées d'acide phosphoreux 
et d'acide phosphorique, lumineux dans l'obscurité. 

2° Le phosphore placé dans le gaz oxygène pur ne de- 
vient pas lumineux. 

3" Le phosphore mis dans l'oxygène, mêlé soit à du gaz 
azote, son à du gaz hydrogène, du gaz oxyde de carbone ou 
du gaz des marais, brûle lentement, comme s'il était dans 
1 air : il y a phosphorescence. 

Boussingault. — jigr., VII. 



( 338 ) 

Cet effet singulier de l'intervention des gaz inertes sur 
un gaz pouvant devenir actif, on le retrouve pour l'acide 
carbonique, lorsqu'il s'agitd'un phénomène de dissociation 
ou d'assoc.ation. L'addition de ce gaz diminue en réalité 
la pression du gaz actif. On sait que la pression est une 
fraction de la pression totale d'un mélange gazeux Ceci 
est si vrai qu'il est possible de remplacer la distension par 
1 introduction d'un gaz inerte déterminant un change- 
ment clans la tension du gaz actif. En voici la preuve : un 
bâton de phosphore ne brûle pas dans l'oxygène lorsque 
ce gaz est a la pression de o m , 7 6, mais qu'on l'abaisse gra- 
duellement à o»,a,. aussitôt le gaz raréfié devient corn- 
burant. 

On a fait aussi celle expérience : des feuilles placées 
dans du gaz acide carbonique pur à la pression normale 
n exercent aucun effet; mais, quand on abaisse la pression, 
on constate immédiatement l'apparition de l'oxygène 
comme si le gaz carbonique eut élé mêlé à un gaz inerte. 
Les fucus à feuilles vertes flottant dans l'Océan décom- 
posent l'acide carbonique pour en assimiler le carbone tant 
qu'ils reçoivent de la lumière; mais l'assimilation cesse 
orsque les rayons solaires ne pénètrent plus dans la masse 
liquide, c'est-à-dire à quelques centaines de mètres au 
dessous de la surface. Cependant la végétation, et la vie qui 
en est la conséquence, ne persiste pas moins dans les ré- 
gions obscures, et cela avec une grande énergie. Les natu- 
ralistes, durant les récentes expéditions maritimes, ont 
ramené par des sondages des poissons vivant à des profon- 
deurs de plus de 5ooo-. Dans ces abîmes, les organismes 
doivent trouver leurs éléments parmi les détritus, les 
épaves d'êtres ayant vécu dans les zones éclairées. 

Cette apparition de la végétation, de la vie en l'absence 
de k lumière, est un fait remarquable. On se rappellera 
qu elle ne se manifeste pas uniquement aufond des océans 
ma.s aussi sur la terre, et l'on mentionnera, à ce sujet, une 



( 33 9 ) 

discussion survenue, il y a quelques années, à l'Académie 
des Sciences. 

On sait qu'il est des plantes d'un ordre inférieur qui 
n'ont nul besoin de la chlorophylle, ni de la radiation so- 
laire pour former les matières que l'on trouve dans les 
êtres supérieurs du règne végétal; cependant il n'est au- 
cune cellule, si elle ne possède la faculté de dissocier le 
gaz acide carbonique, qui puisse constituer un principe 
immédiat carboné. Il est toutefois facile d'établir que le 
rôle de protoplasme coloré en vert, considéré comme l'or- 
gane de l'assimilation dans les feuilles, fonctionnant à la 
lumière, s'élend indirectement, mais certainement, aux or- 
ganes des plantes dépourvues de chlorophylle, vivant à 
l'obscurité. Pour bien comprendre, il convient de con- 
naître le résultat d'une recherche exécutée autrefois. 

Des graines d'un Helianthus furent mises dans du sable 
quarlzeux préalablement calciné, humecté d'eau pure et 
incorporé à du salpêtre, à du phosphate de chaux, à des 
cendres, venant de la combustion du foin. En trois mois, 
les plantes acquirent la même dimension, la même vigueur 
que des Helianthus cultivés dans la terre du jardin. 

En terminant le récit de celte observation, on faisait re- 
marquer combien il est curieux de voir un végétal se dé- 
velopper, mûrir, parvenir, en un mot, à l'état normal 
quand les racines fonctionnent dans du sable, ayant à la 
place de débris organiques en voie de putréfaction qu'on 
rencontre dans une terre, des sels tirés du règne minéral, 
et, sans autre auxiliaire, croître, en assimilant le carbone 
de l'atmosphère, en organisant avec le radical de l'acide 
nitrique, de l'albumine, les principes azotés du lait, du 
sang, de la chair musculaire. 11 est vrai que les plantes 
vivant à l'obscurité forment les mêmes matières carbonées 
que celles venues avec le concours de la lumière ; toutefois, 
cette formation est réalisée dans des conditions bien diffé- 
rentes. Dans un cas, le carbone a pour origine l'acide car- 



■ 



( 34o ) 
bernique de l'air; dans l'autre, un être organisé vivant ou 
mort. En d'autres termes, les végétaux sans chlorophylle, 
tels que les champignons, les cellules de levure, les mucé- 
dinées, sont des parasites dont l'existence dépend d'un or- 
ganisme qui leur est étranger, et dont les éléments dérivent 
indubitablement d'une plante ayant été soumise à l'in- 
fluence de la radiation solaire. L'existence de ces parasites 
dans un lieu obscur, où leurs cellules font naître des prin- 
cipes immédiats semblables à ceux produits à la clarté du 
jour, loin d'être une exception, est une confirmation des 
rapports nécessaires de la lumière avec la végétation, de 
sorte que, si la radiation solaire cessait, non seulement les 
plantes vertes, mais encore celles qui sont sans couleur 
disparaîtraient. Tout en reconnaissant que le fait essentiel 
de la vie végétale est la dissociation du gaz acide carbo- 
nique, on a prétendu que la production de tous les orga- 
nismes n'était pas nécessairement subordonnée à l'action 
de la lumière; on admettait que sans cette intervention 
l'existence des grands végétaux serait impossible, mais que 
celle de certains êtres pourrait néanmoins se réaliser; on 
en donnait comme preuve des cellules naissant aux dé- 
pens de combinaisons résultant de simples réactions chi- 
miques. 

On citera textuellement les paroles de M. Pasteur : 

Une graine impondérable de Mycodcrma aceti, déposée dans 
un milieu minéral où l'aliment carboné unique est une substance 
organique très éloignée de l'organisme, puisque cette substance 
est de l'alcool, fournit un poids de matière organique quelconque, 
formée des principes immédiats les plus variés et, qu'on le re- 
marque bien, infiniment plus complexes que l'aliment carboné, 
l'alcool, dont tout le carbone de ces principes est sorti sous l'in- 
fluence de la vie de la semence (•). 

On a répondu ceci : que les faits rapportés par M. Pasteur 

(.' ) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, séance du 10 avril i8;6. 



( 34. ) 
rentrent dans la règle générale; car l'acide acétique déve- 
loppé dans le milieu où vivait le Mycoderma venait de 
1 alcool. Or cet alcool dérivait évidemment de sucre con- 
stitué par une plante à chlorophylle exposée au soleil; 
d'où il suit que le carbone de ce sucre, comme celui des 
autres matières apparues pendant la fermentation acétique, 
avait été séparé de l'acide carbonique atmosphérique par 
l'action de la lumière ( ' ). 

Ces faits conduisent à celle conclusion que ce n'est pas 
uniquement les êtres tombés dans les régions sous-marines, 
après avoir vécu à la surface, qui sont la nourriture des 
animaux des zones inférieures, mais aussi des plantes sans 
chlorophylle, des parasites formés en l'absence de la lu- 
mière. C'est ce qui permet de comprendre, contrairement 
à ce que l'on croyait autrefois, pourquoi il y a au sein des 
eaux un monde inconnu. 

Dans une des séances publiques de l'Académie des 
Sciences, M. A. Milne-Edwards a rappelé les observations 
faites dans ces dernières années sur les profondeurs dans 
lesquelles vivent certains animaux marins ( 2 ). 

Voici quelques passages du Mémoire de notre savant 
Confrère : 



Il y a vingt-cinq ans, un célèbre naturaliste anglais, Thomas 
Bell, écrivait les dernières pages d'un Ouvrage consacré à l'his- 
toire des Crustacés de la Grande-Bretagne. Il croyait avoir élevé 
un monument durable et il se flattait que ses successeurs au- 
raient peu de choses à ajouter a elles qu'il avait fait connaître, 
que les mers de l'Europe occidentale, disait-il, avaient été si bien 
étudiées, qu'il faut renoncer à l'espoir d'y trouver encore des 
êtres qui aient échappé aux recherches. 



séanco du 24 avril 1876, 



(') Comptes rendus de l'Académie des Science 
extrait de V Agronomie, t. VI, p. 248. 

( 2 ) Les explorations des grandes profondeurs de la mer faites à bord 
de l'aviso le Travailleur. 






(34s ) 
Combien il aurait étéélonnéen apprenant que des découvertes 
inattendues révéleraient dans les eaux tout un monde d'êtres in- 
connus. Les faits nouveaux dévoilés depuis cetle époque ont 
profondément modifié les idées qui avaient cours dans la Science. 
On pensait que la vie est impossible dans les abîmes de la mer, 
condamnés à l'obscurité, à la solitude et à l'immobilité. On au- 
rait été fort mal venu à exprimer un doute à cet égard, et les 
hommes les plus compétents auraient donné des raisons excel- 
lentes pour prouver que les lois de la nature s'opposent à l'exis- 
tence d'êtres animés dans les conditions réalisées au fond de 
l'Océan. C'était la pression qu'une colonne d'eau de plusieurs 
milliers de mètres exercerait sur des organismes délicats, c'était 
l'absence de la lumière, la lenteur du renouvellement de l'eau, 
c'était enfin le manque d'algues et de toute matière végétale. A 
ceux qui seraient encore restés incrédules, ils auraient d'ail- 
leurs répondu que l'expérience était d'accord avec la théorie et 
qu'un éminent professeur d'Edimbourg, Ed. Forbes, avait con- 
staté, à la suite de nombreux sondages, que, dans la mer Egée, 
les animaux, très abondants près de la surface, deviennent de plus 
en plus rares à mesure que l'on atteint les couches profondes, et 
qu'au delà de 45o m , on ne trouve plus aucun être vivant. 

Devant tant de preuves, il fallait se déclarer convaincu et ad- 
mettre ce que démontraient la théorie et l'expérience; aussi plu- 
sieurs observations faites à diverses époques par des navigateurs 
habiles passèrent-elles inaperçues. Lorsque le capitaine Ross et 
plus tard Wallich ramenèrent quelques animaux sur les cordes de 
leurs sondes descendues à une profondeur de plus de iooo Œ , on 
supposa que ces êtres avaient été accrochés au passage, au mo- 
ment où ils nageaient près de la surface, ou qu'ils avaient coulé 
à fond après leur mort et que c'étaient des cadavres ou des dé- 
bris qui s'étaient attachés à l'appareil sondeur. 

En 1861, des observations faites sur le câble télégraphique je- 
tèrent quelque lumière sur la question de la distribution de la vie 
dans les abîmes de la mer. Des fragments brisés du câble jeté 
entre la Sardaigne et l'Algérie purent être examinés; ils étaient 
encore couverts de leurs habitants provenant d'une profondeur 
de plus de ?>», ayant vécu là, bien plus y étant nés et s'y étant 



( 343 ) 

développés. On en avait la preuve en voyant de véritables fa- 
milles de polypiers, composées d'individus de tous les âges, dont 
le pied s'était moulé sur la surface du câble. Le fait par lui-même 
était d'un grand intérêt; mais il en prenait plus encore à raison 
des caractères de ces animaux. Les uns n'offraient aucune res- 
semblance avec les espèces littorales de la Méditerranée, et leurs 
formes étaient inconnues; d'autres avaient déjà eu des représen- 
tants aux époques géologiques et avaient été trouvés à l'état fos- 
sile dans les terrains tertiaires de Sicile et d'Italie, mais les zoolo- 
gistes n'avaient pas encore constaté leur présence dans les mers 
actuelles; d'autres enfin étaient considérés comme de véritables 
raretés sur les côtes méditerranéennes. 

Ces observations ont été communiquées à l'Académie il y a plus 
de vingt-cinq ans, mais elles ne purent être étendues et confirmées 
que longtemps après. Pour les poursuivre, il aurait fallu des 
moyens d'action dont ne disposent pas les hommes de Science et 
que les laboratoires ne peuvent leur fournir. L'intervention de 
l'Etat était nécessaire et un navire pourvu d'outillages puissants 
était indispensable pour fouiller le lit des mers. Avant nous, la 
Suède, l'Amérique, l'Angleterre, ont envoyé des bâtiments par- 
courir l'Océan pour en sonder les mystères. En France, le Gou- 
vernement ne pouvait rester étranger à ce grand mouvement scien- 
tifique et devait concourir à la solution des problèmes que les 
autres peuples mettaient à l'étude, et, en 1880, un aviso à vapeur, 
le Travailleur, fut armé dans le port de Rochefort, pourvu de 
tous les appareils nécessaires et mis à ht disposition d'une Com- 
mission pour aller scruter les profondeurs des eaux. 

La première année, le Travailleur borna ses recherches au 
golfe de Gascogne, c'était une campagne d'essai. Le succès dépassa 
toutes les espérances, et, dès les premiers jours, les sondes, les 
dragues fonctionnèrent à merveille; les filets rapportaient des ani- 
maux inconnus péchés à plus de 3ooo ,n de profondeur. La seconde 
année, les naturalistes du Travailleur étendirent le champ de 
leurs recherches jusque dans le bassin occidental de la Méditer- 
ranée. Les côtes de la péninsule ibérique, de la Provence, de la 
Corse, de l'Algérie et du Maroc, ainsi que le détroit de Gibraltar, 
furent successivement visités et fournirent un contingent impor- 



1 



■ »*■._ : -« ■ 



( 344 j 

tant de faits nouveaux d'une valeur incontestable. Cet été, notre 
vaillant petit navire s'est avancé jusqu'aux îles Canaries et la 
moisson a été plus riche encore que les années précédentes. 

Nous avons atteint dans le golfe de Gascogne des profondeurs 
de plus de 5ooo ra et nous en avons encore retiré des animaux vi- 
vants. 

Ces opérations sont difficiles à conduire; il faut qu'elles se 
fassent par une mer calme. Aussi la grande préoccupation à bord 
du Travailleur était l'état du ciel, la direction du vent, la marche 
du baromètre. Il fallait des manœuvres longues et délicates pour 
dégager nos appareils quelquefois accrochés par des roches ai- 
guës et quand une vague soulevait brusquement l'arrière du bâ- 
timent au moment où le câble était fortement tendu, elle en 
amenait la rupture et la perte pouvait être irréparable. Parfois les 
filets revenaient vides, soit que le lit de la mer ait été inhabité, 
soit que les appareils n'aient pas atteint le fond, mais le plus sou- 
vent ils étaient chargés de trésors zoologiques; aussi, quand après 
des heures d'attente la lourde drague remontait lentement, c'était 
avec une vive émotion que nous cherchions à deviner de loin, à 
travers la transparence de l'eau, les surprises qui nous étaient 
réservées. 

La vie abonde dans ces vallées sous-marines restées si longtemps 
fermées aux investigations. Ce ne sont pas les animaux des côtes 
qui descendent s'y réfugier; elles sont habitées par d'autres es- 
pèces, dont les formes étranges étonnent les naturalistes. La po- 
pulation des gouffres de l'Océan n'a rien de commun avec celle 
des eaux superficielles. Il y a là deux couches sociales superposées 
l'une à l'autre; elles se tiennent chacune dans leur domaine, sans 
se connaître et sans se mélanger. Les couches inférieures n'ont 
aucune aspiration à s'élever pour occuper la place des couches 
supérieures, et ces dernières ne peuvent changer de milieu; leur 
organisation s'y oppose. Les conditions de la vie destines ne sont 
pas celles des autres; c'est ce qui en rend l'étude doublement in- 
structive. 

Pour recevoir les innombrables espèces que les explorations 
sous-marines ont fait connaître, les zoologistes ont dû beaucoup 
élargir les cadres de leurs classifications. Ils voyaient, avec sur- 






( 345 ) 

prise, des centaines de formes animales nouvelles s'intercalci 
entre des types organiques que l'on supposait fort distincts et que 
ces jalons intermédiaires rattachaient, au contraire, étroitement. 
Ce ne sont pas des représentants déshérités du règne animal qui 
sont ainsi relégués dans les abîmes; on y trouve des êtres très 
parfaits, et les poissons sont loin d'y être rares. Sur la côte du 
Portugal, à peu de distance de l'embouchure du Tage, le Tra- 
vailleur avait jeté ses lignes sur un fond de i5oo'°. En quelques 
heures, vingt et un requins furent capturés; non pas des monstres 
énormes comme ceux qui suivent les navires à la recherche d'une 
proie, mais des poissons d'une taille encore fort respectable et de 
plus de i m de longueur. Evidemment ils vivent là en grandes 
troupes, mais jamais ils ne quittent leurs retraites, jamais on ne 
les voit près de la surface ou sur les rivages. Les crustacés, les 
mollusques, les zoophytes sont abondants, et quelques-uns attei- 
gnent des dimensions colossales comparées à celles des espèces 
des mêmes groupes zoologiques qui habitent la surface. 

La nature semble avoir oublié dans le fond des mers certains 
animaux qui vivaient déjà aux époques géologiques et qui con- 
stituent aujourd'hui les derniers survivants d'une faune ancienne. 
On peut suivre fort loin la généalogie de quelques-unes de ces 
espèces; on a même cru un instant qu'on trouverait, cachés sous 
les eaux, les êtres dont les dépouilles se sont conservées dans 'es 
dépôts des époques secondaire et primaire, et que les bélemnites, 
les ammonites, peut-être même les trilobites, habitaient quelques 
coins ignorés de l'Océan. On a dû renoncera l'espérance de les y 
découvrir; néanmoins il est impossible de ne pas être frappé des 
analogies qui existent entre les dépôts actuels de nos vallées sous- 
marines les plus profondes et ceux qui datent de la période cré- 
tacée. Des organismes infiniment petits, que l'on nomme des fo- 
raminifères, s'y accumulent en nombre tellement considérable, 
qu'ils constituent de puissantes assises ayant tous les caractères 
des bancs de craie du bassin parisien. Les dragues du Travailleur 
rapportaient souvent des milliards de ces êtres microscopiques à 
enveloppe rigide d'une remarquable élégance, et, dans le golfe de 
Gascogne, près de la côte d'Espagne, i cc de limon, puisé à 1 ioo m 
de la surface, contenait plus de 100000 de ces foraminifères. Peu 






^j 






( 346 ) 
à peu, leurs dépouilles forment des masses épaisses qui ensevelis- 
sent les animaux vivant sur le fond ; c'est ainsi que les étoiles de 
mer, les oursins, les éponges et tant d'autres, sont enfouis peu à 
peu et préparent les fossiles de l'avenir. 

Quelques naturalistes, frappés de la puissance des manifesta- 
tions de la vie dans les abîmes de l'Océan, avaient pensé que le 
berceau de la matière animée s'y trouvait caché. Ils avaient cru 
le découvrir, et leur imagination avait assigné un rôle des plus 
importants à une sorte de gelée molle et assez semblable à du 
blanc d œuf, que les dragues ramassent parfois sur le limon des 
grandes profondeurs. A leurs yeux, cette gelée était de la matière 
vivante en voie d'organisation spontanée; c'était un intermédiaire 
entre les corps inertes et les corps animés, c'était une ébauche 
grossière qui, plus tard, à la suite de transformations graduelles 
devait produire des épreuves plus parfaites. Ils lui avaient donné 
un nom celui deBa.hybius, et une place dans leurs classifications, 
a cote des monères. 

A bord du Travailleur, on s'était promis de ne rien négliger 
pour trouver et étudier le Bathybius. La recherche n'a pas été 
difficile. Souvent, au milieu de la vase, nous avons vu cette sub- 
stance enigmatique ; nous l'avons soumise à l'examen du micro- 
scope. Le Bathybius n'est qu'un amas de mucosités que les éponges 
et certains zoophytes laissent échapper quand leurs tissus sont 
froisses par le contact trop rude des engins de pêche. 

La lumière solaire pénètre difficilement à travers les couches 
<el eau la plus transparente, et, au-dessous de quelques centaines 
de mètres, l'obscurité doit être complète. Comment donc se di- 
rigent les animaux si variés qui y vivent? Les uns sont aveugles- 
ils marchent à tâtons et ils n'ont pour se guider que les percep- 
tions du toucher, de l'odorat ou de l'ouïe; aussi remarquons-nous 
que, par un juste système de compensation, certains organes se 
développent outre mesure; les antennes de plusieurs crustacés 
dépourvus d'yeux sont d'une longueur extraordinaire : c'est le 
bâton de l'aveugle. D'autres animaux ont, au contraire, des yeux 
énormes et resplendissants de phosphorescence; ils portent ainsi 
partout avec eux un foyer lumineux qui explique le développe- 
ment de leur appareil visuel. Cette phosphorescence s'étend sou- 



(34 7 ) 

vent sur presque toute la surface du corps, et beaucoup d'espèces, 
surtout les étoiles de mer, les polypiers branchuset bien d'autres 
étincellent dans l'obscurité. 

Une nuit, notre filet remontait à bord, chargé de zoophytes 
rameux de la famille des Isis. Ils émettaient des lueurs d'un ad- 
mirable effet; des éclairs verdâtres s'allumaient tout à coup pour 
s'éteindre et se rallumer encore, courant sur les tiges de ces co- 
raux et s'y succédant avec une telle rapidité et une telle intensité, 
qu'il nous était possible de lire à la clarté de ce singulier flam- 
beau. 

On admet généralement que la couleur est inséparable de la lu- 
mière et que les êtres qui ne voient jamais le soleil sont de nuances 
sombres ou piles et effacées. Ils n'en est pas toujours ainsi, car, 
dans les parties les plus obscures de l'Océan habitent des animaux 
dont les teintes brillent d'un vif éclat; le rouge, le rose, le pour- 
pre, le violet et le bleu sont répandus avec profusion. La plupart 
des crevetles qui foisonnent au fond des eaux sont d'une riche 
couleur carminée. Dis Holothuries énormes ont l'aspect de l'amé- 
thyste, et une grande étoile de mer dépasse en beauté celles qui 
sont répandues sur nos côtes; l'élégance de ses formes, ses vifs 
reflets orangés en font une véritable merveille. Découverte dans 
les mers du nord par un naturaliste norvégien qui est aussi un 
poète distingué, elle a reçu de lui le nom de Brisinga. Ce nom, dans 
les légendes Scandinaves, est celui de l'un des bijoux de la déesse 
Fréja et c'est en effet un charmant bijou que cette étoile des fonds 
de l'Océan. 

Si les animaux pullulent jusque dans les régions les plus recu- 
lées des mers, les plantes en sont exclues; ces algues aux frondes 
vertes, rouges et violettes, si communes près des rivages, ne sau- 
raient vivre dans l'obscurité, et elles cessent de se montrer dès 
qu'on descend au delà de a5o m . Où donc les animaux des abîmes 
puisenl-ils leur nourriture, puisqu'ils ne sauraient la constituer 
de toutes pièces aux dépens des éléments minéraux? Les végétaux 
seuls peuvent, avec les gaz de l'air et les corps inertes, élaborer 
les matières organiques qui servent ensuite à l'alimentation desani- 
maux herbivores, et, par leur intermédiaire, à celles des espèces 
carnassières. Il faut donc quela nourriture, préparée à la surface, 









( 348) 
sous l'influence des rayons solaires, tombe peu à peu comme une 
sorte de manne dans les déserts sous-marins où aucune plante ne 
peut croître. ' 

A mesure que l'on s'élève sur les flancs d'une haute montagne 
on sent le trou devenir de plus en plus vif; de même, quand on 
s enfonce dans la mer, on atteint peu à peu des couches presque 
glacées. Les grandes vallées de l'Océan sont traversées par des 
courants qu,, partant des pôles, se dirigent vers l'Equateur. Au 
voisinage des >les Canaries, nos thermomètres, plongés à zioco™ 
ne marquait que + a », tan(lis que )a temperature de ^ ' 
nous entourait était de + a5 o. Il e „ rrsulte q|le , es ^.J^ 
d existence s, variées près des côtes, suivant le climat, deviennent 
«"forme, à une certaine distance de la surface, et que les mêmes 
ammaux peuvent alors habiter au nord et au sud, près des pôles 
et sons Equateur, pourvu qu'ils sachent se maintenir dans la 
couche dont la température leur convient. Ne nous étonnons donc 
pas s. le Travailleur a trouvé, dans les profondeurs du golfe de 
Gascogne ou sur les côtes de la péninsule ibérique, à côté d'espèces 
que 1 on croyait particulières aux régions du nord, d'autres es- 
pèces qui n'avaient encore été signalées que dans la merdes An- 
tilles. 

L'Océan nous a déjà beaucoup appris, mais il est loin de nous 
avoir révèle tous ses secrets, et ce que nous avons vu estde nature 
a déterminer de nouvelles explorations. 



MEB MORTE OU LAC ASPHALTITE. 

La mer Morte ou lac Asphaltite, située en Palestine, 
est ainsi nommée à cause de sou degré de salure qui ne 
permet pas aux poissons de vivre dans ses eaux, et parce 
que de temps à autre, on voit flotter à sa surface des masses 
de b.iume; elle est la limite d'une énorme crevasse dans 
laquelle le Jourdain coule à un niveau bien inférieur à 
celui de l'Océan. Cette forte dépression du sol, sur un 
point assez étendu de la Syrie australe, à une distance de 
oo a 6o milles de la Méditerranée, est, comme l'a dit 
Humboldt, un phénomène si extraordinaire, que ceux-là 



( 349 ) 
même qui l'ont constate ont tout d'abord douté de la pré- 
cision de leurs observations. 

La nier Morte, dans sa plus grande longueur, dirigée du 
nord au sud, a 4i milles marins, et 9 milles dans l'endroit 
le plus large, qui se trouve, à très peu près, au milieu. Le 
point le plus rétréci n'a que 2 milles; ce détroit est formé 
par un promontoire lié à la côte orientale, à peu de dis- 
tance de l'extrémité sud, là où sont les ruines de Sodome, 
près de la montagne de sel d'Usdum. 

Dans les vingt dernières années, plusieurs tentatives de 
navigation ont été faites pardebardis voyageurs et malgré 
la Iradition arabe qui dit : « Si l'on tient à la vie, on ne 
doit pas s'aventurer sur cette mer. » 

En i83J, un Irlandais, M. Cottigan, avec un seul com- 
pagnon, descendit le Jourdain dans une petite embarcation 
qu'il avait apportée de la Méditerranée. Âpre* avoir abordé 
à l'extrémité sud du lac, en exécutant des sondages, il 
tomba malade, au bout de cinq jours de navigation, et alla 
mourir d'épuisement à Jérusalem. Le journal de Cottican 
11 a pas ete retrouve. 

A la fin de mars i83 7 , MM. G. -H. Moor et W.-G. 
Beek conduisirent, avec des peines infinies, de Jafl'a à 
Jéricho, en passant par Jérusalem, la barque dans laquelle 
ils naviguèrent. Jusqu'au 17 avril, ils se livrèrent à des 
opérations trigonomélriques , exécutèrent de nombreux 
sondages. C'est à eux seuls que l'on doit la première notion 
de la dépression du bassin de la mer Morte, qu'ils avaient 
conclue de la température du point d'ébullition de l'eau. 
Abandonnés par les Arabes qui les accompagnaient, acca- 
blés par la maladie, ils furent obligés de renoncer à leur 
entreprise. M. Beek retourna en Europe et M. Moor passa 
en Egypte. 

Au mois d'avril de la même année, un savant allemand, 
M, Schubert, de retour de la Palestine, se trouvait dans 
la vallée du Jourdain; son baromètre indiqua une dépres- 



( 35o ) 

sion de i 7 3 m au lac de Tibériade; à l'embouchure du 
fleuve, l'échelle de l'instrument devint trop courte pour 
y mesurer l'ascension du mercure. M. Schubert fut très 
étonné de voir flotter sur le lac un canot abandonné por- 
tant les couleurs britanniques. 

M. de Berton, que le hasard mit en relation avec M. Moor, 
vérifia en i83 7 et i838, par des observations baromé- 
triques, le fait de la dépression qu'avaient signalé les deux 
voyageurs anglais. Ensuite le lieutenant Simond, par une 
triangulation terminée en 1841, a définitivement adopté 
4oo m pour la différence du niveau entre les deux mers, 
nombre que confirmèrent les mesures barométriques faites 
plus récemment par un naturaliste autrichien, M. Rus- • 
seger (»). 

L'année 1847 compta une nouvelle victime du lac As- 
phaltite, le lieutenant Molyneux, mort à Beyrout par suite 
du mal qu'il avait contracté en naviguant pendant quelques 
jours seulement dans le canot avec lequel il avait descendu 
Je Jourdain. Molyneux fit de nombreux sondages, dont 
plusieurs donnèrent une profondeur de 1266 pieds pari- 
siens, et l'armature de la sonde, dans une occasion, apporta 
du fond du lac plusieurs morceaux de sel. 

L'expédition qui a jeté le plus de lumière sur le climat 
et la topographie de la mer Morte, est, sans aucun doute, 
celle que commandait le lieutenant Lynch de la marine 
des États-Unis ( 2 ). 

Le 18 avril 1847, à 3 h de l'après-midi, les deux canots 
de l'expédition passèrent de l'embouchure du Jourdain 
sur la mer Morte, alors violemment agitée; l'eau, chassée 
par le vent du sommet des vagues, couvrait les armes, les 
vêtements d'un dépôt salin dont lacreté causait une sen- 
sation extrêmement pénible sur les lèvres et surtout dans 

H M. Le Vigne, en ,864 » trouvé 3 9 2», altitude de Jérusalem. 
( ) Narrative of the expédition to the river Jordan and the Dead sea ■ 
seconde édition, London i85o. 



( 35i ) 

les yeux. Malgré une tempête dans une enceinte resserrée 
de montagnes noires et arides, d'où coulent des sources 
sulfureuses d'une extrême fétidité, l'équipage ne perdit 
pas courage, car, comme l'écrit le commandant Lynch, 
l'étonnement frappe, mais n'épouvante pas. La mer se 
calma aussi rapidement qu'elle s'élait gonflée, et, en moins 
de vingt minutes, les embarcations, en voguant vent ar- 
rière, s'éloignèrent d'un lac qui menaçait de les engloutir. 
De l'embouchure de la rivière on vit le soleil se coucher, 
en laissant des nuages roses sur la côte de Judée, tandis 
que les pics de la chaîne de Moab restaient cachés dans 
une profonde obscurité. La mer étant en repos, on pouvait 
vérifier la ressemblance que lui attribuent les Arabes avec 
le plomb fondu quand elle est dans cet élat d'immobilité. 

Le 20 avril, dans la matinée, par une légère brise du 
sud, la température de l'air était de 27°,8; à io b 3o m , la 
mer avait l'apparence d'un miroir, tant elle était tran- 
quille; on vit dans la tente dressée sur la côte, le thermo- 
mètre s'élever à 3i°,7. A 5''de l'après-midi, le vent venant 
du nord, la température tomba à 26 , 7. 

A 8 h 3o m du soir, la nuit étant très obscure, la mer se 
couvrit d'une écume phosphorescente, et les vagues, en se 
brisant, éclairaient d'une lumière sépulcrale le bois mort 
et les blocs de rochers épars sur la plage. 

La sonde rapporta plusieurs fois, mêlés au sable ou à 
l'argile du fond, des cristaux cubiques de sel marin. 

Le 21 avril on trouva, sur la côte occidentale, une source 
d'eau douce ayant une température de 23°, 9; c'était près 
de Ain-Turâbeh, où croissent des PisLaclua terebintJius. 
Le sable supportait un dépôt de soufre. A 6 1 ' du soir, tem- 
pérature 2 1°, 1. 

Le 22 avril, la matinée paraissait très froide, le ther- 
momètre à 6 h marquait 2i°,i. 

Le :i3 avril, à 6 h du malin, température 2i°,i; à y h , 
28°,9; à 7 h 3o m , 29°,4. La nuit avait été calme avec une 






( 35 2 ) 
légère brise du nord, néanmoins on sentit une odeur hépa 
tique. M. Lynch fait observer que l'infortuné ÏWolyneux 
perçut la même odeur, une nuit qu'il passa SUI . ]e |a( . 
connue 'eau de la mer ne sent absolument rien, il attribue 
cette odeur aux sources sulfureuses et aux marais envi- 
ronnants. 

Le =4 avril, à 4 h 45"> du matin, température a 5° 6 
léger vent du nord. Près de la côte, la sonde a rapporte 
des cubes de sel marin. On vit une caille morte (louant 
sur la mer et des myriades de sauterelles couchées sur la 
plage. On observa aussi du sable imprégné de sel et de 
bitume, au nord de la péninsule qui divise la mer Morte 
presque en deux zones, très inégales d'ailleurs, la plus 
peine se trouvant vers l'extrémité sud. Le bois sec qu'on 
rencontra sur la côte était tellement imprégné de sel, que 
I eqmpage ne parvint pas à le faire brûler. 

A i h 3o-de l'après-midi, le venl étant très faible, on 
ressentit 1 odeur sulfureuse, et chacun de nous, di, le lieu- 
tenant Lynch, eut à résister à un sentiment d'abattement 
A 6 du soir, température 33°,3, on reconnut l'Arnon 
ruisseau considérable d'eau fraîche, coulant entre des 
bancs de grès rouge, et dans lequel on aperçut de petits 
po,ssons. Durant la nuit, par une chaleur étouffante, on 
ressenm une odeur de soufre très prononcée 

Le 2 5 avril, à o" du matin, température 3i°, 7 . Près de 
a parue sud du lac, la sonde amena d'une très petite pro- 
fondeur une argtle brune mêlée à du bois décomposé et 
des membranes de feuilles. Sur la côte, on reconnut des 
couches de calcaire, et la plage était jonchée d'innombra- 
bles sauterelles, on trouva aussi des morceaux de bitume. 
A » du soir, température 2j",H. A g b , 3 ° 
A minuit, le siroco se fit sentir, et la température s'éleva 

'lui . I . 

Le 26 à 4" du matin, température 3o°. On était alors à 
peu de distance de la montagne d'Usdum. 



( 353 ) 

« C'était, dit le lieutenant Lynch, une scène de déso- 
lation. D'un côté s'élevait l'importante montagne de sel, 
de l'antre les rochers stériles de Moab où Loth trouva un 
abri; au sud, la plaine de sel où les Israélites défirent plu- 
sieurs fois leurs ennemis, et au nord, la mer, calme, im- 
mobile, que voilait un brouillard pourpre, recouvrait les 
ruines de Sodome et de Gomorrhe. L'éclat de la lumière 
blessait la vue, et l'on respirait avec difûculté dans une 
atmosphère embrasée. Pas un oiseau ne fendait cet air 
raréfié, à travers lequel le Soleil dardait le mystérieux 
élément sur lequel nous voguions, et qui seul, de toutes 
les œuvres du Créateur, ne contient pas un être vivant. » 

L attention des voyageurs fut attirée par une masse de 
sel isolée, une sorte de pilier rappelant celui que men- 
tionne l'historien Josèphe, comme étant, suivant la tra- 
dition, la statue de la femme de Loth. M. de Saulcy, qui 
a visité Usdum, fait observer à cette occasion que, sans 
chercher beaucoup, on trouverait très probablement plus 
de deux cents femmes de Loth, les blocs de sel isolés, cylin- 
driques, étant assez communs dans le voisinage des grands 
dépôts salifères. 

La sonde indiqua un fond d'argile, et sur la plage formée 
d'un sable cimenté par du sel, on apercevait ça et là de 
gros morceaux de bitume. 

L'expédition fixa la position géographique de l'extrémité 
sud de la montagne d'Usdum, placée en ce moment plus 
au sud que la limite australe de la mer-, limite d'ailleurs 
très variable, comme l'observe le lieutenant Lynch: car 
dans l'hiver, elle avance au sud lors des crues du Jourdain 
et Faffluence des torrents, pour rétrograder vers le nord 
par suite de l'évaporation rapide que les eaux du lac éprou- 
vent pendant l'été. Par la configuration du bassin, on voit 
que c'est, en effet, vers le sud, à partir de la péninsule, 
que la mer Morte doit surtout s'épancher lorsque son vo- 
lume augmente. Les eaux, en disparaissant, laissent sur les 

ttOUSSINGALLT. ÂgT ., Vil. ÎJ 






( 35 4 ) 
plages qu'elles ont envahies, d'épaisses couches de , 
qu on exploite dans plusieurs local tés- SeeZ 
geait au commencement du sÏÏ » f ' ^V^ 

très blanc, sans amrr(um n , ï*°"* ^ Je ^ 

brisés, asse, volumine " u / u'I 1 ::: 7" * ^ 
charge d'un mulet. P ' " SeUl m ° rCeau f ^ »- 

A 3"3o» une légère brise étant tombée, ] a chaleur 1 ■ 
oppresse. La température de l'air étai de 3 fr , 
pérature de l'eau, prise à , pied an 2 l ' ' ' em_ 

surface de la mer, L, 2 . ? S "" au " desso ^ de la 

A 3 h 5o», comme le lieutenant Lynch l'avaî, n - 
volent ouragan souffla du sud-est et 1 1 1 ' ? ' "" 

immédiatement à 38" q Les n ' B ' ermorael ^o„, a 
pour les préserver Iv^^J^'^ ^ 
de toutes leurs forces pour éviter les ^t^- 

feremen, épuisé, mais encore plein de coule V ' '"" 
put débarquer sur le côté Jd 1 l 0Urage ' J e T»page 

4. ,«; a , p,ed, 4 o° seulement. A minuit, 36° 7 ' 

,t„„ n • 'ouest, le thermomètre maroua W 

dans l air et 2 y°,4 dans l'eau du lac A3" 1„, ? 
aperçurent au nord-ouest une singulfère boni T*™" 
une ondulation, car les vagues é,ai7 n transe ! 7 ' ^ 
-e surface lisse, et cependant il n' v . ^Z al ' "" 

dw « pour agi(er Jes boucIes de y «; v u p s , ,ors a ! sez 

endormi >, Le lieutenant Lynch fi au s i t ^ 

j m aussitôt gouverner 



( 355 ) 

vers la terre, où l'on avait à peine débarqué, qu'on fut 
assailli par un coup de vent brûlant, un autre siroco; la 
mer devint furieuse, pour se calmer bientôt après, A 8 h du 
soir, le thermomètre marquait a8°,9; à minuit, 27 , 8. 

Le 28 avril, on observa le phénomène du mirage. 

A midi, la température de l'air étant 3o°,6, celle de 
l'eau fut trouvée 270,8; malgré un vent fort, la tendance 
au sommeil était presque irrésistible ; les matelots ramaient 
mécaniquement, avec les paupières à demi-fermées; tous 
dormaient, excepté le lieutenant et les rameurs; ce besoin 
de dormir allant jusqu'à une sorte de stupeur était surtout 
prononcé pendant la plus forte chaleur du jour, mais il 
persistait encore durant la nuit. 

A i ll 3o m , l'expédition campa non loin d'Ain-Jidi-En- 
gaddi, près d'une source, pour prendre du repos et se 
rafraîchir jusqu'au coucher du soleil. On essaya si un 
cheval et une mule pourraient se soutenir dans le lac, sans 
chavirer. L'expérience prouva que ces animaux v con- 
servent leur équilibre. Un homme vigoureux surnagea, 
plongé jusqu'à la poitrine, sans faire le moindre elfort 
pour se maintenir sur l'eau. On ramassa sur la plage un 
gros morceau de bitume, et pendant la nuit, le vent venant 
de l'ouest, on sentit une odeur nauséabonde de soufre et 
de marais. 

Le 29 avril, on visita la fontaine de Jicly. Le 3<> avril, 
près de la tente, température à 6 h du malin, 28", 9. La nier 
avait la couleur de l'absinthe diluée, l'eau était opaline; 
la sonde rapporta de l'argile et des cristaux de sel marin. 

Jusque-là l'expédition avait joui d'une bonne santé, mais 
déjà presque tous les hommes présentaient des symptômes 
d'hydropisie : le visage était bouffi, le teint fortement co- 
loré et même couperosé; chez quelques-uns le corps était 
couvert de pustules qu'irritait douloureusement le contact 
de l'eau salée. 

Pendant la nuit le thermomètre baissa à ai°,t. 



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( 356 ) 

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ob,er»aU„„ 1 Yé^hJLl?. , '°°'' '' r '" KlrC ™ 

q«abie, sil '„„ «Sfc.^'îiTj^rr? r ar - 

de calera coguilHer et de marnes argileuses. 8 *' 

_ Le3m«,, près deWady-Môjed, la rivière A mon de l'An 
en Testament on reconnut que la côte est ZZll 
oches escarpées de g ,ès rouge {reed sandstein). La pré 

eu de 1 eau douce dans un ravin alors desséché qi f e il 
pedu.on traversa. A 5 > du soir, on s'arrêta à l'emlc W 
de lArnon : a nv.ère avait alors l8 pieds anglais de 
large et 4 P >eds de profondeur; à minuit, par u ? n ^ 
nord-ouest, I. température de l'air fut trouvée de &7 

qu à" ii„ Tu • 'T lenan l . DaIe S0 " da d6PUiS rArn ° n J- 
qua Am-Turabeh, sur la côte opposée (ouest). Dans 

endro.t le plus profond, à peu près au milieu d lac on 
trouva une profondeur de tg4 fath oms (l . f g , , ~'£ 
fond d'argile et de cristaux de sel. ^ 



( 35 7 ) 
A 8 h 4o», ] e lieutenant Lynch, resté sur la côte occi- 
dentale, rencontra un ruisseau coulant le long d'une émi- 
nence où il y avait un groupe de vingt et un dattiers, 
présentant un agréable contraste avec la monotonie des 
montagnes arides et brûlantes de la mer Morte. 4 midi 
on arriva à la source chaude et légèrement sulfureuse dé 
Lallirohoe, formant un ruisseau de ia pieds de large et de 
10 pouces de profondeur. La température à l'air était 
de 2 5°, celle de la mer de 2 5°,6. Dans le ruisseau d'eau 
chaude le thermomètre monta à 35°. Il y avait là des lama- 
nns et des roseaux. On eut froid pendant la nuit, la tem- 
pérature étant tombée à 20°. 

Le 5 mai, le lieutenant Lynch se rendit à Ain-Tubàreh ; 
pendant la traversée il fit quelques observations avec le 
thermomètre à indicateur, qui démontrèrent la présence 
d une couche d'eau froide entre la surface et le fond du 
S» En o effet ' la tem pé™ture à la surface était 2 4°, 4 ; à 
i8 m , i5°; à3i8 m , i6°, y. La matinée était très chaude, pas 
un souffle d'air, et la nappe d'eau ressemblait à de l'huile. 
Le 6 mai, à 9 '' du matin, à l'ombre, le thermomètre 
marquait 3 7 °, 8; la mer était recouverte d'un léger brouil- 
lard; on fit descendre le thermomètre enregistreur à di- 
verses profondeurs, et l'on retrouva constamment la couche 
d eau froide à i8 m . 

Le 7 mai, à 8 h du matin, température 4 i °, i . Les nuages 
étaient immobiles, la mer calme. A 6 1 ' du soir, siroco ex- 
trêmement chaud, venant du nord-ouest. 
^ Le 8 mai, à midi, température 43»,3, le thermomètre 
étant à l'ombre. Un épais brouillard dérobait la vue des 
côtes. 

Le g mai on trouva r,i3 pour la densité de la mer 
Morte, laquelle, ainsi qu'on l'a constaté depuis à l'aide du 
microscope, ne renferme pas d'animalcules ('). 



(') Un savant étranger qui assistait à la séance de l'Académie dans la- 



( 358 j 

Les nombreux lils de torrents desséchés reconnus pen- 
dant l'expédition portent à conclure que la mer Morie 
reçoit à certaines époques de l'année une quantité d'eau' 
douce considérable. Les rivières qui ne tarissent pas 
éprouvent aussi de très grandes crues. Ainsi, les Arabes 
disaient à M. de Berton que le Jourdain, qu'il voyait au 
mois d'avril réduit à une largeur de 8 m à i3 m , devient 
une mer lors de la saison pluvieuse; et le lieutenant Lynch 
a observé, à peu de distance du Wady-Mukaddam, sur un 
escarpement placé sur la côte, une marque indiquant que 
le niveau du lac avait dû monter de 7 pieds anglais au- 
dessus du point où il se trouvait le 22 avril. Si l'on con- 
sidère combien la mer peut s'étendre vers le nord en re- 
gorgeant dans la vallée basse du Jourdain et vers le sud, 
en inondant la plaine salée dont l'ouverture est comprise 
entre l'emplacement de l'ancienne Sodome et le Wady- 
Safieh, on voit quelle énorme quantité d'eau elle doit 
recevoir pour hausser de 2 m . 

D'après le D r Robinson, l'arête de partage des eaux 
entre la mer Morte et la Méditerranée serait située près de 
Hébron, à environ 16 milles des bords du lac. 

Les nombreux sondages exécutés pendant l'expédition 
américaine ont établi que le fond de la mer Morte est 
formé de deux plaines, séparées par le détroit de la pénin- 
sule; la plaine du nord, la plus étendue, est en moyenne 
à n3 pieds anglais au-dessous de la surface de l'eau; la 
plaine du sud, terminée à la base de l'Usdum, à i3 pieds 
seulement. La plus grande profondeur du lac est de 
195 fathoms dans la partie au nord du détroit, et 2 | fat- 
boms dans la partie située au sud. 

L'exploration de la mer Morte terminée, le lieutenant 
Lynch se rendit à Beyrout en passant par Jérusalem, Jaffa, 



quelle j'ai lu ce Mémoire, m'a dit qu'il croyait que M. Ehrenberg avait 
eonstaté la présence d'animalcules dans l'eau de la mer Morte. 



( 35 9 ) 

Nazareth et Damas, après avoir fait une reconnaissance 
des sources du Jourdain. Comme les voyageurs qui l'a- 
vaient précédée, l'expédition américaine paya son tribut à 
l'insalubrité du climat. Un de ses officiers les plus actifs, le 
lieuienanl Deale, succomba, près de toucher au port, à 
une maladie dont le germe avait été contracté dans cette 
mémorable campagne. 

J'ajouterai que, d'après les roches décrites ou rappor- 
tées, le terrain de la nier Morte appartient probablement 
au calcaire néocomien, c'est-à-dire aux assises inférieures 
de la formation crétacée. Le calcaire bitumineux, les con- 
glomérats, paraissent être les roches les plus communes de 
cette contrée, où l'on a aussi signalé dus produits volca- 
niques. 

On possède plusieurs analyses de l'eau de la mer Morte; 
la plus ancienne est probablement celle deLavoisier, Mac- 
quer et Sage, chargés d'examiner de l'eau que M. le che- 
valier Tolès avait envoyée à Gueltard ('). 

Ces Académiciens trouvèrent dans l'eau soumise à leurs 
recherches, dont la densité était de i , 25o : 



Sel marin à base de magnésie. . . 

» à base de chaux 

» ordinaire 

44,3 7 5 
Eau 55 , 625 





Dans 




100 livres 


21,786 


22,0 


16,339 


l6,5 


6,25o 


6,5 



45,0 



100,000 



L'eau avait été conservée dans des bouteilles bien bou- 
chées, au fond desquelles on remarquait des cristaux de 
sel marin. Celle eau n'émettait aucune odeur. 

En 1807, M. Marcet publia dans les Philosophical 



(') Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1778. 






( 36o ) 
Transactions une analyse de l'eau de la mer Morte ( ' ). JI 
donne i, ai i pour la densité de l'eau analysée. Les résul- 
tats ont été pour ioo d'eau : 

Chlorure de magnésium IO 2 aq 

de sodium IO ' >36o 

de calcium 3,920 

Sulfate de chaux 0?o54 

24,58o 
Eau 75,420 

100,000 

En 1809, Klaproih trouva, dans IVau de la mer Morte, 

Chlorure de iragnésium 24 20 

» de sodium 7 80 

de calcium IOj g 

42,60 

Eau 5 7 ,4o 

100,00 

L'eau analysée par Klaproih avait une densité de 1,240, 
supérieure, comme l'on voit, à la pesanteur spécifique dé- 
terminée par Mai-cet. Cette eau était d'ailleurs tellement 
chargée de sel, qu'il s'était déposé un cristal de chlorure 
de sodium au fond de la bouteille qui la contenait. 

Gay-Lussac a analysé de l'eau que M. le comte Forbin 
avait prise en octobre 181 7, pendant son voyage dans le 
Levant. Celle eau était contenue dans un vase en fer-blanc 
parfaitement bouché; elle n'avait aucune odeur : légère- 
ment trouble lorsqu'on la retira du vase, elle devint bien- 
tôt très limpide. A la température de 17'C, sa densité 
était de 1,2283. Exposée à un froid de 7 au-dessous de 

(' ) Cette eau avait été rapportée par M. Gordon de Clunio; Marcet n'en 
eut à sa disposition qu'une très petite quantité. 



( 36i ) 
zéro, il ne s'en déposa aucun sel, ce qui prouve qu'elle 
n'était pas saturée; mais le sel marin commença à se pré- 
cipiter à la température de i5°, lorsque l'eau eut perdu 
par l'évaporalion environ les —^ de son poids ( J ). 
Dans 100 parties d'eau Gay-Lussac a trouvé : 

Chlorure de magnésium i 5 , 3 1 

ii de sodium 6 , go 

u de calcium 3 ,90 

de potassium j traœs 

Sulfate de chaux ) 

26 , 2.4 
Eau 7 3 -7^ 

100,00 

C.-G. Gmelin, frappé de la grande différence que pré- 
sentaient les résultats obtenus par Marcel et par Gay-Lus- 
sac, crut devoir entreprendre une nouvelle analyse. L'eau 
avait été apportée dans une bouteille de verre bien fermée, 
par M. Jacob Leulzen, qui l'avait puisée au printemps de 
1822, à son retour du Caire. Elle était limpide, sans odeur, 
sa densité, déterminées la température de i6°,3, 1,21223. 
Gmelin trouva dans celte eau le brome que M. Balard venait 
de découvrir. Il conclut en outre d'expéiiences exécutées 
avec un grand soin, que l'eau de la mer Morte ne renfer- 
mait pas de nitrates. 

De 100 parties d'eau, on retira, par une évaporation à 
siccité et la calcination au rouge, un résidu pesant a3,53. 
Ce résidu ne présentait pas exactement le poids des sels en 
dissolution, parce que, vers la fin de l'opération, il s'était 
dégagé des vapeurs acides dues à la décomposition du chlo- 
rure de magnésium. 



(') Annales de Chimie et de Physique, 2" série, t. XI, p. \<fi. 



^'ïblîsliv», 



( 36a ) 
Gmelin donne, pour la composition de l'eau, 

Chlorure de magnésium lr y 

» de sodium. 

7.0777 

de calcium , , 

" ^e potassium , >6 33 

* de manganèse . 

,, , . . 0,2117 

» d aluminium „ „ c a 

Sulfate de chaux .""' °'°Jf 

Chlorhydrate d'ammoniaque .. . ." ' 00075 

Bromure de magnésium ',3' 

Iodures ' ' f 

w -. . 0,0000 

Nitrates 

• • 0,0000 

Eau r //? 

70,4002 

100,0000 
L;cau rapportée par M. W.-F. Lynch, lieu.euant de la 
manne des États-Unis, commandant de la belle expédition 

C B00T A^î M ,T C ' a ^ ana '^ e P-MM. j ames , 
<^. BoothetA. Muckle ('). ' 

A la température de i5°, 7 , sa densité était i,„ 74 
100 part.es d'eau évaporées ont laissé un résidu pe- 
sant 26,7000. ^ 

Elles ont donné : 

Chlorure de magnésium ,/ 53 

" de s °dmm 7 | 855 | 

" Je calcium 35 

» de potassium 0>65g6 

Bromure de potassium o 1 3 £ 

Sulfate de chaux . ' 

0,0701 

26,4187 

Euu 73,58!3 

100,0000 

(' ) Narrative of th. édition ta th^^Za^anTZ^a 7 ^ 



( 363 ) 

MM. Boulron-Cliailard et O. Henry ont analysé l'eau 
prise à deux heures de marche du Jourdain, sur la rive 
occidentale, le 2 avril i85o, par M. Alphonse Dunoyer, 
élève consul, gérant le consulat de Jérusalem (*). 

Cette eau avait été rapportée dans une bouteille en fer- 
blanc, bien pleine, et dont le goulot était fermé par une 
soudure à l'étain. A sa sortie du vase, l'eau était claire et 
sans odeur; en la chauffant elle se troublait par un léger 
nuage ocracé. Sa pesanteur spécifique fut trouvée de 
1.0992. 

100 parties d'eau ont laissé un résidu pesant sec i4,o33. 

L'analyse a fourni les nombres suivants : 

Chlorure de magnésium 1 ,696 

» de sodium 11 ,oo3 

» de calcium o , 680 

« de potassium o, 166 

Carbonates terreux °>9'53 

Sulfates de soude, de magnésie, de chaux. o , a33 

Silice et matières organiques 0,200 

Bromure, nitrates, oxyde de fer traces 

>4>9 3 ' 

Eau 85,069 

100,000 



I 



MM. Boutron-Cliarlard et O. Henry ne mentionnent 
pas dans leur Mémoire le procédé qui leur a permis d'ad- 
mettre des nitrates dans l'eau soumise à leur examen, ni- 
trates dont ils ont d'ailleurs constaté la présence dans l'eau 
du Jourdain. 

M. F. Moldenhauser a publié une analyse de l'eau pui- 
sée en juin 1 854 et dont la densité était 1 , 1 160 ( s ). 



(') Journal de Pharmacie et de Chimie, mars i85a. 
( 2 ) Annalcn der Chemie und Pharmacie, mai i856. 



I 



( 364 ) 

ioo parties d'eau ont laissé „„ résidu pesant rt 8™ 
Cette eau renfermait : P '3> 8 79- 

Chlorure de magnésium.. 6 o,„ ChIore - 

» de sodium.. '"" ,8 : 2 ' Contenant 5 - «6.8 

» de calcium... ,f 7 " ''7948 

" de potassium....'" 'V' 9 " °>94'5 

Bromure de magnésium... " , 2 ° * «' ,6 '3 

Sulfate de potasse '" ' ^ 
0,0627 

,3 ' 8 79o 0^4 

Chlore dosé directement 8 8718 

Le motif qui avait porté Gmelin à entreprendre 1V„ 

^ \? or e : T ^ ^ r,iculiè — ent celle de la 

mer .Morte, a cause de la constitution géologique de *n 

G r;;; n :;r n l r s de , nitraies ' ainsi ^ s -- 

ré™ tau Sa " SdeVer ^ -oindre doute sur la netteté des 

Plus d'importance Vu' S ^ '"o' * ë " denUnen l 
stanre ayant nZ ? ^ "" ' 8a6 - Une c '^n- 

nce ayant m s en ma possession de l'eau de la mer Morte 
J a> pu rechercher les nitrates. ' 

L'eau examinée m'a été remise à la fin de l'année ,*« 

Par un jeune Américain de Panama M n ""'V 5 ' 
mtm- il 1', •. • ma ' M - Domingo Arosa- 

W eill eL ! - Pme - B P'»«-P-i elle était dans une 

linn ^ 3VeC dU ,ièse ' Sans ™™ odeur, d'une 

1-P.Jue parfat te quand on eu t laissé déposer une trè pe"e 



( 365 ) 

quantité d'une substance ayant l'aspect el la couleur de 
l'argile. 

Densité, à la température de i4",8, 1,194. 

Analyse Analyse 

do de 

Boussingaiilt. Gmelin. 

Chlorure de magnésium. . . 10,7288 11,7734 

» sodium 6,4964 7>°777 

calcium 3,5592 3,2i4i 

potassium.... 1,6110 1,6738 

Bromure de magnésium.. . o,33o6 0,4393 

Sulfate de chaux 0,0424 0,0527 

Sel ammoniac o,ooi3 0,0075 

Chlorure de manganèse. . . 0,0000 0,2117 

Chlorure d'aluminium. .. . traces 0,0896 

Nitrates „ » 

Iodures » 

22,7697 24,5398 

Eau 77 , 23o3 75 ,4602 

100,0000 100,0000 

Densité de l'eau 1 , rg4 1,212. 

En 1857, M. l'abbé mitre Mislin, camétier du pape, 
m'a remis un échantillon d'eau. 
L'analyse a donné : 

Chlorure de magnésium 10,517 

» sodium 7 ,o65 

calcium 2,343 

» potassium o,536 

Bromure de magnésium 0,346 

Suttale de chaux 0,1 23 

Sesquioxyde de fer o 020 

Matières fixes 20,950 

Eau 79,o5o 

100,000 



( 366 ) 

Les nombres déduits de mon analyse se rapprochent 
assez de ceux trouvés par Gmelin ; la proportion de sels 
un peu plus forte, indiquée parce chimiste, coïncide d'ail- 
leurs avec la densité. Il est à remarquer que l'eau que j'ai 
analysée a été prise dans la mer Morte trente-trois ans 
après celle qui a fait le sujet du travail de Gmelin ; elles 
ont cependant été puisées dans la même saison, au prin- 
temps; quant aux autres analyses, en éliminant même 
celles exécutées à une époque où la Science n'avait pas 
encore prescrit les formules à suivre dans ce genre de 
recherches, leurs résultats s'écartent très notablement 
de ceux que je viens de mentionner, et elles ne s'ac- 
. cordent pas mieux entre elles : toutefois, les différences 
sont d'un ordre qui ne permet pas d'admettre qu'elles pro- 
viennent toujours d'erreurs de manipulations. Ce n'est 
pas seulement par la quantité de sel tenue en dissolution 
que ces eaux diffèrent, ce qui s'expliquerait par leurs di- 
vers poids spécifiques, mais le rapport des sels entre eux 
est loin de rester le même, comme il est facile de s'en 
convaincre en comparant la composition des substances 
salines. 

Dans ioo de sels de l'eau de la mer Morte : 



a 



Chlorure de magnésium 
Chlorure de sodium . . . 
Chlorure de potassium. 
Chlorure de calcium... 
Bromure de magnésium 
Bromure de potassium. 

Sulfate de chaux 

Matières diverses 





Gay- 
Lqbs&o. 


Duulli 


lîoulrcn 


Marcel. 


et 

M ll( kir . 


et 
Henry. 


4i,68 


58,35 


55,22 


11,36 


/)2,l5 


26,4.9 


3 9.7 3 


7 3 > fi 9 


u 


h 


a>49 


i,u 


iJ,9 5 


i5,i6 


11,76 


4,55 


ii 


n 


n 


// 


h 


ti 


o,53 


» 


0,22 


a 


0,27 


« 


il 


n 


1/ 


9. 2 9 


100,00 


100,00 


100,00 


100,00 



Moldm- 
liauor. 


C.melin 


49,08 

21 ,3 1 


47.98 
28,8.'| 


17,22 


6,82 


10, .PO 


i3, 10 


1,02 


'.79 


" 


'/ 


II 


0.2I 


0,5^ 


I ,26 


100,00 


100,00 



BoohIu- 

traull. 



( 36 7 ) 

Ce qui caractérise l'eau de la mer Morte, c'est une notable 
proportion de substances salines et la piésence du brome 
en forte dose, puisepue dans t mc de celte eau il y a 3 ks à 4 ks 
de bromure de magnésium. Si un jour le brome trouvait 
une large application à l'industrie, la mer Morte est la 
source où il faudrait l'aller chercher. 

Pline rapporte que de riches habitants de Rome, qu'il 
taxe d'ailleurs d'extravagance, faisaient rapporter de 
l'eau du lac Asphaltite pour s'y baigner, lui attribuant 
certaines vertus médicinales; à cette occasion, Galien re- 
marque qu'ils auraient pu s'épargner cet embarras en 
faisant dissoudre du sel marin dans de l'eau douce; à quoi 
Reyland répond, avec raison, que Galien ignorait que 
l'eau du lac renfermait autre chose que du sel en disso- 
lution. 

Il parait, en effet, hors de doute cpie, en raison des bro- 
mures qui s'y trouvent, cette eau doit être douée de pro- 
priétés thérapeutiques très prononcées. 

La forte proportion de sels trouvée en 1778 par les 
académiciens français, en 1S09 par Klaproth, provient 
peut-être de ce que les chlorures dosés n'avaient pas été 
convenablement desséchés. Toutefois il y a ceci de re- 
marquable, que ces matières salines correspondent à une 
densité supérieure à celles qu'on a observées depuis. Les 
eaux analysées à ces deux époques étaient d'ailleurs plus 
près du point de saturation, puisque, après avoir été trans- 
portées en Europe dans des vases parfaitement fermés, 
elles ont laissé déposer des cristaux de chlorure de sodium. 

On ne saurait, ce me semble, attribuer entièrement à 
des erreurs les très grandes variations que l'on remarque 
dans la composition de l'eau de la nier Morte, telle qu'elle 
est établie par divers chimistes. Des erreurs de cet ordre 
ne sont pas admissibles, même en tenant compte des pro- 
grès faits par l'analyse dans les cinquante dernières années ; 
ces différences cle composition dépendent évidemment de 



■ 



( 368 ) 
la variation que subit la constitution de l'eau salée, par 
suite des circonstances météorologiques, par le plu's ou 
moins d'abondance des eaux douces affluenles, ou par 
l'effet d'une évaporation plus ou moins prolongée dont la 
conséquence, comme Ta reconnu le lieutenant Lynch 
est une baisse du niveau du lac Aspbaltile de plus de 
2 ra au-dessous du point qu'il atteint dans la saison plu- 
vieuse; la diminution des eaux est telle dans certaines 
circonstances, que, comme l'affirment les Arabes, un ca- 
valier se rend quelquefois, de la côle occidentale à la côte 
orientale, en traversant à gué la partie du lac placée au 
sud de la péninsule, là où les sondages de l'expédition' 
américaine indiquaient, en avril ,84 7 , une profondeur 
d environ un fathom. 

L'analyse établit donc que l'eau de la mer Morte n'a 
pas la même composition à toutes les époques de l'année 
et que les substances salines qu'elle tient en dissolution 
varient non seulement sous le rapport de la quantité, mais 
encore dans leur nature. Elle rend même assez vraisem- 
blable que la masse liquide du lac Asphaltite ne possède 
pas une constitution homogène. 

Par une série d'expériences des plus intéressantes, 
MM. Malaguti, Durocher et Sarzeaud ont prouvé que l'eau 
de l'Océan renferme du chlorure d'argent; ioo k e d'eau de 
mer puisée à quelques lieues de la côle de Saint-Malo ont 
donné os r ,ooi. Un savant du plus grand mérite, M. For- 
chammer, de Copenhague, a confirmé le fait en ce qui 
concerne l'eau de la Baltique. Comme la mer Morte est 
plus chargée de sels que l'Océan, il y avait lieu de sup- 
poser quelle contiendrait une plus forte proportion de 
chlorure d'argent; j'ai prié mon savant collègue au 
Conservatoire des Ans et Métiers, M. Edmond Becquerel, 
d'y rechercher l'argent au moyen de procédés éleclrochi- 
miques, et, quoiqu'il n'ait pas été possible d'obtenir la 
moindre apparence de dépôt métallique sur l'électrode 



( 36 9 ) 
d'or, la question n'est pas résolue, par la raison que, faute 
de matière, l'expérience n'a pu être tentée que sur quel- 
ques centimètres de liquide. C'est un sujet de recherches 
que je recommande aux personnes qui pourront opérer 
sur une plus grande quantité d'eau de la mer Morte. 




Kl M DU TOUR SKPTIEMK. 



BOUSSIXGAULT, 



.<••/., VII. 



A 



*— «gp»»;— i 



TABLE DES MATIÈRES. 



DÉTERMINATION DE LA HAUTEUR DU MERCURE DANS LE BA- 

ROMÈTRE SOUS L'EQUATEUR , 

Amplitude di's variations diurnes barométriques à diverses stations 

dans les Cordillères ! 

La Guayra : latitude N., io°35' g 

Santa Marta : latitude N., 1 1° l5' g 

Cartagena : latitude N., io"s5' m 

Payta : latitude S., 5°6' 1 1 

Tumaco : latitude N.. i°3o' , ', 

Observations dans la chaîne du littoral de Venezuela et dans les 

vallées d'Aragua i5 

Caracas : latitude N., 10*38'; altitude, ()36"' ,,'j 

La Vitloria : latitude N., 10° i/}' ; altitude, 56i™ 18 

Maracay : latitude N., io° 17' ; altitude, /(3g m i,S 

San Luis de Cura : latitude N., 10°")'; altitude, 26a" m 

Nueva Valencia : latitude N., 10" 10' ; altitude, 588™ 10 

San Carlos : latitude N., 0°4<>' ; altitude, ibc)" 1 .,, 

Tocuyo : latitude N., 9° i5'; altitude, 629™ .,1 

Merida : latitude N-, 8° i5' ; altitude, iljig™ , , 

Pamplona : latitude N., 7 18'; altitude a3ii™ >, 

Santa Fé de Rogola : latitude N., \ ,r .W ; altitude. a64i" 25 

Température moyenne des mois à Rogota, en 1823 et en 1824. ■ • >\ 

Quantité de pluie tombée à Rogota de 1837 à iH'\2 ..'| 

Observations météorologiques enregistrées à Bogota, d'août iX.; 

a décembre iHa'i ,', 

Ubate : latitude N., 5*4'; altitude, .">(>." a g 

Chiquinquira : latitude N., 5° 32' ; altitude, 'fxj-'" ,Q 

Vêlez : latitude N., 6° 5'; altitude, 2n|X'" 2 6 

Observations faites dans la vallée du rio Grande de la Magdalena. 27 

Honda : latitude N., 5° 12'; altitude, 370™ 1- 

Tocayma : latitude N., \''ii' ; altitude, 455™ >s 

Ibagué : latitude N., 4° 28' ; altitude, |333™ 28 

Antioquia : latitude N., (i°3o' ; altitude, 629'" jg 

Rio Negro : latitude N., <i°8'; altitude, 2126™ ,,, 

Sonson : latitude N., 5°4 2 > altitude, 2535™ ■;,, 



M 
■» 
^^^ 









II 






( 3; 2 ) 

Mines d'or de Marmato : latitude N., 5°22'; altitude, ,Sfc-. '"^ 

Cartago : latitude N., 4-45' 5 altitude, 978" 

Popayan : latitude N., 2-26'; altitude, ,809- ' ' 35 

AnsermaNuevo: latitude N., 4=48'; altitude ,o5o»... . ' 35 

Plaines du rio Meta et de l'Orénoque 3e 

San Martin : latitude N., 3°45'; altitude, 43a-.... 3fi 

Pasto : latitude N, ,»,3; altitude, 3610».... 3 

Novita : latitude N., 4" 36'; altitude 180» ' 33 

Plateau de l'Equateur 

Quito : latitude S., o"i4'; altitude, 29,0- 3 

Pluie tombée à Quito en 18G4 et en i865 # jj 

Jours de pluie, débrouillard et de tonnerre enregistres à Quito 

pendant une année 

Utacunga : latitude austraIe„o°5 9 '; altitude, 2860»'........!.' 42 

Moyenne des températures ob'servée à Latacunga, en i85 7 43 

Métairie d'Antisana : latitude S., o°32' ,, 

Pluie tombée à Latacunga en 1807 44 

Métairie d'Antisana : température moyenne des mois 46 

Pluie tombée à la métairie d'Antisana /g 

État général du ciel à la métairie d'Antisana. . . /g 

SUR LA COMPOSITION DU LAIT DE L'ARBRE DE LA VACHE " 64 
LES SOURCES THERMALES DE LA CHAINE DU LITTORAL DU 

VENEZUELA 

Sources d'Onoto : altitude 696» 

Sources de la Mariara : altitude 553» 

Sources de las Trincheras, près Nueva Valencia L 

SUR I ES MATIÈRES SUCRÉES CONTENUES DANS LE FRUIT DO 
CAI E1ER 

SUR LA FERMENTATION ALCOOLIQUE" RAPIDE," par' M. 'josÉph " 

BoLSSINGAULT 

Effet de l'alcool développé sur l'activité de la levure pendant la 

fermentation 

MÉMOIRE SUR L'INFLUENCE DES DÉFRICHEMENTS DANS LA " 

DIMINUTION DES COURS D'EAU Io5 

Lac de Valencia dans la vallée d'Arayua I0Q 

Lacs sur les plateaux de la Nouvelle-Grenade ,,3 

Lac de San-Pablo ou de Chilcapan, près de l'Equateur! ......" „, 

Lagune de Quilatoa dans l'hémisphère austral : altitude, 4000». 118 

Etude des lacs de l'Asie 

Lacs de la Suisse 

SUR LA DISSOCIAI ION DE L'ACIDE DES NITRATES PENDANT 

LA VÉGÉTATION ACCOMPLIE DANS L'OBSCURITÉ... ,3„ 

DU GOITRE DANS LA NUEVA GRANADA ET L'ECUADOR........ ,48 

Salines iodiféres exploitées dans la Cordillère ,-., 

SUR LA FIXATION DE L'AZOTE ATMOSPHÉRIQUE DANS LA TERRE 
VEGETALE, par M. Th. Schloeswo 



( 3 7 3 ) 

Page» 

PRÉPARATION DU PHOSPHATE AMMONIACO-MAGNÉSIEN AU 

MOYEN DE L'URINE; son action comme engrais 180 

LE PALMIER A CIRE (Ceroxyloii andicola) 186 

Composition de la cire brute du palmier et de la cire d'abeille. 189 

Cire de Cliine ( /?/?//* sitcrrdancum ) 190 

Cire du Caruauba iqo 

SUR LA FERMENTATION ÉV LA CONSERVATION DES FOURRAGES 

VERTS EN SILO, par M. G. LECHARTinn 197 

Etudes de diverses particularités de l'ensilage ski 

Fermentation du trèlle 212 

SUR L'OPPORTUNITÉ DE FAIRE INTERVENIR, DANS QCEIQUES 

CIRCONSTANCES, L'ARSENIC DANS LE CHAULAGE DES GRAINS. 233 
Expériences sur le froment chaulé par l'intervention du sulfate 

de cuivre a35 

Chaulagc du grain par l'intervention de l'acide arsénieux :'\<< 

SUR L'APPARITION DU MANGANÈSE A LA SURFACE DES ROCHES, aoa 

LE CACAO ET LE CHOCOLAT a;5 

Principes contenus dans les graines de cacao t8a 

Composition des chocolats de fabrication française et espagnole. 188 

Développement de l'industrie du chocolat en France 191 

SUR LA COMPOSITION DES SUBSTANCES MINÉRALES COMBUS- 
TIBLES 390. 

Bitumes mous, bitumes liquides 3oi 

Bitume des puits de feu de la Cliine .'In'i 

Bitumes solides : asphalte .'i'17 

Résines fossiles 3o8 

Succin 3i 1 

Dysodile ii ' 

Lignites ."> 1 .1 

Houille Iiq 

Fusain 3i6 

Anthracites ! 1 7 

Graphite 3ig 

SUR LA COMPOSITION DES EAUX DE LA MER MORTE 3aa 

Végétation dans les océans, nier des Sargasses 3aa 

Observations faites sur les profondeurs dans lesquelles vivent 

certains animaux marins, d'après M. A. Mil ne-Edwards i'|i 

Mer Morte ou lac Asphaltite, dépression du Bol 3/jH 

Climat et topographie de la nier Morte, d'après l'expédition du 

lieutenant Lynch 3.hj 

Analyses de l'eau de la mer Morte 35g 

Recherche de l'argent dans l'eau de la nier Morte 368 



ciOB Paria Impr merle, de GAUTIIIKR-VILLAIIS. quai des Ueiiaii] 





■■■■■■ 



■ 



I 









VI 













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ecnerciies sur la r.nit» 
ragére. j^ààjïkm^t 




GIRARD i Aimé i. — R ec i 
à sucre 



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nés sur le dev< 



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d'analyse 



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II 



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